On a longtemps cru que l'attribution de la Coupe du Monde 2026 était courue d'avance. L'Europe et l'Asie ne pouvaient être candidates car elles organisent déjà le Mondial actuel (Russie) et le prochain (Qatar). Restaient donc l'Océanie, l'Amérique du Sud (qui l'a déjà obtenu en 2014), l'Amérique du Nord et Centrale ou l'Afrique. En Océanie, ça ne pouvait être qu'en Nouvelle-Zélande puisque l'Australie fait désormais partie de la zone asiatique. Or, les Néo-Zélandais n'ont jamais fait preuve d'intérêt pour ce genre d'événement. L'Amérique du Sud, quant à elle, préfère tout miser sur l'organisation de la Coupe du Monde 2030. Cent ans après la première édition, elle espère à nouveau accueillir l'épreuve à Montevideo, même si l'UEFA aimerait que celle-ci ait lieu en Angleterre.
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On a longtemps cru que l'attribution de la Coupe du Monde 2026 était courue d'avance. L'Europe et l'Asie ne pouvaient être candidates car elles organisent déjà le Mondial actuel (Russie) et le prochain (Qatar). Restaient donc l'Océanie, l'Amérique du Sud (qui l'a déjà obtenu en 2014), l'Amérique du Nord et Centrale ou l'Afrique. En Océanie, ça ne pouvait être qu'en Nouvelle-Zélande puisque l'Australie fait désormais partie de la zone asiatique. Or, les Néo-Zélandais n'ont jamais fait preuve d'intérêt pour ce genre d'événement. L'Amérique du Sud, quant à elle, préfère tout miser sur l'organisation de la Coupe du Monde 2030. Cent ans après la première édition, elle espère à nouveau accueillir l'épreuve à Montevideo, même si l'UEFA aimerait que celle-ci ait lieu en Angleterre. Restaient donc l'Afrique et la CONCACAF. L'Amérique du Nord n'a plus organisé la Coupe du Monde depuis 1994. La finale avait eu lieu à Los Angeles et l'organisation avait suscité des louanges, même si les longues distances avaient compliqué la tâche des fans et des accompagnateurs. Les Etats-Unis étaient favoris pour 2022 mais ils ont vu l'épreuve leur filer sous le nez. Pour 2026, ils se sont à nouveau portés candidats, accompagnés du Mexique et du Canada, cette fois. L'affaire semblait dans le sac, d'autant que la nouvelle direction de la FIFA n'avait pas caché qu'elle était séduite par la candidature commune. La direction précédente, Sepp Blatter en tête, avait rencontré tellement de problèmes d'organisation en Corée du Sud et au Japon en 2002 qu'elle ne voulait plus entendre parler de candidature conjointe. Mais Blatter n'est plus là et les Etats-Unis y sont pour beaucoup. Lorsque le Mondial 2022 a été attribué au Qatar, des soupçons de corruption ont vu le jour et le FBI a mené l'enquête. Après avoir établi la responsabilité de Chuck Blazer, un des principaux membres du comité exécutif de la FIFA, le Bureau Fédéral d'Enquête américain a mené la FIFA à l'échafaud et la tête de Blatter a roulé, tout comme celle de quelques autres dirigeants. Les nouveaux patrons de la FIFA ont donc une dette envers les Etats-Unis et ils ne voient pas de problème majeur à une candidature commune. D'autant que celle-ci serait de toute façon principalement supportée par les Etats-Unis. Soixante matches - c'est à dire pratiquement toutes les rencontres à partir des quarts de finale - auraient lieu dans cet immense pays, contre dix au Mexique et dix au Canada. Tous les stades existent déjà, ils doivent juste être rafraîchis ou, dans certains cas au Canada, être équipés d'un gazon naturel. Les aéroports ne manquent pas, les hôtels, les grandes villes, les sponsors et les habitants non plus... Rien ne semblait donc pouvoir stopper la candidature de United 2026... sauf Donald Trump et sa politique migratoire très stricte ou un éventuel conflit avec le Mexique. Comme le faisait finement remarquer un membre de la FIFA la semaine dernière : " Si la candidature du Mexique est acceptée, il faudra shooter très haut pour que le ballon franchisse le mur de Trump. " La course semblait courue d'avance mais au Maroc, on n'était pas d'accord. En août 2017, après des mois de silence radio, le Maroc annonçait qu'il voulait tout de même tenter d'amener le tournoi en Afrique du Nord. David affrontait Goliath. Ce n'était pas évident car la Coupe du Monde 2026 sera la première avec 48 participants et 80 matches dans un grand nombre de stades. La FIFA veut ainsi augmenter de 600 millions d'euros les recettes de sa grand-messe quadriennale. Plus de matches, cela veut dire plus de stades. En déposant sa candidature, le Maroc a indiqué 14 villes tandis que le dossier américain en comporte trois au Mexique, trois au Canada et 17 aux Etats-Unis. L'infrastructure est un des gros problèmes de la candidature marocaine. Les Marocains sont habitués à organiser de grands événements - ils ont encore accueilli la Coupe d'Afrique des Nations en janvier - mais les stades y sont moins modernes. En janvier, on n'en a utilisé que quatre. Au total, six pourraient être transformés et adaptés au normes mais les huit autres devraient être construits. Soit un coût de plus de 16 milliards d'euros. Le Maroc doit également faire des efforts en matière de routes, de soins de santé, d'aéroports et d'hôtels. Le Maroc se sent peu soutenu par la FIFA. Le fait que la fédération internationale ait changé quelques règles du jeu juste avant l'introduction des dossiers de candidature - il a ainsi été décidé que les villes hôtes devaient compter au moins 250.000 habitants - n'a pas été très bien accueilli. La candidature du Maroc a certes été acceptée mais, à l'examen technique, elle a obtenu moins de points que celle de United 2026. Cela ne veut cependant rien dire car le dossier du Qatar était également moins bien côté que les autres. Le dimanche 10 juin, les deux candidats ont pu défendre une nouvelle fois leur dossier. La décision finale tombera ce mercredi 13 juin. Pour la première fois, tous les pays auront une voix. C'est une règle édictée par Blatter après les critiques émises suite à la décision du comité exécutif d'attribuer le tournoi à la Russie et au Qatar. Les 211 pays membres de la FIFA pourront donc voter. Ou plutôt 207 car le Maroc, le Mexique, le Canada et les Etats-Unis devront se contenter d'observer. Le Maroc n'est pas d'accord car Guam, Porto Rico, les Iles Vierges et Samoa peuvent voter. Ils sont membres de la FIFA mais appartiennent au territoire américain. Le Maroc compte sur le soutien de tout le continent africain et sur celui de l'Europe car l'UEFA n'est pas satisfaite des projets de la FIFA envers les grands clubs européens. Les Asiatiques (le Japon et l'Arabie Saoudite) sont prêts à mettre le paquet pour insuffler une nouvelle vie au championnat du monde des clubs. La FIFA sent qu'il y a de l'argent à gagner et ça l'intéresse. Les grands clubs non européens (asiatiques, brésiliens et mexicains) aussi. L'UEFA est moins demandeuse : cette compétition pourrait faire de l'ombre à la Ligue des Champions. La Belgique, le Luxembourg et la France ont déjà déclaré ouvertement qu'ils soutiendraient la candidature nord-africaine. Reste à voir si les autres pays membres de l'UEFA suivront. La même question se pose en Afrique. L'Afrique du Sud a ainsi déjà pris position pour la candidature nord-américaine, tout comme l'Arabie Saoudite, qui défend la cause américaine dans le Golfe. En principe, l'élection aura lieu à la majorité simple. Si tous les pays africains et européens votent pour le Maroc, cela lui fera 111 voix. Assez pour l'emporter. Mais ce ne sera sans doute pas le cas car au cours des douze derniers mois, la diplomatie a joué un rôle important. Le football et la politique sont désormais indissociables. Même Trump s'en est mêlé. Le 26 avril, il a posté sur Twitter un message sans ambiguïté : " Les Etats-Unis, le Canada et le Mexique ont déposé un dossier de candidature solide pour organiser le Mondial 2026. Il serait dommage que les pays que nous avons toujours soutenus fassent du lobbying pour lutter contre cette candidature. Pourquoi devrions-nous dès lors encore les soutenir (y compris aux Nations Unies) ? " Le football doit manifestement donner un coup de main au mouvement Make America Great Again.