Quelques jours avant l'entame des play-offs 1, l'ambiance est relax au Centre National de Tubize où le Sporting Charleroi répète ses gammes avant son entrée en matière sur le terrain d'Anderlecht. Les Zèbres, qu'on n'attendait pas à pareille fête en début de saison, n'ont rien à perdre et sont bien décidés à jouer crânement leur chance face aux cadors de la Jupiler Pro League.
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Quelques jours avant l'entame des play-offs 1, l'ambiance est relax au Centre National de Tubize où le Sporting Charleroi répète ses gammes avant son entrée en matière sur le terrain d'Anderlecht. Les Zèbres, qu'on n'attendait pas à pareille fête en début de saison, n'ont rien à perdre et sont bien décidés à jouer crânement leur chance face aux cadors de la Jupiler Pro League. Felice Mazzu est particulièrement enjoué. Alors que l'on s'attable avec Clément Tainmont dans la cafetaria décorée par les maillots des Diables Rouges, l'entraîneur carolo s'empare de l'appareil de notre photographe et tente quelques clichés : " Il est bizarre le coach ", rigole-t-il. Pas de quoi déstabiliser Tainmont, professionnel jusqu'au bout des ongles, qui s'est livré pour nous au jeu de l'abécédaire. " Ailier gauche, c'est la position que j'occupe depuis toujours. Je suis un flanc à l'ancienne. C'est le foot d'avant : tu es gaucher, tu joues à gauche, tu es droitier, tu joues à droite. Ça se fait de moins en moins dans le foot moderne où on a tendance à privilégier les " pieds inversés ". Je mords la ligne pour donner des centres, mettre de la présence, de la vitesse, de la profondeur sur les côtés. J'ai un profil rare et j'ai la chance de pouvoir compter sur un coach qui donne beaucoup d'importance au jeu sur les ailes. " " Je me plais énormément en Belgique. J'essaie de m'intégrer au mieux. L'été passé, quand j'avais du temps, j'ai même commencé à apprendre le néerlandais. C'est un peu compliqué, donc j'ai mis ça de côté mais je m'y remettrai si un jour ou l'autre je suis amené à jouer pour une équipe néerlandophone. J'habite à côté de Bruxelles, du coup tout est à portée de main. Et puis, ma famille est à Valenciennes donc en 45 minutes, je peux les voir. Tout est réuni pour que je m'éclate. Les gens sont simples, ça me correspond bien. " " Ma qualité de centre est innée. J'ai toujours joué de cette manière. Je peux ressortir des cassettes à Valenciennes quand j'ai 8 ans : je débordais et je donnais des centres où le mec n'avait plus qu'à la mettre au fond. Après, ça se travaille, forcément. C'est un atout auquel j'accorde énormément d'importance. Aussi, ça m'a vraiment plu de voir dans certains médias qu'on estimait que j'avais l'une des meilleures qualités de centre du championnat. " " J'accorde énormément d'importance aux assists. J'aime marquer mais donner la dernière passe me procure peut-être encore plus de plaisir. Donner le bon ballon où le mec n'a plus qu'à la pousser dedans c'est vraiment un épanouissement. J'aimerais être encore un peu plus performant au niveau de mes statistiques. Chaque année, j'essaie de m'améliorer. Certains en relativisent l'importance mais pas moi. Les gens jugent également un joueur à ce qu'il est capable d'apporter comme bénéfice au club. " " J'ai une relation particulière avec Felice Mazzu parce que je suis quelqu'un de très affectif, qui accorde beaucoup d'importance au dialogue et à la communication. J'aime qu'un coach te montre qu'il a confiance en toi, qu'il t'apprécie. Mazzu c'est presque un père avec ses fils, il est très protecteur. Au mois de décembre, j'ai vécu un événement personnel difficile et le coach m'a beaucoup soutenu. Ça m'a permis de remonter la pente et de passer à autre chose. Je ne l'oublierai pas. " " Mon fils Sacha est fou de foot. Ça doit être dans les gènes. Il veut toujours savoir contre qui je vais jouer le week-end suivant et dans la semaine, on fait le match à l'avance dans le salon. J'ai l'opportunité de lui faire vivre de chouettes moments. Je lui ai fait chanter " Aux armes " avec moi dans le mégaphone après un match. Il a regardé la vidéo toute la semaine suivante. La stabilité familiale est essentielle pour être performant. A Châteauroux, je gagnais bien ma vie mais j'étais loin de mes parents, ma femme ne travaillait pas et on s'ennuyait dans la région. Au fil de l'ennui, ça s'est ressenti sur le terrain. " " Les gauchers sont spéciaux. Ils ont souvent une qualité technique supérieure. On parle de patte gauche. Qualité de contrôle, de passe, de frappe, de centre : ça se vérifie. C'est un avantage car on est peu à avoir ce profil mais dans l'entrejeu les droitiers ont tendance à s'orienter sur leur bon pied pour passer la balle et donc parfois tu as un peu moins de ballons. L'idéal c'est que ton milieu soit composé d'un droitier et d'un gaucher pour pouvoir orienter le jeu avec plus de variété. " " Les gens en France sont imbus de leur personne, ils sont auto-centrés. La bonne saison que je fais ici en Belgique, tout le monde s'en fout. Pour eux, la Belgique est un championnat bateau de seconde zone. Ça ne me manque pas d'avoir cette reconnaissance dans mon pays. En Belgique, les gens me considèrent et je m'en contente. Ribéry est apprécié en Allemagne, ça lui suffit. Nul n'est prophète en son pays et je suis très content d'avoir traversé la frontière. " " L'objectif du club était d'atteindre les PO1 l'année prochaine. En début de saison, on n'était pas focalisé là-dessus. C'est un club qui se reconstruit, on avait fait un parcours intéressant la saison précédente en PO2 mais de là à viser les PO1... Surtout après le 1 sur 12 initial, ce n'était pas au programme. On se disait plutôt qu'on allait jouer le maintien. Le petit Charleroi allait rester le petit Charleroi et finalement il en a été tout autrement. " " Je lis beaucoup ce qu'on écrit sur moi et j'essaye toujours d'en tirer quelque chose. Que ce soit des critiques positives ou négatives. Même si je me fais descendre, ce qui est moins le cas en Belgique qu'en France, j'essaie d'en tirer du positif. Les plus grands joueurs aussi ont des détracteurs. Quand c'est élogieux, je ne me relâche pas. Je suis satisfait mais je continue à bosser. " " Si on avait échoué dans la course aux PO1, le groupe aurait été KO. Après une déception pareille, je ne pense pas qu'on aurait réussi le même parcours en PO2 qu'en saison régulière. Je pense qu'on a proposé plus de choses que Genk qui, avec son effectif, aurait dû être capable de mieux. Charleroi a tiré le maximum de ses possibilités. La Coupe a été une grosse déception car on a galvaudé notre avantage au retour contre le Cercle. Ça nous a quand même peut-être servi puisqu'on a pu garder un peu plus de fraîcheur pour les matches importants en championnat. " " J'ai passé deux saisons et demie en Ligue 2. C'est un championnat très compliqué où certains joueurs se plaisent et d'autres, bourrés de qualités, ne s'adaptent pas. On l'a vu avec Neeskens Kebano à Caen. C'est une compétition très physique avec beaucoup de contacts. Le jeu est fréquemment arrêté. Pour un joueur qui a souvent le ballon, ce n'est pas évident. A la fin, je voulais vraiment partir. Je ne prenais plus de plaisir à jouer devant 500 spectateurs, j'avais l'impression de jouer à huis clos. " " Pour Charleroi, il est évident que ces play-offs sont une vitrine, mais il ne faut pas qu'on en fasse une compétition personnelle sinon on ne montrera rien sur le terrain. Il n'y a que collectivement qu'on se mettra en valeur. Pourquoi on voit Kebano, Tainmont, Ndongala ou Dewaest ? Parce qu'il y a un collectif derrière qui fait que Charleroi est monté d'un niveau. Ce sont 10 matches de prestige pour nous. J'en ai discuté avec mon agent : les play-offs sont d'une importance cruciale pour pouvoir espérer quelque chose de mieux même si Charleroi a un très beau projet et un bel avenir. " " Je joue mon premier match avec Charleroi contre Ostende. Je fais 30 bonnes minutes, je suis bien dans mon match quand sur un ballon en profondeur, je prends de vitesse mon adversaire, Frédéric Brillant qui met le coude. Je ne sais pas si c'était volontaire ou pas, moi je l'ai ressenti comme tel en tout cas. Je sens que ça craque, y'a du sang partout et mon nez gonfle tout de suite. Le verdict du doc est clair : nez cassé. Je me suis fait opérer deux jours plus tard et le hasard des choses fait que le chirurgien qui m'a opéré s'appelait Madame Tainmont. C'était écrit. Au final, j'ai joué avec un masque et ça m'a permis d'être identifié très vite, que ce soit par les supporters ou par les commentateurs : j'étais le mec de Charleroi avec le masque. " " Jouer le titre, c'est peut-être utopique ou fou mais il faut avoir comme objectif d'aller le plus loin possible. Les premiers matches conditionneront le reste. La 5e place pourrait être qualificative pour le tour préliminaire de l'Europa League, ce serait dommage de se retrouver 6e, à la place du con. On a des qualités à faire valoir. Pourquoi ne pas voir Charleroi accrocher une 3e, 2e voire 1re place ? On ne sait jamais. Début de saison, personne ne nous voyait en PO1, donc espérons que ce soit la même chose maintenant pour une place en Europe. " " J'ai toujours voulu arriver au plus haut niveau le plus rapidement possible. Mais je vois que certains se crament en arrivant très jeune en D1. Par la force des choses, j'ai dû évoluer division par division : CFA, National, Ligue 2, D1. J'en tire un bénéfice : de l'expérience et de la maturité qui m'ont permis de m'imposer directement en arrivant en D1 belge. " " Quand on était dans une mauvaise période en début de saison, j'ai dit dans la presse que l'équipe manquait de régularité et qu'on ne se remettait pas assez en question. Après une victoire, au lieu de garder ce qui avait été bon et de tenter d'améliorer ce qui s'était moins bien passé, on tournait la page et on repartait de zéro. Une équipe progresse grâce à son aptitude à conserver ses atouts et à gommer ses défauts. On y est parvenu par la suite et c'est ce qui a fait qu'on s'est montré plus régulier. Le coach a su faire passer ce message. Chaque joueur s'est remis en question à chaque rencontre et c'est ce qui a rendu possible notre beau parcours. " " Après mon départ de Valenciennes, j'ai joué en CFA à Lesquin puis Dunkerque. Mon objectif premier était le foot mais j'ai poursuivi mes études pour avoir une garantie si ça ne fonctionnait pas. Avec Dunkerque, on a fait un gros parcours en Coupe de France. En 16e, on a affronté le LOSC. La rencontre était diffusée sur Eurosport et j'ai fait un gros match face à Franck Béria. Je lui ai mis la misère et ça m'a permis de rejoindre Reims en National avec qui je suis finalement monté en Ligue 2. " " Cristiano Ronaldo c'est le footballeur idéal, c'est mon modèle. J'en avais d'autres avant lui comme Ryan Giggs ou Jérôme Rothen, époque Monaco. Je regardais tous ses matches. J'admire ce genre de joueurs mais je ne me tape pas non plus des vidéos de Ronaldo tous les jours. Il faut s'inspirer de ce qui se fait de mieux et pour moi c'est Ronaldo et Messi. Ils ont faim de trophées, de buts, de passes décisives. Je suis numéro 7, donc on m'a surnommé CT7 comme le CR7 de Ronaldo. J'aime plutôt bien ce surnom. Les supporters ont un chant avec ça. Mon fils, lui, adore Cristiano. Il rêve de jouer au Real Madrid avec lui. " " J'ai toujours été titulaire partout où je suis passé. Au minimum, je fais une trentaine de matches sur la saison. Quand je suis sur le banc, ça arrive parce que je l'ai provoqué en étant moins bon. C'est compliqué, surtout quand on n'a pas l'habitude. L'état d'esprit, c'est de travailler la semaine et de prouver au coach ce que tu vaux quand il t'accorde une chance. Je n'ai jamais été blessé sérieusement et c'est ce qui me fait le plus peur. Il faut vraiment avoir une grosse force mentale pour revenir et j'espère que jamais je n'aurai la malchance de vivre ça. " " Le système des play-offs c'est une histoire belge, c'est clair. Il n'y a qu'ici qu'on voit ça. Ils se sont inspirés de qui ? Pourquoi ils proposent ça ? La division des points par deux ne profite qu'au 5e et 6e. Ou a un gros club comme le Standard qui peut maintenant jouer le titre. Pareil pour Anderlecht la saison dernière. Avec un système classique, jamais il n'aurait été champion. Certains aiment, d'autres pas. Moi je suis plutôt pour puisque ça avantage Charleroi. " " Je jouais toujours dans le jardin et mon père a vu que j'avais des capacités. Il m'a envoyé faire un test à Valenciennes et j'ai été repris à l'âge de 5 ans. A mes 20 ans, je jouais en Réserves et Daniel Leclercq avait pour objectif de m'intégrer au groupe petit à petit. Il a été licencié alors que le club montait en Ligue 2. Ils ont pris Antoine Kombouaré qui malheureusement n'a pas accordé la même importance aux jeunes. D'autres et moi sommes restés pourrir en Réserves. Le club voulait me garder pour jouer en CFA 2 mais ce n'était pas mon intention donc je suis parti. " " C'est David Pollet qui m'a attiré ici et il est parti à Anderlecht deux jours après mon arrivée ! Dans le groupe, je m'entends particulièrement bien avec Steeven Willems, Cédric Fauré, que j'ai connu à Reims, Damien Marcq ou encore Guillaume François. C'est avec eux que je passe du temps quand on a l'opportunité de faire des sorties. Après, il y a des mecs comme Javi Martos, Stergos Marinos ou Sébastien Dewaest avec qui je parle un peu moins mais dont j'apprécie le comportement dans le vestiaire. " " Ce qu'il me manque par rapport au top niveau, c'est la régularité. Je suis de plus en plus régulier mais j'ai déjà 29 ans, dès lors il ne faut pas tarder. Les grands joueurs sont au top dans chaque match. Aujourd'hui, Kompany est critiqué. Pourquoi ? Il est irrégulier : il fait un bon match puis il passe au travers. Aujourd'hui, je suis à Charleroi. Je suis content d'y être mais avec plus de régularité, je pourrais être à Bruges, à Anderlecht voire en équipe de France ! Mais bon, on ne refera pas l'histoire. " " J'avais l'habitude d'aller voir des matches à Lens et je trouve que le public de Charleroi s'en rapproche pas mal. C'est très chaleureux, très familial. Quand tu proposes des choses intéressantes au public, tu es vite adopté. Je me suis vite attiré l'amour des supporters. Je pense être l'un des chouchous. J'ai beaucoup d'admiration pour les fans qui en ont bavé depuis quelques années. On sent qu'ils reviennent au stade et qu'ils mettent une grosse ambiance. J'apprécie beaucoup de jouer à domicile. " " Avant de signer à Charleroi, j'ai pris ma voiture et je suis venu voir comment ça se passait. J'ai vu un match contre Louvain. Sur le terrain, c'était intéressant et j'ai eu une bonne discussion avec le coach. Le soir même, j'étais invité par les joueurs à passer la soirée avec eux. Je n'avais pas encore signé mais pour eux je faisais déjà partie du groupe. J'ai passé une soirée mémorable et le lendemain, je revoyais Mogi Bayat qui s'occupait du transfert. J'avais un peu la gueule de bois mais je lui ai dit que c'était bon, je voulais jouer ici. " PAR JULES MONNIER - PHOTOS : BELGAIMAGE / DIEFFEMBACQ" Les play-offs ? Ce serait dommage de se retrouver sixièmes, à la place du con. " " Mazzu c'est presque un père, il est très protecteur. "