Chacun a son opinion sur le nombre de marches à gravir pour arriver au sommet. Pour Frédéric Renotte, le préparateur physique du Sporting Charleroi, il y en a 80. Nous sommes au pied de la T3, et les Zèbres commencent la semaine en montant à dix reprises jusqu'en haut de la tribune. 800 marches en tout. Visiblement pas assez pour Enes Saglik, qui décide de se compliquer un peu la tâche avec une veste lestée d'une dizaine de kilos sur le dos.
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Chacun a son opinion sur le nombre de marches à gravir pour arriver au sommet. Pour Frédéric Renotte, le préparateur physique du Sporting Charleroi, il y en a 80. Nous sommes au pied de la T3, et les Zèbres commencent la semaine en montant à dix reprises jusqu'en haut de la tribune. 800 marches en tout. Visiblement pas assez pour Enes Saglik, qui décide de se compliquer un peu la tâche avec une veste lestée d'une dizaine de kilos sur le dos. " On a joué vendredi dernier, et le match face à Saint-Trond sera seulement samedi. Du coup, on peut se permettre de faire des entraînements avec une charge physique plus importante en début de semaine ", explique Felice Mazzù, qui regarde ses joueurs à distance avant de prendre la route de Marcinelle pour préparer son premier entraînement " belge " de 2016. Sur la pelouse du Mambourg, Jérémy Perbet met la misère au reste du groupe lors d'une séance de " box-to-box " : départ de la ligne de fond, rythme soutenu jusqu'à l'autre côté du terrain, puis encore jusqu'à la ligne médiane avant de revenir en marchant au point de départ. " C'est une façon de transférer sur le terrain le travail physique fait avec les matches ", explique Renotte, toujours prompt à glisser un encouragement ou une blague à ses troupes au milieu des cinq séries de l'exercice. Rieur, le préparateur physique l'était déjà quand il a débarqué avec trois pneus, " retrouvés dans le garage de ma mère. " Et quand David Pollet, passé prendre ses affaires chez le fameux " Bello " (le responsable des équipements), tombe nez-à-nez avec la trouvaille, il ne peut retenir un : " Hé mais c'est quoi ces pneus-là ? " Renotte se contente d'un " tu verras demain " et d'un sourire en coin en guise de réponses. " Il faudra que certains prennent leur voiture, parce que le bus est en panne. " En route pour le complexe de Marcinelle, six kilomètres plus loin. Deux terrains qui régaleraient de nombreux joueurs de Provinciale, mais qui piquent un peu les yeux quand ils sont foulés par des joueurs de D1. Un contraste incarné par Mario Notaro, dont l'allure de personnage de théâtre de boulevard dissimule une connaissance pointue du football. C'est d'ailleurs l'adjoint de Felice Mazzù qui donne de la voix pour un huit contre huit sans autre but que celui de ne pas perdre la balle. " C'est surtout un entraînement de remise en jambes, mais autour de nos principes. Ici, on veut les voir donner et bouger pour sortir du pressing ", explique le T1. Un message parfaitement transmis par Notaro, qui anime les échanges à coups de " bougeeeez ", " voilàààà " et " à l'opposéééé " avant de laisser le groupe entre les mains de Mazzù. Les joueurs transportent les buts de part et d'autre d'une surface réduite et l'entraînement se termine par un sept contre sept avec deux chasubles bleues qui jouent avec l'équipe en possession. Un neuf contre sept en trois touches de balle, où les deux hommes libres doivent toucher le ballon dans la bande centrale pour pouvoir se projeter vers le but, de préférence pour marquer puisque leurs buts comptent double. " Trouvez les solutions, trouvez l'inspiration ", insiste Felice, qui harangue un AmaraBaby un peu nonchalant, demande à RomanFerber d'être plus collectif ou encourage DieumerciNdongala à accompagner les actions jusqu'au bout. " La participation des milieux de terrain à nos offensives, c'est un autre aspect important de notre jeu ", précise le coach des Zèbres pour expliquer le contenu de cette fin de séance, dont la qualité ne lui a visiblement pas plu. " Maintenant, on a de la concurrence à tous les postes. Et vous me connaissez, il n'y aura pas de copinage. Donc, il faudra de l'intensité à l'entraînement. " Au centre national de Tubize, où les Zèbres s'entraînent ce mardi, Felice Mazzù donne le ton. Il veut voir autre chose que la veille. Et ça tombe bien car malgré des températures descendues sous le zéro, le groupe est chaud. Frédéric Renotte s'en est chargé personnellement, avec une séance de gainage de 20 minutes sur le terrain synthétique couvert, rythmée par des blagues adressées à Francis N'Ganga, de retour à l'entraînement après avoir été dispensé la veille suite à l'accouchement de sa femme. " Finies les grasses mat', Francis ! 22 euros les couches !" Une fois sur le terrain, le ton devient plus sérieux. Pendant que Michel Iannacone use ses gardiens en les attachant avec un élastique pour les faire plonger, Notaro anime l'atelier longs ballons : " Plus fort ces ballons, c'est trop mou ! La distance, c'est fait exprès hein les gars. " Avec l'une des plus mauvaises attaques du championnat, le Sporting doit régler ses gammes devant le but. Mazzù prend la moitié du groupe pour une combinaison en triangle conclue par un centre, Notaro emmène les autres faire des frappes en pivot. " Je veux de la vie ", prévient Felice. Et Perbet fait vivre les ballons jusqu'au fond des filets. Tous ses tirs font mouche, malgré un NicolasPenneteau qui se multiplie entre les perches. " Si Jérémy veut rester axial, ça ne me dérange pas de rester à gauche ", proposera même Steeven Willems à Mazzù lors d'un changement de postes. Perbut est lancé et à part Penneteau, personne n'a envie de le voir s'arrêter. " J'aime mieux la séance d'aujourd'hui que celle d'hier ", lance le coach pendant l'exercice suivant. Un onze contre onze d'un rectangle à l'autre, avec une consigne limpide : " Je veux du pressing. " Et pour y parvenir, deux contraintes sont imposées aux joueurs : toute l'équipe doit avoir passé la ligne médiane pour que le but soit validé, et la relance doit obligatoirement passer par un des carrés de plots placés au coin du terrain de chaque côté du but. " On a les couilles d'aller chercher haut et on ne donne pas d'espace ", insiste Mazzù, qui arrête l'atelier quand N'Ganga réalise un superbe changement d'aile : " La diagonale, c'est toujours intéressant pour sortir d'un pressing, bien vu Francis ! " Entraînement terminé. Enfin, presque. Parce que depuis plusieurs minutes, Frédéric Renotte installe ses pneus sur le terrain de beach-soccer du complexe. Ce sera sans Clément Tainmont, parti pour Bruxelles pour éviter une lourde suspension suite à sa carte rouge contre Mouscron. " N'arrive pas en retard, sinon tu vas prendre dix matches ", rigole Pollet. Les sourires disparaissent vite des visages quand Renotte prend la parole : " C'est un vieil exercice, on faisait ça à Malines. De la pure puissance, c'est bon pour les cuisses. " Avec son short remonté façon Jean-Michel Saive pour exposer ses quadriceps, Roman Ferber s'en donne à coeur joie lors de ces cinq allers-retours à tracter le pneu dans le sable. C'est moins drôle pour Ndongala ou Saglik, qui finit même au tapis après avoir été taclé par derrière par le pneu. Dure fin de journée pour Enes. L'entraînement est prévu à 10 h 30, mais l'ancien bar réaménagé en salle de musculation est déjà bien rempli une heure plus tôt. La double séance d'entraînement du jour n'effraie visiblement pas un Penneteau très matinal, déjà au travail alors que d'autres terminent leur petit-déj'. Le Nutella a fini par disparaître de la table, au grand dam de certains joueurs. " Mais ils en mangent déjà assez chez eux ", rigole un membre du staff. À Marcinelle, Notaro éveille les muscles et réchauffe les pieds des joueurs avec des jonglages, de la conduite de balle et des accélérations du rond central au poteau de corner pour récupérer son ballon le plus vite possible. Un jeu de chaises musicales version ballon rond où les perdants font dix pompages. Et tant pis s'ils ont été distraits par un Felice Mazzù d'humeur taquine : " À force de rouspéter avec l'arbitre, le coup franc est joué et c'est caisse ! " Pendant que les joueurs placent les deux buts à une vingtaine de mètres l'un de l'autre pour l'atelier de la matinée, Mario Notaro tente de déposer un ballon dans la lucarne. Il dépose surtout son dos au sol suite à une superbe glissade, et ajoute un peu de bonne humeur à la séance. Mazzù ramène la concentration sur le terrain : " Le plaisir c'est une chose, l'entraînement c'en est une autre. Je veux du tempo ! " Sur de telles dimensions, le rythme est au rendez-vous : à quatre contre quatre, ça frappe dans tous les sens. Parfait Mandanda multiplie les parades irréelles et les " bravo Pippo " résonnent dans le clan français après chaque but de l'inévitable Perbet. Pendant que Notaro s'inquiète du transfert de YayaSoumahoro à Saint-Trond, Mazzù distribue les compliments et compte les points, provoquant les sautes d'humeur des joueurs quand il se trompe sur le résultat. " C'est un groupe très joyeux, qui fonctionne très bien et nous ce qu'on veut, c'est que les joueurs prennent du plaisir ", explique le coach sur le chemin du retour vers le stade, où les joueurs vont enchaîner dîner et sieste avant la séance de l'après-midi. " Après, ce n'est pas toujours facile de gérer comme ça parce que quand tu ouvres des portes de plaisir aux joueurs, certains s'y engouffrent et en profitent démesurément. " C'est un groupe amaigri qui revient à Marcinelle pour la deuxième séance du jour. Anciens et joueurs de retour de blessure sont restés au stade pour éviter la surcharge. Mario Notaro lance l'après-midi par un jeu où les passes se font à la main et les buts se marquent de la tête. " Vous inquiétez pas les gars, la semaine prochaine je suis avec Parfait et Nico ", lance Ferber après avoir multiplié les sauvetages sur la ligne. Notaro propose quelques coups francs pour terminer la journée, et provoque les rires du groupe quand il place un mur avec un trou entre deux joueurs. Explications de Mario : " Quand j'ai commencé à entraîner, j'avais un gardien qui voulait un mur comme ça, juste pour voir partir le ballon. Et il a joué une Coupe du monde, hein ! " Les rires deviennent aussi rares que les frappes cadrées, même si DorianDessoleil s'avère étonnamment adroit dans l'exercice. " Il faudra revoir la hiérarchie, coach ! ", lance l'arrière central, avant que Tainmont ne mette tout le monde d'accord avec une frappe sèche en pleine lucarne : " Pourquoi je suis suspendu moi ? " L'hiver est là, et les orteils carolos remercient Tubize pour cette merveilleuse invention qu'est le terrain synthétique couvert. Les deux tiers du groupe s'échauffent avec un toro où Perbet fait figure de victime idéale, pendant que le clan français (Tainmont, Pollet, Marcq, Willems) fait un tennis-ballon au-dessus de deux barrières nadar. Une trentaine de minutes plus tard, le groupe envahit la pelouse pour un match à sept contre sept avec des joueurs présents en appui sur les flancs et à côté des buts. Le travail est intense après un début poussif, mais certains n'en ont visiblement pas assez après l'entraînement. Pollet et FlorentStevance placent quelques ballons à l'entrée du rectangle pour arroser Parfait Mandanda, et l'idée plaît visiblement à Felice Mazzù qui hèle Perbet et Ferber pour se joindre à cet atelier finition improvisé : " Le ballon vient de côté, vous rentrez dedans. " Simple, mais Perbet n'est visiblement pas dans un bon jour. Mazzù change de position, mais le buteur des Zèbres doit attendre les dernières frappes pour faire régulièrement trembler les filets. " Il faut s'attendre à tous les ballons ", insiste Mazzù. " C'est quand on connaît toutes les chansons qu'on est un bon chanteur. " À l'autre bout du terrain, Enes Saglik fait chanter son pied gauche. Le maestro envoie des coups francs sur un Penneteau qui est plus coach que gardien. Le Français conseille son équipier sur sa course d'élan, la position de son corps et la hauteur de ses frappes. " Comme tu te positionnes au départ, tu veux tellement mettre d'effet que le ballon ne peut pas se lever. " " Ils ont mis une bâche ou je flashe ? ". ClintonMata ne flashe pas. Les neiges nocturnes n'ont pas altéré la pelouse bien protégée du Mambourg, mais les joueurs sont satisfaits de voir l'entraînement commencer par une séance de théorie bien au chaud. Les engins de musculation sont déplacés, et des chaises sont alignées pour transformer la salle de sport en salle de théorie. C'est Mario Notaro qui présente ses analyses du jeu des Canaris. Nous sommes évidemment invités à attendre dehors pour ne pas percer les secrets de fabrication carolos, mais le T2 explique son mode de fonctionnement après la séance : " Au total, ça dure environ quinze minutes. Je présente aux joueurs des petites séquences de deux minutes sur l'équipe adverse, où ils découvrent comment ils marquent, comment ils développent leur possession de balle, ou encore comment ils jouent les corners offensifs et défensifs. " Des corners travaillés une fois sur le terrain enneigé de Marcinelle. Les gestes du tireur indiquent la combinaison, tandis que Notaro occupe le reste du groupe dans un match en 6 contre 6 à deux touches de balle, où les buts sont légion et le pressing intensif. Damien Marcq, un rien chambré par Pollet après une transversale ratée - " Comment tu veux être lancé en profondeur avec un six pareil ? " -- accompagne son coach pour la traditionnelle conférence de presse d'avant-match, inhabituellement fréquentée. " C'est ça d'être un candidat au top 6 ", balance avec humour un journaliste à Felice Mazzù. La rencontre, justement, se solde par un 0-0 décevant au marquoir mais encourageant sur le terrain. Les Zèbres ont raté un penalty et rencontré un William Dutoit des grands soirs. 3 h 30 avant le coup d'envoi, le groupe s'était retrouvé au stade pour manger avant un peu de temps libre et un rappel des consignes données lors de la théorie de la veille. Là, Felice Mazzù avait dévoilé son onze de base, avec l'association de Perbet et Pollet aux avant-postes. Pas une surprise quand on avait constaté que les deux hommes avaient systématiquement été équipiers lors des formes de match des derniers jours : " Grâce au travail de la semaine, les joueurs connaissent déjà les tendances ", explique Mario Notaro. Mazzù se présente en conférence de presse. Les critiques des journalistes sur la qualité des phases arrêtées ou le maintien de confiance en Perbet malgré les penalties ratés ne semblent même pas l'irriter. Le coach est déjà tourné vers le match suivant. Un déplacement à Anderlecht que Felice abordera avec le même onze de base. Parce qu'on dit toujours qu'on ne change pas une équipe qui gagne, mais dans l'esprit du tacticien du Mambourg, on ne change pas non plus celle qui s'est créée assez d'occasions pour gagner. PAR GUILLAUME GAUTIER - PHOTOS BELGAIMAGE - VIRGINE LEFOUR" A présent, on a de la concurrence à tous les postes. Et comme avec moi il n'y a pas de copinage, il faut de l'intensité à l'entraînement. " - FELICE MAZZÙ Les " bravo Pippo " résonnent dans le clan français après chaque but de l'inévitable Jérémy Perbet.