Nous n'avions pas vraiment besoin qu' Alex Ferguson nous le confirme, mais ses propos ont conforté notre opinion. A la fin d'un été italien marqué par un nouveau scandale de paris truqués et une grève qui a reporté le début du championnat, le manager de Manchester United nous avait gratifiés de quelques observations avisées sur le Calcio lors d'un discours à l'université Tor Vergata de Rome début septembre.
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Nous n'avions pas vraiment besoin qu' Alex Ferguson nous le confirme, mais ses propos ont conforté notre opinion. A la fin d'un été italien marqué par un nouveau scandale de paris truqués et une grève qui a reporté le début du championnat, le manager de Manchester United nous avait gratifiés de quelques observations avisées sur le Calcio lors d'un discours à l'université Tor Vergata de Rome début septembre. Sir Alex y fut honoré de la médaille d' " Ethique dans le Sport " et a rappelé aux fans italiens que tout n'était pas perdu : " L'histoire du football moderne est faite de cycles. Dans les années 70, vous aviez l'Ajax et le Bayern. Ensuite il y eut Liverpool, l'AC Milan d' Arrigo Sacchi et la Juventus de Marcello Lippi. A la fin des années 90 les équipes espagnoles ont émergé et actuellement, depuis 6 ou 7 saisons, le pouvoir financier conféré par les droits TV a amené la Premier League au sommet du foot mondial, avec l'arrivée des meilleurs joueurs. En Italie, vous devez être patients et vous recommencerez à gagner... Mais il faut que vous réaménagiez vos stades. Ils ne sont pas adaptés pour une expérience optimale d'un match de foot. Je pense au Stade Olympique de Rome par exemple. C'est un stade magnifique, mais la piste d'athlétisme empêche de créer l'ambiance appropriée. " Inutile de dire que quand on l'a questionné sur le stade idéal, il a répondu : " Old Trafford !" Il a aussi pointé l'exemple du Westfalenstadion de Dortmund. Ferguson tenait son discours une semaine avant l'inauguration en grande pompe du nouveau stade de la Juventus, construit sur le site de l'ancienne enceinte du Stadio Delle Alpi érigé en 1989. Lors d'une cérémonie spectaculaire et émouvante, en présence de grandes personnalités de l'histoire du club - comme Gianni et Umberto Agnelli qui ont fait la fortune de la Juve - le club turinois s'est également souvenu de la tragédie du Heysel, indissociable de son histoire récente. (NDLR- Malheureusement, il n'a pas fallu attendre un mois pour que le Parquet de Turin n'ouvre une enquête pour fraude dans les matériaux utilisés, ce qui pourrait peut-être mettre les spectateurs en danger). Le nouveau stade de 41.000 places assises affichera presque toujours complet, ce qui garantira des revenus plus élevés au club. Bâti selon les normes de la Premier League, cette enceinte qui a coûté 115 millions d'euros n'a pas de barrières et les premiers rangs auront le nez sur l'action. Avec ses loges VIP, son centre commercial et ses restaurants, le stade montre sans doute la voie vers un avenir plus glorieux et rémunérateur pour la Vecchia Signora mais aussi pour toute l'élite italienne. Par exemple, la Juventus compte non seulement tirer 20 % de revenus en plus grâce à son nouveau stade, mais aussi six ou sept points de plus en championnat. Clairement, cette enceinte ultramoderne qui portera sans doute bientôt le nom d'un futur sponsor principal, sera surveillée de près. Pas seulement d'un point de vue économique mais aussi culturel. Les instances dirigeantes du foot italien espèrent de tout c£ur que ces stades d'un nouveau type, sans barrières et avec toutes les commodités, contribueront à ramener les familles au foot, à stopper le racisme et la violence qui ont tellement nui à l'image du Calcio lors de la dernière décennie. Adriano Galliani, le directeur général de l'AC Milan, a déjà sonné l'alerte générale sur l'état délabré du foot transalpin. Il estime que la Serie A est passée du rang de restaurant étoilé à celui de simple pizzeria. Un constat que la firme de consultance Deloitte pointait déjà dans son rapport annuel de la finance dans le football. En juin dernier, ce texte confirmait que la Serie A n'est plus que le 4e championnat au monde, avec des revenus de 1,5 milliard d'euros comparés aux 2,5 milliards de la Premier League, au 1,7 de la Bundesliga et au 1,6 de la Liga espagnole. Le chiffre d'affaires annuel de Milan n'équivaut qu'à 50 % de celui du Real Madrid. Le plus inquiétant, c'est que l'AC est pourtant à la pointe en Italie en ce qui concerne le sponsoring et l'aspect commercial. La grève des joueurs lors de la journée d'ouverture du championnat a aussi fait du tort à l'image du foot dans la Péninsule. L'enjeu de ce bras de fer entre les joueurs et les propriétaires de clubs ? Le statut des joueurs : sont-ils des employés ou des indépendants ? Mais en filigrane de ce mouvement de protestation spontané, il faut lire une critique de la pratique courante de ces clubs qui écartent un joueur du noyau A et le renvoie s'entraîner avec l'équipe Espoirs lorsqu'il refuse de signer un nouveau contrat ou s'oppose à un transfert. Ce problème n'a pas été résolu : le foot italien n'est que le reflet de la société dans laquelle il évolue... Tout au long de l'été - et ce n'est pas fini - l'Italie a été au centre de l'attention médiatique à cause de ses problèmes économiques chroniques qui mettent à mal la stabilité de la zone euro. Les maux qui taraudent l'économie italienne - croissance zéro, dette publique de 120 % du PIB, 27 % de chômage chez les jeunes et mainmise du crime organisé sur des pans entiers de l'économie - ont été aggravés par l'incapacité ou le manque de volonté du gouvernement de Silvio Berlusconi à prendre les mesures qui s'imposent : réduire les dépenses et augmenter les recettes. Des mesures jugées nécessaires par la Banque centrale et la Commission européennes. Finalement, le Cavaliere et son gouvernement ont dû prendre en toute hâte des mesures d'austérité drastiques. Le football est lui aussi frappé par le marasme mais de nombreux commentateurs estiment qu'il faut d'urgence investir davantage dans la formation des jeunes, réduire le nombre d'équipes (semi-)professionnelles, plafonner les salaires (la masse salariale en Serie A s'élève à 1,1 milliard d'euros), augmenter les efforts et les budgets de marketing, mais surtout investir dans de nouveaux stades dont les clubs seraient propriétaires. Au risque pour le football italien de perdre le contact avec les autres grands championnats européens. Pour toutes ces raisons, la symbolique du nouveau stade de la Juventus est importante. D'abord, le club turinois est le premier club d'envergure à être propriétaire de son stade et de ses terrains - le seul autre club à posséder ses infrastructures est la Reggiana. Ensuite, la Juventus a pu mener à bien son projet en moins de trois ans, en pleine crise économique mondiale et à un moment où une loi visant à libérer des deniers publics pour de nouveaux stades reste désespérément bloquée au Parlement italien. PAR PADDY AGNEW (ESM) - PHOTOS: IMAGEGLOBE Adriano Galliani, directeur général de l'AC Milan, estime que la Serie A est passée du rang de restaurant étoilé à celui de simple pizzeria.