OMAR MUSSA

Omar Mussa (22 ans) : Non. Je lui ai donné mon nom pour faciliter son entrée en Belgique. Je suis réfugié politique. J'ai débarqué dans ce pays par le hasard des vols. J'ignorais alors qu'Evodiane était enceinte. Ce fut très pénible. Elle était dans un pays en pleine guerre civile, je n'arrivais pas à la faire venir ici, j'avais peu de nouvelles d'elle : notre village est situé à la frontière du Congo, il n'y avait pas de téléphone ni d'électricité. Je n'ai pu vivre sa grossesse ni son accouchement. Mon père a réussi à lui donner de mes nouvelles puis son oncle l'a aidée à me rejoindre, après la naissance de notre fils.
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Omar Mussa (22 ans) : Non. Je lui ai donné mon nom pour faciliter son entrée en Belgique. Je suis réfugié politique. J'ai débarqué dans ce pays par le hasard des vols. J'ignorais alors qu'Evodiane était enceinte. Ce fut très pénible. Elle était dans un pays en pleine guerre civile, je n'arrivais pas à la faire venir ici, j'avais peu de nouvelles d'elle : notre village est situé à la frontière du Congo, il n'y avait pas de téléphone ni d'électricité. Je n'ai pu vivre sa grossesse ni son accouchement. Mon père a réussi à lui donner de mes nouvelles puis son oncle l'a aidée à me rejoindre, après la naissance de notre fils. Il est victime d'une guerre ethnique entre Hutus et Tutsis. Ces derniers tiennent l'armée, donc, nous, les Hutus, sommes impuissants. Cette guerre peut durer longtemps. Cinq ans, 30... J'ai perdu ma mère, mon frère, ma femme a perdu son père, sa s£ur, son frère. Sans oublier beaucoup d'autres membres de la famille. Nous ne les comptons pas : ça fait trop mal. Il y avait du soleil mais ce n'était pas professionnel. Or, je voulais le devenir. De toute façon, je me suis blessé et je suis rentré au Burundi alors que la guerre éclatait. Je me plais ici. Je me suis habitué au froid. De toute façon, je dois m'accrocher et travailler dur, car je suis responsable de ma famille et je dois aussi aider ceux qui sont restés au pays. A l'école primaire. Nous habitions la même cité. Le déclic s'est produit il y a six ans environ. J'en voudrais sept ou huit, pour recréer une famille. J'aime mes enfants. Trop. Omar va à l'école et parle flamand. Moda est toujours dans mes bras. Quand je rentre tard du football et qu'ils dorment, j'ai l'impression d'avoir raté quelque chose. Il me donnent confiance et courage. Ils m'aident aussi à oublier les problèmes. Bien sûr, je veux qu'ils ne manquent de rien, qu'ils aient une belle vie. Leur nombre dépendra donc aussi de mon salaire. C'est plus dur ici : ils ne peuvent pas courir en rue, Evodiane ne peut les confier à notre famille et la vie est chère. On verra... L'essentiel est d'avoir un rêve, pour se motiver. J'aime tout en elle ! Son physique comme son âme. Encore que... Elle aime trop s'habiller. Moi aussi mais elle est pire ! Elle raffole des bijoux, aussi. Elle préfère faire son shopping seule. Elle prend des marques. (Evodiane : " Non. J'aime bien Zara, Morgane, WE. C'est abordable tout en étant de bonne qualité. Et je pense aussi aux enfants. En plus, nous devons aider nos familles ".)Le cinéma, avec une préférence pour les films d'action, bien qu'Evodiane aime aussi les films historiques. Nous devons chercher des films en français ou sous-titrés car nous ne comprenons pas bien le néerlandais ni l'anglais. Nous choisissons ensemble. (Evodiane : " A condition qu'il n'y ait pas de foot ! Parfois, j'ai envie qu'il sorte pour voir autre chose" .) Notre fils a déjà le virus. Il connaît le programme des matches et assiste aux rencontres de l'Antwerp avec mon manager. J'aime aussi la musique, la danse. Evodiane Nzeyimane (25 ans) :Non. Nous nous sommes mariés selon le rite musulman. Nos enfants sont musulmans aussi, c'est normal. Chez nous, de telles unions sont courantes. Chacun est libre de son choix. Le problème, c'est qu'on mélange trop la politique et la religion. Notre pays est plus cool que les nations arabes. Nous ne menons pas de guerre de religion. En Afrique, il est fréquent que les femmes aient un foulard, un simple foulard, rien d'ostentatoire . Pour aller à l'église, par respect, ou en signe de deuil. C'est le c£ur qui compte : il ne sert à rien d'aller tous les jours à l'église si votre c£ur et vos actes sont mauvais. Lors de l'attaque contre la Sabena, j'ai dû fuir, mon bébé de quatre mois sur le dos. J'ai couru toute la nuit dans les bois. Nous habitions près de l'aéroport. Je suis heureuse ici parce que j'y suis en paix, mais lorsqu'un objet tombe ou que j'entends une pétarade, je sursaute. Et puis, il y a nos familles, restées là-bas. Si au moins nous pouvions les aider à rejoindre un pays voisin plus sûr... Regardez ma s£ur : sa jambe est atteinte d'un mal étrange. Elle est handicapée. Je voudrais tant la faire soigner... Mais nous n'avons pas encore de réponse de l'Office des Etrangers. En attendant, nous ne pouvons pas quitter la Belgique. C'est comme si nous n'existions pas. C'est aussi un problème pour l'avenir sportif d'Omar. Oui ! En quatrième primaire, chaque élève devait élire le pays de son c£ur. Moi, ce fut la Belgique ! Au point qu'on m'a surnommée Evodiane de Belgique. La vie a de ces détours... J'aimais bien Jean-Claude Van Damme parce qu'il était belge. Je regarde toujours ses films, d'ailleurs. Je continue à aimer la Belgique. On y vit sans problème. La sécurité et la paix sont les plus grandes richesses. Les gens font leur possible pour communiquer avec moi. Et nos propriétaires sont fantastiques ! Ils sont tellement gentils. Quand les enfants sont malades, ils s'en inquiètent. Ils nous aident. Par exemple quand Omar n'est pas là, ils proposent de m'aider à faire les courses car je ne conduis pas très bien. Je n'ai pas l'habitude du trafic. Jamais ils ne se plaignent quand les enfants font du bruit. J'ai fait mes humanités mais la guerre a éclaté au moment où je voulais entamer des études de secrétariat. J'aimerais réétudier mais c'est difficile tant que ma fille ne va pas à l'école et que nous ne savons pas où Omar jouera plus tard. Dois-je apprendre le néerlandais ou l'anglais ? Si nous restons en Flandre, je devrai d'abord étudier le néerlandais, sinon, je ne trouverai jamais de travail qui corresponde à mes aspirations. Mais je ne veux pas rester à la maison. Je l'aime comme il est. Quand je l'ai connu, il jouait au foot dans le quartier. J'ignorais qu'il ferait son métier de sa passion. (Omar : " Tu aimes mon physique ! ") J'aime ses yeux, c'est vrai. Il a ses défauts. Il parle trop et il aime se faire servir. Quand il rentre, il s'installe et m'appelle pour un rien. Il laisse ses vêtements où il tombent et me répond qu'il est fatigué. Il pense aussi que crier résout les problèmes ! Je devrais l'amener une fois à l'émission C'est mon choix(Elle rit) Mais quand je suis fatiguée, il m'aide. Il cuisine très bien. La cuisine créole, qu'il a appris à aimer à la Réunion, où il vivait seul. Ou l'africaine, à base d'huile d'arachide et de riz cantonnais. Moi, j'aime le steak, le poulet, les frites, la salade. Une vraie Belge, hein ? Quand Omar se décide à cuisiner, il le fait bien mais quelle vaisselle : il n'utiliserait pas deux fois le même ustensile ! Elles sont gentilles mais il y a la barrière de la langue. Nous parvenons quand même à nous amuser. Pascale Piérard