"Je ne suis pas Steven Defour, je ne veux qu'une chose : jouer ! " : c'est ce que Pape Camara déclare à son retour au Standard, après six mois de prêt à Saint-Trond. Le jeune médian défensif (19 ans) peut remercier tous les marabouts d'Afrique et de Sclessin ; ce déménagement constitue la chance de sa vie, le déclic qui lui permet de se faire un nom, de s'installer au top de la D1 et même de démontrer qu'il pourrait être un jour le successeur de Maître Steven.
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"Je ne suis pas Steven Defour, je ne veux qu'une chose : jouer ! " : c'est ce que Pape Camara déclare à son retour au Standard, après six mois de prêt à Saint-Trond. Le jeune médian défensif (19 ans) peut remercier tous les marabouts d'Afrique et de Sclessin ; ce déménagement constitue la chance de sa vie, le déclic qui lui permet de se faire un nom, de s'installer au top de la D1 et même de démontrer qu'il pourrait être un jour le successeur de Maître Steven. Si le capitaine s'en allait vers d'autres horizons en fin de saison, le Standard ne devra pas chercher un nouvel aspirateur pour enlever les poussières devant la défense : il figure en bonne place dans le magasin du Standard. Son histoire commence pourtant loin de là, au Sénégal où Luis De Matos, une ancienne vedette portugaise du Standard (1978-81) fait tourner son école de football : l'Etoile Lusitana de Dakar (club de D2), fondée en 2008. De Matos savait que le talent ne manque pas dans ces contrées et dévoilait ouvertement ses plans à la presse africaine : " Ce projet monté par des privés sénégalais et portugais a pour ambition de détecter et de former des joueurs talentueux qui tenteront ensuite leur chance dans des clubs professionnels en Europe ". Il ajoutait alors que " l'investissement de départ s'élève à 1,1 million d'euros et permettra à la structure de fonctionner durant trois ans sans apport extérieur ; les promoteurs s'attendent à percevoir des dividendes. Des fruits sont déjà prêts à être cueillis. Nous avons deux jeunes, un arrière central et un milieu de terrain pistés par de bons clubs étrangers. " De Matos et ses gamins sillonnent l'Europe, gagnent des tournois, sont en stage, notamment à l'Académie Robert Louis-Dreyfus. Le Portugais est un ami de longue date de la famille D'Onofrio. C'est un réseau intéressant mais les exigences sont élevées : un bras cassé de l'Etoile Lusitana ne sera jamais engagé au Standard. José Jeunechamp a aligné quelques fois ses Espoirs rouches face à ceux de De Matos : " Dominique D'Onofrio, qui était alors le patron de notre centre de formation, a retenu deux noms, dont celui de Camara. Ils sont restés plus longtemps chez nous, le temps de cerner leur potentiel et, surtout, ce qui se voit moins et demande une grande expertise : leur marge de progression. Le Standard n'a gardé que Camara qui affichait déjà ses principaux atouts actuels. Je songe à sa puissance, sa taille, son abattage, etc. Il a dû surmonter des problèmes comme l'adaptation à un autre environnement : alimentation différente, froid, neige, football à l'européenne... " Arrivé, Camara apprend à se gérer au fil des anecdotes de la vie, comme quand on l'empêche de participer à un stage avec les Espoirs du Standard à l'Etoile du Sahel pour un problème de passeport. Aidé par le Standard, Camara quitte la Tunisie, rentre au Sénégal pour régler ce problème. Pas évident à vivre mais cela forge personnalité et caractère. " Dès le début de son aventure chez nous en janvier 2010, l'accent a été mis sur un gros travail technico-tactique ", explique Jeunechamp. " Sa progression ne m'étonne pas : c'est un gros bosseur, comme Eliaquim Mangala. Pape sait que tout passera par là pour que son jeu soit plus fluide, ses passes mieux calibrées. Un grand médian défensif ne peut plus se contenter de récupérer : il doit aussi construire, percuter et marquer. Camara est très prometteur et intelligent. La stratégie du Standard a été payante. Il y a un gros écart entre les Espoirs et la D1 : le prêt à Saint-Trond lui a permis d'avoir du temps de jeu et il a bien digéré cette transition avant que Dominique le fasse revenir en janvier dernier pour équilibrer son effectif. Le Standard avait besoin de puissance et il l'avait à portée de main. On a retrouvé un joueur plus mûr... " Camara a tiré les leçons de son transit en Hesbaye en déclarant : " Chez les Canaris, j'ai joué et Guy Brepoels m'a donné de très bons conseils. J'ai notamment pu jouer 90 minutes face à Anderlecht. J'ai appris beaucoup de choses dans le Limbourg où je garde des amis comme Peter Delorge, Ibrahima Sidibe ou encore Andrea Mutombo. Mais je voulais vraiment revenir au Standard. J'y profite de l'expérience des anciens, dont Jelle Van Damme qui me conseille énormément. "Un ex-Standardman, Gregory Dufer, s'est entraîné avec lui à Saint-Trond : " Je suis arrivé là-bas en automne mais je n'ai pu jouer qu'à partir de janvier. J'ai constaté que Camara était courageux. Pourtant, il n'y a jamais évolué à sa vraie place : on l'a vu à l'attaque et sur le flanc gauche, jamais devant la défense. Cela lui a fait du bien mais allait-il trouver sa place dans un entrejeu comme celui du Standard aux côtés des Mehdi Carcela, Van Damme, Axel Witsel et Defour ? Camara ne détient pas encore leur technique et leur métier mais a eu la sagesse de jouer simple. " PAR PIERRE BILIC - PHOTO: REPORTERS A la recherche de puissance en janvier, DD le rappelle de Saint-Trond où il était prêté.