"On n'est plus dans le football, on est dans la justice. C'est une affaire de racket, ça ne se fait pas. J'ai tout simplement dit ce qui s'est passé, et mon ressenti a été confirmé par les investigations. Ce n'est pas de ma faute si Karim (Benzema) s'est mis là-dedans... De toute façon, dans l'histoire, il a tout faux. (...) Pourquoi faire ça ? A un collègue de l'équipe de France, dans le cadre en plus de l'équipe de France... "
...

"On n'est plus dans le football, on est dans la justice. C'est une affaire de racket, ça ne se fait pas. J'ai tout simplement dit ce qui s'est passé, et mon ressenti a été confirmé par les investigations. Ce n'est pas de ma faute si Karim (Benzema) s'est mis là-dedans... De toute façon, dans l'histoire, il a tout faux. (...) Pourquoi faire ça ? A un collègue de l'équipe de France, dans le cadre en plus de l'équipe de France... " Le 27 novembre, dans une interview au journal Le Monde, Mathieu Valbuena défendait fermement ses convictions dans l'affaire dite du " chantage à la sextape ". Ce faisant, il enterrait peut-être les derniers espoirs de l'avant-centre du Real Madrid de participer à l'Euro 2016. Pour faire bonne mesure, la Fédération française, qui essayait jusqu'alors de ménager la chèvre et le chou, a décidé de se porter partie civile pour avoir accès au dossier. Mis en examen pour " complicité de tentative de chantage et participation à une association de malfaiteurs ", le sort de l'ancien Lyonnais s'annonce des plus incertains. Sans compter avec la justice civile qui pourrait obstruer son avenir même à Madrid, au grand dam de Florentino Perez, le président des Merengue, qui l'a toujours soutenu. Talent hors-norme, membre de la BBC madrilène (vainqueur de la Ligue des Champions en mai 2014), la carrière de Karim Benzema a (presque) toujours traversé quelques turbulences. De ses problèmes avec ses bolides (accident, conduite sans permis, dépassement de la vitesse requise) à ses accointances avec des rappeurs controversés (Rohff, Booba...) en passant par des ennuis judiciaires (inquiété dans l'affaire Zahia pour " sollicitation de prostituée mineure ", il bénéficie au final d'un non-lieu), la France bien-pensante ne lui passe rien. En 2010, dans l'hallali de l'après-Knysna, la ministre des Sports (Chantal Jouano) et le président de la Fédération (Fernand Duchaussoy) enjoignent le nouveau sélectionneur (LaurentBlanc) de ne pas le retenir à cause de cette mise en examen. En vain. Son attitude, sur et en dehors du terrain avec les Bleus, ne plaide pas toujours pour lui. En septembre 2009, après un match raté en Roumanie, il explique, maladroit, à Téléfoot : " Chez les Bleus, je ne fais pas les mêmes matchs qu'en club. Ce n'est pas le même Karim. Je ne suis pas trop en confiance. Lors du dernier match (remplaçant, il monte au jeu à la 73e minute), j'étais tellement déçu que je n'avais pas forcément envie de jouer, pas forcément envie de tout donner. " Longtemps, à Madrid, ça ne va guère mieux. Arrivé à l'été 2009 (à 21 ans), il doit affronter un environnement concurrentiel (GonzaloHiguain), des problèmes de poids et une nonchalance sur le pré qui ne sied guère à l'aficion de la Maison Blanche. Début novembre 2010, après un match à Murcie en Coupe du Roi, le quotidien Marca, jamais avare d'un jugement lapidaire, le déclare même " mort " pour la cause madrilène (" Esta muerto " en une). Cet enterrement de première classe va pourtant agir comme déclic. Deux mois plus tard, titillé par son orgueil et la gouaille de José Mourinho, Benzema bascule dans une autre dimension. " C'est à partir de là qu'il a enfin atteint le niveau auquel on le destinait ", soutient Gérard Houllier, le T1 qui l' a fait débuter à Lyon. " Il lui a fallu un an et demi pour intégrer mentalement l'implication nécessaire pour devenir un membre à part entière d'un grand d'Europe. Comme s'il avait un déficit de maturité. Il est sorti du cocon dans lequel il baignait depuis Lyon pour devenir un homme. " Jusqu'il y a peu, Benzema paraissait être le seul de la génération 87 à s'en sortir honorablement. La génération 87 ? C'est celle de 2004, championne d'Europe des U17 contre l'Espagne des GérardPiqué et CescFabregas. Parmi elle, un carré d'as appelé, paraît-il, aux plus hautes destinées : Jérémy Menez (aujourd'hui blessé au Milan, après une carrière erratique à Sochaux, Monaco, la Roma et Paris), Samir Nasri (persona non grata chez les Bleus après des passages mitigés à l'OM, Arsenal et City), Hatem Ben Arfa (OL, OM, Newcastle, Hull et Nice) et Karim Benzema, donc. " On les a vus trop beaux, trop vite. Ils ont tous tardé à entrer dans la carrière, sauf peut-être Karim. Samir était le plus mature mais ça ne l'a pas empêché de s'autodétruire à sa façon. Hatem est un gâchis monumental, il est parti trop tôt de Lyon. Aujourd'hui, ces gamins sont lancés dans un grand bain qui ressemble à une machine à laver infernale. Tous n'ont pas l'entourage nécessaire ou les capacités intellectuelles pour y survivre ", lâche sous couvert d'anonymat un membre de la DTN française. En 2010, la bande des quatre avait noté le Mondial sud-africain sur son agenda mais aucun n'y figurera. Chacun doit composer avec le cerveau embrumé de RaymondDomenech. Ils seront pourtant assimilés à la bande de grévistes de la première Coupe du Monde africaine. La faute à leurs origines géographiques (les banlieues marseillaise, lyonnaise et parisienne) ou leurs ascendances maghrébines (Nasri, Ben Arfa, Benzema) en ces temps nauséabonds où chez les Bleus " des caïds immatures commandent des gamins apeurés ", selon Roselyne Bachelot, la ministre des Sports de l'époque. " Il y a dans le sport en France une sorte de racisme larvé qui ne dit pas son nom ", assure un éducateur de l'Olympique lyonnais qui a travaillé avec Ben Arfa et Benzema. " Sur les origines et sur les quartiers où ces gosses ont grandi. Insupportable. Quand tout va bien, il y a un consensus de façade ; quand tout commence à partir de travers, ce sont toujours eux qui ramassent. "Né à Lyon le 22 décembre 1987, Karim Benzema a grandi à Bron (Rhône), une cité à l'est de la capitale des Gaules, dans une fratrie de neuf enfants (quatre garçons, cinq filles). Quelques années plus tôt, la ville a été une des premières de l'Hexagone (avec Vénissieux, à quelques kilomètres) à s'embraser, rodéos à l'appui. La mairie communiste a fait beaucoup d'efforts pour transformer la ville mais Karim évolue dans un univers possiblement dangereux. " Il était réservé, toujours avec un ballon ", racontait à L'EquipeHenri Bayada, un ex-dirigeant du club local. " Rien ne dit qu'il aurait mal tourné mais il n'en aura pas eu le temps. " Il part à l'OL quand il a dix ans, avec qui il gagne bien vite la Coupe de France des poussins en 1997 même s'il restera toujours fidèle à ses potes d'enfance. " L'intégration de Karim au centre de formation a été décisive. Elle lui a permis de sortir du contexte de son quartier, de nourrir sa passion ", poursuit l'éducateur de Lyon. Entre Rhône et Saône, Benzema préfigure à l'adolescence le joueur qu'il sera adulte. " Il était bourré de talent mais son engagement n'était pas à la hauteur. Il pouvait se montrer discret à l'entraînement comme en match, un peu dilettante, un rien suffisant ", certifie Armand Garrido, qui l'accueille chez les U17. Son père, Hafib, qui le suit partout, joue un rôle décisif dans sa progression en faisant le lien avec le staff rhodanien. Le futur Merengue débute chez les pros en janvier 2005, un semestre après Ben Arfa, son aîné de neuf mois. Plus que la rencontre contre Metz, c'est le speech que doivent prononcer les impétrants qui lui prend la tête. " Quand j'ai vu mon nom sur la liste pour le match, je n'ai plus pensé qu'à ça ", raconte- t-il à l'époque. " Je suis timide et pas bon pour ça. Le soir venu, j'ai cru qu'ils m'avaient oublié et puis Juninho a commencé à taper sur son verre avec le dos de sa cuillère. Tout le monde s'est tourné vers moi et j'ai bredouillé et tout le monde s'est bidonné. Je leur ai dit qu'ils pouvaient toujours se marrer mais que, si j'étais là, c'était pour leur piquer leur place. Là, ils se sont mis à m'applaudir. " Lyon dispose alors de la meilleure équipe de son histoire (1/4 de finaliste de la C1 en 2005 et 2006). Benzema sait déjà où il veut aller, son rêve depuis toujours est d'évoluer au Real et Florentino Perez le réalise à l'été 2009 en s'acquittant des 35 millions d'euros souhaités par le président Jean-Michel Aulas pour ce transfert. Il quitte donc la périphérie lyonnaise pour Finca, un quartier sécurisé de l'ouest de la capitale espagnole et le monde merveilleux, façon Disney, des néo-Galactiques madrilènes. Cela ne l'empêche pas de rester fidèle aux siens : à sa famille d'abord, à son agent, Karim Djaziri, le même depuis le début et aux potes de son quartier, toujours. Son tribut à la tribu... Si on peut situer le tournant sportif de Karim à son tonitruant début d'année 2011 sous l'égide de Mourinho, peut-être que le début de la fin commence le 4 juillet 2014 au soir de l'élimination de l'équipe de France contre l'Allemagne (0-1), en quart de finale du Mondial brésilien. Soit quarante jours après la victoire en Ligue des Champions arrachée contre l'Atletico Madrid (4-1 ap), le 25 mai à Lisbonne. La Roche tarpéienne n'est jamais loin du Capitole. Au soir de la défaite des Bleus contre la Mannschaft, Karim Djaziri et un certain Karim Zenati, un ami d'enfance de Benzema, font le tour des clubs de Ribeiro Preto, près du camp de base de la sélection française, afin de distribuer quelques gifles à des journalistes de L'Equipe, coupables à leurs yeux d'avoir écrit un article désobligeant sur " leur " joueur. " L'entourage de Karim a toujours été un problème ", confie un agent. " En dépit d'appels du pied répétés des gros agents français, il a toujours voulu être fidèle à Djaziri ", abonde un ancien coéquipier des années lyonnaises. Et le gars de la DTN de conclure : " Karim est quelqu'un qui a une grande indépendance d'esprit. C'est une force. Parfois, il en devient même un peu têtu. " En juillet 2014, alors qu'il joue à Marseille et s'apprête à signer pour le Dinamo Moscou, Mathieu Valbuena demande à Axel Angot, un de ces nombreux " hommes à tout faire " qui gravitent dans l'entourage des footballeurs pro, de transvaser tous ses contacts d'un ordinateur à son nouveau téléphone " parce qu'il est bon en informatique " (Le Monde du 28 novembre). Débute alors une incroyable affaire de chantage à la sextape qui aurait été récupérée lors de ce " transvasement ". Comment Karim Benzema et peut-être Samir Nasri, sportifs à l'abri du besoin, se retrouvent-ils dans cette histoire est pour l'instant un peu obscur. Il demeure que les écoutes de la police, effectuées après que Valbuena a porté plainte, sont accablantes pour le Madrilène. On l'entend (Europe 1 et L'Equipe du 11 novembre les ont révélées) discuter de la sextape avec son pote de toujours, Karim Zenati. Ce dernier aurait servi d'intermédiaire à un trio de maîtres-chanteurs en provenance de la cité phocéenne, probablement pour gratter une " commission ". Zenati a un casier : huit ans de prison pour braquage avant de replonger pour un go-fast qui convoyait 200 kilos de résine de cannabis. Qu'il trempe dans une affaire de ce genre n'est pas tout à fait une surprise. Le rôle de Benzema laisse pantois. Relève-t-il de la bêtise, de l'insouciance ou de la fidélité indéfectible aux amis du quartier ? Sur les écoutes, Benzema n'est pas tendre avec Valbuena, affichant son mépris. Au mieux, joue-t-il les affranchis auprès de Zenati, son aîné de cinq ans ! Pire, à un moment, il laisse tomber : " Il (Valbuena) ne nous prend pas au sérieux ". Ce " nous ", proprement irréel, indique qu'une ligne jaune (irréparable ?) a été franchie et de quel côté se situe le Français. Une semaine avant l'interview de Valbuena, de bonnes âmes, comme Nadine Morano, la députée européenne, réclamaient déjà son exclusion des Bleus pour avoir craché sur la pelouse de Bernabeu peu après qu'on eut joué La Marseillaise, en hommage aux victimes des attentats de Paris, avant Real-Barça. La semaine dernière, Camille Lacourt, quadruple champion du monde de natation, demandait son exclusion définitive de la sélection. Mahamadou Diarra, qui l'a accueilli avec un autre Diarra, Lassana (OM) à son arrivée au Real, n'en revient toujours pas : " Je l'aime beaucoup. C'est un joueur hors-pair et un homme de qualité. Chez vous, on ne lui passe rien, c'est une cible. Comme s'il était condamné avant d'être jugé. " Pas sûr que l'ancien international malien soit entendu par ici, en ces temps incertains.PAR RICO RIZZITELLI - PHOTOS BELGAIMAGELe rôle de Benzema laisse pantois. Relève- t-il de la bêtise, de l'insouciance ou de la fidélité indéfectible aux amis du quartier ? " Tous n'ont pas l'entourage nécessaire ou les capacités intellectuelles pour survivre dans le grand bain. " UN MEMBRE DE LA DTN FRANÇAISE