A deux jours de l'ouverture des Jeux de Rio, Charline Van Snick accueillait la presse au village olympique. Les questions quant à son tirage l'irritaient un peu car elle ne voulait se concentrer que sur elle-même mais peu d'athlètes semblaient aussi détendus et sûrs d'eux qu'elle. Elle avait même fait un selfie avec les journalistes présents.
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A deux jours de l'ouverture des Jeux de Rio, Charline Van Snick accueillait la presse au village olympique. Les questions quant à son tirage l'irritaient un peu car elle ne voulait se concentrer que sur elle-même mais peu d'athlètes semblaient aussi détendus et sûrs d'eux qu'elle. Elle avait même fait un selfie avec les journalistes présents. Quarante-huit heures plus tard, son visage émacié s'assombrissait. Après un premier tour convaincant face à une Roumaine, elle avait été surclassée par la Brésilienne Sarah Menezes, soutenue par le public local. La façon dont elle s'était jetée sur le tatami après son combat, la tête dans les mains et des larmes plein les yeux, traduisait parfaitement sa déception et son désespoir. Elle n'avait pas d'explication. " J'ai tout donné, c'est pour ça que je suis frustrée ", disait-elle. Le soir, un message posté sur Facebook résumait son chagrin : " Je n'ai pas de mot pour exprimer ce que je ressens. La fin d'un rêve. " Quatre mois plus tard, elle n'a pas oublié sa déception. " C'est une cicatrice qui restera à jamais gravée dans ma mémoire ", nous dit-elle à Liège, sa ville natale, qu'elle a rejointe depuis Paris, où elle vit désormais. Ses doigts montrent l'endroit exact où l'élimination lui fait toujours mal. " J'étais très confiante car je ne m'étais jamais sentie aussi bien, tant mentalement que physiquement. Le public brésilien ? Non, il ne m'a pas dérangée. Ou alors, je ne m'en suis pas rendue compte. Finalement, je ne regrette rien. Menezes a sans doute été aidée par l'arbitre mais elle était plus forte. C'est ça, le judo, le sport de haut niveau. Je ne veux plus trop y penser. " Elle va donc mieux. " J'ai été très soutenue par mes parents, ma famille, mes amis. Personne ne m'a laissée tomber, même si je connaissais déjà mes vrais amis avant cela. Le reste ne m'intéresse pas. " Van Snick ne s'est pas non plus renfermée sur elle-même. " A Rio, je suis allée voir les Red Lions, l'heptathlon de Nafi Thiam... Non, cela ne m'a pas fait souffrir, je ne suis pas jalouse, j'étais même contente pour eux. Après les Jeux aussi, j'ai fait le maximum pour penser à autre chose. Je suis partie en vacances avec Anthony, mon copain. D'abord en France puis, début octobre, en Thaïlande. Entre-temps, je suis allée au Mémorial Van Damme, au GP F1 de Spa-Francorchamps. La vie continue hein, même si ça fait mal ! " Dans l'intervalle, elle a pris une décision importante : celle de passer de -48 kg à -52 kg. C'est dans cette catégorie qu'elle combattra pour la première fois au Grand Chelem de Tokyo, début décembre. " C'est une compétition d'entraînement qui sera suivie d'un stage. Même si je suis éliminée au premier tour, j'assumerai mon choix. Mon nouvel objectif, les Jeux olympiques de 2020 - d'où le choix symbolique de commencer à Tokyo - est encore loin, il me faudra du temps pour m'adapter. " Cette décision présente un grand avantage pour Van Snick : elle devra suivre un régime moins strict. " Je ne dis pas que je peux désormais manger de tout mais je ne devrai plus perdre du poids trois ou quatre fois par an, ce qui était un véritable martyre physique et psychologique. A Rio, je n'en ai pas souffert car j'avais étalé mon régime sur une période plus longue mais lors des autres tournois, j'étais à chaque fois affaiblie physiquement parce que j'avais perdu trop de poids, trop vite. Désormais, je pourrai m'entraîner plus longtemps à mon poids idéal. Je devrai aussi faire plus de physique car je vais rencontrer des adversaires plus grandes et plus puissantes. Je ne veux cependant pas prendre trop de muscles, sans quoi je serai à nouveau obligée de surveiller davantage mon poids. " Ilse Heylen, qui a pris sa retraite après avoir combattu pendant des années en -52 kg, l'a déjà mise en garde contre certains pièges. " En -48 kg, ce qui compte, c'est la vitesse d'exécution. En -52 kg, l'aspect technique est beaucoup plus important. Charline va devoir travailler cela car, en -48 kg, elle gagnait souvent parce qu'elle était plus puissante. " Cette remarque n'a guère plu à Van Snick. " Elle aime critiquer les autres mais je m'en fiche. J'ai effectué ce choix pour moi-même, pas pour quelqu'un que je ne connais pas. Bien sûr, ma technique pourrait être meilleure mais chaque judoka travaille constamment cet aspect : ce n'est pas un point faible. " Ce sera la tâche de son nouvel entraîneur car Van Snick s'est séparée du Français Baptiste Leroy, avec qui elle avait travaillé pendant plusieurs années à Paris et qui, à Rio, avait dû rester dans la tribune car, comme dans tous les grands tournois, c'est Fabrice Flamand, le coach de la fédération francophone, qui était au bord du tatami. Quand on lui demande les raisons de cette rupture, Van Snick répond : " Nous n'étions plus d'accord sur certaines choses. " Elle n'en dira pas davantage. Elle travaille désormais sous la direction de Dimitri Dragin, un ex-judoka qui s'était classé cinquième aux JO 2008. " Je m'étais déjà entraînée avec lui avant Rio, en parallèle avec Baptiste. Nous allons désormais collaborer davantage. " Toujours à Paris, où elle vit depuis 2014. Depuis l'affaire de la cocaïne, dans laquelle elle a été acquittée, les relations avec la fédération francophone de judo sont toujours tendues. " Mon élimination à Rio a-t-elle fait plaisir à certains ? Peut-être, je n'en sais rien. Et de toute façon, je m'en fiche. Je le répète : je me bats pour moi-même, pas pour les autres. " Malgré son échec aux Jeux, Van Snick croit toujours en ses capacités. " J'ai un palmarès, hein : médaille de bronze à Londres en 2012 et au Mondial 2013 (elle a dû rendre sa médaille après l'affaire de la cocaïne, ndlr), deux titres de championne d'Europe. Qui, en Belgique, peut en dire autant ? " Peut-elle déjà viser une médaille dans sa nouvelle catégorie de poids à l'occasion des championnats d'Europe en avril ou des Mondiaux l'été prochain ? " Cela dépendra de la vitesse à laquelle je m'adapterai mais je ne fais pas tous ces efforts pour être éliminée au deuxième tour. Je reste très ambitieuse, ma motivation est intacte. Je n'ai jamais eu aucun problème à ce niveau : je suis très assidue, perfectionniste même, je crois d'ailleurs que c'est ma plus grande qualité. Je ne vais donc pas changer. Dans ma tête, je reste une championne. Et tôt ou tard, je vais le montrer sur le tatami. " PAR JONAS CRETEUR - PHOTO BELGAIMAGE - CHRISTOPHE KETELS" Mon élimination à Rio a-t-elle fait plaisir à certains ? Peut-être, je n'en sais rien. Et, de toute façon, je m'en fiche. " - CHARLINE VAN SNICK