Daniel Camus: J'ai 31 ans et je n'ai plus envie de voyager continuellement d'un club à l'autre. Je voudrais vraiment m'investir ici dans le long terme. Je n'ai de toute façon jamais eu l'âme d'un mercenaire ou d'un aventurier.
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Daniel Camus: J'ai 31 ans et je n'ai plus envie de voyager continuellement d'un club à l'autre. Je voudrais vraiment m'investir ici dans le long terme. Je n'ai de toute façon jamais eu l'âme d'un mercenaire ou d'un aventurier. Parce que je suis convaincu que ce club a un potentiel énorme. La marge de progression du Standard, d'Anderlecht, de Bruges ou de Genk est peut-être de 10 ou 15%, alors que celle de Charleroi est bien plus élevée. Il n'est pas normal que nous soyons aujourd'hui dans la deuxième moitié du classement. Ce club devrait terminer chaque année dans le Top 7.Pour moi, ce n'est pas un vrai problème. Comme dans n'importe quelle entreprise, il faut simplement désigner intelligemment les postes que l'on va restructurer. Il faut nettoyer à certains niveaux mais respecter quelques priorités. Ce n'est pas en composant une équipe susceptible de jouer le maintien que l'on assainit ses finances. Le meilleur exemple, c'est La Gantoise. Quand j'étais là-bas, il y a cinq ans, le budget avait été réduit, nous avons frôlé la chute en D2 et le public ne nous suivait plus. Jusqu'au jour où les dirigeants ont eu un déclic. Ils ont compris que ce n'était pas en cherchant à épargner dix millions par an que l'on pouvait redresser une situation financière catastrophique. Ils ont investi intelligemment. Ils ont pris Johan Boskamp comme entraîneur, acheté quelques joueurs de caractère pour former l'ossature de l'équipe (Degryse, Dragutinovic, Herpoel, Vreven, Nielsen, moi-même) et transféré des jeunes prometteurs comme Delorge, Chatelle, Van Handenhoven et Roussel. Evidemment, un Degryse n'a pas été acheté pour une bouchée de pain, mais on voit ce que cela a donné. Les mêmes jeunes ne se seraient jamais révélés s'ils n'avaient pas travaillé chaque jour avec des aînés qui avaient une âme de meneurs. Ce n'est pas avec des béni-oui-oui se contentant simplement de jouer leurs matches que l'on bonifie le rendement de toute une équipe. Quand un jeune avait un passage à vide, Degryse lui tapait sur l'épaule et disait: -Allez, gamin, ce n'est pas le moment de laisser tomber les bras. Ils se sont aguerris et le club a pu les revendre en faisant de gros bénéfices qui lui ont permis d'éponger sa dette. "Scifo peut devenir le Boskamp de Charleroi"Charleroi peut imiter l'exemple de Gand. Par rapport à La Gantoise d'il y a quelques années, le Sporting possède déjà un avantage énorme: il a sans aucun doute le plus beau stade de Belgique. Il lui reste à faire suivre tout le reste. Au niveau de l'entraîneur, pas de problème: Enzo Scifo peut devenir le Boskamp de Charleroi. Il n'y a pas de honte à prendre exemple sur ce qui a bien marché ailleurs. Moi, j'ai toujours pris des leçons auprès de ceux qui ont fait mieux que moi. Quand je végétais dans le noyau C de Malines, j'ai souvent pensé à ce que Scifo avait connu à Bordeaux. Je me disais: -S'il a réussi à s'en sortir, pourquoi pas moi?J'adore effectivement le Sporting, mais je ne suis pas non plus un utopiste. J'ai une femme, un enfant et des emprunts à rembourser. Et je sais que je ne jouerai plus que cinq ou six ans. Je veux assurer maintenant l'avenir de ma famille.Je n'ai vraiment pas l'impression d'être exigeant ou présomptueux. Je connais pas mal de joueurs qui se prennent pour Maradona quand ils s'installent à table pour négocier. Moi, je me prends pour Daniel Camus! Ce que je demande est tout à fait dans les normes du football belge. Ce n'est pas trop pour plusieurs clubs belges, mais à Charleroi, on estime que je suis trop gourmand. Ce qu'on me propose actuellement est inacceptable. Avec ce salaire, je ne peux même pas couvrir mes frais! Je sais que le club est dans une situation financière délicate et je suis prêt à mettre de l'eau dans mon vin, mais il y a des limites que je ne dépasserai pas. Nous ne sommes pas d'accord non plus sur la durée du contrat. Je veux au moins quatre saisons mais on ne m'en donne que deux. Je ne tiens pas à faire tout le sale boulot pendant deux ans, puis à bloquer à 200 mètres du gâteau. Ce n'est pas comme si j'avais 33 ans et si je montrais des signes de fatigue. Je ne me suis jamais senti aussi bien physiquement et dans ma tête. Je le prouve quand même chaque semaine sur le terrain depuis que je suis arrivé ici. Charleroi ne part pas dans l'inconnu avec moi. En mai de l'année dernière, j'avais trouvé un accord pour un contrat de trois ans mais la somme de transfert exigée par Malines avait tout fait capoter. Aujourd'hui, je demande à peu de choses près les mêmes conditions. Et le club a l'avantage de m'avoir vu à l'oeuvre pendant plusieurs mois, de savoir comment je m'entraîne et comment je joue. Quand nous avions négocié en décembre, c'était à la limite du poker menteur. Aujourd'hui, c'est du poker à découvert. J'estime que tous les facteurs sont réunis pour qu'on m'offre au moins autant qu'il y a un an. D'ailleurs, quand j'ai envoyé mes conditions au club, j'ai dit à ma femme que ça passerait comme une lettre à la poste. Je suis retombé de haut quand le club m'a fait sa contre-proposition.Signature, cirage et champagneJ'ai le salaire d'un gamin qui a encore tout à prouver. Quand Charleroi s'est manifesté, en décembre, on m'a dit: -On te donne ça, pour six mois. Je n'ai même pas discuté chiffres. J'ai répondu: -Merci pour le cadeau. Peu de joueurs de D1 jouent pour aussi peu d'argent, mais j'étais heureux comme un gosse. Dès que je suis rentré chez moi, j'ai ciré mes godasses et offert le champagne à ma femme. Je lui ai dit: -Tu vas me revoir sourire. J'y ai plus appris en une demi-saison qu'au cours des dix années précédentes. J'ai fait le point sur ma carrière et compris la chance qu'on a quand on peut transpirer tous les jours à l'entraînement. A Malines, j'avais quatre séances par semaine: deux fois du tennis, une fois du tennis-ballon, un jogging dans les bois. Comme j'avais beaucoup de temps libre, j'ai réfléchi aux erreurs que j'avais commises précédemment. J'avais par exemple tendance à en vouloir aux gens qui ne me faisaient pas confiance. J'étais beaucoup trop intransigeant, pas assez tolérant. J'ai quitté Gand parce que j'étais en conflit avec Herman Vermeulen. Je croyais que j'étais sa tête de Turc. Avec le recul, j'ai compris qu'il n'avait rien contre moi. Et je regrette d'avoir quitté ce club. Je ne dirais pas que j'étais un sale gosse, mais j'étais fort susceptible. J'avais constamment l'impression que je devais prouver plus que les autres joueurs. Je vivais en permanence avec un sentiment d'injustice.Je regrette aussi d'avoir pris publiquement la défense de Lei Clijsters à Malines. Je ne voulais pas qu'on le mette dehors et la direction me l'a fait payer. Finalement, ce n'étaient pas mes oignons: j'étais payé pour jouer, pas pour défendre tel ou tel coach. Jusqu'à 30 ans, j'ai commis pas mal d'erreurs de jeunesse. Je sais que certains clubs ont refusé de m'engager parce qu'on leur disait que Camus avait un sale caractère et ne leur vaudrait que des problèmes."Je suis chiant"Je revendique cette double personnalité. Aucun des joueurs que j'ai côtoyés depuis 20 ans ne peut dire qu'il m'a déjà vu jouer pour ne pas gagner. Je râle comme un chien quand je perds à l'entraînement et je fais la gueule pendant une semaine quand mon équipe perd un match en championnat. Je mets sans arrêt la pression sur mes coéquipiers et je comprends qu'ils me trouvent parfois chiant. Mais c'est ma marque de fabrique et il faut des joueurs pareils dans n'importe quelle équipe.Pas de problème. Je joue toujours de la même façon, que ce soit contre mon meilleur ami ou mon pire ennemi. Une fois que je suis entre les quatre piquets de corner, une seule chose compte: gagner. Mais dès que l'arbitre a sifflé la fin du match, je vais vers mon adversaire et je lui tends la main. J'ai affronté Degryse en décembre, alors que je venais d'arriver à Charleroi. Je n'étais pas encore au point physiquement. Les coups et les insultes ont volé de la première à la dernière minute. Mais notre poignée de main à la fin du match a été franche et je lui ai dit que je lui enverrais un pot de pommade pour soigner les coups que je lui avais donnés!Pierre Danvoye"Je revendique ma double personnalité""Je ne peux pas couvrir mes frais avec ce que Charleroi me propose"