"C'est vraiment important de comprendre que Fabrice n'est pas un gangster. Je pense que c'est surtout quelqu'un de très paumé qui a été piégé... C'est clair qu'il a été très loin en juillet, mais en même temps, je ne suis pas sûr qu'il était totalement au courant de tout parce qu'il m'avait dit qu'il ne voulait absolument plus retourner en prison... Il ne voulait plus toucher à toutes ces magouilles. "
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"C'est vraiment important de comprendre que Fabrice n'est pas un gangster. Je pense que c'est surtout quelqu'un de très paumé qui a été piégé... C'est clair qu'il a été très loin en juillet, mais en même temps, je ne suis pas sûr qu'il était totalement au courant de tout parce qu'il m'avait dit qu'il ne voulait absolument plus retourner en prison... Il ne voulait plus toucher à toutes ces magouilles. " Passé par les classes de jeunes du SC Charleroi il y a une bonne dizaine d'années, MichaëlByloos a finalement quitté assez rapidement la route vers le football pro, non retenu par les formateurs carolos. De ses quelques années au Sporting, Michaël a gardé quelques contacts : ceux de jeunes qui, comme lui, n'ont pas fait des vieux os chez les Zèbres, mais également ceux de mecs qui ont reçu leur chance en équipe première, comme LokmanAtasever ou FabriceLokembo. Si ce dernier n'a pas écrit l'Histoire du club, il aura marqué celle du 27 juillet 2016. Ce jour-là, les médias belges relaient l'information selon laquelle l'ancien défenseur des Zèbres a été arrêté quelques jours plus tôt dans les environs de Dunkerque alors qu'il tentait de faire passer dix Afghans en Angleterre. " À Bruxelles, un certain Malik m'a proposé de livrer des meubles en Angleterre, mais à ce moment-là, je ne savais absolument pas ce qu'ils pouvaient contenir ", expliquera Lokembo lors de sa comparution immédiate devant le tribunal de Dunkerque. " Arrivé à Calais, j'ai vu un prénommé Al, qui m'a mis au courant au dernier moment et proposé de passer ces dix personnes en échange de 1 000 € par tête (...) Tout s'est passé très vite. J'ai beaucoup de dettes, je suis sous pression, alors j'ai accepté. Je n'avais jamais fait ça, et sincèrement, je regrette car je ne suis pas comme ça. " Arrivé au terminal de Loon-Plage vers 1 heure du matin le jeudi 21 juillet, l'ancien footeux de 33 ans est prêt à s'embarquer dans un ferry pour Douvres quand la police aux frontières décide d'inspecter son camion. Les quatre hommes, deux femmes et quatre enfants "dissimulés" dans des meubles sont découverts, Fabrice est arrêté. Il sera condamné quelques jours plus tard à dix mois de prison ferme accompagnés de trois ans d'interdiction d'entrer sur le territoire français. Pour le natif de Kinshasa, c'est la fin d'une descente aux enfers dont le point culminant fut pourtant son arrivée dans le noyau du Sporting Charleroi où on le considérait comme un grand espoir du club... " Je me souviens d'un fameux Charleroi-Standard (3-3) lors duquel on était entré tous les deux au jeu. Quand t'as 17-18 ans, que tu joues le Standard avec ton pote devant 23-24 000 personnes (sic) et que tu prends un point, tu ne peux que motiver l'autre et vice versa. Je nous revois discuter à la fin du match : on y croyait. " Désormais actif en P1 namuroise à Pesche, Lokman Atasever est resté ami plus de 14 ans après ce choc wallon qui était censé véritablement lancer la carrière du Belgo-Congolais. " Il était bourré de talent ", se rappelle son ancien coéquipier AbdouBoukamir. Pourtant, en réserve, on lui avait demandé de se trouver un autre club. C'est EtienneDelangre, à son arrivée en 2002, qui n'a plus voulu qu'on s'en débarrasse et qui l'a intégré à l'équipe première. " Polyvalent, fort de la tête, bon à la relance, excellent au tacle, le gaucher enflamme alors tout son petit monde et les Carolos s'imaginent tenir une pépite entre leurs mains. " Il m'impressionnait physiquement ", corrobore son ancien coéquipier ThibautDetal. " C'était une masse, un gars bien musclé et d'une puissance naturelle incroyable. Il avait une façon de courir un peu bizarre, mais c'était une des plus belles promesses du club. " Une façon de courir un peu bizarre ? Notez que quelques années plus tôt, Lokembo ne pouvait même pas galoper à l'entraînement, la faute à une arythmie cardiaque. " À une époque, au repos, son coeur faisait 120 pulsations à la minute ", se souvient Abdou Boukamir. " Pendant qu'on s'entraînait, il ne faisait que trottiner - c'était limite de la marche - et on était persuadé qu'il allait bien vite arrêter le foot. " Mais Fabrice s'est soigné, est revenu dans le coup et vivait plutôt bien avec cette malformation... " Je ne connais aucun symptôme de nature à m'inquiéter. Je dois juste tenir compte du fait qu'il y a quelque chose en moi à surveiller ", expliquait-il à La Dernière Heure en 2004. Pourtant, en octobre de cette même année, alors qu'il a déjà subi une opération aux ligaments du genou et une sortie sur civière en plein Standard-Charleroi, Lokembo rechute. Titulaire indiscutable au poste d'arrière gauche, il doit subitement quitter son poste pour retrouver la table d'opération : son coeur n'est pas en forme. Cette saison-là, Fabrice ne joue que huit matchs de championnat et, arrivé au terme de son contrat, il n'est pas prolongé. Parce qu'il n'a pas retrouvé son niveau ? " Je ne crois pas que c'est uniquement lié à ses problèmes cardiaques parce qu'il a quand même continué sa carrière en Israël et à Chypre ", contredit Thibaut Detal. " Est-ce qu'il a eu de la "malchance" avec son comportement extra sportif ? Peut-être. " Sûrement, même... De l'aveu des gens qui l'ont côtoyé, il y a un vrai problème d'encadrement chez Fabrice. Issu d'une famille nombreuse, il a d'abord vécu à Braine-l'Alleud avant de déménager à Marchienne où il devait composer avec des parents peu disponibles. " Il se débrouillait pour que quelqu'un vienne le chercher pour aller à l'entraînement, ses parents ne faisaient pas beaucoup de trajets ", retrace Lokman Atasever. Au moment de son avènement en équipe première du Sporting, Fabrice voit néanmoins son frère prendre de plus en plus de place dans ses affaires en devenant une sorte de conseiller... Mais son côté envahissant et ses probables exigences financières déraisonnables constitueraient une des causes plausibles du départ de Fabrice du Mambourg en 2005. Peu soutenu par sa famille, Fabrice a découvert seul le monde professionnel et s'est, du coup, laissé séduire par de nombreuses tentations. " Avec l'habitude des entraînements en journée, les footballeurs traînent plus facilement chez des coéquipiers qui vivent aux alentours du stade ", expose XavierThiry, ancien membre du staff carolo. " Fatalement ils commencent à rencontrer les gens de la ville. Parfois, ce sont de bonnes fréquentations, parfois non. Et lui, en l'occurrence, n'a pas rencontré des personnes ayant un bon fond. Il s'est donc écarté du droit chemin aussi bien sportif que social. " Probablement assez naïf, Fabrice s'entoure mal et voit plusieurs personnes lui faire tourner la tête dans le mauvais sens. Alors qu'il traîne tout le temps avec lui, à l'époque, Lokman Atasever ne sait pas grand-chose de cette époque assez sombre. " Il a eu sa période de sorties et je sais qu'il a eu quelques soucis avec la police " se remémore cependant l'ailier d'origine turque. " On avait des voitures du Sporting et le club a reçu pour son auto des procès pour excès de vitesse ou accident à 3 h du matin en pleine semaine... Que faisait-il à ce moment-là ? " Il apparaît clairement que la source des problèmes de Lokembo se situe dans les environs de Charleroi. Car durant sa période à l'étranger - une saison en Israël, quatre à Chypre - le latéral gauche est à ce point en forme qu'il est même lié à l'équipe nationale du Congo. " Je crois qu'il a fait un match parce qu'un jour, en discutant, il m'a parlé des fameux tacles à la gorge que l'on fait au Congo " poursuit Atasever. " Ça se passait plutôt bien pour lui, à l'étranger, il avait même joué la Coupe d'Europe. Mais chaque fois qu'il revenait ici, il retrouvait ses mauvaises fréquentations... " À son retour définitif au pays suite à la fin de sa collaboration avec les chypriotes de l'AEK Larnaca en 2010, Lokembo tente néanmoins de s'accrocher au monde du football... L'ancien Carolo rejoint alors le Racing Charleroi Couillet Fleurus (RCCF), à l'époque appelé FC Charleroi, en D3. " Au départ, l'entraîneur n'était pas partant, il avait déjà son noyau ", raconte l'ancien président du club RobertoLeone. " Mais il s'est rapidement rendu compte que Fabrice était plus fort que tous les autres : il s'était en plus entraîné seul de son côté. Et il en voulait... " Le gars a de l'ambition, certes, mais certainement pas autant que son fameux entourage qui ne le lâche pas d'une semelle. " À cette époque, il était encore jeune et influençable, donc beaucoup de gens lui faisaient miroiter des trucs à la con ", reprend le président, qui croise alors régulièrement deux-trois lascars aux entraînements et aux matchs. L'un d'entre eux se montre d'ailleurs plus insistant et confiant envers son "poulain" : " Vous allez voir, il va aller plus haut ", lâche-t-il, alors que Fabrice reprend à peine du poil de la bête. " Les gens qui tournaient autour de lui avaient promis de l'argent, mais il n'avait rien : il crevait de faim, le garçon. Dans sa vie privée, il était seul ", déplore encore Leone. " On a essayé de l'aider. Il avait demandé du boulot à l'entraîneur qui m'en avait parlé et on lui avait trouvé un petit job. Avec toute la journée devant lui avant l'entraînement, il avait en effet de bonnes raisons de s'ennuyer... " Installé dans le bureau de son garage Jaguar et Land Rover, l'ancien président du FC Charleroi ne pense pas si bien dire : Lokembo s'ennuie et ne parvient pas à s'adapter à son nouveau quotidien. " Quand il est revenu dans la "vie normale", il m'a dit qu'il n'y connaissait rien. Il avait juste compris qu'il devait faire une croix sur la vie de footballeur, mais il ne savait pas comment faire pour la suite ", témoigne son pote Michaël Byloos. Lokembo se laisse alors entraîner dans diverses combines bien louches et tombe dans une première grosse affaire : le trafic de stupéfiants. Ça lui coûtera quelques mois de sa vie à passer en prison. Certains médias ont également évoqué une histoire de coups et blessures, ce que ses proches démentent néanmoins. Quoi qu'il en soit, Fabrice débute dès 2011 une vraie période noire durant laquelle il ne fait presque rien de ses journées... " Il a vécu pendant des mois dans une situation difficile, sans un sou en poche ", éclaire Michaël Byloos. " Il vivait un peu partout : une fois chez moi, une autre fois chez une compagne, ou encore chez son père où ce n'était pas fort évident. " De tous ses problèmes, Fabrice ne dit rien (ou pas grand-chose) à ses amis, probablement à cause de son caractère réservé... " C'était pas le genre de mec qui racontait sa vie ", affirme Lokman Atasever. " Mais par contre, c'était pas le dernier à se foutre de la gueule des gens. Il aimait bien faire rire en faisant des commentaires sur ceux qui passaient en rue ou en faisant comprendre un truc marrant tout en restant silencieux. " Passionné de foot, Fabrice l'était aussi des femmes. Ce qui lui a peut-être dérobé quelques années de liberté... en devenant père la majorité à peine atteinte. " On était chez les juniors quand il a eu son enfant ", pose Abdou Boukamir. " Il ne nous en parlait pas beaucoup, c'était plutôt nous qui l'embêtions avec ça : on lui chantait "Tu es mon Millésime" pendant toute la grossesse de sa copine. Il se marrait, "Bande d'enfoirés" qu'il disait (rires). " Mais peu après la naissance de Kilian, en 2002, Fabrice et sa compagne se séparent. S'ensuivront de nombreuses années d'instabilité auxquelles le père a voulu mettre fin il y a quelques semaines. " Pendant l'été, il m'a affirmé que son objectif était de reprendre une vie normale et de s'occuper de son fils, il voulait donc oublier sa période sans argent en travaillant ", se souvient Byloos. Pour subvenir aux besoins de Kilian, qui commence d'ailleurs à faire parler de lui au Sporting Charleroi pour ses qualités sportives, Fabrice avait tout d'abord tenté l'expérience d'un restaurant africain à Gosselies, il y a quelques années. Par la suite, il a accepté une première fois un job de chauffeur-livreur à Bruxelles... où il s'est fait avoir. Comme il ne connaissait pas le système, il s'est fait exploiter en prestant illégalement des heures sup' pour lesquelles il n'a finalement jamais été payé. Las de devoir emprunter 50 euros par-ci ou une voiture par-là, Lokembo s'est encore battu pour trouver un moyen de s'en sortir, comme le précise Byloos. " Il avait accepté un deuxième boulot de chauffeur et cherchait même à se relancer dans une petite équipe de Promotion ou D3 pour faire entrer un peu d'argent, parce qu'il n'avait aucun revenu. " Fabrice recontacte alors son ancien club du RCCF, qui prépare sa future saison en D2 amateurs. " Il nous a dit qu'il n'avait pas perdu la condition, qu'il faisait pas mal de matchs avec des amis et qu'il s'était même lancé dans une entreprise de coaching sportif pour remettre les gens en condition ", informe Xavier Thiry, actuel T2 du club. Beaucoup de gens nous avaient confirmé ses dires et nous encourageaient à ne pas nous priver de ce joueur expérimenté et très affûté. " Lokembo reçoit alors six semaines de test pour prouver qu'il n'a rien perdu de ses capacités footballistiques. Mais à la reprise des entraînements, le latéral gauche brille par son absence. Contacté par ses entraîneurs, il explique qu'il a beaucoup de travail sur la France et qu'il reviendra dès que possible. Finalement, le couperet tombe aux alentours de la fête nationale... " Comme je n'avais pas de réponse sur le portable de Fabrice, j'ai contacté sa copine, se rappelle Lokman Atasever. Elle savait juste qu'il avait été attrapé à Dunkerque. Quand on lui a demandé si c'était un problème de bagarre, elle a répondu : "Non c'est plus grave..." Le lendemain, on découvrait les gros titres des journaux. " Alors que Fabrice est enfermé dans le nord de la France, tout contact avec son entourage est désormais surveillé par les autorités. " Mon coach SalvatoreLenti a voulu le joindre il y a quelques semaines et en guise de réponse, il a reçu un coup de téléphone d'enquêteurs qui lui demandaient ce qu'il voulait à Fabrice ", illustre Xavier Thiry avant de conclure : " Pour risquer aussi gros, il fallait qu'il ait un vrai souci ! " Blessures, entourage douteux, famille peu présente, fin de carrière précoce... Pour Fabrice Lokembo, il n'y en avait malheureusement pas qu'un. PAR ÉMILIEN HOFMAN - PHOTOS BELGAIMAGE" Il n'avait pas un sou vaillant et vivait tantôt chez moi, tantôt chez une copine, tantôt chez son père. " - MICHAËL BYLOOS, AMI DE FABRICE LOKEMBO Ses premiers ennuis avec la justice : un trafic de stupéfiants.