Monaco offre chaque année la même image : un soleil brûlant, un ciel bleu azur, de coûteuses voitures de sport, des femmes parfumées en mini-jupes, des diamants, le bruit de la Méditerranée et des yachts impayables. Des signes extérieurs de richesse qui semblent inusables au pied du rocher. À Monaco, paradis financier dans un monde où la pression fiscale prend des proportions tyranniques, comme l'a dit l'écrivain britannique Anthony Burgess, tout est artificiel. C'est la ville où il faut être vu, un lieu de décadence où le championnat de France a repris. Mais personne n'y parle de l'AS Monaco, même pas quand l'équipe affronte l'Olympique de Marseille, comme dimanche dernier.

Marco Reus, l'une des vedettes du Borussia Dortmund., BELGAIMAGE
Marco Reus, l'une des vedettes du Borussia Dortmund. © BELGAIMAGE

Seul le tirage au sort de la Ligue des Champions et de l'Europa League parvient un peu à mettre le football au premier plan. L'organisation de cet événement pompeux a toutefois été quelque peu revue. Il y a surtout moins de femmes de dirigeants. Avant, on les voyait poser sur les photos avec les stars et ce n'était pas cela que l'UEFA voulait. Mais le plus grand changement, c'est que le président de l'UEFA ne s'adresse plus à la presse au cours d'une conférence de presse. C'est pourtant une occasion idéale de le faire car les 55 journalistes qui ont voté pour élire le Joueur européen de l'année sont tous présents. Aux frais de l'UEFA qui leur a payé le billet d'avion, le transfert de et vers l'aéroport de Nice, l'hôtel et les repas. Tout est organisé sans la moindre faille.

Youri Tielemans : bientôt en visite à Bruges avec Monaco., BELGAIMAGE
Youri Tielemans : bientôt en visite à Bruges avec Monaco. © BELGAIMAGE

Pourtant, tout n'est plus aussi ouvert que par le passé. Il y a trois ans, le président de l'époque, Michel Platini, avait pris la parole à l'hôtel Méridien, où logent les huiles. Avant cela, il avait demandé amicalement aux journalistes s'ils avaient passé de bonnes vacances. Puis, de façon informelle, il avait lancé quelques sujets en l'air afin d'observer les réactions. Lors de la partie officielle, assisté de son bras droit, Gianni Infantino, il avait ensuite expliqué ce que l'UEFA était en train de faire. Infantino, désormais président de la FIFA, semblait parfaitement connaître ses dossiers. Depuis le départ forcé de Platini, qui se bat toujours pour démontrer son innocence, il ne reste rien de tout cela.

Le Real au-dessus du lot

Le président actuel, Aleksander Ceferin, est totalement différent, beaucoup plus distant. On affirme cependant qu'il fournit de l'excellent travail mais personne ne sait exactement où sont ses priorités. Cela rend l'UEFA moins transparente. En coulisse, il se chuchote qu'on travaille à la création d'une deuxième Europa League mais personne ne confirme. D'autres parlent d'un championnat européen révolutionnaire sur lequel un groupe de travail plancherait actuellement.

Au sujet de Ceferin, rien ne filtre, si ce n'est que le Slovène s'est entouré de quelques personnes de l'ancien bloc de l'Est à des postes importants. Et que Giorgio Marchetti, le directeur des compétition européennes, aurait beaucoup à dire. Or, on sait qu'il est un farouche opposant à une Super League européenne. Désormais, c'est à lui que revient l'honneur de présider au tirage au sort de la Ligue des Champions. Il succède ainsi à Gianni Infantino qui avait l'art de faire le show.

Les temps changent. Il y a quelques années, Roger Vanden Stock, accompagné de Herman Van Holsbeeck, assistait pour la 25e fois consécutive au tirage au sort de la Ligue des Champions. Il était le vétéran de l'assemblée et estimait que, pendant toutes ces années, les choses n'avaient pas tellement changé.

Pourtant, il n'y a pas si longtemps, l'UEFA a exprimé son intention de rendre le tirage plus contemporain et plus dynamique. Ce n'est pas évident. Même si, cette fois, outre la remise du prix du Joueur européen de l'année, on a pu assister au couronnement du meilleur gardien, du meilleur défenseur, du meilleur médian et du meilleur attaquant. À chaque fois, c'est un joueur du Real qui a gagné : Keylor Navas, Sergio Ramos, Luka Modric et Cristiano Ronaldo, qui évolue désormais à la Juventus. Il y avait également un trophée pour les femmes. La Danoise Pemille Harder succède ainsi à la Néerlandaise Lieke Martens au titre de Joueuse européenne de l'année.

Antoine Griezmann, la star de l'Atlético Madrid., BELGAIMAGE
Antoine Griezmann, la star de l'Atlético Madrid. © BELGAIMAGE

Jouable pour Bruges

Mais ce qui retenait surtout l'attention, c'était bien entendu la composition des huit groupes de la Ligue des Champions. La première étape menant à Madrid - où la finale aura lieu le 1er juin, au stade de l'Atlético - a déjà accouché de belles affiches. Y compris pour le Club Bruges qui va tenter, une fois de plus, de repousser ses limites internationales. Plus que jamais, ses dirigeants sont convaincus de pouvoir grappiller un point ci et là, même si ce groupe est bien plus difficile que celui dans lequel Bruges n'avait pas réussi à prendre le moindre point il y a deux ans. Mais depuis, l'équipe a gagné en maturité.

On verra ce que cela donnera. Le 18 septembre, Bruges accueillera le Borussia Dortmund, une pointure du football allemand dont Axel Witsel est chargé de structurer le jeu. Car l'appétit offensif du Borussia est parfois débridé. Surtout à domicile où, poussé par toute une région et un public fidèle, il a souvent fait preuve d'impatience et abusé des longs ballons. Mais les choses ont changé. Le Borussia est désormais plus fragile en déplacement, comme on a pu s'en apercevoir vendredi dernier à Hanovre, une formation très disciplinée. Il s'est créé peu d'occasions et la partie s'est terminée sur un pâle 0-0.

Nabil Dirar, actif à présent à Fenerbahce., BELGAIMAGE
Nabil Dirar, actif à présent à Fenerbahce. © BELGAIMAGE

Le fait d'entamer les débats à domicile face à Dortmund peut être un avantage pour Bruges qui, le 3 octobre, se déplacera à l'Atlético Madrid, un club que l'Argentin Diego Simeone a emmené au sommet avec une défense en granit. Mais cet été, les Espagnols ont également acquis des joueurs raffinés.

Le 24 octobre, c'est l'AS Monaco qui rendra visite à Bruges. Sans doute un match-clef. Sous la direction du richissime russe Dmitri Rybolovlev, le club monégasque est aussi artificiel que la Principauté. Cet été, il a vendu un entrejeu complet et a tenté de compenser avec, notamment, l'arrivée de Nacer Chadli. Même si aucun joueur ne couvre autant de kilomètres que lui, Youri Tielemans doit encore percer définitivement. Il éprouve encore des problèmes liés aux changements de rythme propres au football français.

L'entraîneur portugais Leonardo Jardim travaille patiemment pour faire progresser son équipe et il ne se plaint jamais de devoir à chaque fois repartir de zéro. Monaco, c'est aussi le club de Filips Dhondt. Le manager général flamand y est arrivé en janvier 2012, lorsque le club était dernier en Ligue 2. Voici peu, il a rempilé pour deux ans. Une marque de reconnaissance envers cet homme compétent qui n'a jamais cherché les feux de la gloire.

CR7 mauvais perdant

Le point d'orgue de ce tirage fut la désignation du Joueur européen de l'année. Cristiano Ronaldo brillait par son absence. Il savait qu'il n'avait pas remporté le trophée et le titre de Meilleur attaquant l'intéressait peu, même si celui-ci aurait pu garnir une vitrine supplémentaire de son musée sur l'île de Madère. L'absence de Ronaldo n'a guère été appréciée, d'autant qu'il n'y a que 250 km entre Turin et Monaco. Il aurait même pu venir en voiture.

Luka Modric, le grand vainqueur, est un homme modeste. Sur le podium, il a remercié ses équipiers. Et son père. Une demi-heure après la remise du trophée, il s'est présenté dans une des salles du Grimaldi Forum pour une conférence de presse réservée aux journalistes qui avaient voté pour le Joueur européen de l'année. Il s'est montré poli, prévenant et pas du tout capricieux.

Son histoire est intéressante. L'enfant de la guerre est devenu meilleur joueur d'Europe. Lorsque la guerre civile a éclaté, son grand-père a été tué par les troupes serbes et la famille a dû fuir. En 1991, elle a traversé les montagnes et s'est cachée pendant sept ans dans un hôtel de Zadar. Entre les bombardements, Modric jouait sur une petite place sans se soucier de la fumée qu'il voyait au loin. Parfois, il devait réparer son terrain de jeu, abîmé par les tirs de mortiers. Et quand l'alarme retentissait, il courait se réfugier à l'intérieur.

Bien entendu, il n'était pas à Monaco pour parler de cela. Ni des accusations de fraude fiscale qui pèsent sur lui en Espagne. En 2013 et 2014, il aurait oublié de verser 900.000 euros d'impôts sur ses droits d'image. Et en Croatie, il devrait répondre de faux témoignage dans une affaire visant l'ex-président du Dinamo Zagreb. Au pire, cela pourrait lui valoir cinq ans de prison.

Six questions à Modric

Pour ne pas gâcher la fête, tous ces sujets étaient donc tabou. L'UEFA avait préparé cinq questions : Modric était-il content ? Oui, très content même, bien que ce trophée ne change pas grand-chose pour lui. Modric et ses équipiers pourront-ils faire mieux que la génération croate de 1998 ? Difficile à dire. Le départ de Ronaldo lui conférera-t-il davantage de responsabilités au Real ? Non. Pour lui, rien n'a changé, il aime les responsabilité et veut aider son équipe mais le plus important, ce sont les trophées collectifs.

Que pense-t-il de son évolution ? Il n'aime pas parler de lui-même. A-t-il livré sa meilleure saison sous le maillot du Real ? Oui. Les journalistes avaient droit à une sixième question : ce trophée est-il plus important pour lui qu'une finale de Coupe du monde ? Difficile de comparer. Et voilà ! Un journaliste hollandais râlait. Il avait une question intéressante : Modric a joué 70 matches la saison dernière alors que, selon des enquêtes, il ne faudrait pas dépasser 55 rencontres. On ne saura jamais ce qu'il en pense...

Le lendemain, c'est le tirage au sort de l'Europa League et Antoine Griezmann, l'attaquant de l'Atlético Madrid, est élu meilleur joueur de cette compétition. La salle du Grimaldi Forum est à moitié pleine. Anderlecht, le RC Genk et le Standard découvrent leurs adversaires. Anderlecht est optimiste : il a tiré les Slovaques du Spartak Trnava, les Croates du Dinamo Zagreb et les Turcs de Fenerbahçe, le quartier asiatique d'Istanbul.

Le RC Genk pense avoir des chances contre Malmö, les Norvégiens de Sarpsborg et Besiktas, un autre club stambouliote. Quant au Standard, il se dit aussi qu'il est possible de sortir d'un groupe avec le FC Séville, les Russes du FC Krasnodar et les Turcs d'Akhisarspor, vainqueurs de la coupe. Étonnant : trois clubs belges affronteront trois clubs turcs.

Une nouvelle fête à Londres

C'est ainsi que, vendredi midi, le rideau est tombé sur Monaco. Dans trois semaines, le 24 septembre, une nouvelle fête figure au programme. Organisée par la fédération internationale, cette fois : on procédera à Londres à la remise du prix du Joueur FIFA de l'Année.

Là aussi, pour la première fois, il y aura un trophée à gagner dans chaque compartiment du jeu. Par le passé, cet événement avait toujours lieu en janvier à Zurich, dans la ville de Sepp Blatter. Est-ce aussi un signe qu'on veut inexorablement faire fi du passé ?

Pascal Plovie en lutte avec Youssouf Fofana., BELGAIMAGE
Pascal Plovie en lutte avec Youssouf Fofana. © BELGAIMAGE

Cauchemar européen

Le 9 novembre, il y aura exactement 30 ans que le Club Bruges encaissait une des défaites les plus sévères de son histoire européenne. Il s'inclinait 6-1 au Stade Louis II de Monaco, là où il devra à nouveau se déplacer le 6 novembre. C'était déjà 5-0 au repos.

Bruges était insouciant au moment de rejoindre Monaco, même si le vol avait été retardé de trois heures en raison d'un épais brouillard sur l'aéroport de Lille. Lieven Monballieu, le cuistot qui avait fait le déplacement, avait demandé au personnel du restaurant de l'aéroport de préparer un filet pur avec le meilleur beurre qui soit.

C'est donc le ventre plein que tout le monde avait embarqué dans l'avion. Personne ne doutait de la qualification. À Monte-Carlo, le Club était logé dans un hôtel magnifique, avec vue imprenable sur la Méditerranée. Difficile d'imaginer que les joueurs puissent rester concentrés dans un tel décor.

Le match tournait au cauchemar. En raison d'erreurs individuelles, d'un manque de discipline et de sens tactique mais, surtout, d'une mentalité lamentable, le Club Bruges se faisait laminer par une équipe de Monaco emmenée par un Youssouf Fofana des grands soirs. Une tache sur le blason du club. Mis hors-jeu pendant toute la période des transferts, l'entraîneur de l'époque, Henk Houwaart, a admis par la suite qu'il se serait bien enfoui dans le sol, tant il avait honte.

Monaco offre chaque année la même image : un soleil brûlant, un ciel bleu azur, de coûteuses voitures de sport, des femmes parfumées en mini-jupes, des diamants, le bruit de la Méditerranée et des yachts impayables. Des signes extérieurs de richesse qui semblent inusables au pied du rocher. À Monaco, paradis financier dans un monde où la pression fiscale prend des proportions tyranniques, comme l'a dit l'écrivain britannique Anthony Burgess, tout est artificiel. C'est la ville où il faut être vu, un lieu de décadence où le championnat de France a repris. Mais personne n'y parle de l'AS Monaco, même pas quand l'équipe affronte l'Olympique de Marseille, comme dimanche dernier. Seul le tirage au sort de la Ligue des Champions et de l'Europa League parvient un peu à mettre le football au premier plan. L'organisation de cet événement pompeux a toutefois été quelque peu revue. Il y a surtout moins de femmes de dirigeants. Avant, on les voyait poser sur les photos avec les stars et ce n'était pas cela que l'UEFA voulait. Mais le plus grand changement, c'est que le président de l'UEFA ne s'adresse plus à la presse au cours d'une conférence de presse. C'est pourtant une occasion idéale de le faire car les 55 journalistes qui ont voté pour élire le Joueur européen de l'année sont tous présents. Aux frais de l'UEFA qui leur a payé le billet d'avion, le transfert de et vers l'aéroport de Nice, l'hôtel et les repas. Tout est organisé sans la moindre faille. Pourtant, tout n'est plus aussi ouvert que par le passé. Il y a trois ans, le président de l'époque, Michel Platini, avait pris la parole à l'hôtel Méridien, où logent les huiles. Avant cela, il avait demandé amicalement aux journalistes s'ils avaient passé de bonnes vacances. Puis, de façon informelle, il avait lancé quelques sujets en l'air afin d'observer les réactions. Lors de la partie officielle, assisté de son bras droit, Gianni Infantino, il avait ensuite expliqué ce que l'UEFA était en train de faire. Infantino, désormais président de la FIFA, semblait parfaitement connaître ses dossiers. Depuis le départ forcé de Platini, qui se bat toujours pour démontrer son innocence, il ne reste rien de tout cela. Le président actuel, Aleksander Ceferin, est totalement différent, beaucoup plus distant. On affirme cependant qu'il fournit de l'excellent travail mais personne ne sait exactement où sont ses priorités. Cela rend l'UEFA moins transparente. En coulisse, il se chuchote qu'on travaille à la création d'une deuxième Europa League mais personne ne confirme. D'autres parlent d'un championnat européen révolutionnaire sur lequel un groupe de travail plancherait actuellement. Au sujet de Ceferin, rien ne filtre, si ce n'est que le Slovène s'est entouré de quelques personnes de l'ancien bloc de l'Est à des postes importants. Et que Giorgio Marchetti, le directeur des compétition européennes, aurait beaucoup à dire. Or, on sait qu'il est un farouche opposant à une Super League européenne. Désormais, c'est à lui que revient l'honneur de présider au tirage au sort de la Ligue des Champions. Il succède ainsi à Gianni Infantino qui avait l'art de faire le show. Les temps changent. Il y a quelques années, Roger Vanden Stock, accompagné de Herman Van Holsbeeck, assistait pour la 25e fois consécutive au tirage au sort de la Ligue des Champions. Il était le vétéran de l'assemblée et estimait que, pendant toutes ces années, les choses n'avaient pas tellement changé. Pourtant, il n'y a pas si longtemps, l'UEFA a exprimé son intention de rendre le tirage plus contemporain et plus dynamique. Ce n'est pas évident. Même si, cette fois, outre la remise du prix du Joueur européen de l'année, on a pu assister au couronnement du meilleur gardien, du meilleur défenseur, du meilleur médian et du meilleur attaquant. À chaque fois, c'est un joueur du Real qui a gagné : Keylor Navas, Sergio Ramos, Luka Modric et Cristiano Ronaldo, qui évolue désormais à la Juventus. Il y avait également un trophée pour les femmes. La Danoise Pemille Harder succède ainsi à la Néerlandaise Lieke Martens au titre de Joueuse européenne de l'année. Mais ce qui retenait surtout l'attention, c'était bien entendu la composition des huit groupes de la Ligue des Champions. La première étape menant à Madrid - où la finale aura lieu le 1er juin, au stade de l'Atlético - a déjà accouché de belles affiches. Y compris pour le Club Bruges qui va tenter, une fois de plus, de repousser ses limites internationales. Plus que jamais, ses dirigeants sont convaincus de pouvoir grappiller un point ci et là, même si ce groupe est bien plus difficile que celui dans lequel Bruges n'avait pas réussi à prendre le moindre point il y a deux ans. Mais depuis, l'équipe a gagné en maturité. On verra ce que cela donnera. Le 18 septembre, Bruges accueillera le Borussia Dortmund, une pointure du football allemand dont Axel Witsel est chargé de structurer le jeu. Car l'appétit offensif du Borussia est parfois débridé. Surtout à domicile où, poussé par toute une région et un public fidèle, il a souvent fait preuve d'impatience et abusé des longs ballons. Mais les choses ont changé. Le Borussia est désormais plus fragile en déplacement, comme on a pu s'en apercevoir vendredi dernier à Hanovre, une formation très disciplinée. Il s'est créé peu d'occasions et la partie s'est terminée sur un pâle 0-0. Le fait d'entamer les débats à domicile face à Dortmund peut être un avantage pour Bruges qui, le 3 octobre, se déplacera à l'Atlético Madrid, un club que l'Argentin Diego Simeone a emmené au sommet avec une défense en granit. Mais cet été, les Espagnols ont également acquis des joueurs raffinés. Le 24 octobre, c'est l'AS Monaco qui rendra visite à Bruges. Sans doute un match-clef. Sous la direction du richissime russe Dmitri Rybolovlev, le club monégasque est aussi artificiel que la Principauté. Cet été, il a vendu un entrejeu complet et a tenté de compenser avec, notamment, l'arrivée de Nacer Chadli. Même si aucun joueur ne couvre autant de kilomètres que lui, Youri Tielemans doit encore percer définitivement. Il éprouve encore des problèmes liés aux changements de rythme propres au football français. L'entraîneur portugais Leonardo Jardim travaille patiemment pour faire progresser son équipe et il ne se plaint jamais de devoir à chaque fois repartir de zéro. Monaco, c'est aussi le club de Filips Dhondt. Le manager général flamand y est arrivé en janvier 2012, lorsque le club était dernier en Ligue 2. Voici peu, il a rempilé pour deux ans. Une marque de reconnaissance envers cet homme compétent qui n'a jamais cherché les feux de la gloire. Le point d'orgue de ce tirage fut la désignation du Joueur européen de l'année. Cristiano Ronaldo brillait par son absence. Il savait qu'il n'avait pas remporté le trophée et le titre de Meilleur attaquant l'intéressait peu, même si celui-ci aurait pu garnir une vitrine supplémentaire de son musée sur l'île de Madère. L'absence de Ronaldo n'a guère été appréciée, d'autant qu'il n'y a que 250 km entre Turin et Monaco. Il aurait même pu venir en voiture. Luka Modric, le grand vainqueur, est un homme modeste. Sur le podium, il a remercié ses équipiers. Et son père. Une demi-heure après la remise du trophée, il s'est présenté dans une des salles du Grimaldi Forum pour une conférence de presse réservée aux journalistes qui avaient voté pour le Joueur européen de l'année. Il s'est montré poli, prévenant et pas du tout capricieux. Son histoire est intéressante. L'enfant de la guerre est devenu meilleur joueur d'Europe. Lorsque la guerre civile a éclaté, son grand-père a été tué par les troupes serbes et la famille a dû fuir. En 1991, elle a traversé les montagnes et s'est cachée pendant sept ans dans un hôtel de Zadar. Entre les bombardements, Modric jouait sur une petite place sans se soucier de la fumée qu'il voyait au loin. Parfois, il devait réparer son terrain de jeu, abîmé par les tirs de mortiers. Et quand l'alarme retentissait, il courait se réfugier à l'intérieur. Bien entendu, il n'était pas à Monaco pour parler de cela. Ni des accusations de fraude fiscale qui pèsent sur lui en Espagne. En 2013 et 2014, il aurait oublié de verser 900.000 euros d'impôts sur ses droits d'image. Et en Croatie, il devrait répondre de faux témoignage dans une affaire visant l'ex-président du Dinamo Zagreb. Au pire, cela pourrait lui valoir cinq ans de prison. Pour ne pas gâcher la fête, tous ces sujets étaient donc tabou. L'UEFA avait préparé cinq questions : Modric était-il content ? Oui, très content même, bien que ce trophée ne change pas grand-chose pour lui. Modric et ses équipiers pourront-ils faire mieux que la génération croate de 1998 ? Difficile à dire. Le départ de Ronaldo lui conférera-t-il davantage de responsabilités au Real ? Non. Pour lui, rien n'a changé, il aime les responsabilité et veut aider son équipe mais le plus important, ce sont les trophées collectifs. Que pense-t-il de son évolution ? Il n'aime pas parler de lui-même. A-t-il livré sa meilleure saison sous le maillot du Real ? Oui. Les journalistes avaient droit à une sixième question : ce trophée est-il plus important pour lui qu'une finale de Coupe du monde ? Difficile de comparer. Et voilà ! Un journaliste hollandais râlait. Il avait une question intéressante : Modric a joué 70 matches la saison dernière alors que, selon des enquêtes, il ne faudrait pas dépasser 55 rencontres. On ne saura jamais ce qu'il en pense... Le lendemain, c'est le tirage au sort de l'Europa League et Antoine Griezmann, l'attaquant de l'Atlético Madrid, est élu meilleur joueur de cette compétition. La salle du Grimaldi Forum est à moitié pleine. Anderlecht, le RC Genk et le Standard découvrent leurs adversaires. Anderlecht est optimiste : il a tiré les Slovaques du Spartak Trnava, les Croates du Dinamo Zagreb et les Turcs de Fenerbahçe, le quartier asiatique d'Istanbul. Le RC Genk pense avoir des chances contre Malmö, les Norvégiens de Sarpsborg et Besiktas, un autre club stambouliote. Quant au Standard, il se dit aussi qu'il est possible de sortir d'un groupe avec le FC Séville, les Russes du FC Krasnodar et les Turcs d'Akhisarspor, vainqueurs de la coupe. Étonnant : trois clubs belges affronteront trois clubs turcs. C'est ainsi que, vendredi midi, le rideau est tombé sur Monaco. Dans trois semaines, le 24 septembre, une nouvelle fête figure au programme. Organisée par la fédération internationale, cette fois : on procédera à Londres à la remise du prix du Joueur FIFA de l'Année. Là aussi, pour la première fois, il y aura un trophée à gagner dans chaque compartiment du jeu. Par le passé, cet événement avait toujours lieu en janvier à Zurich, dans la ville de Sepp Blatter. Est-ce aussi un signe qu'on veut inexorablement faire fi du passé ?