Un président menacé par des mots et par des gestes. Un business meeting chahuté. Un envahissement du stade. Des insultes. Des tags. Des dégâts matériels. Le C4 à Mircea Rednic, l'arrivée de Guy Luzon, des millions sortis des caisses du club pour aller dans celles des entreprises du patron : impossible à digérer pour une bonne partie des supporters. Ça, c'était Sclessin il y a un an. Un siècle. Une éternité.
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Un président menacé par des mots et par des gestes. Un business meeting chahuté. Un envahissement du stade. Des insultes. Des tags. Des dégâts matériels. Le C4 à Mircea Rednic, l'arrivée de Guy Luzon, des millions sortis des caisses du club pour aller dans celles des entreprises du patron : impossible à digérer pour une bonne partie des supporters. Ça, c'était Sclessin il y a un an. Un siècle. Une éternité. Un championnat et une deuxième place plus tard, il ne reste pas grand-chose de la révolte. Le Standard a repris les entraînements dans une ambiance pacifique. L'échec in extremis dans la course au titre n'a même pas réussi à zapper les sourires. Plongée dans un environnement où, aujourd'hui, tout le monde est content. Serein. Optimiste. Constructif. Ou presque. Pierre Locht, le team manager, vit presque à temps plein avec les joueurs. Il a retrouvé des Rouches bien dans leur tête, le jour de la reprise. " La déception a été énorme en fin de saison, mais là, j'ai l'impression que tout le monde a complètement fait le vide. La page est tournée. Ils n'ont pas reparlé de la perte du titre quand ils se sont retrouvés à l'Académie. Il y a sans doute plusieurs raisons à cela. Les vacances ont été assez longues, et le groupe qui a repris les entraînements était assez différent de celui qui a fini le championnat : il y a eu des départs, il y a des retours de prêt, certains joueurs ont eu la permission de reprendre quelques jours plus tard, il y en a qui étaient encore à la Coupe du Monde, le noyau avait été complété avec des jeunes. J'ai senti une ambiance de renouveau. " Le team manager a aussi pu observer de près, il y a un an, les réactions des joueurs face à la révolte. " D'abord, quand ils travaillent à l'Académie, ils sont un peu dans une bulle. La journée du business meeting avait été très particulière pour eux parce qu'ils participaient à cette réception et ils ont donc vu débarquer les supporters en colère. Dans un premier temps, ils se sont demandé dans quoi ils étaient tombés. Certains contestataires étaient très agressifs. Mais dès qu'ils ont vu les joueurs, ils se sont calmés, ils ont commencé à demander des autographes et à faire des photos. A ce moment-là, nos joueurs ont compris que la révolte n'était pas du tout dirigée contre eux et ça s'est confirmé tout au long de la saison. Ils ont rarement été critiqués ou sifflés par les supporters. On l'a encore vu pendant les play-offs. Alors que l'équipe craquait progressivement, tout le stade continuait à les encourager, à les pousser vers le titre. J'ai remarqué un respect mutuel : les supporters ont apprécié que les joueurs continuent à tout donner jusqu'au dernier match, et les joueurs ont constaté que le public jouait son rôle de douzième homme jusqu'au bout. Quand le titre d'Anderlecht a été officiel, il y avait beaucoup de déception mais pas vraiment de colère. " Champion avec les U15, Eric Deflandre est actuellement en congé mais il a fait un bref retour à l'Académie en début de semaine passée, quand les entraînements reprenaient. Il devait discuter avec ses patrons car Malines frappait à sa porte avec une jolie promotion comme T2 et un joli contrat. Il a ainsi pu sniffer l'ambiance autour du noyau. " Au même endroit et au même moment il y a un an, c'était très chaud. Il y avait le feu. Et la situation de Guy Luzon était très compliquée. Les supporters exigeaient un entraîneur qu'ils connaissaient, Luzon n'était pas connu. Malgré cette ambiance hostile, il a su travailler sérieusement, en prenant ses distances par rapport à la révolte. Il y a beaucoup de coaches qui auraient craqué dans des conditions pareilles. " Deflandre constate aujourd'hui un état d'esprit complètement différent. " J'ai trouvé des gens sereins à la reprise. Maintenant, les supporters savent ce que Luzon a dans le ventre, ils ont compris qu'il avait des qualités. Ils sont même parvenus à accepter le verdict des play-offs, le passage à vide de l'équipe au plus mauvais moment. Luzon a fait ce qu'il fallait pour être accepté, tout le club a fait le nécessaire pour calmer la contestation. La préparation va être beaucoup plus facile que l'année dernière. Pour les joueurs, c'est évidemment beaucoup mieux quand l'atmosphère n'est pas hostile. Même s'ils n'étaient pas visés, ça ne devait pas être agréable pour eux. Maintenant, on ne va changer les supporters du Standard. Ils exigeront à nouveau un bon début de championnat. " L'ancien Rouche et Diable veut continuer à faire partie du projet. C'est Olivier Renard qui avait glissé son nom à la direction malinoise pour en faire le T2 du nouveau coach, Aleksandar Jankovic. Eric Deflandre reconnaît qu'il était fort intéressé : " Je suis allé discuter deux fois chez eux. J'ai rencontré les dirigeants et Jankovic, il était favorable à mon arrivée. J'ai réfléchi parce que je considérais cette fonction comme un pas en avant dans ma carrière, et aussi parce que le contrat était très intéressant. Après ça, j'ai parlé avec Christophe Dessy, le responsable de l'Académie. Il m'a rappelé qu'on avait lancé un projet avec les jeunes du Standard. Je m'étais engagé dans un cycle de deux ans avec les U15, il était prévu que je les accompagne la saison prochaine dans le championnat U16. J'en ai conclu que j'étais encore en formation et qu'il valait mieux rester. Je ne voulais pas non plus me fermer les portes de l'équipe Première du Standard. A terme, je veux intégrer le staff d'une équipe pro. Peut-être celle du Standard. " PHK, trois lettres indissociables de l'enfer de Sclessin, du feu qui le ravage deux fois par mois durant la saison de foot. Ce groupe de supporters a le sens de la formule. Extrait... Il nous a fallu cinq ans pour créer l'hystérie, nous aurons l'éternité pour faire régler le KAOS !Publik Hystérik Kaos, c'est eux. Au programme : Frénésie (toujours garder l'esprit kaotik), Voix, Union (ensemble, les fans du Standard tsunamisent tout), Passion. La passion, la frénésie, la voix, le chaos, l'hystérie, c'était dans le cocktail de la foule démontée il y a un an. Aujourd'hui, Roland Duchâtelet n'est pas encore leur modèle, leur guide, leur idole ou leur ami, mais ça va vachement mieux. Comme si les deux camps, à force de réfléchir, avaient fini par (plus ou moins) se comprendre. " Pour le moment, l'humeur chez les supporters n'est ni à la crise, ni à l'euphorie ", explique Renaud Demany, représentant du PHK. " Il faut reconnaître aussi que le Standard ne monopolise pas les conversations. Des gens sont en vacances, il y a aussi la Coupe du Monde. Donc, on est un peu entre deux, en transit ! Mais on surveille quand même les allées et venues. Et là, la balance est déficitaire. William Vainqueur et Michy Batshuayi, ça fait deux pertes importantes. On demande qu'ils soient remplacés par des joueurs qui ont la même expérience et des qualités équivalentes. " L'amélioration du rapport entre le président et la base s'explique, selon Renaud Demany, par un changement dans l'attitude de Roland Duchâtelet. " Je ne cache pas que les sentiments à son égard restent mitigés. Certains supporters maintiennent qu'il ne prend pas les bonnes décisions, qu'il nous manipule, qu'il continue à faire des transactions étranges. Le fait qu'il possède plusieurs clubs ne plaît pas à tout le monde. Quand le Standard annonce un transfert entrant, on se demande si le joueur en question va renforcer notre équipe ou être plutôt parqué en Hongrie, en Espagne, en Allemagne ou en Angleterre, dans une des équipes satellites. Ce groupement de clubs détenus par Duchâtelet laisse une partie du public perplexe. " A côté de cela, il y a " ceux qui sont maintenant apaisés par rapport à sa politique et se disent que, lui ou un autre, le Standard a un propriétaire qui décide ce qu'il veut. " Au PHK, on est persuadé que les événements de l'été 2013 ont servi à quelque chose. " On a mis la pression sur Roland Duchâtelet, ça a clairement porté ses fruits. Par exemple, il a arrêté de faire des discours farfelus, de lancer des idées bizarres. Comme la Bénéligue. On n'y a jamais cru, et chez nous, personne n'a envie de se farcir des déplacements coûteux à Rotterdam ou à Amsterdam. On donne déjà beaucoup pour assister aux matches en Belgique, et les play-offs sont chers. Si cette Bénéligue voyait le jour, le Standard risquerait de se retrouver avec une majorité de spectateurs fortunés. Il perdrait son identité ouvrière à laquelle nous tenons vraiment. Dans ses idées bizarres, il y avait aussi l'aménagement de tout un complexe autour du stade. Un truc très bling bling, une espèce de fête foraine permanente. On est conscients que le club doit essayer de trouver de nouvelles sources de revenus mais un projet pareil ne nous séduit pas du tout. Roland Duchâtelet a compris qu'on ne soutenait pas des projets comme celui-là, donc il a arrêté d'en parler. C'est un bon point. " Une comparaison avec l'ancienne direction se glisse naturellement dans la conversation. " On est habitués à un patron qui prend ses décisions dans l'ombre, sans écouter autour de lui. Lucien D'Onofrio faisait déjà la même chose. Mais il n'en parlait qu'à partir du moment où tout était fait. Roland Duchâtelet, lui, évoquait déjà les sujets quand ils venaient de naître, je pense qu'il a entre-temps compris que ce n'était pas la bonne approche. " Autre bon point pour le patron actuel : " En dix ans de gouvernance de D'Onofrio, on n'avait pu le rencontrer qu'une ou deux fois. Avec Duchâtelet, les contacts sont beaucoup plus fréquents. Il nous accorde du temps, il nous reçoit, il nous écoute. Il y a un vrai dialogue. Il a compris qu'il ne pouvait pas faire n'importe quoi avec le club, qu'il y a des décisions qui ne passeront jamais chez les supporters. Il a aussi saisi qu'il ne devait plus essayer de nous embobiner. L'année dernière encore, il nous disait blanc mais faisait noir quelques heures plus tard. La veille du match retour de barrages contre Gand pour la qualification européenne, on lui avait demandé s'il comptait conserver Mircea Rednic. Il nous avait répondu qu'il n'avait pas encore pris de décision. Le lendemain, on explosait Gand, et le jour d'après, il virait Rednic et annonçait l'engagement de Guy Luzon. Comme s'il suffisait de quelques heures, un week-end, pour aller chercher un nouvel entraîneur en Israël. Aujourd'hui, quand on se retrouve à la même table que Roland Duchâtelet, on voit un homme qui essaie de s'imprégner de la mentalité Standard et de gérer le club en bon père de famille. Et on peut lui exprimer nos griefs, il tend l'oreille. Il nous dit qu'il veut construire un noyau capable de faire des bons résultats sur trois fronts et de viser le podium en championnat, et plus si affinités. On n'a pas de raisons de ne pas le croire. Mais il faudra refaire le point dans deux semaines, on verra si le recrutement est à la hauteur. " ?PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS: BELGAIMAGE/NICOLAS LAMBERT" Il y a beaucoup de coaches qui auraient craqué dans une ambiance pareille. Guy Luzon a bien géré. " Eric Deflandre, entraîneur des U16 " Il y a un an, les joueurs ont vite compris que la révolte n'était pas dirigée contre eux. " Pierre Locht, team manager