1 JUSQU'IL Y A PEU, EL CLASICO N'ÉTAIT PAS LE BON TERME

Pendant des années, en Espagne, on a utilisé le terme El Clasico pour qualifier le match opposant les deux formations s'étant le plus souvent rencontrées dans le football national. Jusqu'au début de la saison 2011-2012, c'était le match entre l'Athletic Club et le Real Madrid, qui s'étaient alors affrontés à 215 reprises en championnat et en coupe. Samedi, le FC Barcelone et le Real se retrouvent pour la 232e fois et depuis quelques années, le match peut être à juste titre qualifié de Clasico.
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Pendant des années, en Espagne, on a utilisé le terme El Clasico pour qualifier le match opposant les deux formations s'étant le plus souvent rencontrées dans le football national. Jusqu'au début de la saison 2011-2012, c'était le match entre l'Athletic Club et le Real Madrid, qui s'étaient alors affrontés à 215 reprises en championnat et en coupe. Samedi, le FC Barcelone et le Real se retrouvent pour la 232e fois et depuis quelques années, le match peut être à juste titre qualifié de Clasico.Il y a quelques semaines, lors du match de championnat entre le FC Séville et Barcelone, le médian français Steven N'Zonzi a marché sur le pied de Lionel Messi, qui a perdu sa chaussure en pleine course. Pire : la chaussure était déchirée. Adidas, la marque qui sponsorise l'Argentin, a ri jaune. Quand, en sus, Messi a pris une carte jaune pour avoir refusé de renfiler sa chaussure le long de la ligne, il a déclenché tous les signaux d'alarme chez la marque sportive allemande. Quelle mauvaise publicité ! Il est impensable que pareille scène se reproduise pendant le clasico, suivi par des millions de téléspectateurs. On a appris que Messi va porter pour la première fois une nouvelle sorte de chaussures contre le Real : la Messi 16 Red Limit. Alors qu'il porte actuellement une chaussure noire avec des bandes vertes, le nouvel exemplaire a des dessins rouges et roses.En 1968, alors que le dictateur Francisco Franco était toujours au pouvoir, le Barça a remporté la finale de coupe contre le Real, au stade Bernabeu, grâce à un but contre son camp contesté du Real. A l'issue du match, l'épouse du chef du gouvernement Camilo Alonso Vega s'est plainte auprès du président du Real, Santiago Bernabeu : " Dommage que nous avons perdu ! " Narcisde Carreras, le président du club blaugrana, était toujours dans la tribune d'honneur et avait entendu la remarque. Une situation embarrassante pour Alonso Vega, qui a obligé son épouse à féliciter De Carreras pour sa victoire. Sur ces entrefaites, doña Ramona s'est tournée vers l'homme avec un petit sourire et lui a dit : " Naturellement, je vous félicite car après tout, Barcelone fait quand même partie de l'Espagne, non ? " Et De Carreras d'aboyer en catalan : " Senyora, no fotem ! " Ce qui signifie à peu près : " Madame, allez vous faire foutre... "Zinédine Zidane n'a pas encore beaucoup d'expérience des clasicos, au poste d'entraîneur. Le seul qu'il a dirigé s'est achevé par une victoire au Camp Nou, au second tour de la saison dernière (1-2). Joueur, il a participé à de nombreux sommets et la moutarde lui est quelquefois montée au nez. Comme en 2003 quand il a décoché un coup de coude à Carles Puyol et qu'il s'est retrouvé face à une meute de Barcelonais. Dans le tumulte qui a suivi, il a giflé Luis Enrique. Zidane s'en est bien sorti : il n'a pas été exclu.Du moins quand on le fait comme le Brésilien Giovanni Silva en 1997. Durant un match à suspense au stade Bernabeu, le Barça de Louis van Gaal avait pris l'avantage à deux reprises, via Rivaldo et Luis Enrique, mais le Real était chaque fois revenu à la marque. Dans les ultimes minutes, Silva avait toutefois parachevé un contre, sur une passe de Luis Figo : 2-3. Le Brésilien a foncé vers les supporters du Real et leur a fait un triple bras d'honneur. La sanction : deux matches de suspension.Samedi, le match entre Barcelone et le Real débute à 16h15. Pourquoi cet horaire hors du commun ? Javier Tebas, le président de la Liga, dit l'avoir choisi pour attirer le plus possible de téléspectateurs asiatiques - lisez chinois. En Angleterre, personne ne pourra suivre le match en direct car une nouvelle règle de la Football Association, de la Premier League et de la Football League stipule qu'aucun match ne peut être diffusé le samedi de 14h45 à 17h15. La fédération anglaise espère ainsi attirer davantage de monde dans les stades.Ildefonso Urizar Azpitarte. C'est le nom de l'arbitre qui a sifflé le plus grand nombre de clasicos. L'anecdote la plus connue au sujet du Basque est celle de la finale de la supercoupe, en décembre 1990. Quand il a voulu exclure Hristo Stoichkov, l'avant bulgare du FC Barcelone, pour protestations, celui-ci lui a planté ses studs sur le cou-de-pied. L'arbitre s'est écroulé de douleur mais a refusé d'être remplacé. Urizar conserve un souvenir particulier de deux autres protagonistes des clasicos : " Victor Muñoz et Pep Guardiola. Ce sont eux qui commentaient le plus mes prestations pendant les matches, qu'il s'agisse de critiques ou d'éloges. Une fois, Guardiola me sciait tellement que, alors que le ballon était sorti, je me suis dirigé vers lui pour lui dire : - Tiens, prends le sifflet et arbitre le match, puisque tu es si malin. "Tout le monde connaît l'histoire de Josep Sunyol i Garriga, le président barcelonais abattu en 1936 par des troupes fascistes à un blocage routier. Elle focalise la haine catalane du régime de Madrid et du club qui, à leurs yeux, représente ce régime. Mais, d'après Sid Lowe, c'est un éclairage très particulier de l'histoire. L'historien et journaliste du Guardian et de WorldSoccer, qui vit depuis des années en Espagne et a écrit un livre sur le clasico, a découvert que Sanchez Guerra, le président du Real Madrid, avait été condamné à trente ans de prison en 1939 par le général Franco. Il a été libéré en 1944 puis à nouveau arrêté. Il a ensuite fui en France, où il a vécu en exil. Selon Lowe, les arbitres n'ont pas davantage favorisé systématiquement le Real sous le régime, durant la période de 1939 à 1973. Le Real a remporté le championnat en 1933 mais a ensuite dû patienter jusqu'en 1953, soit 14 ans après l'installation du régime, pour gagner un nouveau titre. " Il est beaucoup plus réaliste de dire que le Real a connu une période avant et une période après Alfredo Di Stefano" , raconte le journaliste. Avant l'arrivée de l'Argentin en 1953, le Real a gagné deux titres. Après, trente. Même histoire au FC Barcelone, dont l'histoire peut être divisée en deux périodes : avant et après Johan Cruijff. Lowe : " Il a été le père idéologique du nouveau Barcelone. "On a cru que Thomas Vermaelen deviendrait le deuxième Belge à disputer le clasico pendant ses deux récentes saisons à Barcelone mais les blessures l'en ont empêché. Cet honneur reste donc l'apanage de feu Fernand Goyvaerts, qui a effectué ses débuts au Club Bruges à seize ans avant de rejoindre le Barça en 1962. Il a joué trois ans en Catalogne puis, élu meilleur étranger du championnat d'Espagne en 1964-1965, il a obtenu un transfert au Real. Fernando reste donc le seul Belge au palmarès duquel figure un clasico. C'est étrange compte tenu de la levée de talents que nous connaissons actuellement en équipe nationale...Le Groenland, la Corée du Nord, la Mongolie, la Papouasie, les Fidji et les Îles Malouines : ce doivent être à peu près les seuls pays à n'avoir pas acheté les droits TV de la Liga Santander mais même là, on trouvera sans doute des opérateurs qui proposent le clasico. Le match de l'année dernière (Real Madrid-Barcelone, 0-4) a été suivi par 600 millions de personnes. C'est mieux que le Superbowl (200 millions), la finale de l'EURO entre la France et le Portugal (300 millions) et la finale de la Ligue des Champions (350 à 400 millions). Seule la finale du Mondial 2014 entre l'Allemagne et l'Argentine (700 millions) et la cérémonie d'ouverture des Jeux de Rio (près d'un milliard) ont attiré plus de personnes devant leur petit écran. PAR STEVE VAN HERPE - PHOTOS PG