C'était bien lui, en minuscule maillot de bain, comme il l'a reconnu dans l'Algemeen Dagblad. Le journaliste du quotidien, à la recherche de l'homme derrière le meilleur buteur d'Eredivisie, était tombé sur une photo de l'avant peu habillé. Wilfried Bony : " Parfois, j'ai envie de faire une folie. "
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C'était bien lui, en minuscule maillot de bain, comme il l'a reconnu dans l'Algemeen Dagblad. Le journaliste du quotidien, à la recherche de l'homme derrière le meilleur buteur d'Eredivisie, était tombé sur une photo de l'avant peu habillé. Wilfried Bony : " Parfois, j'ai envie de faire une folie. " Bony : Ivoirien, 1m82, 91 kilos. Naturels, a-t-il précisé durant ses premiers entretiens avec la presse anglaise. " Ma cuisse est plus large que les deux vôtres réunies ", a-t-il envoyé. Pourtant, il n'est pas fan de gym. Bony : " Je tiens de ma mère. Elle est ceinture noire en judo et est très musclée. A Swansea, des jeunes soulèvent des charges de 50 à 100 kilos. J'en suis incapable mais sur le terrain, c'est autre chose. " Ses anciens coéquipiers peuvent le confirmer. Il leur a décoché des coups bien plus durs qu'il ne le pensait. Bony, âgé de 26 ans, sera le nouvel attaquant de Manchester City, à l'issue de la Coupe d'Afrique. Ses adversaires sont prévenus. Bony est né à Bingerville, en périphérie d'Abidjan, où il a grandi, mais il n'est pas issu de l'écurie de Jean-Marc Guillou, longtemps fournisseur principal de l'équipe nationale. Bony a fréquenté un autre institut de football, celui de Cyril Domoraud. Domoraud a joué en France dans les années 90, à Marseille et à Bordeaux, notamment, avant d'émigrer en Italie, à l'Inter Milan, de revenir en France, à Monaco, puis d'aller à l'Espanyol et enfin en Turquie, à Konyaspor. A son retour au pays, il a investi dans la formation des jeunes. Sans luxe. Un reporter de la BBC s'est étonné des conditions spartiates. L'académie n'a que cinq dortoirs équipés de trois lits superposés, une cantine, un espace administratif et une classe. Mais les jeunes talents débordaient d'enthousiasme et voulaient tous dormir dans le lit de Bony... Wilfried y a séjourné à partir de douze ou treize ans, contre le gré de ses parents. A 14 ans, quand il a renoncé à l'école, son père a vu rouge : selon lui, l'enseignant, le foot n'était pas un métier. Ils se sont de nombreuses fois disputés et quand son père a voulu payer une nouvelle année complète de scolarité, Wilfried a dit : " C'est de l'argent gaspillé, ne le fais pas. " Le père a quand même payé mais deux mois plus tard, son rejeton a tenu parole et a arrêté. Il leur a fallu un certain temps pour se réconcilier. Le journaliste de la BBC a vu à quel point l'académie était fière de son ancien élève, bien qu'ils se soient séparés en mauvais termes. Initialement, Bony était défenseur central mais les entraîneurs, trouvant qu'il avait trop de qualité pour ce poste, l'ont avancé dans le jeu. Au six puis au dix et enfin au neuf. Il marquait de la tête comme des pieds. Puis il s'est fâché avec l'académie et est resté un an sans club, jouant dans les rues d'Abidjan. Il a appris à sortir les crocs car sur les aires de jeu sablonneuses, c'était la victoire qui comptait, pas la technique. Il a attiré l'attention des dirigeants de son premier club, Issia Waz, qui l'a loué au Sparta Prague deux mois plus tard. Les choses sérieuses ont commencé en Tchéquie où il a dû se battre pour obtenir un contrat. A tirer son plan dans un pays étranger, dont il ne parlait pas la langue, armé d'un dictionnaire dans lequel il cherchait ses mots. " Les gens pensent que les footballeurs professionnels mènent une vie facile mais arriver au top demande beaucoup d'efforts. On me dit que je gagne beaucoup, que je peux acheter tout ce que je veux mais ce n'est pas vrai : je dois penser à mes parents, à mon frère et à la soeur et à la petite fille de celle-ci. C'est inhérent à notre culture, en Côte d'Ivoire : on prend soin de sa famille. On l'aide quand elle n'a pas de toit ni de nourriture. " Quand il arrive aux Pays-Bas, Bony est rapidement synonyme de buts : 31 durant sa dernière saison à Vitesse. Il y est aussi connu pour sa vanité, une certaine paresse quand il s'agit de défendre et son imprévisibilité. Vitesse est rapidement devenu trop petit pour l'avant, devenu international sous Sven-Göran Eriksson, sélectionneur en 2010. L'adjoint du Suédois n'était autre que Cyril Domoraud, le père footballistique de Bony. L'avant a flirté avec Anzhi. Il n'avait pas envie d'y aller mais les chiffres lui ont donné le tournis. Il a failli forcer son départ puis s'est ravisé. Il n'a pas mis le cap sur la Russie mais sur Swansea, durant l'été 2013. Tout le monde n'était pas convaincu de son succès. " Notre président, Huw Jenkins, était très enthousiaste ", a déclaré John van Zweden, copropriétaire du club. " Il a dit que Bony allait marquer vingt buts et que nous le revendrions deux fois plus cher. J'attends de voir. Etre le meilleur buteur en Eredivisie ne signifie pas grand-chose. Il y a une différence entre Rio Ferdinand et Timothy Derijck. " Les faits ont d'abord donné raison à Van Zweden : l'homme qui avait coûté 16 millions d'euros a eu besoin d'un temps d'adaptation. Il a trouvé le chemin des filets dès le premier match, contre Manchester United, mais à la Noël, il n'en était qu'à quatre buts. Sur son bulletin, une blessure à la cuisse et beaucoup de tensions avec Michael Laudrup. Bony n'a repris confiance que quand Swansea a engagé Garry Monk à la place du manager danois. Dix mois plus tard, Daddy Cool est à City. Daddy Cool ? Oui. Une habitude prise à Vitesse. Bony : " Je n'avais pas la moindre idée de l'origine de cette musique. J'ai cherché sur YouTube. J'ai demandé au speaker du stade de passer le morceau quand je montais sur le terrain et chaque fois que je marquais. Swansea a perpétué la tradition, avec succès. Huw Jenkins avait raison : Bony a rapporté plus du double. PAR PETER T'KINT