Le double duel entre le Standard et Genk pour une place en Coupe de l'UEFA ressemble dans sa beauté, son intensité, et son émotion, au combat de titans que se livrèrent Laurent Fignon et Greg LeMond lors de la dernière étape du Tour de France en 1989.
...

Le double duel entre le Standard et Genk pour une place en Coupe de l'UEFA ressemble dans sa beauté, son intensité, et son émotion, au combat de titans que se livrèrent Laurent Fignon et Greg LeMond lors de la dernière étape du Tour de France en 1989. Détenteur du maillot jaune, avec 50 secondes d'avance sur l'Américain, avant un assaut contre le chrono long de 24,5 kilomètres entre Versailles et Paris, le Parisien à lunettes perdit finalement la Grande Boucle pour huit petites secondes après 87 h 38' et 35'' de course. Incroyable dénouement et c'est, quelque part, ce qui est arrivé au Standard. La déception liégeoise est toujours vive, cruelle, douloureuse, mais Luciano D'Onofrio accepte la sentence du sport. Après coup, il relève l'immense succès populaire et médiatique de ces tests matches : " A mon avis, sans le vouloir, Genk et le Standard ont démontré qu'il fallait revoir l'organisation du championnat. Ces chocs sont la preuve que des playoffs généreraient une passion jamais atteinte autour de la D1. Il faut évoluer avec son temps, répondre aux attentes des gens, innover... Il faut élaguer la D1, revaloriser la D2 afin qu'une descente ne soit pas une catastrophe. Dans une D1 à 14, il serait possible en fin de championnat d'organiser des playoffs pour, d'une part, le titre et les places en Coupe de l'UEFA et, d'autre part, la lutte afin d'éviter la relégation. Le public adore le suspense. Les médias aussi, de même que les sponsors. Il y a moyen de développer tout un marketing autour de cela. Ce serait neuf et on pourrait le vendre aux télévisons. L'avenir passe indiscutablement par les playoffs. Ce serait un projet attrayant qui collerait à la taille de notre pays. Il est temps d'agir. La Ligue Professionnelle et l'Union Belge ont trop souvent manqué de vision. Les playoffs dynamiseraient fameusement tout le football belge tant sportivement que financièrement ". Le patron du Standard puise des sources de motivation et de progrès dans l'adversité. Si tout se constate au passé et au présent, il faut aussi, et même surtout, selon lui, écrire ses ambitions au futur. Ses réponses à nos questions collent aux réalités actuelles et à celles de demain. Luciano D'Onofrio : Je retiens cette collecte de 70 points à l'issue des 34 matches de la saison (avec une attaque plus prolifique et une défense plus hermétique que Genk) mais ce n'est pas ce qui compte. Notre objectif consistait à prendre part à la Coupe de l'UEFA la saison prochaine et nous restons finalement les mains vides. Le Standard a quand même présenté un des jeux les plus attrayants tout au long du deuxième tour. Je regrette la conclusion mais il en va ainsi sur les terrains de football où il faut aussi avoir un zeste de chance. A Ostende, le Standard a eu un déficit d'esprit compétitif, de lucidité, de concentration dû, je crois, à la peur de gagner quand tout est à portée de la main. Tout comme le penalty raté par Sergio Conceiçao à Ostende ou les ballons sur les poteaux, cela fait partie du football. Le Standard n'a pas su résister à l'émotion, à la crispation et ne fut pas froidement réaliste à Genk. C'est une question de culture du succès. Il faut avoir l'habitude, je dirais même la certitude, de vaincre. C'est une force que notre groupe ne maîtrise pas encore. On l'avait déjà constaté en Coupe de l'UEFA face à Bilbao. A Genk, si on met les dix premières minutes entre parenthèses, le Standard a fait jeu égal avec son adversaire. Sergio Conceiçao et Karel Geraerts n'ont pas pu prendre part au match retour, pour excès de cartes jaunes, mais, malgré leur importance, le Standard n'aurait pas dû trembler en début de rencontre. Je ne crois pas que ce verdict fera perdre du temps dans le développement du club. Les suites ne se situent pas au niveau de l'argent, même s'il y aura un manque à gagner. En cas de présence dans les poules, nous aurions généré un bénéfice net de 1, 2 millions d'euros. L'argent, c'est important, mais la Coupe de l'UEFA représentait autre chose pour moi. Une campagne européenne aurait décuplé l'enthousiasme des supporters, le prestige du club, l'aura sportive de la région, la popularité des joueurs, etc. Cela aurait fait du bien à la renommée internationale du club. C'est peut-être une crise de croissance... A l'avenir, il faudra canaliser notre enthousiasme, la transformer en atout, pas en blocage. Ecoutez, en tout début de saison, Sergio Conceiçao, Philippe Léonard et Milan Rapaic n'étaient pas encore là mais cela n'explique pas les défaites à domicile contre Charleroi et le FC Brussels. Ils apportent un plus mais le Standard doit aussi pouvoir se passer d'eux et ne pas récolter zéro point sur six face à des adversaires à sa portée. Le groupe était déjà assez riche pour y parvenir. Ces deux faux-pas ne s'expliquent pas par les absents, ce serait trop facile, mais par ceux, doués, qui étaient présents sur la pelouse. Cela dit, Sergio Conceiçao a beaucoup apporté sur le terrain, dans le vestiaire, dans la vie du groupe. Au-delà de cela, un joueur de cette classe constitue aussi un enrichissement pour toute la D1. C'est, en plus, un compétiteur et un gagneur. Il a aussi du tempérament. A mon avis, il faudrait plus protéger ce genre d'artistes et le beau football. Sergio a un caractère explosif. C'est un râleur mais je préfère un joueur qui s'exprime de la sorte à celui qui abat de la sale besogne et donne des coups, en douce, sans faire de bruit. A part quelques minutes à Genk, la défense a globalement répondu à l'attente. Le Standard va tenter de la garder pour la saison prochaine. Léonard y a trouvé sa place auprès de Vedran Runje, Eric Deflandre et Ogushi Onyewu. S'il fait encore plus de sacrifices, Philippe peut devenir le meilleur arrière gauche de D1. Il lui reste un an de contrat. Défensivement, Ogushi est aussi fort que Vincent Kompany. Il jouera un jour en Angleterre, en Allemagne, en Espagne ou en Italie. Notre Américain progressera donc encore, je l'espère pour lui, et il a encore un an de contrat chez nous. Le Standard lui fera une proposition de prolongation de bail. Ce sera à lui de décider. Et, quel que soit son choix, ce sera bien sûr, au nouveau coach de l'aligner ou pas. Vedran se sent bien à Liège. S'il n'y a pas d'offre exceptionnelle, notre gardien de but restera chez nous où il est encore protégé par un accord de deux ans. Deflandre et Ivica Dragutinovic ont évidemment répondu positivement à nos attentes. Notre intention est de renforcer ce secteur, qui n'a encaissé que 30 buts (seul Bruges a fait mieux), par un élément ou deux afin de bien gérer les absences pour blessures ou suspensions et d'aiguiser la concurrence. Tant que Vedran sera là, ce ne sera pas le cas. Mais si notre portier actuel, dont on connaît l'importance et le talent, devait nous quitter, Silvio Proto serait certainement à l'ordre du jour. Ce n'est pas le cas pour le moment et nous n'en avons jamais parlé. Non, je ne pense pas. Il s'est passé beaucoup de choses dans ce secteur de jeu. Le Standard a rapidement perdu Wamberto en raison de sa fracture de la jambe. Cela nous a coûté quelques points car c'est un joueur qui sait apporter la différence. Assou-Ekotto a été utile, certes, mais cela n'explique pas tout. Conceiçao et Rapaic ont apporté de plus en plus au collectif. Je sais que leur production sera encore plus importante la saison prochaine. Milan a découvert les réalités du football belge plus progressivement que Sergio. Il peut donner plus au groupe. Je crois qu'il est animé par le désir d'y arriver. Ce n'est pas évident pour un technicien dans un football exigeant, rapide, engagé, athlétique La saison prochaine, on verra, peut-être, un tout grand Rapaic à l'£uvre. Geraerts constitue bien entendu une des grandes révélations de la saison. S'il confirme, ce joueur sérieux et travailleur connaîtra une belle carrière. Nous l'avons déjà fait en recrutant Cédric Roussel en hiver. Il a tout de suite été victime d'une grave blessure. Mais, dès son retour, son apport fut évident. Avec lui, notre potentiel offensif est plus vaste. Cédric a tout de suite mis en perspective tout ce qu'il pourrait signifier pour le Standard la saison prochaine. Sambegou Bangoura a décollé, traversé l'un ou l'autre creux, et livré une belle saison. Momo Tchité s'est révélé avant une blessure. Cette revue des troupes révèle des atouts. Ce sera la base de notre prochain championnat. Et nous resterons attentifs afin de nous renforcer dans la mesure de nos possibilités. L'année dernière, nous avons un peu revu certaines choses et... Oui, c'est cela, un peu... (il sourit)Oui, il n'y aura pas beaucoup de mouvements. Quatre ou cinq joueurs, pas plus. Je n'ai pas parlé de Walter Baseggio avec qui que ce soit. La presse a évoqué un échange avec Runje et Onyewu ? Je ne sais pas qui a lancé cela. Cela n'a jamais figuré à l'ordre du jour et n'a pas été proposé par Anderlecht ou le Standard. Mais si Walter veut venir chez nous pour se redéfinir, se relancer, pourquoi pas ? Je ne dis pas non car il a certaines qualités. Cela dépend de lui et d'Anderlecht. Conceiçao a prolongé son contrat. C'est important et cela s'inscrit dans notre désir de progresser dans la continuité. Je respecte la décision de Dominique. Il a remarquablement travaillé durant trois ans alors que ce n'était pas facile tous les jours. Si je devais coter le travail de mon frère, je lui donnerais 8 ou 8,5 sur 10. Je lui ai demandé d'envisager la possibilité de rester une saison de plus à la tête de l'équipe Première. Mais il a estimé que, pour le bien du Standard, son départ était indiqué. Je trouve cela admirable. Il a suscité l'estime de tous ses collègues de D1. C'est bien et je suis fier de lui. Peu d'entraîneurs réagissent de la sorte. Il fera ses choix, entraînera peut-être ailleurs mais il sait qu'une place l'attend ici. S'il le veut, on définira un rôle avec Michel Preud'homme et Pierre François, et sa passion sera utile au Standard dans un autre domaine que le sien à présent. Dominique n'est pas un mercenaire ou un pigeon voyageur. La vie de famille est primordiale pour lui. Il n'y a pas de profil idéal ou unique d'un entraîneur. Et, à la limite, le coach rêvé se définit lui-même en fin de saison : c'est celui qui obtient des résultats correspondant aux ambitions du club, qui tire le maximum du groupe, qui crée une ambiance. Un entraîneur réputé n'est pas une garantie de succès. Dominique était-il le coach idéal quand il a repris le Standard ? Au début certainement pas, pour beaucoup, mais la réponse a viré au positif trois ans plus tard. J'ai connu des coaches qui possédaient le profil en débarquant chez nous mais qui ne l'avaient plus trois mois plus tard. Nous cherchons le successeur et, si nous ne le trouvons pas, nous essayerons d'innover. Je ne sais pas. Innover, cela veut dire s'avancer sur des chemins auxquels on ne pense pas pour le moment, trouver quelque chose de neuf. Dans la vie, il faut chercher des choses un peu différentes pour progresser. En sport, c'est la même chose et le football évolue vite, devient de plus en plus exigeant. Un manager à l'anglaise ? Non car le Standard est organisé autrement avec Michel Preud'homme et moi dans mon rôle de vice-président exécutif. Une piste interne ? Je dis innover. Innover. Si on ne trouve pas chaussure à notre pied, nous allons... Voilà, je vois que vous avez compris. Eric Gerets réunit toutes les caractéristiques indiquées pour entraîner le Standard. Il a fait des choix. Il a préféré ne pas revenir en Belgique pour des raisons personnelles. Michel Preud'homme l'a souvent au téléphone. S'il avait opté pour un retour en dans notre pays, il aurait fait un sacrifice financier pour revenir au Standard. Je comprends qu'il ait eu envie d'aller à Galatasaray et de gagner beaucoup d'argent. Quand il en aura assez, il pensera peut-être un jour au Standard. Non, non, ce ne sera pas pour prendre sa pension. C'est un gagneur. Trond Sollied est intéressant car il marque le football belge de son empreinte. Ces cinq ou six dernières années, personne n'y est parvenu autant que lui. Son travail, son style, ses choix tactiques, sa personnalité : il est très intéressant. Sollied est un de ceux qui me plaisent le plus. Nous avons pensé à Cartier aussi, qui a bien travaillé à La Louvière, sans approfondir pour le moment. Idem avec Ferrera. Marc Wilmots est un ami mais on n'a jamais abordé ce sujet ensemble. Ce sera peut-être le cas à l'avenir mais les circonstances ont fait que ce n'était pas le moment. Un coach recruté à l'étranger ? Ils ont du recul mais le revers de la médaille, c'est parfois, comme pour les joueurs, le temps d'adaptation au football belge. Nous avons encore une quinzaine de jours pour décider. En France, les clubs font parfois appel au responsable du centre de formation. Ce ne sera pas le cas chez nous. Christophe Dessy est arrivé de Nancy il y a un an à peine. Il a assez de pain sur la planche. Au Sart-Tilman, on a entamé les travaux de l'Académie Robert Louis-Dreyfus où nous accueillerons les pros et les jeunes. Ce sera comparable au centre Milanello. L'investissement s'élèvera à 12 millions d'euros. Nous espérons l'inaugurer en octobre 2006. Daniel Boccar, qui avait déjà pris du recul, s'en va et devrait travailler au centre provincial de l'Union Belge à Blégny. D'autre part, le Standard va couvrir son stade. Ce sera fait dans deux ans. C'est important. Il y aura plus de confort. Cela démontrera que l'enceinte est à la pointe du progrès. Je rappelle que le Standard paye son stade modernisé pour les besoins de l'Euro 2000. Nous remboursons 400.000 euros par an et Robert Louis-Dreyfus avait rapidement avancé 2,5 millions pour les travaux. José Riga, Christian Piot et Guy Namurois ont réalisé du bon travail. Ce sont des pros qui ont leur place dans d'autres grands clubs belges. Après quelques années de collaboration fructueuse, c'est bien de changer. Le football use et il faut de nouvelles figures pour ne pas s'embourgeoiser. Les joueurs ont besoin d'autres challenges et un nouvel univers stimule, requinque l'attention. La routine est nocive. Le choix est définitif. Le prochain entraîneur travaillera avec son propre staff. Dès lors, il sera difficile que José, Christian et Guy restent au Standard. Non, si on baisse les bras après des résultats non conformes aux attentes, il ne faut pas se tourner vers le foot. Le Standard repartira avec les mêmes objectifs la saison prochaine, notamment viser l'Europe. Même si nous sommes déçus, les épreuves actuelles doivent être des sources de motivation. Très sincèrement, le Standard a besoin de Michel. Je partage les propos de Jan Peeters mais c'est un peu tôt. A mon avis, cette place revient plus à Roger Vanden Stock. C'est la figure idéale. Et Michel pourrait l'épauler en tant que vice-président et mûrir tranquillement auprès de Roger qui a un gros vécu. Puis, plus tard, il sera mieux armé pour avoir les plus hautes responsabilités. Michel est déjà actif à la Ligue Pro, au comité exécutif, innove avec ses idées sur la formation des jeunes, etc. Il avance calmement et c'est bien ainsi. C'est exact mais le Standard a toujours lutté pour qu'il en soit ainsi. Nous désirions, sans être opposés à un projet collectif, obtenir le droit de négocier individuellement, car le football professionnel valait beaucoup plus. De même, le Standard s'est élevé contre la fancard. Avec le recul, le Standard était en avance : il a lutté seul contre tous et fut menacé d'exclusion de la Ligue Pro. Qui avait raison ? Qui nous a indiqué du doigt comme on le fait avec de mauvais élèves ? Je pose les questions. Or, nous ne nous battions pas pour nous mais pour tous. Le produit football belge vaut plus que 36 millions d'euros même si nous venons de 15 millions. Cela aurait pu être beaucoup plus si, dès les premiers contrats, il y a des années, la Ligue Pro avait été plus exigeante en prévoyant la multiplication des médias et leur intérêt pour un produit unique comme le football. Les négociations ne furent pas bien menées. Certains se sont frotté les mains en entendant le chiffre de 36 millions par an. Moi, je pense qu'on aurait pu doubler ce chiffre. La concurrence est telle entre les parties intéressées que nous aurions pu atteindre 72 millions d'euros. Cela n'aurait pas posé de problèmes à Belgacom qui a besoin du football pour se développer. Le football belge n'a aucune raison de ne pas croire en lui, d'avoir des complexes. Les télés ont tenté d'accréditer le fait que la D1 n'était pas attractive par rapport aux championnats étrangers. C'est totalement faux : leur but était de payer le moins possible. Je garde mes certitudes : le football professionnel belge vaut entre 60 et 70 millions d'euros par an. J'aimerais que les grands clubs puissent couvrir 25 % de leur budget avec les droits de télévision. Il y a progrès mais c'est loin d'être le cas. Au Standard, nous devrions arriver à 17 % sur un budget annuel de 12, 5 millions d'euros. Ce n'est pas encore assez mais nous y serions arrivés si la Ligue Pro avait obtenu 70 bons millions d'euros. Nous aurons un jour notre télévision, Standard TV comme il y a OM TV qui obtient de bons résultats. Pour cela, il faut des infrastructures, une bonne organisation, des compétences, et un accord avec un diffuseur afin de présenter régulièrement des magazines sur la vie du club. Le Standard intéresse tout le pays : c'est une richesse. Des succès sportifs multiplieraient cet attrait. En ce qui concerne la Bourse, et vu l'évolution de cotations de certains clubs, nous avons préféré renoncer... . Pierre Bilic" Trond Sollied est intéressant : IL MARQUE LE FOOTBALL BELGE DE SON EMPREINTE " " Le football professionnel belge VAUT ENTRE 60 ET 70 MILLIONS d'euros par an "