On joue la 81e minute quand Benoît Poulain fait faute sur Junior Kabananga dans la surface. Courtrai mène alors 1-0 face au Cercle Bruges et a besoin des trois points pour assurer les PO1. Le coup de réparation remet tout en question. Tim Smolders prend le ballon et ses responsabilités en main. Le stade des Éperons d'Or retient son souffle. Moment choisi par Laurent Henkinet pour bondir de sa ligne et stopper le tir sur sa droite. Le Guldensporenstadion exulte. Les Kerels s'imposent et se qualifient pour les play-offs, une journée avant la fin du championnat.
...

On joue la 81e minute quand Benoît Poulain fait faute sur Junior Kabananga dans la surface. Courtrai mène alors 1-0 face au Cercle Bruges et a besoin des trois points pour assurer les PO1. Le coup de réparation remet tout en question. Tim Smolders prend le ballon et ses responsabilités en main. Le stade des Éperons d'Or retient son souffle. Moment choisi par Laurent Henkinet pour bondir de sa ligne et stopper le tir sur sa droite. Le Guldensporenstadion exulte. Les Kerels s'imposent et se qualifient pour les play-offs, une journée avant la fin du championnat. Assis en terrasse d'un café du centre de Liège où il a gardé ses attaches, le héros de la soirée raconte : " Ça faisait deux ou trois matches que j'étais un peu frustré, que je voulais contribuer à la qualification. J'ai attendu jusqu'au dernier moment pour choisir le côté où j'allais plonger. A la base, ce n'était pas Smolders qui devait tirer. Il a pris la balle au tireur habituel qui choisit toujours le côté gauche. Je me suis simplement dit : 'changement de tireur, changement de côté. ' " Un choix payant qui lui permet de se montrer enfin décisif. Titulaire depuis janvier et le départ de Darren Keet pour la Coupe d'Afrique des Nations, Henkinet n'a plus lâché le poste de n°1. Encaissant seulement quatre buts en 2015, il a enchaîné 5 clean sheets consécutives (6 en 10 matches de Pro League) avant de tomber deux fois face à Anderlecht. L'ex-Standardman ne prend qu'un goal tous les deux matches. " Courtrai a une politique simple : si l'équipe tourne bien, pourquoi changer ? ", confie le keeper. " Ça faisait longtemps que je n'avais pas joué à ce niveau-là et aligner ces performances, c'est déjà une satisfaction. Je ne pensais pas revenir à un tel niveau. " " Dans ma tête, je signais en tant que troisième gardien. Je pensais jouer deux, trois matches maximum. C'était une seconde chance pour moi. Jamais je n'aurais pensé qu'elle serait arrivée aussi vite et qu'elle se serait passée aussi bien. " Sur le terrain, sa sérénité impressionne. Le staff d'Yves Vanderhaeghe lui fait rapidement confiance et il devient l'un des chouchous des supporters courtraisiens. " Il a un gros mental. Il est calme, posé et son impact est très positif pour sa défense. Laurent ne prend pas beaucoup de risques, il ne se met jamais en difficulté ", analyse son entraîneur spécifique, Patrick Deman, qui aurait pu devenir le plus vieux joueur de Pro League en septembre dernier, à 45 ans. " Laurent a de très bons réflexes. C'est l'un des meilleurs sur sa ligne ", ajoute Jos Beckx, coach des gardiens du Standard qui l'a amené à Saint-Trond, en D1, alors qu'il n'avait que 17 ans. A l'époque, la sérénité d'Henkinet lui avait valu le surnom de " lapin de glace " (IJskonijn, en néerlandais), le même qu'un certain Edwin Van Der Sar. Il faut dire que Beckx, qui a révélé Simon Mignolet, sait de quoi il parle. " Mais il doit encore travailler pour améliorer son jeu au pied, surtout du gauche, et ses sorties aériennes ", prévient-il. Des lacunes que le Berlozien bosse toujours avec Deman. " C'est un bosseur qui a des qualités de leader ", affirme ce dernier. Dans la vie comme dans son jeu, Henkinet rassure par son flegme. Du haut de son mètre nonante, il s'aventure rarement loin de son but. " Je préfère me retrouver en un contre un que de courir et me demander si je vais être avant l'attaquant ou pas. Parce qu'une fois que tu te fais dépasser, t'as l'air d'un con ", dit-il, souriant. " Je prends beaucoup de recul. Je ne vais pas crier sur quelqu'un, ni exulter sur un but. Justement, je me dis : 'Maintenant, tu vas avoir plus de pression et si tu n'es pas prêt, tu vas ramasser.' C'est ce qui me distingue des autres, je suis un gardien sobre. " S'il revit à Courtrai, c'est qu'Henkinet revient de loin. " Je l'ai supervisé alors qu'il ne jouait encore qu'en deuxième équipe à Tongres. On n'a pas hésité à le prendre ", se souvientBeckx. Ses réflexes lui font faire un bon de deux divisions et après quelques rencontres prometteuses, Georges Leekens le cite même parmi les trois plus grosses progressions au poste de gardien, entre Thomas Kaminski et... Thibaut Courtois. Rien que ça. Une ascension fulgurante qui lui vaut l'intérêt du Standard et de son nouveau président qu'il a déjà côtoyé au Stayen, Roland Duchâtelet. A seulement 18 ans, le natif de Rocourt débarque dans son club de coeur. " J'étais supporter du Standard depuis tout petit ", souffle-t-il. " C'était un rêve de gosse d'y signer, surtout en étant Liégeois. Je ne pouvais pas refuser. " Mais la belle histoire tourne vite court. Arrivé blessé, il ne prend pas part à la préparation. " J'étais censé être le deuxième gardien mais ça ne s'est pas très bien passé. Quand je suis revenu de blessure, ils en avaient déjà un... (Anthony Moris, ndlr) " Au terme d'une saison blanche, où il ne dispute aucune rencontre avec les Rouches, il est baladé successivement entre Dessel et Saint-Trond, où il effectue un troisième passage jusqu'à l'hiver 2014. Il devait pourtant y rester jusqu'à la fin du championnat. " C'est un pote qui m'a envoyé un message : 'Comment ça se fait que Moris est prêté à Saint-Trond alors que t'y es déjà ?' J'ai appris ça comme ça. Ni mon agent, ni le coach ne le savaient. " Une désillusion de trop pour Henkinet et son entourage qui décident de mettre un terme à leur collaboration avec le Standard. " Psychologiquement, ce n'était pas facile ", glisse-t-il, le regard droit. " A ce moment-là, j'étais dégoûté du foot, je voulais tout arrêter. On ne parlait plus de moi, j'étais mis de côté. Alors je me suis dit : 'Autant faire autre chose. Il n'y a pas que le foot dans la vie. ' " Son agent de toujours, Kismet Eris, regrette qu'il n'ait " pas eu un traitement à la hauteur de son respect. Laurent, c'est quelqu'un de très bien élevé, trop même par rapport au monde du football. " Trop tendre, trop gentil et aussi trop fragile. " Son problème, c'était les blessures. Je l'ai très peu coaché avec le noyau A. Une fois qu'il avait récupéré, il avait un besoin vital de jouer ", abonde Beckx. Alors qu'il est tout près de mettre les gants au placard, Henkinet effectue une nouvelle pige à Dessel avant de rejoindre les Kerels cet été. Une traversée du désert qu'il a surmontée au mental. " Après le Standard, il s'est montré plus réaliste, aussi bien en dehors que sur le terrain. Dans ses sorties, il est plus autoritaire, il n'hésite plus à s'imposer ", se satisfait Eris. " C'est une revanche personnelle de revenir maintenant, de montrer que j'ai les qualités nécessaires pour réussir ", poursuit l'intéressé. " Ce que je voulais, c'est montrer au Standard qu'ils se sont trompés. Mettre Keet sur le banc et jouer en D1, c'est la meilleure manière de le faire. Quand j'ai signé ma rupture de contrat, je voulais tout arrêter mais je voulais aussi prouver qu'ils avaient fait une erreur. Le fait de jouer les PO1, ce n'est que du bonus ! " A Courtrai, dans un club convivial, qui lui rappelle le Saint-Trond de ses débuts, le Liégeois se sent bien. " J'avais besoin de ce milieu familial, de cette proximité avec les supporters. " Un besoin d'être mis en confiance également, dont il a tardé à bénéficier. " Ici, je participe très peu au jeu. Quand on est gardien, on attend toujours une balle de confiance. Quand le ballon tourne pendant six, sept minutes et qu'on ne l'a pas touché, c'est forcément compliqué d'intervenir. Le penalty m'a beaucoup aidé. Aujourd'hui, tout le monde reconnaît enfin mes qualités. " Finis les blessures, le banc et les déceptions. Et si Henkinet réussit aujourd'hui, c'est peut-être parce qu'il démystifie lui-même son statut. " Dans ma tête, je ne suis pas un footballeur. Quand je me vois à la télé, j'hallucine encore : 'Putain, j'ai joué un match de D1 !' C'est aussi ce qui fait ma force. Je connais la mentalité des joueurs et je ne voudrais jamais l'avoir. " En toute simplicité et souvent sur la réserve, sa personnalité dénote totalement avec le monde pro. " Laurent a une nature fort introvertie. Ça a joué dans ses caractéristiques purement footballistiques et sa gestion comportementale du match. " Si Kismet Eris parle au passé, c'est que son poulain s'est endurci. Son regard et sa voix ne tremblent plus. Il ne baisse plus la tête. Le jeune Henkinet a grandi. Et garde, toujours, son épisode rouche dans un coin de sa tête. " Ce moment-là m'a tellement touché que j'ai un besoin de revanche. Je veux montrer à la Belgique ce dont je suis capable. Cette expérience m'a forgé un caractère, elle m'a servi de leçon. Chacun mange son bout de pain noir et moi, j'y ai trop goûté. Pour ça, je ne regrette pas. Je n'ai plus peur, je sais ce dont le monde du football est capable. Je m'y suis préparé et je suis prêt. " PAR NICOLAS TAIANA - PHOTOS: BELGAIMAGE" Après le Standard, j'étais dégoûté du foot, je voulais tout arrêter. "