Parfois, le talent ne suffit pas. Le football a beau ne pas être une science exacte, beaucoup auraient misé avec une certitude quasi mathématique sur l'avenir doré de ces onze noms qui devaient placer leur nom, en majuscules ou au moins en note de bas de page, dans l'histoire d'un football belge en route vers les sommets.
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Parfois, le talent ne suffit pas. Le football a beau ne pas être une science exacte, beaucoup auraient misé avec une certitude quasi mathématique sur l'avenir doré de ces onze noms qui devaient placer leur nom, en majuscules ou au moins en note de bas de page, dans l'histoire d'un football belge en route vers les sommets. Aujourd'hui, ces gamins talentueux à qui on promettait les plus grands clubs européens sont remplaçants en Pro League, titulaires en D3 ou exilés dans des championnats improbables. Certains sont pourtant allés jusqu'à porter plusieurs fois le maillot de l'équipe nationale, dans un passé pas si lointain. Chronique de onze descentes aux Enfers après avoir ouvert trop vite les portes du paradis. " Il y a dix scouts de clubs du top dans nos stades chaque semaine. Ils ne peuvent pas passer à côté de lui " (Aimé Anthuenis)KennySteppe a tout juste 20 ans quand il " braque " le titre de Gardien de l'Année 2008 au nez et à la barbe de StijnStijnen. Le dernier rempart du Germinal Beerschot serait sur les tablettes de Tottenham, et on parle même d'un transfert à Chelsea pour poursuivre son apprentissage dans l'ombre de PetrCech. " Je ne sais pas si je dirais oui à une proposition de Chelsea pour être numéro 3 ", confie alors Steppe, qui part finalement pour Heerenveen. Aux Pays-Bas, il ne joue même pas vingt matches en cinq ans. Le retour en Belgique se fait sur la pointe des pieds et sur le banc de Waasland-Beveren. Titularisé en fin de saison après le départ manqué de ColinCoosemans pour Malines, il file l'été dernier à Zulte Waregem. Sur le banc, encore. Numéro 3 à Chelsea, ça n'aurait peut-être pas été si mal finalement. " C'est un mix entre Kompany et Vanden Borre " (Wim De Coninck)Anderlecht avait eu VincentKompany, Bruges répondait avec JasonVandelannoite. L'arrière central était censé devenir la figure de proue du centre de formation des Blauw en Zwart. En Ligue des Champions, il avait même mis sous l'éteignoir le buteur néerlandais RoyMakaay, alors l'un des fers de lance du grand Bayern. Une trajectoire prometteuse qui a tourné " à la VandenBorre " (mais sans retour en grâce le temps d'une Coupe du monde) pour celui qu'on surnommait volontiers " le Kompany de Bruges ". Devenu un Diable rouge éphémère sous RenéVandereycken avant d'être déclaré indésirable à Bruges, Jason a entamé un improbable périple qui l'a emmené à Bursaspor, à Tubize, dans le noyau espoirs de Sheffield, puis dans trois clubs différents du championnat maltais. Une dernière tentative avortée en Roumanie et Vandelannoite a fini par rentrer au pays, où il officie à présent sous les couleurs du Sparta Petegem. En D3. " C'est un véritable concurrent pour Van Buyten et Kompany " (Georges Leekens)Les jeunes années de TimothyDerijck ressemblent à celles de beaucoup de joueurs doués de son époque. La Belgique n'est pas encore une terre promise pour les talents en devenir, et l'arrière central d'Anderlecht s'envole pour Feyenoord en 2006. De quoi croire en un avenir radieux. Mais à Rotterdam, la sauce ne prend jamais vraiment. Une infinité de prêts - dont un passage discret à Dender - plus tard, Timothy est vendu au modeste club de La Haye. Et là, il décolle enfin, au point de partir pour le PSV après 18 mois prometteurs. GeorgesLeekens en fait alors un éphémère Diable rouge et le promet à un brillant avenir, mais Derijck n'explose jamais en deux saisons à Eindhoven. Retour à La Haye, donc. Où cette saison, il a disputé cinq matches avec les " espoirs ". Une étiquette dont il ne parvient décidément pas à se défaire. " C'était mon rêve de l'attirer ici avec Lestienne " (Pol Jonckheere, ancien président de Bruges)Fleuron de la formation francophone au milieu des années 2000, le fameux Futurosport devait donner à la Belgique une pléthore de joueurs de talent. L'image de marque du centre mouscronnois était partagée entre un ailier supersonique et un défenseur rugueux. Lors de la faillite de l'Excel, MaximeLestienne et DaanVanGijseghem partent donc assurer la relève du côté de Bruges. Le premier s'affirmera au point de passer tout près d'un Soulier d'or, tandis que le second ne sortira jamais la tête de l'eau en Venise du Nord. Avec cent matches de D1 au compteur à 22 ans, c'est pourtant un jeune avec des planches qui débarquait chez les Blauw en Zwart. Celui à qui certains prédisaient un avenir à l'étranger quittera pourtant Bruges par la petite porte pour rejoindre Mons, où son manque de professionnalisme sera pointé du doigt à maintes reprises. Le voilà aujourd'hui à Winkel Sport, en D3. " Il peut gagner le Soulier d'or " (Michel Preud'homme)Trois matches sous le maillot d'Anderlecht avaient suffi à faire de lui le successeur de VincentKompany au sein de la maison mauve. Buteur pour sa première titularisation, Vadis signe un contrat de cinq ans avec Hambourg quelques jours plus tard. Mais en Allemagne, Odjidja passe l'essentiel de son temps dans le noyau B et dispute seulement huit minutes en Bundesliga. L'histoire commence mal. Et puis, Vadis revient à Bruges. 230 matches de Pro League, quelques sélections chez les Diables, une quatrième place au Soulier d'or 2011 : comme souvent dans ces cas-là, l'Angleterre frappe à la porte. Le départ pour Everton est bouclé hors des délais, et Vadis erre encore en Belgique avant de finalement tenter le tout pour le tout à Norwich, en D2. L'ex-Diable ne s'y impose jamais et, malgré la promotion de son club, il continue à goûter au Championship avec un prêt d'un mois à Northampton. Une carrière en montagnes russes, avec trop peu de frissons. " C'est l'un des jeunes les plus prometteurs de l'Inter " (Roberto Mancini) Ibrahim n'a que seize ans quand il débarque à Appiano Gentile, dans le giron d'un Inter. RobertoMancini lui offre dès le mois d'octobre une montée au jeu en Serie A. Maaroufi remplace DejanStankovic et s'installe sur la pelouse à côté d'Ibrahimovic, Crespo, Figo et Vieira. Même l'immense GiuseppeBergomi n'avait pas débuté si jeune sous le maillot nerazzurro. La Belgique fait le forcing pour qu'il choisisse les Diables. RenéVandereycken himself fait le déplacement à Milan pour convaincre le Belgo-Marocain. La suite, c'est un déroulé de carrière aux airs de carnet de voyage qui l'emmène à Enschede, Venise, Maastricht, Casablanca, Eupen, Téhéran ou Walhain. Et même en D3 belge, la sauce n'a pas pris. Comme si tout ce rêve bleu et noir n'avait pas existé. Heureusement, il reste le brassard de capitaine du dernier match de JavierZanetti. Avec les noms de tous ses équipiers sur un bout de tissu jaune. Même celui de Maaroufi... " Avant Januzaj, on ne m'avait appelé pour un joueur qu'une seule fois : c'était pour Faris " (Jean-Paul Pira, ancien coordinateur des jeunes du RWDM)Le 6 juin 2007, à Helsinki, FarisHaroun enfile pour la première fois le maillot des Diables rouges. Une première qui devait en appeler beaucoup d'autres, tant l'élégance du milieu de terrain de Genk et son flair dans les trente derniers mètres devaient en faire l'un des fers de lance de la fameuse " génération dorée ". Titulaire et buteur aux Jeux olympiques de Pékin, Faris choisit le Beerschot au retour de Chine et marque un doublé dès son deuxième match. Mais à l'image du club, son envol se transformera en chute libre. L'aventure anglaise tourne au cauchemar à Blackpool, et Haroun se recase finalement au Cercle, que son talent ne suffit pas à sauver d'une culbute en D2. Moins de deux Olympiades plus tard, Faris est passé du stade Roi Baudouin à des déplacements à Heist. " C'est le meilleur dribbleur de Belgique " (Francky Dury)Avant l'arrivée de HeinVanhaezebrouck, c'était sans doute l'une des meilleures formations de Gand de l'histoire. MichelPreud'homme est sur le banc de touche, le majestueux RandallAzofeifa à la baguette et YassineElGhanassy provoque des incendies dans la défense adverse à chaque prise de balle. On lui promet les Diables et Manchester City. Mais l'Angleterre, c'est finalement à West Brom qu'il la découvrira. Et son rêve anglais se limitera à une titularisation en League Cup contre Yeovil Town. Trop talentueux pour échouer, Yassine ne pouvait que rebondir. Hélas, de Gand à Heerenveen, ses dribbles fous n'ont jamais été conjugués à la régularité exigée par une carrière au plus haut niveau. C'est donc dans le Golfe qu'El Ghanassy a poursuivi une carrière qui a pris trop tôt un air de pré-retraite dorée. Et aujourd'hui ? Yassine joue à Stabaek, en championnat de Norvège. Avec douze assists au compteur et des regrets à la pelle. " Thorgan Hazard était plutôt un numéro 10 mais à ce poste-là, j'avais déjà Rits " (Bob Browaeys, sélectionneur des U17 belges)On a l'impression de le connaître depuis une éternité. Pourtant, MatsRits n'a que 23 ans. Il a simplement tout fait plus vite que prévu. À seize ans et trois mois, il monte au jeu contre Westerlo et signe un doublé sous le maillot du Beerschot pour ses premières minutes en D1. Pas vraiment une surprise dans le giron des équipes nationales, où Mats est considéré depuis longtemps comme l'un de nos plus grands talents en devenir. Convoité par Anderlecht ou le PSV, Rits signe finalement à l'Ajax, dont il est appelé à devenir le futur maître à jouer. Dix-sept ans seulement, et des espoirs qui s'envolent rapidement en fumée. Ses seules minutes sous le maillot ajacide, le Belge les dispute avec l'Ajax II. C'est donc avec un échec sous les bras que Mats revient au pays en janvier 2013. Commence alors, à Malines, l'histoire d'une carrière normale pour celui auquel on prédisait un avenir extraordinaire. " J'ai travaillé avec Robben au même âge, il n'était certainement pas moins bon " (Hans Visser, ancien T2 de Genk)En septembre 2010, Tony vient tout juste de fêter son seizième anniversaire quand il monte au jeu pour la première fois en Pro League. Le noyau de FranckyVercauteren est étriqué, et la quête du titre éprouvante. De quoi permettre à celui qui n'est encore qu'un scolaire de gratter de plus en plus de temps de jeu. A Genk, Limbombé n'est pas un jeune comme les autres. Sa formation a été jalonnée de coups d'éclat. Personne n'en doute : l'ailier sera la révélation de la saison. De cette saison, ou de la prochaine. Ou bien celle d'après ? Car finalement, malgré 85 (bouts de) matches, Limbombé n'explose jamais. Résigné, Genk finit par le vendre au NEC Nimègue ( D2). Vif, percutant, mais irrégulier, Anthony est au paradis dans un championnat où défendre est loin d'être un art : 14 buts, 10 assists et une montée en Eredivisie. À 21 ans, il n'est peut-être pas trop tard. " C'est un jeune joueur vif, il m'a impressionné " (José Mourinho)Printemps 2011. Genk est champion, et l'exode attendu se produit. KevinDeBruyne et ThibautCourtois font leurs valises pour Chelsea, et MarvinOgunjimi s'envole pour Majorque. Mais les documents du transfert arrivent avec 17 minutes de retard. Marvin devra attendre six mois avant de rejoindre le club des Baléares. On craint déjà que son goodmood appartienne au passé. Parce que pour en arriver là, Ogunjimi a bouclé une saison à quinze buts et est devenu le buteur providentiel des Diables (5 buts en 7 matches). Attaquant en surrégime ? Sa première montée au jeu espagnole lui vaut en tout cas les compliments de JoséMourinho en personne. Sans doute les derniers. Prêté sans succès au Standard (0 but), au Beerschot (1 but) puis à OHL (0 but), Marvin sombre et se retrouve dans l'imprononçable club de Strömsgodset, en Norvège. Là-bas, il marque (9 buts en 23 matches) mais personne ne le remarque.?PAR GUILLAUME GAUTIER - PHOTOS BELGAIMAGELa première montée au jeu espagnole d'Ogunjimi lui vaut les compliments de Mourinho en personne. Sans doute les derniers compliments.