Il est parti ! On savait qu'il irait faire le bonheur d'un autre club tellement il avait pris une autre stature à Charleroi. Mais son absence fut cruellement ressentie par tous les supporters carolos. Le Sporting est en quelque sorte orphelin de son sorcier, comme l'appelait Badou Kere. La séparation a été brutale et le feuilleton grand guignolesque.
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Il est parti ! On savait qu'il irait faire le bonheur d'un autre club tellement il avait pris une autre stature à Charleroi. Mais son absence fut cruellement ressentie par tous les supporters carolos. Le Sporting est en quelque sorte orphelin de son sorcier, comme l'appelait Badou Kere. La séparation a été brutale et le feuilleton grand guignolesque. Depuis plus d'une semaine, Charleroi a la gueule de bois tandis que Jacky Mathijssen commence à se remettre de son départ forcé. Pendant cinq jours, il n'a pas donné signe de vie, coupant son GSM et se ressourçant en famille. Lorsqu'il débarque mercredi en fin de journée, au stade Jan Breydel, où son avenir se conjuguera ces trois prochaines saisons, il commence sa conférence de presse par quelques mots d'excuses : " Je voudrais d'abord m'excuser pour ne pas avoir répondu à toutes les sollicitations. Même mes parents n'ont pas pu me joindre. Il me semblait plus adéquat de ne pas fournir de commentaires car la situation était encore trop sensible ". Invité en présence du président Michel D'Hooghe, du directeur sportif Luc Devroe, du nouveau manager général Filips Dhondt et du premier transfert brugeois Jeroen Simaeys, Mathijssen était là avant tout pour tracer les lignes du prochain exercice brugeois. Mais la plaie carolo est encore trop profonde. Si son avenir se situe à Bruges, son c£ur et son esprit traînent encore du côté du Pays Noir : " Je ne pensais pas être licencié et cela m'a forcément éprouvé. Je comptais vraiment aller jusqu'à la fin de la saison avec Charleroi et je ne voyais pas vraiment où se situait le conflit d'intérêts. De voir que des gens avec lesquels j'ai travaillé trois ans puissent penser que je n'aurais pas tout donné jusqu'à la fin m'a également marqué. J'ai toujours montré de la motivation à tirer le meilleur de cette équipe et j'aurais continué. Certains pensent que j'aurais mieux fait de ne pas annoncer ma future destination mais les gens honnêtes n'ont rien à cacher. Avec le recul, j'aurais agi de la même façon. Abbas Bayat est un homme qui a tout réussi dans ses affaires ; il s'est heurté à un fils de mineur limbourgeois et il n'a pas supporté cela. Le fait qu'il n'ait pas pris mon assistant Dante Brogno pour me remplacer est également significatif. Le pire, c'est de voir que ce sont les autres personnes, comme Brogno, qui vont le payer cher ". La victoire des Zèbres face à Lokeren (4-3) devait être aussi la sienne. Ce ne fut pas le cas. " J'ai dû attendre jusqu'au dernier moment pour savoir si je devais me rendre ou pas au stade. L'attente de l'après-midi fut un moment particulièrement pénible. Puis, on m'a annoncé que cela ne servirait à rien que je me déplace. J'ai donc regardé la rencontre chez moi. Personne ne peut imaginer l'émotion qui m'a submergée lorsque j'ai perçu la force du soutien montré par le public. Cela m'a mis du baume au c£ur et cela restera gravé en moi pour la vie. Quand j'ai entendu la réaction du public, des joueurs et même du staff, je me suis senti moins seul. Même la presse a loué mon bilan. On a vu que personne n'approuvait la décision présidentielle. Je fais clairement la différence entre une personne et tout le reste quand j'affirme qu'on n'a pas été reconnaissant de mon travail ". Le départ a été précipité mais était dans l'air depuis un certain moment. Les relations entre l'entraîneur limbourgeois et le président iranien semblaient tendues. Abbas Bayat n'a jamais digéré l'affront de son coach dans les derniers instants de la rencontre face à Anderlecht (1-1). Le son de cloche est différent chez Mathijssen. Quand on lui demande depuis quand le fil est rompu avec le président, il s'étonne : " En trois ans, les altercations avec lui ont vraiment été peu nombreuses. Pour moi, l'incident face à Anderlecht était oublié. Il s'agissait d'une réaction épidermique comme on peut en avoir dans des moments d'intensité. Certes, j'ai toujours dit que je fonctionnais avec des cycles de trois ans si les événements n'évoluent pas. Cela ne signifiait pas dans ma tête que mon départ de Charleroi était obligatoire en fin de saison. J'ai quitté St-Trond au bout de ce cycle car je sentais qu'il n'y avait plus de challenge à relever. En juin, j'aurais fini un cycle avec le Sporting. Il me fallait un nouveau défi. Cela aurait pu être dans un autre pays, l'Allemagne ou les Pays-Bas, avec une autre culture. Cela aurait pu être un club belge du top-3 avec d'autres moyens comme finalement ce sera le cas avec Bruges. Mais cela aurait pu être aussi Charleroi où on aurait pu passer un pallier ensemble si on m'avait donné certaines garanties. J'ai attendu. J'avais reçu certaines propositions mais je n'ai jamais donné suite tant que j'étais encore sous contrat avec Charleroi. Jusqu'au moment où on m'a montré clairement qu'on n'était plus satisfait de mon travail. C'était il y a quinze jours dans la presse. Moi, je n'ai fait que réagir aux déclarations du président. Il ne m'avait jamais tenu de tels propos auparavant. Quand, à un mois du terme de ton contrat, on te dit qu'on n'est pas content de ton travail, il ne faut pas me faire un dessin. Le message est clair : je m'en vais. C'est à ce moment que le déclic s'est produit dans ma tête et que j'ai examiné les propositions. Pour moi, ce qu'Abbas Bayat a déclaré dans la presse est aberrant. J'ai le sentiment d'avoir tiré le maximum possible de ce groupe, au vu du contexte et des conditions de travail. Moi aussi, en début de saison, après deux ans de travail en profondeur, j'étais persuadé qu'avec le noyau que je possédais, il y avait moyen de réaliser de grandes choses mais il faut être également réaliste. La donne n'est déjà plus la même quand on vous enlève deux éléments marquants au mois d'août et qu'on recommence en janvier. Et malgré cela, on finit le premier tour avec 29 points et on est toujours cinquième aujourd'hui ! Il suffit de regarder les investissements réalisés par d'autres clubs qui sont aujourd'hui derrière nous pour se rendre compte de la qualité de notre parcours. Et malgré cela, tu t'entends dire publiquement, dans la presse et pas face-à-face, que tu n'as pas rempli ton contrat et que tu n'en as pas fait assez. Cela fait mal. C'était clairement une façon de me faire comprendre que je devais quitter le club. Si Abbas Bayat est un vrai homme, il doit débuter la prochaine saison avec le même groupe et un meilleur entraîneur et on verra s'il obtiendra le titre. Il ne le fera jamais. Il achètera des joueurs ". Pendant toute la saison, Mathijssen a protégé son groupe. Lorsque on lui demandait de s'exprimer sur les visées de titre ou de trophée du président, il affirmait que l'ambition permet à un groupe d'avancer. Pourtant, il savait plus que quiconque que ces propos ne cadraient pas avec le niveau de son groupe. Il savait que c'était une pression supplémentaire dont se serait bien passé cette formation encore en gestation. " Je devais accepter ce discours et ces ambitions peu réalistes. Il y a pourtant des moments où je me posais des questions mais personne ne le savait. Je remettais en question mes choix et je n'hésitais pas à me regarder dans un miroir. Je dois toujours avoir l'impression que je fais le maximum. Quand je ne l'ai pas, je tire la sonnette d'alarme et je mets en garde certaines personnes. Comme je l'ai fait vis-à-vis de la direction quand je voyais qu'on ne mettait pas assez le paquet pour grandir. Quand, en début de saison, le président a prononcé le mot titre, je savais qu'on était parti pour connaître une déception un jour ou l'autre. On allait droit dans le mur et le clash était inévitable. C'est un miracle si celui-ci ne s'est produit qu'à trois matches de la fin. En faisant preuve d'autant d'ambition, il devait savoir qu'il allait devoir prendre des risques. Notamment ceux de retenir ou de transférer des pions importants. Ce qu'il n'a jamais fait. Donc, si en bout de saison, on n'a pas remporté de prix, les dirigeants ne doivent s'en vouloir qu'à eux-mêmes ". L'heure est au bilan : " Si je reçois aujourd'hui ma chance à Bruges, c'est grâce aux joueurs et c'est pour cette raison que j'ai voulu retourner leur rendre hommage. Philippe Vande Walle m'a ouvert le vestiaire la semaine passée et j'ai pu leur dire au revoir. Charleroi m'a donné la chance d'apprendre beaucoup et je suis certainement meilleur entraîneur qu'il y a trois ans. A St-Trond, je débutais et je suis rentré dans un groupe qui possédait une unité. Ce n'était pas le cas à Charleroi. Le travail psychologique s'est avéré beaucoup plus important. Il y avait davantage de nationalités, de cultures et de personnalités différentes. On ne pourra jamais me reprocher de ne pas avoir maintenu durant trois ans un vestiaire uni. Or, c'est loin d'être évident. Surtout à Charleroi ! C'est ma plus grosse satisfaction et c'est la base du succès carolo, croyez-moi ! J'espère maintenant que le club est conscient de cela et qu'il ne lâchera pas cette ligne de conduite car je ne voudrais pas que ce qui s'est passé à St-Trond après mon départ se reproduise à Charleroi. C'est un club qui a acquis une certaine stabilité et qui doit tout faire pour la conserver ". A Bruges, Mathijssen compte reprendre quelques recettes de ses deux précédentes expériences. " Je veux rétablir le lien entre le club et ses supporters. J'ai toujours réussi à établir le contact que ce soit à St-Trond et à Charleroi. C'est important qu'il y ait une communion entre chaque partie. Le premier contact avec Bruges a eu lieu après les propos du président Bayat. On m'a donné 72 heures pour prendre une décision. Je n'en ai eu besoin que de 50. A Charleroi, on partait du principe que six fois sur dix, nous avions la meilleure équipe. A Bruges, ce sera neuf fois sur dix. Je veux arriver à avoir une formation qui en principe est tellement forte, tellement vigoureuse, tellement maligne qu'elle ne doit plus avoir besoin d'entraîneur pour gagner. Mon objectif est de regarder à nouveau la concurrence dans les yeux. Sur le terrain, mon équipe doit refléter l'atmosphère qui règne dans les vestiaires ". Pour le seconder, Mathijssen compte sur l'actuel T1, Cedomir Janevski : " Je lui ai parlé de cette éventualité. Mais dans un premier temps, il préfère se concentrer sur la fin de saison actuelle. Cependant, j'espère qu'il deviendra mon assistant. Nous pourrions être parfaitement complémentaires. Il cerne très bien les jeunes de Bruges, et il a travaillé avec le dernier entraîneur qui a réussi ici. De plus, je le connais très bien. J'ai suivi les cours de la Licence Pro avec lui et on partageait la même chambre. Lorsque tu dors 20 nuits avec quelqu'un, tu parles aussi d'autres sujets que du football, du dernier but et des avantages de tel ou tel système. Là, j'ai appris que nous nous entendions très bien. Il me donnerait 20 % de chances supplémentaires de réussite à Bruges ". Durant sa période carolo, Jacky Mathijssen n'aura pas été épargné par les médias flamands. Le Limbourgeois a d'abord eu une image d'entraîneur défensif avant d'avoir celle de provocateur d'arbitres : " On ne peut jamais faire l'unanimité partout. C'est vrai que les médias flamands étaient sceptiques mais ils ont changé d'avis ces derniers mois. Quand mon arrivée à Bruges a été officialisée, tous les médias m'ont décrit comme quelqu'un qui pouvait aider le club à se redresser. Je ne prends pas mon travail ici comme une revanche. En revenant dans un club flamand, ce n'est pas pour prouver quoi que ce soit. Par contre, je suis content de renouer avec ma langue maternelle. Je base une partie de ma philosophie sur le discours. Et cela n'a jamais été facile de convaincre les gens dans une autre langue que la sienne ". par stéphane vande velde