5 octobre 2014. Le Club Bruges bat le Standard (3-0) au stade Jan Breydel. Björn Engels (20) effectue le tour d'honneur aux côtés de Timmy Simons, l'idole de sa jeunesse, auteur de deux buts sur penalty. Le jeune défenseur central savoure intensément ce moment. Quelques semaines plus tôt, il a permis à "son" Club, où il est abonné depuis l'âge de six ans, de prendre un point contre Anderlecht. A Ostende, il a même inscrit deux buts. Il rayonne. Titulaire indiscutable pour Michel Preud'homme, il sait que son nom figure déjà dans les carnets des scouts de clubs anglais, allemands ou italiens et que Marc Wilmots le tient à l'oeil.
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5 octobre 2014. Le Club Bruges bat le Standard (3-0) au stade Jan Breydel. Björn Engels (20) effectue le tour d'honneur aux côtés de Timmy Simons, l'idole de sa jeunesse, auteur de deux buts sur penalty. Le jeune défenseur central savoure intensément ce moment. Quelques semaines plus tôt, il a permis à "son" Club, où il est abonné depuis l'âge de six ans, de prendre un point contre Anderlecht. A Ostende, il a même inscrit deux buts. Il rayonne. Titulaire indiscutable pour Michel Preud'homme, il sait que son nom figure déjà dans les carnets des scouts de clubs anglais, allemands ou italiens et que Marc Wilmots le tient à l'oeil. Mais quatre jours après le match contre les Rouches, à l'entraînement, il est victime d'un coup du sort. En tacklant, son pied reste coincé dans le sol. A l'hôpital, on constate une petite déchirure du ligament de la cheville et du ménisque. Opéré du genou avec succès, il a bon espoir. Mais en cours de rééducation, un scanner de contrôle permet de déceler un oedème sur l'os. Celui-ci est infecté et les médecins réservent leur pronostic. En a-t-il pour deux semaines ? Six mois ? Un an ? Le seul remède, c'est le repos. " Il évacuait sa frustration en jouant à la PlayStation ", dit Bianca Van Yperen, sa mère. " Il n'y a rien de plus ennuyeux que de ne pas pouvoir faire ce qu'on aime le plus au monde mais Björn a déjà prouvé qu'il était fort mentalement. En décembre 2011, alors qu'il venait d'avoir 17 ans, un chirurgien lui apprenait qu'il souffrait d'une malformation de la hanche droite depuis la naissance et qu'il devait être opéré. En septembre 2011, après six mois de rééducation, il entrait au jeu lors d'un match européen à Bordeaux. " Ce n'était pas un cadeau : Bruges était dominé depuis le début de la partie et, après deux minutes, Engels trompait son propre gardien. Mais il se reprenait et, cinq jours plus tard, il signait son premier contrat pro. Lors du stage hivernal à Marbella, il apprenait que la hanche gauche était touchée également. " Il m'a appelée en pleurant ", dit Bianca. A l'été 2013, Juan Carlos Garrido faisait d'Engels un titulaire aux côtés de Brandon Mechele et le jeune défenseur central voyait son contrat prolongé jusqu'en 2017. " Il n'abandonne jamais ", dit sa maman. " En mars, pourtant, lorsqu'il a ressenti une douleur après deux entraînements et que le staff médical lui a dit que sa saison était terminée, il a pris un coup sur la tête. " Contraint au repos forcé, il assistait à tous les matches du Club Bruges mais était sans cesse confronté à la même question : " Quand reviendras-tu ? " Et ça ajoutait encore à sa détresse de manquer des matches. En janvier, le Club prolongeait son contrat jusqu'en 2019, ce qui le rassurait quelque peu. Il y voyait la preuve qu'on croyait encore en lui. " Il est bien entouré mais tant Vincent Mannaert que Bart Verhaeghe lui envoyaient de temps en temps un SMS ou un panier de fruits ", dit Evert Maeschalck qui, avec Guy Bonny, défend ses intérêts. " De petites attentions qui le touchaient car il est sensible. Et il répondait qu'il espérait se rendre utile le plus vite possible. " Le 18 avril, un club de supporters lui offrait un maillot d'Arsenal à son nom, frappé du numéro 40 et signé par Per Mertesacker. Un beau geste envers celui qui, depuis le passage de Thierry Henry, est fan d'Arsenal, au point d'avoir une carte de membre. Et le 30 mai, à Wembley, il assistait d'ailleurs à la victoire d'Arsenal sur Aston Villa en finale de la Coupe d'Angleterre. Jeudi 2 juillet 2015. Sept jours après la reprise des entraînements, Björn Engels retrouve le groupe. " Un rêve ", dit-il. " J'ai l'impression que mon absence a duré une éternité mais je suis là. " Le troisième jour, pourtant, il dit à sa mère : " Je ressens encore des élancements. " Désespérant. En stage, à Garderen, il doit renoncer et passer un scanner de contrôle. " On ne les compte plus ", dit Bianca. Il est en contact presque chaque jour avec Evert Maeschalck. " Nous parlons surtout d'autre chose. Nous ne sommes pas médecins et nous devons donc faire confiance au corps médical ", dit celui-ci. " Ne pas avoir son sort entre les mains est toujours très ennuyeux. " Le staff médical du Club l'envoie au Milan Lab et à Munich chez le Dr Hans-Wilhelm Müller-Wohlfahrt, médecin de l'équipe d'Allemagne. Dans la salle d'attente, il tombe sur Usain Bolt qui, un mois plus tard à Pékin, va décrocher trois médailles de champion du monde. " Ils ne se sont pas parlé ", dit Bianca. Selon un journal, le médecin allemand a développé son propre remède à base de crêtes de coq écrasées. Du vaudou ? Sur son compte Twitter, Engels écrit : De retour au club après un traitement aux crêtes de coq écrasées #jeveuxycroire." Le médecin nous a rassurés : Björn allait guérir, à condition de ne reprendre l'entraînement que lorsque l'oedème aurait complètement disparu. Et le risque de récidive est quasi nul. " Lode Dalewyn, le médecin du club, est formel : " Tous les spécialistes sont d'accord pour dire que c'est une blessure rare mais que la carrière de Björn n'est pas en danger. " A la mi-septembre, alors qu'il fête ses 21 ans, Björn reprend la course. Début octobre, il est autorisé à s'entraîner individuellement avec ballon. Il voit le bout du tunnel. Il y a deux semaines, les médecins du Milan Lab lui ont donné le feu vert et mardi dernier, c'est le médecin munichois qui l'a autorisé à reprendre. Voilà qui va faire plaisir à Michel Preud'homme. Engels a perdu un an mais il peut recommencer à rêver. " L'an dernier, déjà, beaucoup de clubs le suivaient ", dit Maeschalck. " Il n'a que 21 ans et est titulaire dans un grand club au moment où les Diables Rouges font la pub' de tous les joueurs belges. Il est grand et fort de la tête, rapide et intelligent : il a du potentiel. "PAR CHRIS TETAERT - PHOTO BELGAIMAGE