Un petit détour par Goodison Park suffit pour se rendre compte de la grandeur des Toffees et de la place de RomeluLukaku, pourtant arrivé seulement cet été, dans l'histoire du club de Liverpool. Devant le parking qui borde le stade, une grande affiche publicitaire de la nouvelle icône des Blues trône. " Pour Noël, offrez-leur un cadeau qui leur fait vraiment plaisir ", dit le slogan. Côté Goodison Road, des drapeaux des joueurs actuels flottent au vent alors que les murs du stade sont décorés par des empreintes de mains des légendes du passé. AlanBall, HowardKendall, DuncanFerguson, NevilleSouthall... Un jour peut-être, celle de Lukaku les rejoindra.
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Un petit détour par Goodison Park suffit pour se rendre compte de la grandeur des Toffees et de la place de RomeluLukaku, pourtant arrivé seulement cet été, dans l'histoire du club de Liverpool. Devant le parking qui borde le stade, une grande affiche publicitaire de la nouvelle icône des Blues trône. " Pour Noël, offrez-leur un cadeau qui leur fait vraiment plaisir ", dit le slogan. Côté Goodison Road, des drapeaux des joueurs actuels flottent au vent alors que les murs du stade sont décorés par des empreintes de mains des légendes du passé. AlanBall, HowardKendall, DuncanFerguson, NevilleSouthall... Un jour peut-être, celle de Lukaku les rejoindra. C'est pourtant chez lui que nous donne rendez-vous l'ancien attaquant d'Anderlecht et de West Bromwich Albion. Il a élu domicile dans la banlieue chic de Manchester, à Hale Bowden. Un lotissement où d'autres footballeurs ont également trouvé leur bonheur. " Ici, je suis plus au calme ; ça me convient bien ", nous lance celui qui est de loin le joueur le plus courtisé d'Everton. En une semaine, il a reçu 27 sollicitations uniquement de Belgique. Sport/Foot Magazine a été retenu. Romelu Lukaku : Je suis satisfait. La saison dernière, à pareille époque, je ne comptais que quatre buts en Premier League. Parce que je jouais moins. Aujourd'hui, j'ai marqué huit buts, soit le double. Je suis en train de confirmer. Il me reste une demi-saison pour faire encore mieux que la saison dernière. J'ai toujours dit qu'à 21 ans, je voulais être classé parmi les top-attaquants. Je suis sur le bon chemin. Oui, bien sûr. A West Bromwich Albion, j'évoluais dans une équipe qui me convenait parfaitement parce qu'on jouait un football direct, en contre-attaque. On défendait bien, très groupés, et puis on partait en contre-attaque. Pas spécialement avec de longs ballons mais en passes rapides. Il y avait beaucoup de courses verticales, d'appels en profondeur. Cette année, je joue dans une équipe qui domine pratiquement tous les matches, même à Arsenal et à Manchester United. Je suis pratiquement tout le temps dos au but et mes mouvements se sont améliorés. J'arrive à me mettre dans des situations où je sais que je vais marquer. Je suis plus intelligent, plus efficace dans mes actions, mes passes et mes un contre un. Comme on a le contrôle du ballon, si je casse l'attaque, l'équipe doit tout recommencer à zéro. J'ai donc besoin d'être concentré 10 % de plus. Oui, oui. Je me demandais si j'étais capable de bien jouer dans un football pareil. C'est plus un foot espagnol, prôné par le manager Roberto Martinez. Désormais, je peux envisager d'aller jouer en Espagne, plus tard. Non, jamais. A partir du moment où je fais mes preuves un peu partout, d'abord à WBA puis maintenant à Everton, à un moment donné, il faut bien que j'aille dans un grand club, non ? Oui. On est beaucoup plus respecté en Angleterre. Nos matches passent beaucoup plus à la télévision. West Brom' est beaucoup moins médiatisé. Non. Ça m'a fait du bien de passer par là. Chaque chose en son temps. Quand je ne jouais pas à Chelsea, beaucoup trop de gens avaient tiré un trait sur moi. Je voulais partir pour faire taire les critiques. Car, à un moment donné, j'en avais marre de rester en Belgique. Je voulais apprendre de nouvelles choses : une autre manière d'entraînement, de se préparer pour un match, vivre cette tension. Je jouais devant 27.000 personnes à Anderlecht, en Europa League devant 40.000 personnes si je prends notre expérience à l'Athletic Bilbao puis deux jours plus tard, on se déplaçait à Roulers où il n'y avait que 8.000 personnes. Avec tout le respect que j'ai pour Roulers, il faut comprendre ! A un moment donné, je me suis dit que je ne voulais plus de cela. Il faut aussi voir le prix demandé par Anderlecht. Je ne pouvais pas aller n'importe où ! Si j'avais voulu partir dans un club moins huppé, Anderlecht aurait dû diminuer le prix d'achat. J'arrivais dans le flou. Et quand tu as un coach qui ne te parle pas, tout devient plus compliqué. A une époque, je ne voulais même plus faire les déplacements avec l'équipe car je savais que j'allais être renvoyé en tribunes. Je préférais rester à Londres et aller m'entraîner, seul, avec le préparateur physique. Peut-on employer le mot relation ? Ça s'était décidé plus haut. Non, je ne pense pas. Il a subi la pression inhérente aux grands clubs. Au début, tout allait bien. Je rentrais quelques minutes, je commençais les matches de Coupe. Mais quand on a commencé à perdre, (il siffle). Volte-face. Pas vraiment. Comme il voulait gagner quelque chose, il a misé sur les joueurs expérimentés. Revanche. Je ne suis pas dégoûté du foot anglais. Je me suis dit - l'année prochaine, je vais en étonner plus d'un. Steve Clarke. Ancien joueur et coach de Chelsea pendant des années. Il connaît la maison. Il a convaincu le club. Et moi, il fallait que je quitte Londres. Trop près de Bruxelles. Mes potes venaient souvent. Quand on avait un jour de libre, je partais avec mon sac à dos et mon ordi. Le lendemain, je prenais le premier train à 6 h du matin et une personne du club venait me chercher à la gare. Steve Clarke fut le premier à me parler, à me dire comment je devais jouer. Il m'a dit que j'allais avoir ma chance mais que je devais prouver que je la méritais. J'avais déjà vécu la même situation à Anderlecht. Quand j'ai débuté à 16 ans, il y avait Tom De Sutter, Matias Suarez, Nicolas Frutos. Je me souviens qu'alors que j'étais en tournoi avec les -21 ans à Eindhoven, Ariel Jacobs m'a fait revenir en Belgique pour prendre place sur le banc face à Westerlo. On gagne 3-0 et j'étais sûr que j'allais rentrer au jeu. Je ne monte pas. Mes parents étaient dans la tribune, ma mère était déçue. Je lui ai dit de ne pas s'inquiéter et que le prochain match, j'allais jouer. Une semaine plus tard, on se déplaçait à Zulte Waregem. Je joue et je marque. A partir de ce moment-là, je me suis dit que je devais me montrer à chaque occasion que je recevais. A West Brom', j'ai débuté sur le banc. Pas de problème. C'était normal, je n'avais pas fait la préparation avec eux. Puis, on va à Liverpool, je rentre, je reçois un centre et je marque. Malheureusement, après un match contre Tottenham, je me blesse à la cheville. J'aurais dû m'arrêter complètement pendant trois semaines. Mais j'ai forcé. Ça m'a ralenti. Avec WBA mais également en équipe nationale. Sans cette blessure, tout aurait été plus évident pour moi en équipe nationale. Ma blessure coïncide avec le moment où l'équipe fait des bons résultats. Et je ne suis pas là ! ... (Il coupe) explose ! Cela rend ma tâche un peu plus difficile. Puis, Shane Long qui enfile les bonnes prestations à West Brom'. Les gens se demandaient comment j'allais réagir, dos au mur. Or, c'est quand on me provoque que j'explose. Je suis allé dans le bureau du coach ; je lui ai dit que je voulais une double ration d'entraînement le lundi, mardi et jeudi pendant trois semaines. J'ai tenu ce rythme-là ; j'avais des difficultés pendant les matches mais après les trois semaines, j'ai commencé à marquer. A être pro. A Anderlecht, quand je voulais continuer l'entraînement, on me renvoyait aux vestiaires. A Chelsea, après l'entraînement, j'ai remarqué que certains restaient soit pour dribbler des cônes, soit pour tirer au but ou pour courir. J'ai commencé à suivre cet exemple. A WBA, j'ai appris comment me préparer pour un match, du lundi au samedi. Comment manger. J'ai un cuistot à la maison qui vient quatre jours par semaine. Comment s'occuper de mon corps. Comment, à la gym, améliorer ses démarrages, accélérations et détentes. A Anderlecht, je ne partais jamais à la gym. On estimait que j'étais assez musclé et que je ne devais plus faire de muscu. On me demandait de renforcer mes genoux et mes tendons, des exercices que je détestais. A WBA, j'ai véritablement appris l'école de la Premier League. J'ai d'abord dit je reste... Voilà. Mon but était de confirmer mes prestations de la saison passée. Pour cela, il fallait partir et montrer ce que je valais. J'ai quand même eu José Mourinho pendant deux mois ! C'est quand même quelque chose de spécial. A Chelsea, il est en train de poser les fondations d'une machine à gagner. Le problème n'était pas de le convaincre. Il voulait me garder. Il m'a demandé pourquoi je voulais partir. Et ce que j'apprécie chez lui, c'est qu'il a compris ce que je voulais dire. Dans certains articles, on a modifié mes propos mais la vérité, c'est qu'il a accepté de me laisser partir parce qu'il a compris mon discours. Oui. Sinon pourquoi aurais-je signé un contrat de cinq ans ? Je vais revenir à Chelsea comme un des meilleurs attaquants du championnat. Car derrière le top-6, il s'agissait du plus gros club en Angleterre. J'ai d'abord l'impression d'être comme dans un club du top. Parfois, je ressens que je suis à Chelsea. Le centre d'entraînement est aussi bon ! Finch Farm, pfff, c'est magnifique. Le premier jour, je me suis dit - Wouah, c'est quoi ici ? Dès le départ, je suis renforcé dans mon choix. Clarke mettait l'accent sur le positionnement, essayait de trouver les solutions pour faire mal avec des passes tranchantes. Avec Martinez, tout est ouvert et on fait des passes, des passes et des passes. Il faut être patient avec le ballon, ne pas perdre son temps, tenter d'endormir les équipes. Pas encore. Il faut que je domine le match plus longtemps. Parfois, on me voit 60 minutes ou à l'inverse, on ne me voit pas et puis je profite de la fatigue des défenseurs pendant la dernière demi-heure. Je voudrais être présent de la 1re à la 90e minute. ... Je veux l'être. Si on prend les purs numéro 9, la catégorie des Cavani, Ibrahimovic, Van Persie, Suarez, Lewandowski, j'espère en faire partie d'ici deux ans. Oui, je regarde leurs mouvements. J'apprécie la présence d'Ibrahimovic, le contrôle de balle et la frappe du bas du pied gauche de Van Persie, la frappe du bas du pied droit de Cavani, les mouvements de Lewandowski, les slaloms de Suarez. Il est imprévisible. En trois ans de Premier League, je n'ai jamais vu quelqu'un d'autre faire cela. C'était comme cela... Oui car je suis assez fermé avec le monde extérieur. En équipe nationale, je dois être un des plus fermés. Je ne parle pas beaucoup dans la presse. Moi, je suis footballeur, je suis juste ce qu'en anglais on appelle un entertainer, quelqu'un qui fait le spectacle sur le terrain. Si vous aimez, tant mieux. Si vous n'aimez pas, je ne peux rien y faire. Non mais à une époque, on ne parlait que de moi. Tous les jours. C'est donc normal qu'à un moment, je me renferme. Je suis footballeur, c'est sur le terrain qu'il faut apprendre à me connaître. C'est là que je veux m'exprimer. Pas en dehors. Je ne peux pas. Mon monde est déjà assez petit, alors, laissez-moi en profiter ! Laissez-moi profiter de mes amis, de ma famille. Non, je ne crois pas. Je pense que les jugements ont toujours été basés sur nos prestations. ... C'est son truc à Christian. Moi, je suis un buteur. Le goal, il est là et il n'y a que lui qui m'intéresse. Je ne vais pas regarder ce qui se passe derrière moi. Quand vous regardez mes matches, vous verrez que je cherche toujours à être face au but. Parce que j'ai le gabarit d'un pivot, tout le monde attend que je me comporte comme tel. Mais moi, je ne suis pas un pivot. Si je joue comme cela, je perds 80 % de mes capacités qui reposent principalement sur la vitesse et la recherche de la profondeur. Je ne peux pas faire mal à l'adversaire en jouant comme cela. Ce n'est pas à mon avantage mais comment expliquez-vous qu'à Everton, une équipe qui joue en combinaisons, je marque des buts et pas en équipe nationale ? Il faut se poser la question. Il faut en parler au coach. Il faut savoir comment chaque joueur fonctionne. Je crois que beaucoup de joueurs ne savent pas comment je fonctionne. Si on travaille nos mouvements à l'entraînement, ils vont savoir comment je fonctionne. Quand Benteke est devant, le système peut rester le même. Par contre, si c'est moi devant, il faut alterner jeu court et jeu long. Je peux servir de relais mais il faut aussi me lancer en profondeur. Kevin Mirallas, Dries Mertens, Jan Vertonghen, Toby Alderweireld et Steven Defour. Ils savent quand ils doivent me mettre la balle dans les pieds et quand ils doivent me lancer dans la profondeur. J'ai fait mon travail, c'est tout. Oui, j'étais fier, bien sûr. Mais je ne voulais pas le montrer. Je le gardais pour moi. Mon but est d'être titulaire maintenant, au début et à la fin de la Coupe du Monde. Et pas seulement à la Coupe du Monde. Euro 2016, Coupe du Monde 2018, Coupe du Monde 2022. Je serais déçu. C'est normal, non ? Il ne faut pas se mentir. Il manquait quelque chose. Je ne l'ai pas vécue comme je l'aurais voulu. Le deuxième tour est un must, une obligation. Il ne faut pas se cacher. Et après, il ne faut pas avoir peur. Imaginons qu'on joue contre le Portugal : tout le monde dit qu'ils ont Nani et Cristiano Ronaldo. Ok. Mais nous avons des joueurs à Chelsea, l'Atletico Madrid, Manchester United, Tottenham, Naples, le Zenit, Manchester City, le Bayern, Arsenal, etc. Et on a deux attaquants qui font la misère en Angleterre. Il faut avoir peur de qui ? Non. Il faut réaliser le potentiel qu'on a. Il faut avoir cette arrogance sportive. Celle que l'on avait chez les jeunes à Anderlecht. On se disait à chaque tournoi qu'on allait le gagner facilement. Et à la fin, on le gagnait. Les Hollandais possèdent cette arrogance et c'est pour cela qu'ils réussissent souvent leurs tournois. Or, quand on voit cette équipe, on n'a rien à leur envier. Si on joue contre eux, on doit les taper, les tabasser. PAR STÉPHANE VANDE VELDE À LIVERPOOL - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Je suis quelqu'un qui fait le spectacle. Si vous aimez, tant mieux, si vous n'aimez pas, je ne peux rien y faire. " " Steve Clarke, le coach de West Brom, a été le premier à me dire comment je devais jouer. "