Classé 145e au classement ATP au mois d'août de l'année dernière, Reginald Willems (23 ans) reste très peu connu du grand public. Il a pourtant remporté un tournoi Challenger l'année dernière, mais ses résultats, assez réguliers en 2000, n'ont eu que peu de retentissement. Depuis le mois de septembre, il n'a plus joué, en raison d'une blessure au dos.
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Classé 145e au classement ATP au mois d'août de l'année dernière, Reginald Willems (23 ans) reste très peu connu du grand public. Il a pourtant remporté un tournoi Challenger l'année dernière, mais ses résultats, assez réguliers en 2000, n'ont eu que peu de retentissement. Depuis le mois de septembre, il n'a plus joué, en raison d'une blessure au dos.Comment se sont passés vos débuts dans le tennis?J'ai commencé à l'âge de six ans à l'Orée, un club bruxellois situé à cinq minutes de chez moi, à Woluwe. Ma mère se présentait souvent là-bas et j'ai commencé à jouer avec elle. Cela me plaisait beaucoup. Je passais mes journées là-bas, à jouer avec des copains. Puis, assez vite, j'ai été repris dans les entraînements fédéraux. J'ai donc suivi la filière fédérale pendant dix ans, de mes dix ans jusqu'à mes vingt ans. Au début, c'était juste quelques entraînements régionaux, puis j'ai été au centre de transition, comme on appelait ça, où je suivais quatre heures de cours le mercredi, deux journées complètes le week-end, plus encore deux entraînements pendant la semaine. Au centre AFT de Mons, je m'entraînais en compagnie de Chrisophe Rochus -il a un an de moins que moi-, son frère Olivier et Renaud Thys. Et comme entraîneurs, il y avait Julien Hofferlin et Thierry Van Cleemput. Mais au bout d'un certain temps, j'en ai eu un peu marre du Centre de Mons, j'avais envie de changer d'air, et j'ai décidé de partir au BATD (Belgian Association for Tennis Development) avec Thierry Van Cleemput et Julien Hofferlin.Qu'est-ce que cela a changé concrètement?C'était situé beaucoup plus près de mon domicile, à un quart d'heure environ, ce qui me permettait de loger chez moi et d'avoir d'autres activités que le tennis, de voir d'autres gens... Et évidemment, cela m'a permis de poursuivre le travail qui avait été fait avec Julien et Thierry. De plus, après dix années passées à la fédé, j'en avais un peu ras-le-bol. J'avais l'impression d'avoir fait le tour de la question.Quels sont les principaux résultats de votre carrière?En fait, je n'ai jamais accompli de grands coups d'éclat. Je pense que j'ai progressé de manière constante, sans vraiment faire de bruit. Et puis l'année passée, j'ai fait vraiment une superbe saison. J'étais plus ou moins 300e à l'ATP au début de l'année et je suis monté à la 145e place. J'ai remporté un Challenger à Cordoba, j'ai été deux fois en finale, à Ho-Chi Minh et au Bronx, j'ai une fois passé un tour dans un Grand Prix à Casablanca. Donc, j'étais assez content. Je n'avais presque pas de points à défendre pendant six mois, et par conséquent, j'avais de belles opportunités de progresser encore et peut-être de monter dans le Top 100, ce qui était mon objectif. Malheureusement, c'est à ce moment-là que je me suis blessé. J'avais beaucoup joué, j'étais très fatigué. J'ai eu un gros spasme au niveau du diaphragme ainsi que des problèmes au niveau des côtes et des vertèbres qui se déplaçaient un peu trop souvent. Après avoir interrompu le tennis pendant trois ou quatre mois, j'avais perdu beaucoup de puissance et il a fallu que je retravaille ma musculation. Je n'étais plus du tout musclé et donc, je ne pouvais pas reprendre le tennis comme cela.Quand sont survenues les premières douleurs?Quand je suis revenu de l'US Open 2000, où j'avais disputé les qualifications (défaite au deuxième tour contre Lars Burgsmuller). Je suis tombé malade et j'ai pris des antibiotiques. Mais cela n'a pas suffi. Mon corps a dit stop et j'ai arrêté, juste après les interclubs, en fait. Rien qu'au mois d'août, je crois que j'avais joué 25 matches. J'avais disputé la finale du Challenger du Bronx, joué les qualifications à l'US Open, plus les doubles...Et depuis, vous n'avez toujours pas repris la compétition. Vos objectifs en matière de classement (Top 100) sont-ils toujours les mêmes?Pour l'instant, mon objectif est de rejouer, de pouvoir remonter sur un terrain sans douleur. Je sais que cela ne sera pas facile de retrouver de bonnes sensations, il faudra au moins deux ou trois mois. Une fois que ce sera le cas, on avisera. On verra quels objectifs je peux me fixer. En fait, je bénéficie quand même d'un classement protégé -160e- pendant huit mois.Et actuellement, vous êtes toujours en train de vous soigner?Oui, je reviens d'ailleurs d'un stage de deux semaines (du 1er au 15 mars), dans un centre français de remise en condition, le Centre européen de rééducation pour sportifs (CERS), situé à Cap Breton, près de Bayonne. Ce centre a été créé il y a dix ans, par un ancien joueur de tennis français de première série, qui s'occupait de la partie commerciale, tandis que plusieurs médecins ont mis en place le centre proprement dit. Pendant trois ou quatre ans, cela n'a pas connu beaucoup de succès, parce que les soins n'étaient pas remboursés par les mutuelles françaises. Mais maintenant que les soins sont remboursés et que le centre a fait ses preuves, le succès est au rendez-vous. Beaucoup de sportifs, français et étrangers, principalement des footballeurs, vont au CERS pour se remettre en condition. Il y a 120 patients chaque semaine et il faut presque bénéficier de "pistons" pour pouvoir obtenir une date plus ou moins proche. Des basketteurs s'y rendent, comme les Belges Desy et Goethals, des joueurs de foot comme Emile Mpenza. Mais le plus connu des pensionnaires, c'est quand même Ronaldo qui y a passé près de deux mois en raison de ses problèmes au genou. Je crois que depuis, il se porte quand même mieux.Comment avez-vous appris l'existence de ce centre?Un tennisman m'en avait parlé et j'avais lu -notamment dans Foot Magazine- un article sur le sujet, je connaissais la réputation du centre. Puis, mon médecin m'en a parlé, ainsi que Julien Hofferlin. Je me suis alors renseigné et je me suis inscrit. Quel programme avez-vous suivi quand vous étiez au CERS?C'est très dur. On se lève à sept heures et demie. De huit heures et demie jusqu'à 17 heures, c'est full-time, avec une heure de pause à midi. De 8h30 à 10h, je faisais des exercices avec le kiné (abdos, dorsaux). A 10h15, j'avais un travail avec l'ergothérapeute : réadaptation du geste sportif, trouver les bonnes positions pour le dos, dans le sport mais aussi dans la vie de tous les jours. Ensuite, je suivais une séance d'électro-stimulation. Endurance sur vélo, légère musculation pour retrouver un peu de force quand même, appuis extérieurs (techniques de course,... vu que je n'avais pas couru depuis cinq mois, je n'avais plus de repères). Et cela se terminait en général par l'aquagym. Bref, un emploi du temps bien chargé. Quand on revient de là, on est crevé, il faut du temps pour récupérer. Car l'horaire est soutenu toute la semaine. On a juste repos le samedi après-midi et le dimanche. Et le lundi, c'est reparti.Comment est l'ambiance dans le centre?Et bien, au début, j'étais un peu perplexe, je redoutais de me retrouver là-bas tout seul. Mais, pour finir, j'ai trouvé cela très sympa, j'ai gardé d'ailleurs beaucoup de contacts avec des gens que j'ai rencontrés là-bas. La plupart des gens sont des sportifs professionnels, ou du moins d'un certain niveau, qui ont les mêmes problèmes. Cela facilite les contacts. On commence par parler de ses pépins physiques personnels, puis on fait plus ample connaissance. Vraiment, l'ambiance était très chouette. J'ai rencontré une basketteuse française internationale, une judokate qui a raté les Jeux Olympiques à cause d'une déchirure des ligaments. J'ai aussi vu un copain de Jean-Michel Saive, ancien pongiste du top français. C'est vraiment très professionnel et on est suivi personnellement par un médecin, avec lequel on a des rendez-vous quotidiens, afin d'évaluer les progrès réalisés et de cerner les problèmes éventuels. C'est très pro, mais, en même temps, ce n'est pas remboursé par la mutuelle chez nous... A ce niveau, la Belgique a des années de retard sur d'autres pays, comme la France, par exemple.Est-ce si cher que cela, de séjourner dans ce centre?Oui, c'est très cher. Il faut compter 1.500 francs français par jour, donc plus ou moins 10.000 de nos francs. Alors, quand on y passe deux semaines, ça chiffre. En ce qui me concerne, je bénéficiais heureusement du soutien d'un sponsor. Il est clair que ce type de soins n'est pas accessible à tout le monde. Moi-même, j'ai fait un tas de démarches auprès de ma mutuelle, pour pouvoir bénéficier d'un remboursement, mais on m'a répondu qu'il existait des centres comme celui-là en Belgique et que je ne serais pas remboursé. Pourtant ce n'est pas vrai, ce type de centre n'existe pas en Belgique, le CERS est un des seuls centres de ce genre en Europe. La personne qui m'a répondu n'y connaissait rien. J'ai trouvé des centres belges de remise en condition, mais ce sont des centres pour papys et mamys. Tandis qu'à Cap Breton, c'est pour l'élite, avec une diététicienne, une assistance psychologique si on le souhaite,... Tout est fait pour que l'on puisse revenir au top.Quels sont vos projets pour les semaines à venir?Mon programme n'est pas vraiment encore défini. Je vais progressivement reprendre l'entraînement. J'aimerais bien être prêt pour Roland Garros. D'abord, parce que c'est Roland Garros, ensuite parce que c'est intéressant financièrement. Il faut quand même savoir que je n'ai rien gagné pendant six mois. Donc, j'espère jouer les qualifs à Roland, mais si ce n'est pas possible, tant pis, je ne vais pas forcer.Au mois d'août, l'année passée, lorsque vous étiez classé 145e joueur mondial, vous n'étiez pas très loin d'une sélection en Coupe Davis...Je ne sais pas si j'aurais été dans l'équipe, mais c'est sûr qu'avec les blessures de Filip Dewulf, Johan Van Herck ou d'autres, j'aurais pu être dans l'équipe, ou du moins, j'étais sélectionnable. Mais c'est sûr que j'en rêve. C'est le top de jouer en Coupe Davis, de représenter son pays.Plus que de disputer un tournoi du Grand Chelem?C'est différent. Je crois qu'il y a un esprit d'équipe qu'on ne retrouve évidemment pas en tournoi. On ne joue pas seulement pour soi, mais pour une équipe, un pays. Prendre part à une telle compétition, c'est super. Je ne vais pas dire que rentrer dans le tableau final d'un tournoi du Grand Chelem, c'est l'apogée d'une carrière, mais c'est l'un des objectifs que l'on se fixe lorsque l'on débute au niveau professionnel. C'est un rêve, qui est quand même réalisable, c'est un but. Moi, j'ai 23 ans, je crois que je peux y arriver, avec du travail et de la persévérance. J'ai déjà pris part aux qualifications des tournois du Grand Chelem. Quand on voit tout cela, quand on peut toucher à tout ça, ça motive encore plus, c'est mythique, ça n'a rien à voir avec le reste.Laurent Gérard