Il aura fallu le temps avant que nous puissions rencontrer JavierMascherano pour une interview. 'Après la finale de la coupe, après le titre, après la Ligue des Champions,... '. Ses agents ont sans cesse reporté le rendez-vous. Finalement, nous leur avons répondu : 'OK,attendons qu'il ait tout gagné, et qu'il prenne ensuite le temps d'accorder une interview.' C'est alors qu'est arrivée la Copa América... Finalement, il a quand même un moment libre dans son agenda, et cela valait la peine d'attendre.
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Il aura fallu le temps avant que nous puissions rencontrer JavierMascherano pour une interview. 'Après la finale de la coupe, après le titre, après la Ligue des Champions,... '. Ses agents ont sans cesse reporté le rendez-vous. Finalement, nous leur avons répondu : 'OK,attendons qu'il ait tout gagné, et qu'il prenne ensuite le temps d'accorder une interview.' C'est alors qu'est arrivée la Copa América... Finalement, il a quand même un moment libre dans son agenda, et cela valait la peine d'attendre. JAVIER MASCHERANO : Non, je ne m'avoue pas encore vaincu. J'espère qu'un jour, je pourrai retrouver ma place dans l'entrejeu. Je ne sais pas si cela se produira au Barça. Pour être franc, je ne le pense pas. Je me sens bien en défense, mais je persiste à penser que ma place de prédilection est celle de milieu récupérateur. C'est dans ce rôle que j'ai intégré l'élite du football mondial. MASCHERANO : Je ne sais pas si je serais encore ici, si tel avait été le cas. Et je n'aurais pas gagné tout ce que j'ai gagné avec ce club. Lorsque je suis arrivé, je savais déjà que j'aurais beaucoup de mal à faire mon trou comme milieu récupérateur. C'est la réalité et j'en ai toujours été conscient. MASCHERANO : Non, je continue à penser que Sergio est le milieu récupérateur idéal pour Barcelone. Il n'y en a pas d'autre comme lui. Le style de jeu de l'équipe joue également en sa faveur. Bien sûr, cela ne signifie pas que j'abandonne le combat. Je me suis battu toute ma vie et je continuerai à le faire. Mais il est clair que, dans une autre équipe, je jouerais à coup sûr comme milieu récupérateur. Si je décidais de changer d'équipe, ce serait d'ailleurs pour pouvoir évoluer dans l'entrejeu. MASCHERANO : Ce club est si exigeant et les gens sont tellement habitués à voir évoluer l'équipe d'une certaine manière, qu'un système avec deux milieux récupérateurs serait considéré comme trop défensif. Pourtant, j'avais évolué dans ce système à Liverpool et c'était une équipe relativement offensive. Mais ici, le 4-3-3 est inscrit dans les gènes. Lorsque Sergio et moi sommes tous les deux alignés dans l'entrejeu, il se décentre souvent sur un flanc. Ce n'est pas pareil. Il y a tellement de nuances. Mais ce sont des décisions que l'entraîneur doit prendre, et ce n'est pas facile. MASCHERANO : Non, au contraire. Je me sens libéré. Lorsque je joue dans l'entrejeu, je ressens beaucoup moins la pression. MASCHERANO : Effectivement. Ce n'est pas ma place. Pourtant, je n'avancerai jamais comme excuse le fait que je suis un " défenseur reconverti ". Mais, au risque de me répéter : lorsque j'évolue dans l'entrejeu, j'éprouve bien plus de plaisir. MASCHERANO : (il interrompt) Non, non. Pour moi, le football, c'est de la souffrance. Je ne m'amuse pas en jouant. Je ne suis pas du genre à jouer pour le plaisir. Au contraire, même. Ces 90 minutes sont pour moi un calvaire. Je dois être totalement concentré, je ne peux pas commettre d'erreur. Je dois non seulement faire mon travail mais aussi tenir celui des autres à l'oeil. Je ne comprends pas ceux qui prétendent qu'ils montent sur le terrain pour " s'amuser ". Pour moi, il n'y a aucune notion de plaisir durant un match. Le plaisir, c'est à l'entraînement qu'on le ressent. MASCHERANO : Je ne me suis jamais posé la question, mais je pense que les joueurs qui ont les mêmes caractéristiques que moi ne s'amusent non plus durant un match. Lorsque vous vous retrouvez en défense en situation de un-contre-un, vous n'avez pas beaucoup le temps de vous amuser, vous savez. Après le match, lorsque j'ai le sentiment que l'équipe a bien fait son travail, que je n'ai pas laissé d'espace à l'adversaire ou qu'aucun adversaire n'est parvenu à me déstabiliser en courant entre les lignes, je savoure, bien sûr. MASCHERANO : Bon, la personnalité joue aussi un rôle. Gerard est bien plus relax lorsqu'il monte sur le terrain, ou du moins, c'est l'impression qu'il donne. Moi, par contre, j'ai besoin d'être tendu. MASCHERANO : Je dois vous corriger : je n'ai aucun tatouage, mais effectivement, beaucoup de cicatrices. En fait, je n'ai jamais vraiment suivi la mode. En ce sens, je suis relativement atypique. J'aime le football, mais pas tout ce qui tourne autour. La célébrité, par exemple. Cela fait partie du jeu, mais cela m'ennuie de ne pas pouvoir faire du shopping avec mes filles et d'être obligé de devoir souvent rester chez moi. MASCHERANO : Ecoutez, on trouve de tout, il ne faut pas faire de généralités. Je ne juge pas, je ne suis pas le seul à détenir la vérité. J'ai un certain mode de vie et je me préoccupe d'un certain nombre de choses. Le système en soi ne m'intéresse pas. Ma passion, c'est le jeu en lui-même : me donner à fond, m'entraîner, essayer de m'améliorer,... Et pour moi, le football s'arrête là, je ne regarde pas plus loin. Je ne demande pas un traitement de faveur lorsqu'il y a une longue file ou que je réserve une table au restaurant. Car je sais qu'un jour, tout cela sera terminé et que je redeviendrai un homme comme un autre. J'ai vu des champions du monde se promener en rue sans que personne ne les reconnaisse. Sur ce plan, je souffrirai beaucoup moins que d'autres, plus tard. L'entraînement et le football me manqueront, c'est sûr, car un footballeur reste un footballeur. Mais, un jour, vous n'êtes plus aligné et le chapitre se referme. MASCHERANO : Pour moi, il est clair que les principaux responsables de cette situation ne sont pas les footballeurs eux-mêmes, mais les gens qui maintiennent ce système en place. Aujourd'hui, si vous avez du talent à 13 ans, votre agent vous a déjà acheté une maison, présenté une voiture et offert de l'argent à vos parents. A cet âge, il est impossible d'avoir déjà tout cela ! C'est ridicule, irréaliste. 'Tu n'as encore rien réussi, gamin, tu n'es qu'un projet.' Si vous offrez déjà tout cela à un pré-adolescent, le garçon aura du mal à encore progresser. Le plus triste, c'est qu'on ne peut même pas court-circuiter le système. Car, si un agent refuse de l'appliquer, un autre l'appliquera à sa place. Ce système est à ce point enraciné dans les habitudes qu'on parvient difficilement à s'en défaire. MASCHERANO : Cette image de joueur dur ne me dérange pas, je sais qui je suis réellement. La plupart des cartons jaunes qui m'ont été adressés durant ma carrière l'ont été pour protestation, pas pour avoir donné un coup. Je me donne à fond sur le terrain et je ne retire pas le pied, c'est vrai, mais je reste fair-play. Ce n'est jamais bien de blesser un collègue. MASCHERANO : Et de quelle manière ! Nous avons battu quatre champions nationaux (Juventus, Bayern Munich, PSG et Manchester City, ndlr). Ce fut, pour nous, l'une des campagnes les plus compliquées de ces dernières années. Nous avons gagné tous les matches, sauf le match retour contre le Bayern Munich. MASCHERANO : Ecoutez, même si l'on défend très bien, il est difficile de remporter des trophées sans ce pourcentage de talent en attaque. Après tout, ce sont les vedettes de l'équipe qui sont décisives. Et nous avons les trois meilleurs attaquants du monde. Cela dit, nous étions aussi l'équipe ayant encaissé le moins de buts. Au niveau défensif, la saison dernière a été incroyable, ce qui ne signifie pas que le mérite en revient uniquement à la ligne arrière. Toute l'équipe a accompli sa part de boulot. MASCHERANO : Exact. Avec notre manière de jouer, nous sommes obligés de défendre en bloc et d'exercer une pression très haute. Combien avons-nous de joueurs purement défensifs ? Les deux défenseurs centraux et le milieu récupérateur, c'est tout. Trois, donc. Nos joueurs de flanc ont un tempérament offensif, et les autres milieux de terrain aussi. Donc, si nous ne défendons pas en bloc, notre système ne fonctionne pas. Pour cette raison, il est tout aussi important de soigner la relance depuis l'arrière. MASCHERANO : Et j'en suis flatté, bien sûr. Mais je n'en retire aucune fierté et je ne revendique pas ce rôle. On est un leader parce que les autres vous considèrent de la sorte, pas parce qu'on veut l'être soi-même. Lorsqu'on me demande ce que je suis et ce que je ne suis pas, je réponds toujours qu'il faut poser la question aux autres. Je ne me comporte pas d'une certaine manière pour que les gens en parlent, mais parce que je sens que je dois me comporter de la sorte. MASCHERANO : Cela signifie que je suis passionné de football et que je ne me concentre pas uniquement sur mon propre job. Le football est un sport collectif. Si je ne me préoccupais que de mon propre jeu, et si les autres en faisaient de même, nous ferions fausse route. J'accomplis ma tâche, mais j'aide aussi mes partenaires, et j'attends d'eux qu'ils me corrigent à leur tour lorsque je me trompe. MASCHERANO : Absolument. Même si, dans un certain sens, le football stimule l'égoïsme car chacun veut se mettre en évidence, tout tourne autour du collectif. MASCHERANO : Il faut comprendre qu'en Europe, on voit les choses d'une autre manière. Grâce aux droits télés, les clubs amassent des fortunes, ici. Ils n'ont donc pas besoin d'un fonds d'investissement. En Amérique du Sud, il en va autrement. Les clubs font souvent appel à un tel fonds pour pouvoir payer un joueur, sinon ils ne pourraient pas survivre. MASCHERANO : Ce n'est pas l'idéal, en effet. C'est mieux d'appartenir à un club, mais dans mon cas, cela m'a servi pour aller jouer au Brésil et plus tard en Europe. Il y avait beaucoup d'argent en jeu lors de mon transfert de River Plate aux Corinthians. La transaction n'a pu être réalisée que grâce à un fonds d'investissement. Mais lorsque les Corinthians sont devenus champions du Brésil, le fonds d'investissement a retiré tous ses joueurs. Je suis alors parti à West Ham. MASCHERANO : Jamais. Le président de River m'appelait constamment pour me demander de revenir, mais je ne l'aurais fait que si je n'avais pas eu d'autre possibilité. J'avais l'impression que je n'étais pas si mauvais à West Ham, mais l'entraîneur (Alan Pardew, ndlr) n'aimait pas ma manière de jouer. Pourtant, je venais même m'entraîner les jours de repos. Je ne lui ai jamais donné de raison sportive pour ne pas m'aligner. MASCHERANO : Rafa voulait déjà me faire venir à Valence lorsque je jouais à River Plate. Il m'a rendu visite chez moi, à Londres. A ce moment-là, je pensais que je ne m'adapterais jamais au football anglais et qu'il était préférable que je tente ma chance en Espagne ou en Italie. J'ai discuté avec la Juventus, qui venait de descendre en D2, mais Rafa a fini par me convaincre. Comment ? Je ne m'en souviens plus. Je me souviens simplement lui avoir demandé : 'Si je ne joue pas à West Ham, comment pourrais-je revendiquer une place à Liverpool avec la concurrence d'AlyCissoko, de XabiAlonso et de StevenGerrard ?' Il m'a répondu : 'Aucun de ces trois joueurs ne possède tes qualités.' Et il ne mentait pas. MASCHERANO : Oui, ce qui démontre que je ne m'étais pas laissé aller, durant ces six mois où je ne jouais pas à West Ham. Lorsque je suis arrivé à Liverpool, j'étais en parfaite condition. Si je n'avais pas continué à m'entraîner avec autant d'intensité, je n'aurais pas été prêt à jouer aussi rapidement. Cette période à West Ham fut cependant très dure à vivre. Lorsqu'on sort d'une première Coupe du Monde (en 2006, ndlr), où j'avais relativement bien joué, et que l'entraîneur de votre nouveau club vous demande à quelle place vous jouez, c'est grave. MASCHERANO : J'ai en effet parlé avec Rafa à ce moment-là, oui. Aujourd'hui, nous nous parlons beaucoup moins, pour une raison évidente. Mais je lui dois tout. Benítez m'a sorti d'un trou de 20 mètres de profondeur et m'a hissé au sommet. Nous sommes toujours restés en contact. C'est un très grand monsieur, et on peut beaucoup apprendre de lui lorsqu'on s'en donne la peine. MASCHERANO : J'ai eu beaucoup de chance. Etre apprécié par les gens du football, cela vaut peut-être beaucoup plus que n'importe quel trophée. MASCHERANO : Cela me procure une drôle d'impression, en effet, car on souhaite toujours le meilleur aux gens qu'on apprécie. Or, dans ce cas-ci, c'est contre-productif. Je lui souhaite toujours le meilleur, mais en espérant qu'il ne gagne pas trop souvent avec son club actuel. C'est une situation compliquée, mais un jour, il quittera le Real - à moins que ce ne soit moi qui quitte le Barça - et tout rentrera dans l'ordre. MASCHERANO : C'est vrai. Mais à un certain moment, on n'a plus envie d'être le porte-parole de Messi. Je peux parler de lui en tant qu'équipier, mais lorsqu'on me questionne au sujet d'une situation bien précise, j'ai parfois l'impression que je suis son agent. Il est assez grand pour parler lui-même, je n'ai pas besoin de le faire pour lui. MASCHERANO : Non, ce n'est pas le problème, à mon avis. On ne peut pas comparer le Messi " barcelonais " avec le Messi " argentin ". Ce sont deux équipes différentes. Le Barcelone des dernières années était la meilleure équipe du monde. Certains disent même : la meilleure équipe de l'Histoire. Comparer le Barça avec une équipe nationale, qui a certes beaucoup progressé mais qui n'est pas parvenue à atteindre ses objectifs, ce n'est pas correct. Messi n'est pas responsable des échecs de l'Argentine. On ne peut comparer le Barça avec aucune équipe nationale, même pas celle d'Espagne. Ne serait-ce que parce que l'Espagne est devenue championne du monde en inscrivant huit buts en sept matches. Et en produisant du bon football ? Oui, mais ce n'était pas le Barça. MASCHERANO : Ecoutez, en équipe nationale, on réunit 15 ou 20 joueurs qui raisonnent différemment, qui ont un style de jeu différent, et qui jouent parfois à une autre place que dans leur club. En faire un ensemble homogène demande du temps. Et du temps, on n'en a pas en équipe nationale. Analysez la composition des deux derniers champions du monde : l'Espagne avait six ou sept joueurs de Barcelone, l'Allemagne six ou sept joueurs du Bayern Munich. Ce n'est pas le cas en Argentine, ce qui complique les choses. MASCHERANO : Je crois très fort aux cycles. Lorsqu'AlejandroSabella a repris l'équipe (en 2011, ndlr), j'ai estimé que le chapitre de mon capitanat était clos. Je l'ai dit à la fois à l'entraîneur et à Messi, car je l'ai proposé comme nouveau capitaine. MASCHERANO : Je ne partage pas du tout cet avis. MASCHERANO : (il rit) D'accord, j'ai été heureux là-bas, mais mon bonheur n'était pas complet. J'ai toujours été très prudent sur ce thème. Bien sûr, que j'aimerais terminer ma carrière là où elle a commencé, mais pas à n'importe quel prix. Si je ne me sens pas en mesure d'apporter à ce club tout ce que j'ai apporté à mes anciennes équipes, je préfère ne pas y retourner. Je dois me sentir bien et le club doit avoir besoin de moi. MASCHERANO : Non, je veux d'abord et avant tout jouer, et j'essaierai de le faire le plus longtemps possible. Après, il sera toujours temps d'éventuellement me préparer au métier d'entraîneur. MASCHERANO : Bon, je vais essayer. Devenir entraîneur est une chose, essayer en est une autre. Si je constate que ce métier peut me convenir, je me donnerai toutes les chances de réussir. MASCHERANO : J'ai la chance que ni ma femme, ni mes filles n'aiment le football. D'un côté, c'est ennuyeux, surtout lorsqu'on a envie de regarder un match à la télé. D'un autre côté, cela permet de séparer la vie privée de la vie professionnelle. PAR ROGER XURIACH - PHOTOS BELGAIMAGE" On est un leader lorsque les autres vous considèrent de la sorte, et non parce qu'on le revendique soi-même. " JAVIER MASCHERANO " J'ai vu des champions du monde déambuler en rue sans que personne ne les reconnaisse. Moi, je mesure fort bien qu'un beau jour, tout sera terminé. " JAVIER MASCHERANO " Etre apprécié par les gens du football, cela vaut peut-être beaucoup plus que n'importe quel trophée. " JAVIER MASCHERANO