La tenue était impeccable : chemise blanche, cravate verte, chaussures cirées et teint halé. Cela fait plus de 20 ans qu'il navigue dans le métier et il sait le style qu'il faut adopter pour le début de la compétition. Ce n'est pas au vieux singe Georges Leekens qu'on apprend à faire des grimaces. La peur du débutant, ce n'est pas pour lui. Faut dire que quand on a connu 15 clubs (et deux équipes nationales), on sait à quoi ressemble la prise des commandes d'une nouvelle équipe. Chez Leekens, ça commence par une bonne dose de communication. Des tapes dans le dos, des sourires à la pelle, des clins d'yeux de connivence et un discours toujours très avenant.
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La tenue était impeccable : chemise blanche, cravate verte, chaussures cirées et teint halé. Cela fait plus de 20 ans qu'il navigue dans le métier et il sait le style qu'il faut adopter pour le début de la compétition. Ce n'est pas au vieux singe Georges Leekens qu'on apprend à faire des grimaces. La peur du débutant, ce n'est pas pour lui. Faut dire que quand on a connu 15 clubs (et deux équipes nationales), on sait à quoi ressemble la prise des commandes d'une nouvelle équipe. Chez Leekens, ça commence par une bonne dose de communication. Des tapes dans le dos, des sourires à la pelle, des clins d'yeux de connivence et un discours toujours très avenant. Pour son retour à Courtrai, club qu'il avait connu comme entraîneur il y a 21 ans, il n'a pas dérogé à ses habitudes. En remettant de l'ordre (il a changé les bureaux de place, il a commandé un sauna) et surtout, comme il le fait dans chaque formation, en transférant une flopée de joueurs. Neuf exactement et ce n'est pas fini. " Il me manque encore des joueurs ", n'a pas hésité à clamer le beau Georges à quelques jours de l'entame de la compétition. Si le discours se veut travaillé, il le devient encore plus à quelques heures des trois coups. Et Leekens sait plus que quiconque que quand le hasard du calendrier vous offre Anderlecht comme premier adversaire, cela vous procure également une tribune et une visibilité médiatique qu'il convient d'occuper. " On ne doit pas trop attendre de nous ", calmait Leekens dans Het Laatste Nieuws. " Je dois mettre de l'ordre dans le chaos. Quand je suis arrivé, il n'y avait pas de préparation mise en place, pas de staff, pas d'encadrement. J'avais l'impression que Courtrai s'était construit sur son enthousiasme. Après le Nouvel-An, la saison passée, le club s'était fait rattraper par la réalité. " De quoi faire retomber la pression avant la venue des Mauves. En cas de victoire face à Anderlecht, Leekens devenait le nouveau messie et en cas de défaite, il pouvait toujours se défendre en lançant - Je vous l'avais bien dit. Ce qu'il n'a pas manqué de faire après la défaite logique encourue par ses troupes face au Sporting bruxellois. " Nous nous sommes montrés trop braves. Notamment dans les duels. Il nous manquait de la force athlétique. Surtout suite aux absences de Nebosja Pavlovic et de Karim Belhocine. Nous avons été trop prudents sur les ballons aériens. " Là, on retrouve du Leekens pur jus, celui qui a toujours bétonné ses équipes avec de la taille et du muscle. On s'étonnait presque qu'il ait transféré Tom Soetaers, Davy De Beule et Mohammed Messoudi, trois joueurs ne dépassant pas le 1,80m. Contre Anderlecht, il n'avait d'ailleurs titularisé que le seul De Beule aux côtés de Sven Kums (1,76m). " Je ne pouvais décemment pas titulariser les quatre joueurs ensemble. Déjà qu'on n'avait pas de taille, on en aurait encore eu moins ", se défendait Leekens à l'issue de la rencontre. Samedi, le coach a donc manqué son rendez-vous, lui qui n'avait plus perdu face à Anderlecht depuis le 11 août 2007. " Je savais avant le match que ce ne serait pas facile et cela ne l'a pas été. Je ne savais pas si j'allais savoir cocher 11 noms sur la feuille d'arbitre et je nous donnais deux chances sur dix de l'emporter. Je suis déçu car je suis un mauvais perdant, jamais satisfait mais Anderlecht a mérité sa victoire ", lance-t-il avec un clin d'£il. " Le travail est encore long. Je le sais. "A la télévision, un journaliste lui lance. " Ici, vous êtes un bâtisseur. " Leekens répond avec un sourire. Ne l'était-il déjà pas à Mouscron, Gand et Lokeren ? Avec Leekens, le démon du départ, la recherche d'un nouveau défi rémunérateur n'est jamais loin. " C'est un service amical que j'ai rendu à Courtrai en signant ici. C'est un club où j'avais gardé de bons souvenirs. Je ne sais pas quand je partirai mais je sais que j'aurai laissé mon empreinte en partant. Dans la vie, tu dois accepter les défis. "En attendant, Leekens va continuer à travailler, à charmer et à avancer. Avec le KVK qu'il va façonner à sa manière, avec les supporters qui l'ont déjà adopté, lui qui ne refuse jamais de tailler une bavette avec ceux qui se déplacent à l'entraînement et qui l'apostrophent, avec les journalistes qu'il va tenter de séduire pour que son club subisse le moins de pression possible et qu'il puisse travailler en paix. C'est cela la méthode Leekens. Et sur le terrain, il manque quoi ? " Des automatismes. Avec eux, tu renforces la stabilité et c'est cela qu'il faut rechercher. De la stabilité. " Venant d'un homme qui vient de chambouler toute une équipe, cela ne manque pas de piquant. " Courtrai, sans la victoire de Charleroi à Dender, filait vers la D2. Il ne faut pas l'oublier ! "par stéphane vande velde / photos reporters