Après un mois d'octobre des plus perturbés, la mini-trêve provoquée par le match de barrage que doivent disputer les Diables Rouges va permettre au Standard de panser définitivement ses plaies.
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Après un mois d'octobre des plus perturbés, la mini-trêve provoquée par le match de barrage que doivent disputer les Diables Rouges va permettre au Standard de panser définitivement ses plaies.A cours d'effectif, le club de Sclessin a chèrement payé les absences pour blessures de Moreira, Lukunku et Dragutinovic. Les retours du Portugais et du Français doivent donc permettre à l'équipe de Michel Preud'homme de retrouver la créativité et la puissance qui lui ont trop souvent fait défaut en cette fin d'été indien. Victime d'une déchirure aux ischio-jambiers le 25 août dernier face au RWDM, à la suite d'un contact avec Doumen, le Français avait rêvé de revenir pour le match contre Anderlecht. Il n'y fit qu'une brève apparition et fut clairement gêné par un énorme bandage au genou. A tel point qu'on se demandait s'il pourrait être utile à son équipe cinq jours plus tard face à Bordeaux. Mais, à son grand étonnement, il disputa l'intégralité de la partie. "Ma cuisse est tout à fait guérie mais je souffre encore d'une tendinite au genou", explique-t-il. "Contre Anderlecht, on m'avait placé un énorme bandage pour me soulager. Malheureusement, cela me gênait plus qu'autre chose et je manquais de mobilité. Face à Bordeaux, je me sentais déjà beaucoup mieux mais je sais que je dois encore bien me recadrer par rapport au but. En début de deuxième période, par exemple, j'ai hérité d'un bon ballon et j'ai attendu que le cuir retombe pour le frapper. Si j'avais été en pleine possession de mes moyens, je l'aurais repris comme il venait". A vrai dire, c'est un peu l'urgence qui a précipité le retour de Lukunku. L'attaquant français ne cache pas qu'il aurait préféré prendre son temps pour effectuer sa rentrée et que le staff technique l'a quelque peu pressé. "Ma cuisse est tout à fait guérie. En revanche, j'ai encore deux kilos à perdre et une douleur persistante. On ne peut cependant pas toujours choisir le moment pour revenir. Cela faisait déjà deux semaines que les entraîneurs se relayaient pour me demander de faire un effort, de jouer 20 ou 25 minutes. Et ils étaient forts car le staff médical leur avait dit que je pouvais rejouer. Mais moi, j'avais mal, je craignais un peu que quelque chose pète à nouveau et j'avais l'impression qu'on ne me croyait pas ou qu'on me prenait pour un douillet. Pourtant, je vous assure que ce n'est pas le cas et je n'accepterais plus que l'on dise cela de moi".Il préfère quand même le 4-3-3Lukunku a également effectué son retour dans un Standard qui tourne moins bien qu'en début de saison et qui a changé de système puisqu'il a délaissé le 4-3-3 au profit d'un 4-4-2 où ce sont surtout les arrières latéraux qui doivent adresser les centres, ni Walem ni Meyssen (à droite!) n'étant à proprement parler des ailiers de débordement. "Contre Bordeaux, les centres n'étaient pas suffisamment tendus", estime Ali. "J'ai dû sauter énormément pour dévier de la tête mais j'ai rarement pu mettre le cuir là où je le voulais. C'est sans doute dû au fait que nos arrières n'osaient pas aller jusqu'au bout de l'action par crainte de trop se découvrir. A 100% de mes possiblités, je préfère donc le 4-3-3 mais je suppose que nous y reviendrons tôt ou tard lorsque l'effectif sera au complet". Quel que soit le système mis en place, Lukunku s'apprête de toute façon à relever un nouveau défi: celui qui doit faire de lui une terreur des rectangles, un homme valant ses 15 buts par saison, un attaquant plus régulier qu'il ne l'a été jusqu'ici. Un combat de plus pour celui qui a d'ores et déjà remporté plusieurs batailles depuis qu'il a débarqué à Sclessin voici un peu plus de trois ans. Sur le terrain, il a fini par s'imposer au centre-avant, son poste de prédilection, après qu' Ivic l'ait promené un peu partout (ailier droit, médian défensif, médian gauche) et que Preud'homme ait d'abord eu l'intention de l'aligner au poste de médian droit. "La saison dernière, déjà, je marquais régulièrement sans jouer devant et cela me rendait confiance", avoue-t-il. "Pendant les vacances à Grenoble, je me suis entraîné avec une équipe de ma région et j'ai joué devant pour cultiver cette envie de marquer. C'est quelque chose de précieux qu'un attaquant doit toujours conserver. Pour le tout premier match de préparation, contre Montpellier, Ole-Martin Aarst a dû rentrer en Belgique parce que son épouse avait accouché. Ce soir-là, j'ai joué devant et j'ai fait trembler les filets. Par la suite, on m'a placé à droite au milieu du jeu mais cela n'allait pas trop. Dans le meilleur des cas, je n'étais que moyen et cela ne servait ni mes intérêts, ni ceux du Standard". En balance avec Trezeguet à MonacoLa méforme persistante d'Aarst a alors fait en sorte que Lukunku se retrouve devant et, jusqu'à sa blessure, il n'a plus lâché sa chance, justifiant ainsi la réputation qui était la sienne à Monaco, lorsqu'on croyait davantage en lui qu'en un certain Trezeguet, auteur de six buts en cinq matches de Ligue des Champions avec la Juventus. "On ne peut pas nous comparer", dit Lukunku. "C'est LE buteur, le type qu'on voit dans les 20 derniers mètres et qui sait toujours où est la cage. Moi, je suis plus du genre à me démarquer et à aller en profondeur. On a dit qu'il avait eu la chance de ne jamais être blessé tandis que j'étais victime d'une fracture de la jambe mais c'est aussi une qualité d'éviter les coups: Trezeguet ne va jamais au contact, il se fait oublier de son défenseur. Evidemment, il est grand et fin tandis que moi, avec mon gabarit, je ne passe pas inaperçu". Il affirme en tout cas qu'il n'accepterait plus de jouer au poste de médian défensif, même pour un dépannage: "Sur ce coup-ci, je vais peut-être passer pour un individualiste mais j'ai déjà donné. Avec du bon et du moins bon. Ce n'était pas ma place et j'ai perdu assez de temps". En coulisses, Lukunku s'est également imposé à Sclessin, où il est déjà l'un des plus anciens et fait figure de référence, alors qu'il n'a encore que 24 ans. "Référence, c'est un bien grand mot mais c'est vrai que seuls Didier Ernst et George Blay sont arrivés avant moi et que je sens que je commence à faire partie des meubles. Maintenant, on me fait davantage confiance et on s'inquiète pour moi à la moindre blessure, ce qui n'avait jamais été le cas auparavant". D'Onofrio pense qu'il vaudra plus que KollerArrivé pour une bouchée de pain et avec un salaire peu élevé, il a obtenu le contrat de cinq ans qu'il souhaitait. Les négociations furent longues et parsemées de déclarations fracassantes de part et d'autre. Les deux parties avaient toutefois intérêt à trouver un terrain d'entente. Lukunku parce qu'il n'avait pas encore suffisamment prouvé pour gagner beaucoup plus ailleurs et le Standard parce que D'Onofrio estimait que, dans deux ans, Ali vaudrait davantage que les 500 millions de Jan Koller. Lukunku ne compte plus trop s'éterniser à Sclessin non plus. "Six ans au Standard, ce serait trop long", dit-il. "Pour moi, cette saison doit être la dernière en Belgique. C'est d'ailleurs pour cela que j'ai beaucoup travaillé pendant les vacances. Je ne peux évidemment écarter aucune offre émanant d'un grand club mais je ne cache pas que l'idéal serait de pouvoir rentrer en France. Depuis le décès de mon papa, ma famille me manque énormément. J'aimerais pouvoir être chez moi en une heure ou deux de route. Marseille? (il rit) Sportivement, ce n'est sans doute pas l'idéal et c'est vrai que j'avais toujours dit que je n'irais pas parce que c'est le bordel là-bas. Néanmoins, je pense qu'à l'heure actuelle, ça ne me dérangerait pas". Une seule condition pourrait l'inciter à rester à Sclessin: "Si le Standard devait se qualifier pour la Ligue des Champions, je ne partirais que... pour une autre équipe qualifiée pour cet événement. Oui, je pense que cet objectif reste réaliste, d'autant qu'aucun autre club ne semble vraiment prendre le large. La Gantoise est en tête mais a des difficultés aussi: elle n'a battu ni Anderlecht, ni Bruges. Quant à nous, il est vrai que nous avons perdu des plumes contre Lokeren, à Beveren et à La Louvière. Ce sont des choses qui peuvent arriver mais ne doivent pas se reproduire car un club qui veut être champion ne peut pas subir plus de trois défaites sur la saison".Preud'homme a vu justeDe l'extérieur, il a vu ses équipiers souffrir pour tenter d'imposer leur football, ces ballons qui revenaient sans cesse vers une ligne arrière qui a fini par craquer parce que personne n'arrivait à faire la différence au milieu ou à peser sur la défense adverse. Lukunku estime cependant que, dans l'ensemble, les gens ont été un peu durs avec le Standard. "C'est sans doute dû au fait qu'après une qualification européenne et un bon départ, on attendait beaucoup de nous. Et puis... je ne suis pas journaliste. Vous avez vos critères, une vision tout à fait différente de celle qui a cours au sein d'un groupe. Il y a également des moments où vous avez été justes avec nous, comme lorsque vous avez émis des réserves après notre large victoire sur le GBA". Lukunku a également vécu de l'extérieur les premières heures très difficiles de Michel Preud'homme à Sclessin. Le coach liégeois a-t-il été trop gentil, comme sa direction le lui a parfois reproché? "Je ne pense pas. L'entraîneur a su se montrer humain et je suis persuadé que c'était la bonne manière de nous aider à relever la tête aussi vite. Une attitude contraire aurait créé d'autres tensions car il y a toujours des mécontents au sein d'un groupe et on a vite fait de se mettre un petit groupe à dos. Peut-être a-t-on l'impression que tout le monde n'a pas rendu tout de suite la confiance que l'entraîneur a accordée à chacun, mais certains joueurs rembourseront leur dette à un autre moment de la saison".Il a gagné la bataille de la tribuneEnfin, on peut prétendre sans plus aucun risque de se tromper que Lukunku a gagné la bataille de la tribune. Souvent hué voire menacé à ses débuts, au point d'en pleurer, Ali compte désormais bien plus de partisans que de détracteurs. Sur le site internet officieux du club, ceux-ci ne donnent plus leur avis qu'au compte-gouttes mais un oeil au classement du Joueur de la Saison a vite fait d'exprimer leur minorité. Malgré deux mois d'absence, Lukunku y occupe encore la quatrième place, derrière Goossens, Walem et Moreira. "Je sais que je n'ai pas toujours été bon et il était donc normal que le public manifeste son mécontentement", ajoute Lukunku. "Maintenant, il suffit d'une action pour qu'il s'enflamme. Le public du Standard est exigeant mais sait se montrer formidable quand il sent que son équipe a besoin de lui. Comme à Bordeaux où, malgré la défaite, le speaker à dû prier nos supporters de bien vouloir quitter le stade. Et au retour, ce fut meilleur encore. J'avais d'ailleurs prévenu mon frère, Fanfan, qui assistait à la partie: -Ici, c'est comme à Milan. Il a été impressionné et ces gens méritent d'être récompensés. J'ai l'intention d'ouvrir un site internet et ça ne me dérangerait pas du tout de profiter de ce moyen de communication pour offrir dix places pour chaque match à nos plus fervents partisans". Patrice Sintzen