L ionel Messi aurait pu devenir le citoyen le plus célèbre de Rosario, mais il doit laisser cet honneur à Ernesto Che Guevara, le guérillero dont le visage continue à orner de nombreux t-shirts et dont la statue trône dans sa ville natale. Messi n'a pas encore de statue mais son impressionnant palmarès ferait presque oublier qu'il n'a que 21 ans et toute sa carrière devant lui...
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L ionel Messi aurait pu devenir le citoyen le plus célèbre de Rosario, mais il doit laisser cet honneur à Ernesto Che Guevara, le guérillero dont le visage continue à orner de nombreux t-shirts et dont la statue trône dans sa ville natale. Messi n'a pas encore de statue mais son impressionnant palmarès ferait presque oublier qu'il n'a que 21 ans et toute sa carrière devant lui... Rosario est la deuxième plus grande ville d'Argentine. Sise sur les rives de la rivière Paraná, elle constitue le principal port de commerce de grains. Les Anglais se sont implantés là au 19e siècle. Ils ont installé des voies ferrées et les ingénieurs avaient emmené un ballon pour passer le temps pendant la pause de midi. En les voyant, les Argentins ont été charmés : des clubs comme Newell's Old Boys ont vu le jour et le football, occupation aristocratique, est devenu un sport populaire. Messi a vu le jour en 1987 à Sanchez de Thompson, dans un quartier ouvrier appelé Hertz, à une demi-heure au sud du centre-ville, entre les chantiers navals et une usine métallurgique. Lionel est le troisième fils de Celia et de Jorge. Son père était chef d'équipe à l'usine Acindar. Lionel a aussi une petite s£ur, Marisol. Lionel, surnommé Leo, a vécu une enfance assez banale. Calme, il ne posait pas de problème et n'aspirait qu'à une chose : jouer au football. " Toute la famille a défilé ici ", raconte David Treves, le président de Grandoli, le premier club de Messi. " Ses deux frères ont joué ici, ses parents assistaient aux matches. Quand ils nous ont présenté Leo, ils nous ont raconté qu'il jouait déjà depuis l'âge de deux ans. En le voyant, j'ai été surpris tant il émergeait. Il avait un comportement irréprochable et il était phénoménal. A six ans, il possédait déjà tout un répertoire de feintes et de dribbles. Il laissait les autres sur place ou glissait le ballon entre leurs jambes. Rapidement, la rumeur s'est répandue : nous avions un jeune talent. D'autres équipes venaient nous l'emprunter pour des tournois. " Quelques années plus tard, un scout des Newell's Old Boys, un des deux grands clubs de Rosario, a remarqué Lionel. Ce club, qui joue en maillot rouge et noir, possède des filiales dans toute la province. Celles-ci forment les joueurs et les envoient au club. Une des filiales, Las Malvinas, était proche de Hertz. " C'était incroyable ", explique son ancien entraîneur, Carlos Morales. " Un si petit bonhomme, avec des jambes comme des allumettes, possédait à six ans la technique et la vista d'un joueur de douze ans. Il contrôlait le ballon, dribblait plusieurs adversaires puis le cédait à un coéquipier, sans jamais se laisser enfermer. " Sur le terrain, il ne laissait aucun spectateur indifférent mais à l'école, il était une souris grise. " Il était très calme et ne parlait à personne ", raconte Monica Domina, son institutrice en quatrième primaire, à l'école de Las Heras. " Il était très timide et ne supportait pas de se laisser aller. Il était généralement en compagnie d'une fille, Cintia Arellano, nettement plus grande que lui alors qu'ils avaient le même âge. Tout le monde les croyait cousins. Il la suivait partout. Au magasin pour acheter des friandises ou pour faire des photocopies. Leo se transformait sur le temps de midi. On jouait au football et tout le monde le voulait dans son équipe. Il se muait alors en leader. Il aimait jouer aux cartes. Quand il ne parvenait pas à gagner, il trichait ou jetait les cartes. Il ne supportait pas de perdre. Et quand il jouait avec des petits soldats, il les faisait jouer... au football. Il était un élève moyen, absolument pas doué pour les langues mais il n'a jamais doublé. L'école ne l'intéressait pas trop. Assis au fond, derrière Cintia, il riait avec les clowns de la classe. Pendant les examens, j'ai attrapé Cintia et lui en train de tricher, à plusieurs reprises. Ils se faisaient passer une latte ou une gomme avec les réponses ( elle rit). J'essayais surtout de l'impliquer, de l'attirer vers les autres pour qu'il devienne plus sociable. Une fois, j'ai réussi : nous avions mis au point une pièce de théâtre. C'était un conte de fées avec des nains. Leo était l'eau. Il était revêtu d'un plastique bleu plissé qu'il devait faire bouger. Il s'est exécuté avec un tel enthousiasme qu'il a ressemblé aux autres. C'était comme si figurer sur la scène lui conférait une autre personnalité. Je trouve maintenant assez comique que le meilleur joueur du monde ait joué l'eau pendant une pièce de théâtre... " Selon Monica Domina, Leo doit beaucoup au foyer dans lequel il a grandi. " Sa famille a une part importante dans sa réussite. Ses parents l'ont suivi dans toutes ses activités. "L'institutrice de Messi se souvient de sa modestie. " Quand sa mère, parfois, montrait les trophées qu'il avait gagnés à l'un ou l'autre tournoi, il était fâché. Il ne voulait pas être au centre de l'intérêt. Il n'avait jamais de copine. Bavarder avec les filles ou nouer des contacts lui était extrêmement difficile. Cintia était la seule. "Le transfert de Messi a fait couler beaucoup d'encre en Argentine, d'autant que les Newell's Old Boys ont perdu leur meilleur joueur de tous les temps sans recevoir un centime. On raconte aussi que Leo n'a pas été soutenu par son club quand on a diagnostiqué un problème à l'âge de neuf ans : il ne grandissait plus. Messi avait toujours été le plus petit de la classe, un poids plume, mais ses parents ont commencé à se tracasser. A l'occasion de son neuvième anniversaire, ils ont constaté que leur fils n'avait pas grandi depuis un an et ont consulté un médecin. Lionel évoluait alors en Minimes. " Je connaissais le médecin des Newell's et je lui ai envoyé Leo ", explique le docteur Diego Schwarzstein, un endocrinologue qui a traité Messi. " Il avait un problème hormonal. Ce n'est pas comme un jeune qui a sa puberté sur le tard car dans ce cas, on continue à grandir, même si on pousse moins que les autres. La croissance de Leo s'était carrément arrêtée. Nous l'avons suivi. Il est apparu qu'il n'avait pas grandi d'un centimètre en un an. Nous avons alors décidé de lui administrer des hormones de croissance. C'est un traitement basé sur l'injection régulière d'hormones dans la cuisse. Tous les soirs, pendant cinq ans, Lionel a effectué lui-même les injections. Le traitement a donné des résultats mais il est très coûteux - environ 2.000 dollars par mois (1.800 euros) et c'est à ce propos que la discussion est née. Leo a souvent déclaré aux journalistes s'être expatrié en Espagne parce que Newell's refusait de financer son traitement mais c'est faux. Ou du moins, c'est simplifier la réalité. En Argentine, il existe un fonds spécial d'aide aux enfants souffrant de problèmes de croissance. L'Etat rembourse les mutuelles. En plus, Acindar, l'employeur de son père, offrait une excellente couverture médicale. Il était remboursé, peut-être avec un mois de retard, mais la famille ne devait rien débourser. " De fait, les Newell's ne se sont guère souciés du traitement et quand un grand club se présente avec une offre alléchante, il est difficile de refuser. Le père Messi avait emmené son rejeton à River Plate, le grand club de Buenos Aires, mais un scout de Barcelone a surenchéri : le club catalan allait prendre en charge toute la famille, lui trouver du travail et mettre son staff médical à la disposition de Lionel si celui-ci s'affiliait à Barcelone. Son père a été d'autant plus enchanté que l'Argentine traversait alors une grave crise, marquée par un chômage important. Un soir de l'année 2000, il a annoncé à table -Nous partons à Barcelone. " Celia, Jorge, ses frères Rodrigo et Matías, sa s£ur Marisol se sont installés dans une maison proche de La Masia, le complexe d'entraînement du Barça. A treize ans, Lionel, qui mesurait à peine 1,40 mètre, a effectué ses débuts en Cadets. Il n'a fallu que vingt secondes à Carlos Rexach, l'entraîneur des Cadets de Barcelone, pour prendre la mesure du talent de Messi : " Je l'ai vu s'emparer du ballon, pivoter et regarder où envoyer le ballon. Il devait rester. " Rexach a signé un contrat symbolique sur une serviette. Messi est devenu le plus jeune joueur de Barcelone à débuter en championnat national. Quatre ans plus tard, on ne peut imaginer l'équipe sans lui. Son contrat à Barcelone a été synonyme de sécurité financière pour sa famille mais celle-ci a eu du mal à s'intégrer en Espagne. Jorge et les deux frères sont restés en Espagne mais Celia et Marisol sont retournées à Rosario. Lionel retourne le plus souvent possible là-bas en vacances, mais sa carrière a divisé la famille. Fidèle à son style, Leo n'a pas choisi un mannequin blond pour compagne mais une simple fille de sa ville, Antonella Roccuzzo (20 ans), qui étudie la diététique. Ils sont ensemble depuis décembre 2008, quand Lionel a passé la Noël en Argentine, mais se connaîtraient depuis plus longtemps et devraient se marier en 2010. Messi est désormais un des footballeurs les mieux payés du monde. Il gagne 14.000 euros par jour mais il est resté le même jeune timide, au visage enfantin. Il est également la figure centrale de l'équipe nationale, dirigée par Diego Maradona, accomplissant ainsi le rêve de sa mère. " Je voudrais que tu deviennes une étoile en D1 et que tu puisses être un jour entraîné par Maradona ", lui a dit Celia quand Leo jouait à Grandoli et avait gagné un VTT lors d'un tournoi. En équipe nationale, il est généralement avec Sergio Agüero, attaquant de l'Atlético Madrid et gendre de Maradona. Ils passent leur temps à jouer à la PlayStation mais malgré ce comportement a priori enfantin, Lionel est depuis peu le patron de l'équipe nationale, surtout depuis le départ de Juan Roman Riquelme, qui avait traité Messi de morveux. Celui-ci n'est pas devenu plus bavard mais il possède une autorité naturelle, due à son style de jeu et à son ambition. Ses anciens entraîneurs, professeurs et amis à Rosario sont très fiers de la réussite de Leo. Ils lui en sont également reconnaissants. " Le fait qu'un de mes élèves soit devenu mondialement célèbre me fait quelque chose ", avoue son ancienne institutrice, Monica Domina. " Je dis à mes élèves qu'ils doivent le prendre pour modèle, pas pour devenir footballeurs mais pour atteindre leur objectif dans la vie. Il est revenu en visite à l'école il y a deux ans. Il a distribué des autographes. Chaque année, il envoie également de l'argent pour du matériel scolaire. L'année dernière, nous avons ainsi pu acquérir des ordinateurs et des imprimantes. C'est un geste pour lequel nous lui sommes éternellement reconnaissants. Il n'a pas oublié son école. "par ariel kertzman - photos : prensa nueva/adidas