Efficacité, réalisme, Man U se mourinhise et je n'ai rien contre : le foot est un jeu où victoire et beauté offensive ne sont pas souvent copines, même si Pep Guardiola fait parfois croire l'inverse. Man U va de mieux en mieux, mais Paul Pogba ne va pas si bien : rapport à son coût, il devrait briller et ne brille guère... à moins qu'il soit sorti de cet anonymat relatif voici trois jours, contre Southampton en finale de League Cup.
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Efficacité, réalisme, Man U se mourinhise et je n'ai rien contre : le foot est un jeu où victoire et beauté offensive ne sont pas souvent copines, même si Pep Guardiola fait parfois croire l'inverse. Man U va de mieux en mieux, mais Paul Pogba ne va pas si bien : rapport à son coût, il devrait briller et ne brille guère... à moins qu'il soit sorti de cet anonymat relatif voici trois jours, contre Southampton en finale de League Cup. Si José Mourinho l'aligne en soutien de Zlatan (dans le trio d'un 4-2-3-1), PauPo s'emmêle les pinceaux plus souvent qu'à son tour, gêné aux entournures quand il est proche du front de bandière, comme si le manque d'espace n'était pas fait pour lui. Et si Mou le replace derrière le quatuor offensif (souvent avec Ander Herrera) PauPo joue comme Axel Witsel, demande les ballons très bas, en reçoit beaucoup, les redistribue longs ou courts, souvent joliment mais sans jamais s'aventurer loin du rond central. Sans prise de risques alors qu'un joueur de son onéreux talent se doit d'en prendre... et sans l'efficacité défensive de notre néo-Chinois : en perte de balle, PauPo erre comme un malheureux sans savoir qui prendre, l'arrachage intelligent n'est pas sa tasse de thé... À présent, Mourinho dessine plutôt un 4-3-2-1 : rien que deux gars en soutien d'Ibra, et derrière eux un trio avec PauPo décalé sur la gauche, associé à Herrera, Michael Carrick et/ou Marouane Fellaini : Pogba n'est toujours pas très haut sur l'échiquier mais est plus libre d'accompagner, et moins nécessaire en perte de balle. Ça rappelle sa position turinoise ! Les résultats suivent, mais Pogba n'éblouit toujours guère. Dès lors, le plus étonnant est qu'au sein d'un effectif pléthorique, il soit toujours aligné durant 90 minutes, seul avec David De Gea et Ibra à échapper à la rotation : les autres gars du noyau atteignent rarement 60 % de temps de jeu. Wayne Rooney et notre Marouane sont même pétés (47 % et 38%) ! Or, si Zlatan bute (24), Pogba qui joue tout autant bute peu (7) sans guère produire d'assists (4) : scorer tous les 5 matches via un 0,19 de moyenne, c'était déjà le cas à la Juve. Ce chiffre, faible pour un offensif coûtant la peau des fesses, ne justifie pas un titulariat inconditionnel dans le contexte concurrentiel de Man U. C'est là que Mourinho déçoit : si PauPo jouait comme il joue en n'étant pas star dispendieuse, Mou lui ferait goûter du banc bien plus souvent ! Au sein d'un collectif qui se veut efficace, Pogba est ainsi une concession de Mourinho à la non-efficacité : le beau joueur n'est pas toujours bon joueur, mais show-business oblige... Malin comme il est, José voit très bien les carences de PauPo, mais sans doute des ordres viennent-ils de plus haut : ce serait donc que Mou n'est pas coach tout-puissant... Et ça, j'en tombe le cul par terre, je ne l'aurais jamais cru ! Coût exorbitant et buts inscrits me donnent une double transition vers Daniel Van Buyten. Rapport qualité/prix insuffisant (comme Pogba) qui le fait aujourd'hui virer par Bruno Venanzi, mais efficacité buteuse hier impressionnante pour un défenseur : 63 buts en 516 matches/pro, moyenne 0,12... un peu moins que PauPo mais infiniment mieux, vu le rôle de base dans l'équipe ! Alors primo, Big Dan, un nouveau métier ça s'apprend, même que Michel Preud'homme a jadis appris aussi comme dirlo technique au Standard ! Fallait pas accepter d'emblée le jackpot pécuniaire, quoique ce ne soit guère ta faute d'y avoir succombé : tant la presse que le peuple, concernant une ex-star du foot, estiment prématurément que son expérience de joueur suffira à lui donner l'étoffe d'un bon dirigeant ; et tant la critique parallèle est facile envers les dirigeants sans aura footballistique préalable, auxquels on hurle sommairement : Barrez-vous, le football aux footballeurs ! Et secundo, Big Dan, je sais que malgré tes 63 buts, tu regrettes n'avoir pas scoré bien davantage en tant qu'attaquant. Mais il n'est pas trop tard ! Le plaisir peut encore exister sur un terrain à 39 piges, sans traquer la gloire : René Mucher ex-joueur de notre D1 aujourd'hui sexagénaire, continua jusqu'à 43 ans à empiler les buts en divisions inférieures. Joue comme lui en pointe, à Chimay ou ailleurs, gratos évidemment : tu vas prendre un pied final terrible, et ça te servira pour démarrer comme coach. PAR BERNARD JEUNEJEAN