Quelques mois à peine après avoir raccroché les crampons, Wim De Decker (34 ans) est devenu l'entraîneur de l'Antwerp. " Et si j'occupe aujourd'hui ce poste, c'est parce que j'ai refusé plusieurs propositions du club ", explique-t-il. " L'Antwerp a, par exemple, voulu me mettre en vitrine à Deinze. Or, comme footballeur, j'ai toujours eu besoin d'avoir un objectif, de sentir la pression, la chaleur du public. En 2013, lorsque j'ai quitté le Beerschot, l'Antwerp jouait un étage plus bas, mais je n'ai jamais eu l'impression d'effectuer un pas en arrière. J'avais fait le tour de la question en D1, je n'avais plus envie d'encore me farcir des déplacements à Lokeren ou à Waregem. L'Antwerp me permettait d'encore découvrir des stades dans lesquels je n'avais jamais évolué. Croyez-le ou non, mais j'ai même apprécié le voyage à Boussu Dour. Et puis : après des années de lutte contre la relégation, je pouvais de nouveau jouer pour le titre. "
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Quelques mois à peine après avoir raccroché les crampons, Wim De Decker (34 ans) est devenu l'entraîneur de l'Antwerp. " Et si j'occupe aujourd'hui ce poste, c'est parce que j'ai refusé plusieurs propositions du club ", explique-t-il. " L'Antwerp a, par exemple, voulu me mettre en vitrine à Deinze. Or, comme footballeur, j'ai toujours eu besoin d'avoir un objectif, de sentir la pression, la chaleur du public. En 2013, lorsque j'ai quitté le Beerschot, l'Antwerp jouait un étage plus bas, mais je n'ai jamais eu l'impression d'effectuer un pas en arrière. J'avais fait le tour de la question en D1, je n'avais plus envie d'encore me farcir des déplacements à Lokeren ou à Waregem. L'Antwerp me permettait d'encore découvrir des stades dans lesquels je n'avais jamais évolué. Croyez-le ou non, mais j'ai même apprécié le voyage à Boussu Dour. Et puis : après des années de lutte contre la relégation, je pouvais de nouveau jouer pour le titre. " WIM DE DECKER : Effectivement. Mais je ne voyais pas quel autre club pouvait encore me procurer ma dose d'adrénaline. Si c'était pour jouer dans l'anonymat, autant arrêter. Je crois aussi que tous ces refus ont finalement joué en ma faveur : à force de refuser, j'ai été perçu comme quelqu'un qui savait ce qu'il voulait. DE DECKER : La saison dernière, j'étais encore persuadé que ce job n'était pas fait pour moi. Comme joueur, on ressent très fort le stress qui habite un entraîneur. La plupart ne donnent pas l'impression d'être heureux. Et combien de coachs n'ont-ils pas été limogés, cette saison, en 1B ? Je ne veux pas me retrouver dans une situation où je me dis : si je perds encore deux fois, je suis dehors. C'est la raison pour laquelle ma décision est déjà prise : dans cinq ans, je ne serai plus entraîneur. Il n'est d'ailleurs pas impossible que je renonce à poursuivre dans ce métier lorsque l'Antwerp n'aura plus besoin de moi. Je n'ai pas besoin de sentir le gazon toute la journée. Je suis un entraîneur atypique, je m'en suis déjà rendu compte pendant les cours de la Licence Pro. Les gens autour de moi ne parlaient que de tactique. Personnellement, j'accorde beaucoup d'importance à l'aspect psychologique, à la gestion d'un groupe. DE DECKER : Parce que PieterjanMonteyne m'a invité à le suivre. Je me suis dit : pourquoi pas ? Mais je n'avais pas nécessairement l'intention d'utiliser ce diplôme. Si j'ai accepté d'assurer l'intérim après le licenciement de Fred Vanderbiest, c'était d'abord dans l'intérêt du club. Je me suis senti obligé. Au départ, je pensais que je ne resterais qu'une semaine. Mais, durant cette semaine, j'ai découvert que les joueurs adhéraient à mes idées. DE DECKER : Je m'étais persuadé que je pouvais réussir. Et je me suis retrouvé face à un grand défi. Et puis, le discours de Patrick Decuyper (le CEO de l'Antwerp, ndlr) m'a convaincu : il m'a affirmé que le club croyait vraiment en moi et que j'étais le premier choix. DE DECKER : Je voulais travailler d'une manière qui m'aurait plu moi-même, lorsque j'étais encore joueur. Avant mon engagement, le club changeait souvent de méthode et de joueurs. Notre groupe est très large : chaque poste est doublé, parfois avec des joueurs de valeur équivalente. Lorsque l'on change constamment la composition de l'équipe, les joueurs se posent des questions. Le groupe avait besoin de clarté et de sérénité. Au fil du temps, je me suis rendu compte que les joueurs appréciaient d'être dirigés par un homme qu'ils connaissaient. L'inverse est vrai également : je connais ces joueurs mieux que quiconque, puisque j'ai partagé leur vestiaire pendant des années. DE DECKER : Je voulais, de toute manière, une approche complètement différente de celle de mon prédécesseur. Lorsqu'un entraîneur a été limogé, il ne faut pas essayer de perpétuer son système, puisqu'il n'a donné aucun résultat. J'ai tout modifié de fond en comble, y compris les horaires d'entraînements, afin que les joueurs ressentent un véritable changement. Au niveau du système de jeu, le 4-3-3, où l'on joue en bloc et où l'on spécule sur la contre-attaque, est le plus simple à appliquer. Mais j'ai voulu travailler d'une manière très différente des autres équipes de 1B. Je voulais aussi profiter de l'avantage que nous procure notre public. Les supporters veulent voir du spectacle, du football offensif, et je me suis efforcé de leur en donner, car nous avons les joueurs pour procéder de la sorte. Je suis donc rapidement passé à un système avec deux attaquants, avec un bloc positionné très haut et des créations en zone offensive. Le point faible de la plupart des équipes 1B se situe en défense. Lorsqu'on exerce une pression à partir d'un " chaos organisé ", avec des joueurs qui changent constamment de position, on peut poser des problèmes à beaucoup d'équipes. DE DECKER : Je dois faire abstraction des liens que j'avais noués avec certains de ces garçons dans le passé. Cela ne m'a pas posé de problèmes. Durant toute ma carrière, j'ai surtout considéré les autres joueurs comme des collègues. Je participais aux activités de groupe, mais je peux compter les véritables amis sur les doigts de la main. En tant qu'entraîneur, je me place désormais au-dessus du groupe. Idéalement, je devrais même prendre encore davantage de distance. Mais, pour créer de la sérénité dans le groupe, je dois aussi être proche de mes joueurs. DE DECKER : Oui, en effet. Et je lui explique aussi que la situation est susceptible d'évoluer. Moi-même, lorsque j'étais joueur, je ressentais de la frustration lorsque je me retrouvais sur le banc sans explication. Je veux que les joueurs se mettent à ma place et comprennent que je doive faire des choix. Je veux aussi qu'ils raisonnent en fonction de l'adversaire et comprennent pourquoi je choisis telle ou telle option. Aujourd'hui, il arrive même qu'un joueur me demande un DVD sur l'adversaire. DE DECKER : Je n'ai encore rien constaté sur ce plan, peut-être parce que j'ai eu la chance de commencer mon mandat avec quelques bons résultats. Mais, ces egos, c'est un phénomène que beaucoup d'entraîneurs créent eux-mêmes, ils s'en servent comme explication à leurs échecs. DE DECKER : C'est ainsi, les dirigeants raisonnent parfois à la manière d'hommes d'affaires. DE DECKER : Je n'en crois pas une miette. Les contrats sont rédigés de façon à ce que les joueurs gagneraient plus avec une saison en 1A qu'avec une saison en 1B. DE DECKER : David Gevaert avait certainement sa part de responsabilités. Et je ne dis pas cela parce qu'il m'a souvent relégué sur le banc. C'était un très bon entraîneur de terrain, mais il ne supportait pas le stress inhérent à l'Antwerp. Durant ma carrière, j'ai souvent vu des entraîneurs qui transmettaient leur propre stress à leurs joueurs. Lorsque le groupe a commencé à se désunir, Gevaert aurait dû intervenir plus rapidement. En outre, alors qu'il s'était passé de mes services pendant des mois, il m'a de nouveau aligné lors du dernier match, crucial, contre Eupen. Cela n'a ni queue, ni tête. En tant qu'entraîneur, cela équivaut à reconnaître qu'on s'était trompé pendant des semaines. Un candidat champion doit aussi ressentir un certain sentiment d'invincibilité. Ce n'était pas le cas, la saison dernière. DE DECKER : C'est mon avis, oui. Maintenant, lorsqu'on regarde d'où l'on vient, il faut reconnaître qu'une montée en D1 serait un petit miracle. PAR KRISTOF DE RYCK - PHOTOS BELGAIMAGE" Le groupe avait besoin de clarté et de sérénité. " - WIM DE DECKER