Comparaison n'est pas raison, mais Brogno aura été dans la lignée d'un Nilis : attaquant parfois véritable et parfois pas vraiment, il est parvenu à alimenter fort régulièrement son compteur de buteur durant des années; et il a obtenu une jolie proportion de buts fort spectaculaires. J'ai donc salivé voici dix jours en admirant la rétrospective ertébéenne consacrée aux buts du grand frère de Toni.
...

Comparaison n'est pas raison, mais Brogno aura été dans la lignée d'un Nilis : attaquant parfois véritable et parfois pas vraiment, il est parvenu à alimenter fort régulièrement son compteur de buteur durant des années; et il a obtenu une jolie proportion de buts fort spectaculaires. J'ai donc salivé voici dix jours en admirant la rétrospective ertébéenne consacrée aux buts du grand frère de Toni. Si le foot vaut d'être vécu, c'est grâce à ces fractions de seconde où éclot un geste surprenant qui meurt l'instant d'après, un de ces gestes dont savent seuls nous gratifier des acteurs comme Brogno. Et je le remercie d'avoir ainsi coloré au fil des saisons, par toutes ces multiples petites touches que furent tous ses beaux buts, mon "paysage émotionnel footballistique". Je sais, j'aurais pu faire plus bref en disant donc que Dante a "coloré mon PEF", mais c'eût été moins poétique.Vous en conclurez que, si j'avais été supporter zébré, j'aurais "fait la fête à Dante", ainsi qu'y invitaient les medias à la veille de son dernier match. Eh non, vous concluriez à côté de la plaque : si j'étais supporter, je le serais jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'au bout DE CHAQUE SAISON!Ça veut dire que j'aurais calculé qu'il restait 7 matches, donc 21 points à prendre et à rêver! Et qu'en terminant sur les chapeaux de roues par 6 ou 7 victoires (mais pourquoi pas, que diable!), il restait plausible de terminer 4e ou 5e! Et que 4e ou 5e, ça voulait dire avoir réussi sa saison! Et que pour avoir un max de chances de réussir ça, il fallait l'essayer avec Dante, et pas sans Dante! Et qu'il fallait l'essayer avec Dante joueur, pas avec Dante apprenti-entraîneur adjoint!Toi, t'es là comme un con à devoir bosser jusqu'à 65 ans pour avoir droit à ta petite retraite, et t'as pas intérêt à envoyer tout blackbouler sur un coup de blues. Seulement voilà, les footballeurs d'aujourd'hui fonctionnent autrement : du jour au lendemain, sans même avoir la hanche qui le démange, Brogno arrête de bosser parce que le coeur lui en dit (ou ne lui en dit plus), et tout le monde trouve ça normal, félicite, s'émeut : même qu'en deux coups de cuiller à pot, son patron lui refile sa bénédiction et un autre job! C'est comme si t'étais toubib et que, huit jours plus tard, tu te retrouves pilote de ligne!Au Mambourg, on a inventé le mouvement perpétuel entre présidents, entraîneurs, gardiens, adjoints, joueurs. Demain, de Condé annoncera qu'il arrête sa carrière active parce qu'il devient Témoin de Jéhovah, on le félicitera, et on le recasera derechef comme jardinier après avoir viré le jardinier. Après-demain, Tokene revendiquera le poste de manager et Abbas Bayat rechaussera les crampons. Ce n'est pas la confusion des genres, c'est le football total à la sauce carolo : tout le monde peut jouer à la place de tout le monde. Je relève trois phrases de Brogno dans le dernier SM-FM précédent. Un : "Si j'avais continué, j'aurais peut-être craqué physiquement d'ici quelques mois". Mouais, peut-être, mais c'est une crainte normale pour tout footballeur de cet âge, et on n'en était plus à 7 matches près. Sauf si Dante préfère cacher un problème physique grave, auquel cas je retire tout mon baratin. Deux : "Cela permet de prendre de l'avance dans la préparation de la saison suivante". Affirmer ça me semble une vaste couillonnade dans un sport où le court terme est désormais roi, et où l'on préfère différer sans cesse ses ambitions qu'affronter l'adversité du moment : dès août 2001, je propose donc que le Sporting prenne de l'avance et prépare la saison 2002/2003. Trois : "Je suis persuadé d'avoir choisi le moins mauvais moment". Là, j'ai blablaté que j'étais persuadé du contraire, et je rêve qu'il reste encore 6 matches, soit 18 points et 5 ou 6 goals possibles pour Brogno : JOUE-LES, DANTE, BALAIE TON BLUES, REVIENS SUR TA DÉCISION! Dans un club où je viens d'expliquer qu'on avait réinventé le mouvement perpétuel, y'a forcément que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.Bernard Jeunejean