Arrivé de P1 en D2 l'an dernier après le rachat du matricule de Boussu-Dour, Seraing avait étonné avec une quatrième place si proche du tour final. Les Dufer, Stevance et autres Boumediene et Vaccaro avaient enchanté un Pairay qui, cette saison, vise logiquement le top 8, synonyme - selon la nouvelle réforme - de maintien en D2.
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Arrivé de P1 en D2 l'an dernier après le rachat du matricule de Boussu-Dour, Seraing avait étonné avec une quatrième place si proche du tour final. Les Dufer, Stevance et autres Boumediene et Vaccaro avaient enchanté un Pairay qui, cette saison, vise logiquement le top 8, synonyme - selon la nouvelle réforme - de maintien en D2. Ça, c'était sur le papier, car dans les faits, les choses ne se sont pas déroulées de la manière la plus sereine qui soit. Les Sérésiens ont connu de nombreux remous tant sur le terrain - éviction d'Alex Czerniatynski fin octobre, remplacé par Henri Depireux, lui-même remercié la semaine dernière - qu'en dehors : une interdiction de transfert, des joueurs engagés mais inqualifiables, et d'autres clubs qui jouent les " charognards ". Seraing, cette saison, c'est un peu Dallas, les puits de pétrole en moins et les hauts-fourneaux en plus. Pour comprendre toute cette affaire, il faut remonter au mois de janvier dernier. À ce moment, le club mosan signe un accord de partenariat avec Doyen Sports Investments. " Nous avons accepté leur sponsoring (ndlr : à hauteur de 300 000 €) mais ils ne sont en aucun cas mêlés à la gestion du club ", précise Mario Franchi, le président sérésien. Cette société est un fonds enregistré à Malte qui fait la part belle au système de tierce propriété (Third Party Ownership)et derrière lequel on retrouverait Jorge Mendes et Luciano D'Onofrio. D'Onofrio, à Seraing, il y en a deux autres : Dominique, le directeur sportif et Francesco, son fils, capitaine de l'équipe. Quand on vous parlait de Dallas... Or, depuis le 1er mai, la FIFA a rendu la tierce propriété totalement illégale. Si l'Union belge a bien bloqué le transfert de Ferraz Pereira en provenance de Cerveira, Axel Bonemme et Erwin Senakuku appartiennent pourtant, en partie, à Doyen Sport. " Un pourcentage minime ", assure Mario Franchi. " Ils ne sont pas propriétaires des joueurs. Leur part n'est pas supérieure à celle que pourrait avoir un agent." Peu importe, l'instance internationale sévit et interdit à Seraing, début septembre, de transférer tant sur le plan national qu'international lors des 4 prochains mercatos. On peut évidemment s'étonner que Seraing soit le premier club sanctionné alors que Doyen Sport s'affiche avec des clubs tels que l'Atlético Madrid, Benfica, Porto, le FC Séville ou Valence. Seulement voilà, le petit club belge s'est associé à une plainte de Doyen Sports envers la FIFA contre la tierce-propriété et à une autre de Daniel Striani, agent de joueur, contre le fair-play financier de l'UEFA. Retour de bâton. Il y a certainement un peu de ça. " C'est n'importe quoi ", juge le président des Métallos. " Nous n'avons reçu aucun courrier et c'est via la presse que nous en avons été informés. Ce n'est que début de ce mois-ci que nos avocats ont enfin obtenu le dossier. " Bloqué à partir de janvier, Seraing attire deux joueurs sans contrat en octobre : Jeffrey Rentmeister et Pape Camara. Le premier vient de casser son contrat avec le White Star tandis que le second n'avait pas vu son bail être renouvelé à Valenciennes. Si, dans un premier temps, le transfert de Rentmeister ne pose pas de problème, s'agissant d'une simple affiliation nationale, celui de l'ancien Standardman est bloqué par la FIFA du fait qu'il s'agit d'un mouvement international et que le club en est interdit. Plus tard, l'affiliation autorisée par l'Union belge pour Rentmeister sera finalement annulée alors que le joueur a déjà disputé quelques matchs. " Ce qu'on ne comprend pas, c'est que, premièrement, la FIFA parle de mercato. Or, à l'automne, nous n'étions pas dans une telle période. Deuxièmement, elle parle de transfert alors qu'ici, il s'agit simplement d'affiliation, ce qui n'est pas la même chose. Enfin, l'affaire n'est même pas encore jugée. Il y a quelque chose qui cloche ", insistait Franchi en début de semaine dernière. Finalement, le 10 décembre, Seraing se voit notifier par la FIFA que son interdiction de transfert est suspendue jusqu'au jugement de la fin du mois. Une excellente nouvelle puisque le club peut alors faire affilier ses deux joueurs de manière légale et certaine, cette fois-ci. " Se sont-ils rendu compte que leur décision initiale n'avait aucun sens. C'est difficile de les suivre mais je suis super heureux en tout cas ", se réjouit le président. En attendant, face à l'imbroglio autour du cas Rentmeister - pouvait-il jouer initialement - certains clubs n'ont pas attendu leur reste et ont décidé de passer à l'action. Le Patro Eisden, le White Star et Geel, contre qui Seraing a réalisé un cinq sur neuf, choisissent de porter réclamation, estimant que le défenseur liégeois n'avait pas le droit de jouer. À ces trois clubs s'ajoute Lommel qui s'estime lésé au classement suite aux points glanés par Seraing. " Je ne me tracasse pas ", lance, confiant, Franchi. " Nous avons toujours été en ordre. Nous n'avons aligné Jeffrey que quand il était en ordre d'affiliation. Et une fois celle-ci annulée, il n'a plus joué. " La future réforme n'est évidemment pas étrangère à ce climat délétère qui règne en Proximus League. Et de la part du White Star et de Lommel qui sont des candidats au top 8 et dont Seraing est un concurrent direct, cette action n'est pas étonnante. Si sur le terrain il n'est pas possible de battre les Mosans, alors, les tribunaux prennent le relais. Le 29 décembre prochain, Seraing connaîtra exactement son sort dans le dossier avec la FIFA. Puis, le 15 janvier, la commission des litiges de l'Union belge statuera sur le recours des quatre clubs précités, lequel dépend du jugement qui sera rendu fin décembre. Des échéances très importantes pour la suite de la saison des Sérésiens. Tout cela pour continuer, entre hauts-fourneaux et tribunaux, à tenter de se faire une place au soleil sous lequel, à Dallas comme à Seraing, on ne redoute que la mort. PAR JULIEN DENOËL - PHOTO BELGAIMAGETierce propriété, FIFA, tribunaux,... c'est le thriller de Proximus League.