Exceptés Ilija Stolica et Aliyu Datti , c'est à nouveau du vivier français que sortent les trouvailles hivernales de Mons. Une habitude hennuyère, aurait-on tendance à dire, vu le nombre ahurissant de Français qui foulent les terrains des différents clubs de cette province.
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Exceptés Ilija Stolica et Aliyu Datti , c'est à nouveau du vivier français que sortent les trouvailles hivernales de Mons. Une habitude hennuyère, aurait-on tendance à dire, vu le nombre ahurissant de Français qui foulent les terrains des différents clubs de cette province. Le dernier exemple en date s'appelle Adriano Mansur Da Silva , un défenseur brésilien de 27 ans en provenance du FC Nantes. Transféré de la Juventude (D1 brésilienne) cet été, il n'a jamais disputé la moindre minute chez les Canaris. L'autre nouvelle recrue évoluera devant l'arrière-garde. Benjamin Nicaise (26 ans) doit apporter du poids dans l'entrejeu, notamment par ses qualités athlétiques. En l'associant à Hocine Ragued , la bonne surprise montoise de la première partie de championnat, José Riga espère créer une paire moderne capable de ratisser et d'alimenter les éléments plus offensifs. Soulager la défense par des récupérations, et permettre du même coup à ses équipiers de jouer plus haut, voilà le moteur de ce joueur venu d'Amiens, club de L2. Une équipe dont il ne gardera pas un souvenir impérissable. La résiliation de son contrat fin décembre 2006 en est la preuve. Avant d'en arriver là, il a fait ses armes essentiellement en Lorraine, à l'AS Nancy d'abord, pour rejoindre ensuite les rangs de l'ennemi, le FC Metz. Originaire de la région parisienne, Nicaise retrace son parcours de près de 130 matches en L2 et 14 matches en L1. " J'ai d'abord évolué à Sucy-en-Brie, non loin de chez moi, jusqu'à 14 ans. À cet âge, j'ai rejoint Créteil car je pouvais m'essayer à des rencontres de niveau national chez les moins 15 et les moins 16 ans. Lors d'un match face à Nancy, j'ai tapé dans l'£il de leurs scouts. A l'époque, j'évoluais au poste de numéro 10 ". Malgré sa belle performance, Nicaise ne rejoint pas immédiatement l'Est de la France. Il lui faudra patienter deux ans avant d'intégrer le centre de formation du club nancéen. Plongé dans la rigueur de ces écoles, le néo-Montois doit soutenir un rythme soutenu. Tous les jours de semaine, il est sur le terrain à 8 heures pour une première séance d'entraînement de deux heures. Ensuite, retour en classe où il suit des cours classiques. Vers 16 h, il regagne les terrains pour une dernière séance d'une heure et demie. " On avait des journées chargées mais j'en garde un très bon souvenir ", se rappelle Nicaise. En dehors des entraînements, il va faire ses gammes en CFA. Un championnat où évoluent des équipes réserves de clubs huppés mais aussi les formations représentatives de plus petites entités. " Pour des joueurs âgés de 18 à 20 ans, c'est un excellent écolage car on est confronté à différents footballs : les jeunes des grands clubs qui tentent de développer un jeu construit et d'autres équipes où l'on retrouve des éléments plus expérimentés qui n'hésitent pas à vous rentrer dedans ". En janvier 2001, il réalise le grand saut vers l'équipe Première. L'entraîneur de l'époque, Francis Smerecki , est séduit par les prestations d'un joueur évoluant avec un égal bonheur au centre de la défense ou au milieu défensif. Après quelques entraînements avec le noyau A, Nicaise débute lors d'un match de Coupe de La Ligue face au PSG. Entré à une demi-heure de la fin, peu de temps après la réduction du score par les Parisiens, Nicaise fête sa première apparition de la plus belle des manières : " J'inscris le 3e but du match, celui qui nous libère définitivement (victoire 3-1). Ce n'était pas un goal d'anthologie mais il me permet de m'intégrer définitivement parmi les pros " Quatre autres buts suivront en matches officiels et lui permettront de s'inscrire dans la durée et de signer un contrat jusqu'en juin 2004. " C'est véritablement lors de la saison qui suit que je perce en L2. Je dispute pratiquement la totalité des matches en tant que titulaire. Tout se passe à merveille, on joue les premiers rôles, je suis entouré de plusieurs excellents joueurs comme Vincent Hognon (aujourd'hui à Saint-Etienne), Youssouf Hadji , Zé Alcino ou encore Sébastien Chabaud et Bertrand Laquait . On formait une génération dorée ". A Nancy, la suite ne sera pas du même tonneau. Les Lorrains loupent la montée et plusieurs joueurs cadres quittent le navire. Le championnat 2002-2003 est tout autre : Nancy bataille toute la saison pour ne pas descendre. En fin de championnat, Pablo Correa - qui est toujours en place chez les Nancéens en L1 aujourd'hui - débarque avec le rôle du sauveur. Une mission qu'il mènera à bon port. " C'était une vraie saison de galère. On s'est retrouvé avec une équipe de gamins. Quand Correa est arrivé, il a pu, contrairement à son prédécesseur, Moussa Bezzaz , transférer des éléments expérimentés. On a tout naturellement redressé la barre ". Correa, dont les journaux français louent le coaching et ses talents de pédagogue, n'a pas marqué positivement Nicaise, bien au contraire. " En France, les entraîneurs vont d'abord tenter de changer votre caractère avant de vous faire évoluer sur le terrain. Il vaut mieux être un mouton et tout accepter ; alors vous avez des chances de rentrer dans leurs bonnes grâces. Lors d'un déplacement, Correa me nomme capitaine, une nouveauté pour moi. On repart avec la victoire qui est la première hors de nos bases. Le match d'après, je me retrouve sur le banc sans la moindre explication. J'avais le sentiment d'être pris pour un con... " Le lien est rompu avec l'entraîneur franco-uruguayen et la dernière saison de contrat traîne en longueur pour Nicaise, qui dispute la grande majorité des matches de championnat en sortant du banc. Malgré une fin en mode mineur à Nancy, Nicaise décroche une place en L1 du côté de Metz, le grand rival régional de Nancy. L'expérience est concluante durant les premiers mois : " Jusqu'à la trêve, tout se passe à merveille. Je suis systématiquement parmi les 16 et je rentre au jeu à 14 reprises. Au-delà de l'atmosphère propre au plus haut niveau, notre effectif compte un certain Frank Ribéry (qui débarquait de National). Dès les premiers entraînements, j'ai été subjugué par ses qualités. On a rapidement perçu qu'il avait quelque chose en plus que les autres. Dans les matches à cinq contre cinq, il arrivait qu'il nous mette à terre par ses dribbles. Julien Gorius , qui possédait pourtant déjà d'évidentes qualités, était barré par un joueur hors norme ". Le transfert de l'international français vers Galatasaray en milieu de saison va coïncider avec la chute au classement de Metz et à la mise à l'écart du nouveau joueur montois. Une nouvelle désillusion qu'il attribue, entre autres, à un changement tactique : " Jean Fernandez (aujourd'hui à Auxerre) a chamboulé ses choix suite au départ de Ribéry. Et je n'ai plus jamais été repris ". Alors qu'il lui reste un an de contrat à Metz, il replonge en L2 avec Amiens : " J'ai sans doute commis une erreur de m'en aller de Metz après une seule saison. J'ai été mal conseillé : on m'a fait miroiter des ambitions élevées et les conditions financières étaient intéressantes ". Amiens n'a jamais pu compter sur son club de foot pour élargir sa renommée : malgré un stade des plus modernes, inauguré en 1999, le club n'a jamais atteint son rêve de L1. " C'est bien beau d'avoir de superbes infrastructures si l'on est incapable de faire vivre ce club. Le foot est un sport populaire et les enceintes doivent respirer la bière et les frites. Dans mon ancien club, j'avais l'impression que l'on avait bâti un stade pour faire des matches de gala ". Amiens terminera le championnat 2005-2006 dans la deuxième moitié de tableau. Cette année avec Ludovic Batelli aux commandes, les résultats sont légèrement en hausse (9e actuellement). Rarement titularisé, Nicaise dispute les cinq dernières rencontres du premier tour. " Ça n'a rien changé à ma décision. Depuis le début de saison, j'avais envie d'aller voir ailleurs. Ça prouve en tout cas que Mons accueille un joueur bien en jambes ". Son transfert vers l'Albert a fait sourire certains quotidiens de l'Hexagone. " Les Français sont chauvins. C'est vrai que l'on peut être fier de notre pays d'un point de vue géographique ou culturel, que Paris est une des plus belles villes au monde, mais leur vision fermée des choses m'irrite. Quand on voit le peu de spectacle et les rencontres sans but que proposent la L1 et la L2, il n'y a pas de quoi pavoiser. Depuis plusieurs saisons, l'aspect défensif prime chez les entraîneurs français. Quand je vois des joueurs comme Wilfried Dalmat , Frédéric Jay ou Ragued qui sont tous passés par des clubs de L1, on n'a certainement rien à envier à la majorité des équipes de L2. Dès l'entame du championnat, j'avais signalé à mon manager que je voulais changer d'air. Même si le changement n'est pas radical, je suis heureux de découvrir un nouveau championnat ". THOMAS BRICMONt