L'académie des jeunes de Birmingham City a grogné, il y a quelques semaines, quand, sur ordre de la direction, on a fait main basse sur les cartes d'accès gratuit dont disposent les jeunes et leurs formateurs. On voulait vendre ces places à l'occasion de la visite de Manchester United. Le stade était comble et Karren Brady, directeur général, exigeait ces billets afin d'augmenter les rentrées.
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L'académie des jeunes de Birmingham City a grogné, il y a quelques semaines, quand, sur ordre de la direction, on a fait main basse sur les cartes d'accès gratuit dont disposent les jeunes et leurs formateurs. On voulait vendre ces places à l'occasion de la visite de Manchester United. Le stade était comble et Karren Brady, directeur général, exigeait ces billets afin d'augmenter les rentrées. Elle est le porte-drapeau du club et la seule femme à occuper une telle position dans le football professionnel britannique. Il y a dix ans, quand le propriétaire, David Sullivan, lui a confié la direction générale du club, qui militait alors en D3, on a surnommé Brady la babe (poupée ) de Birmingham. Elle a rapidement démontré qu'elle avait la dent dure et qu'elle n'hésitait pas à prendre des mesures impopulaires. C'est ainsi que les joueurs (bien rémunérés au demeurant), ont dû payer eux-mêmes le costume du club. Et s'ils reçoivent des repas chauds préparés par une diététicienne à Wasteland, leur complexe d'entraînement, ils doivent y aller de leur poche. L'année dernière, une fois la promotion en Premier League assurée, elle a organisé une fête à Cardiff. Les 30.000 supporters qui avaient accompagné l'équipe ont crié leur bonheur. C'est là l'essentiel. A Birmingham, tout ce qui concerne les finances (qu'il s'agisse de publicité, de transferts ou d'augmentation des joueurs) requiert l'approbation de Karren Brady. Elle s'en tient rigoureusement au budget de fonctionnement que lui allouent les propriétaires. Elle est sévère mais juste, comme le soulignent ses collaborateurs. L'année dernière, quand Nico Vaesen, le portier belge de Birmingham, a été opéré, c'est elle qui lui a envoyé le premier bouquet de fleurs, avec ses souhaits de prompt rétablissement. En mars 1992, David Sullivan, un magnat de la presse, a décidé de racheter Birmingham City, en faillite, avec l'aide de deux autres poids lourds économiques, spécialisés dans la lingerie, David et Ralph Gold. Les dirigeants des clubs anglais ont eu peine à contenir leurs sarcasmes quand ils ont engagé une beauté blonde de 23 ans comme directrice. Au travail à 19 ansKarren Brady a grandi dans la banlieue de Londres. Deux jours après la fin de ses humanités, en 1987, elle a commencé à travailler chez Saatchi & Saatchi. Elle a rapidement rejoint une boîte de pub où l'attendait un poste de manager des ventes. Elle se voyait bien vendre de la publicité pour un des journaux sportifs de David Sullivan, mais celui-ci ne partageait pas son avis et lui a raccroché au nez. Têtue, Brady l'a rappelé avec une autre proposition. Fasciné par son audace et sa persévérance, Sullivan a alors enrôlé la jeune femme de 19 ans comme manager des ventes et du marketing du Sunday Sport. Plus tard, il a lui a confié la gestion de ses propres relations publiques. Mais voilà, être riche et anonyme au milieu d'une légion de millionnaires est monotone. Sullivan cherchait la gloire et Brady trouva deux clubs à la recherche d'un repreneur: Peterborough et Barnet, pas vraiment les clubs les plus attrayants. Tottenham fut à vendre mais Sullivan trouva le prix trop élevé, contrairement à Alan Sugar et Terry Venables, qui rachetèrent le grand club londonien. Quand Sullivan découvrit, dans les petites annonces du journal The Financial Times, un Football club for sale et qu'il forma le numéro de téléphone mentionné, il apprit qu'il s'agissait de Birmingham City. Il y envoya Karren Brady en reconnaissance. Elle n'avait jamais mis les pieds à Birmingham et eut un choc. Plus tard, elle raconta que c'est comme si elle était montée dans une machine à remonter le temps. Nul ne put fournir de réponse à ses questions. Le club survivait, grâce à son nom et à son passé. Il était entouré de profiteurs et d'indifférents. Pourtant, Brady, toujours aussi entêtée, convainquit David Sullivan qu'il devait acquérir ce club. Il ne s'agissait pas d'un petit club qui avait atteint son plafond mais d'un grand club qui était si mal géré que ça ne pouvait qu'aller mieux. C'était un club de tradition, sis dans la deuxième plus grande ville d'Angleterre et disposant d'un stade d'une capacité de 30.000 places, même s'il tombait en ruines.Elle promit à Sullivan que s'il y injectait de l'argent, elle allait s'occuper de le rendre viable et de le délivrer de ses dettes. Cette promesse demeure aujourd'hui encore le fil rouge de sa gestion. Si les nouveaux propriétaires de Birmingham rêvaient de le propulser de la queue de la D3 à la Premier League, son ambition à elle, déclara-t-elle après six mois, était de rendre aux investisseurs les 13 millions d'euros injectés. Pour savoir par quel bout prendre le club, elle demanda conseil à une connaissance de son père, David Dein, le vice-président d'Arsenal. Il lui expliqua comment organiser le merchandising, chercher des sponsors et lui prodigua un dernier conseil: "Tu es une femme d'affaires mais tu vas attraper le virus du football. Ne te laisse jamais influencer par ton coeur. Si ta passion te souffle d'acheter un joueur alors que ta raison te dit que tu n'as plus d'argent, suis ta raison". Très impopulaireEn un rien de temps, le catering devint rentable, elle aménagea un nouveau clubshop et fonda un nouveau journal de club. Après quelques avertissements, elle renvoya son secrétariat déficient. "Il travaillait si mal que j'ai été étonnée que les précédents propriétaires ne soient pas intervenus".Quelques mois plus tard, Birmingham assura son maintien en Second Division, l'équivalent anglais de notre D3. Le redressement pouvait commencer. Brady comprit qu'un entretien informel avec le manager sportif était préférable à une note écrite reprenant ce qui ne lui plaisait pas. Elle accepta le fait que sa fonction ne la rende pas populaire et prit ses distances par rapport aux joueurs: "Comment, en tant que femme, repousser une demande d'augmentation un jour pour, le lendemain, lui demander avec un grand sourire des nouvelles de sa femme et de ses enfants?" Sa nomination au poste de managing director fournit une fameuse pub à Birmingham. Tous les journaux, toutes les chaînes TV consacrèrent un reportage à cette belle jeune femme qui rendait des couleurs à cet univers masculin. Cet intérêt n'est pas réciproque. A l'exception d'un éditorial hebdomadaire, le samedi, dans The Sun, elle évite la presse. Brady veut être jugée sur ses qualités, pas sur son apparence: "Je ne suis pas une star et je ne suis pas une féministe convaincue. Si je travaille dans le monde du football, c'est uniquement parce que je le trouve plus passionnant que tout autre job auquel je pense". Elle a progressivement gagné le respect des autres dirigeants. On la prend au sérieux. Récemment, son nom a même été cité comme éventuel nouveau responsable de la FA pour négocier les contrats publicitaires et télévisés au nom de tous les clubs, mais ça ne l'intéressait pas. Birmingham reste l'oeuvre de sa vie. Elle ne compte pas ses heures et l'été dernier, Birmingham a forcé sa promotion en Premier League . Le club a replongé dans le rouge pour la première fois depuis des années. Steve Bruce, le manager, a pu enrôler dix joueurs, grâce à des investissements privés ou à l'argent personnel des trois actionnaires principaux qui ont donné leur feu vert à ces achats, en en assumant la responsabilité complète. Toujours loyale à l'égard de ses patrons, Brady n'a pipé mot, mais elle n'en a pas moins pensé à l'avertissement du vice-président d'Arsenal. Geert Foutré, envoyé spécial à BirminghamEn 10 ans, elle fait monter le club de D3 en Premier League