Le climat est décidément détraqué. Partis de Bruxelles sous le soleil, on a atterri à Valence sous la pluie. Direction Lliria, à 25 kilomètres vers l'intérieur du pays, où Philippe Dufermont a son entreprise : Dupi, pour Dufermont Philippe. 200 personnes sont employées sur le site : 75.000 m2 d'entrepôts, de salles de montage, de salles d'exposition. Tout est plein. Il a même fallu acheter un autre entrepôt, à une centaine de kilomètres de là, pour entreposer le stock.
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Le climat est décidément détraqué. Partis de Bruxelles sous le soleil, on a atterri à Valence sous la pluie. Direction Lliria, à 25 kilomètres vers l'intérieur du pays, où Philippe Dufermont a son entreprise : Dupi, pour Dufermont Philippe. 200 personnes sont employées sur le site : 75.000 m2 d'entrepôts, de salles de montage, de salles d'exposition. Tout est plein. Il a même fallu acheter un autre entrepôt, à une centaine de kilomètres de là, pour entreposer le stock. Dufermont (53 ans) est ce que l'on appelle un self-made man. Parti de rien, il a réussi dans les affaires. Au départ, il était kiné à Mouscron. " Une simple étape dans ma vie ", précise-t-il. " En mon for intérieur, j'avais toujours voulu faire du commerce : acheter et revendre. Mais je n'avais pas encore les bons tuyaux ". A Mouscron, Dufermont rencontre celle qui deviendra sa future épouse, MariadelConsuelo, originaire de Valence mais qui fut coiffeuse à Courtrai durant sa jeunesse. De leur union naîtra, en Belgique, un premier enfant : Laurent. A l'instigation de Chelo (un diminutif espagnol pour Consuelo), Dufermont ouvrira un magasin de cadeaux dans une rue piétonnière de la cité des Hurlus. La réussite du petit commerce le poussera ensuite à tenter l'aventure en Espagne, dans la région de son épouse. " On était en 1985 et c'était le bon moment pour s'implanter en Espagne ", se souvient-il. " Les prix étaient encore très intéressants. Aujourd'hui, ils flambent. L'an passé, on a plus construit en Espagne qu'en France, en Allemagne et en Angleterre réunies ". Dufermont ne savait pas encore très bien dans quoi il se lançait. " Au début, j'ai acheté de la céramique... hollandaise aux Pays-Bas, que je vendais aux Espagnols. A la foire de Valence, quelqu'un m'a dit : - Cette céramique-là, on peut vous la fabriquer ! Alors, j'ai fait le contraire : j'ai exporté de la céramique espagnole vers la Belgique et la France. C'était un pari risqué, je n'avais pas encore d'appuis : ça passait ou ça cassait. Cela a passé ". Une rencontre avec un homme d'affaires chinois, lors d'une foire, lui fait comprendre tous les bénéfices qu'il pourrait tirer de cet immense pays où les prix sont encore très concurrentiels. Au départ, il fait fabriquer des luminaires, qu'il importe. Puis, se sont ajoutés des meubles, des sanitaires, des baignoires, de salons et, bientôt, des panneaux solaires. Aujourd'hui, 95 % des produits importés par Dupi (qui compte des ramifications au Portugal, en Grèce et en Italie) sont fabriqués en Chine. Les clients sont surtout des grandes surfaces comme Carrefour, Auchan, Leroy Merlin ou El Corte Inglés. Actuellement, Dufermont passe quatre à cinq mois par an en Chine, où il a trois bureaux en Chine : à Canton, à Xiamen et à Hangchow près de Shanghai. Philippe Dufermont est du signe du cancer. Ce sont, paraît-il, des gens qui ont une mémoire phénoménale. " Je peux le confirmer ", dit son épouse. " Il n'a pas besoin d'ordinateur, tout est dans sa tête. C'est un battant, un caractère très fort : une vraie pile électrique, toujours en activité. Lorsqu'il était jeune, on l'appelait SpeedyGonzalez. Il a toujours de nouvelles idées, veut sans cesse se lancer de nouveaux défis. Il veut aussi tout diriger lui-même, il fait rarement confiance aux autres. Aujourd'hui, il commence seulement à un peu déléguer, à respirer un peu, à penser à sa famille ". Dans la belle maison qu'il occupe dans la banlieue de Valence, il est le voisin du gardien de but SantiagoCañizares. RobertoAyala et DavidVilla n'habitent pas loin non plus. Il y a 14 ans, le couple s'est agrandi de jumeaux : David et Anaïs. " David est le portrait tout craché de son père ", révèle Chelo. " Il bouge sans cesse, est aussi têtu que Philippe. Parfois, je regarde des reportages sur le clonage, mais avec David, on n'a plus eu besoin de cloner : c'est tout à fait son père. Anaïs est beaucoup plus calme, elle ressemble davantage à Laurent, son frère aîné. David adore le football, il joue d'ailleurs avec les Infantiles du FC Valence. Comme flanc droit, la plupart du temps. David est un prénom très courant dans la région. Il y en a plusieurs dans son équipe et pour ne pas le confondre, ses copains le surnomment Dufi. Depuis que Philippe est le président de l'Excelsior, David est devenu l'un des plus grands supporters du club. Lorsqu'il entend son père qui communique avec le Canonnier, il veut tout savoir et le matin, il se lève en chantant : -Si tu es un Mouscronnois, tape des mains ! Mon mari a hésité à accepter la présidence. Le football, plus les affaires, cela risquait de faire beaucoup. Mais il a fini par prendre le poste ". Dufermont n'était pourtant pas particulièrement amateur de football. " Je suivais le foot, comme tout le monde, mais je n'étais pas fanatique ", reconnaît-il. " Pour tout dire : j'ai vécu 32 ans à Mouscron, mais je n'avais jamais été voir un match de l'Excel... jusqu'il y a deux ans ". Qu'est-ce qui l'a alors incité à accepter la présidence ? " C'est venu petit à petit. J'ai commencé à sponsoriser l'Excelsior il y a deux ans et demi, lorsque le club a connu une grave crise financière en décembre 2004. Mon cousin Jean- PierreDufermont, qui gère un magasin de sanitaires à Mouscron, m'a appelé à l'aide. Je peux presque dire qu'on a... créé la marque 02XA pour aider l'Excelsior en lui apportant un peu de sponsoring. Car on vend surtout en gros, pas aux particuliers : la publicité n'était donc pas vraiment nécessaire. A partir de là, j'avais un pied dans l'engrenage. En avril 2006, j'ai avancé de l'argent pour résoudre en partie les problèmes économiques du club. En janvier, rebelote : pour l'obtention de la licence et l'autorisation de transférer au mercato. Comme c'est de l'argent de mes sociétés, j'ai été... obligé d'accepter la présidence pour pouvoir contrôler le club financièrement. Maintenant, j'ai les deux pieds dedans, je vais devoir bosser ! C'est devenu un challenge. J'ai tous les jours les gens du club au téléphone. J'ai dû régler le problème du contrat d' Alain Tirloit et le problème de certains fournisseurs qui n'étaient pas encore payés. Mon objectif, c'est de gérer le club comme mon entreprise mais aussi de m'amuser. Financièrement, que cela réussisse ou pas, cela ne va pas changer ma vie : je fais 500 containers par mois. Mais si je réussis, ce serait chouette, non ? Imaginez l'Excelsior en Coupe d'Europe dans deux ans ! " Pas effrayé par la dette ? " La dette ? Quelle dette ! Deux millions qu'il faut rembourser à l'IEG, ce n'est rien du tout. On a prévu d'échelonner cette dette, mais on espère déjà pouvoir la rembourser en avril ou mai de l'an prochain ". L'obtention de la licence, selon Dufermont, ne posera pas le moindre problème : " A l'heure actuelle, on a déjà six millions d'assurés pour la saison prochaine. Comment ? Grâce à mes sociétés, à Frinver (la firme d'investisseurs espagnols qui devrait signer le contrat cette semaine), aux droits TV, à un bâtiment de la rue des Moulins qui appartenait au club et qu'on a vendu parce qu'on n'en avait plus l'utilité. Les bénéfices que l'on pourra encore réaliser par la suite, avec les petits sponsors et la vente d'abonnements, viendront en plus. C'est une grosse différence par rapport aux saisons antérieures, non ? Avant, le club avait déjà besoin de liquidités en août, pour pouvoir payer l'une ou l'autre facture. Des commerciaux commencent, déjà maintenant, à travailler pour la saison prochaine : ils sillonnent le nord de la France à la recherche de nouveaux partenaires. Cela faisait un moment qu'on n'entreprenait plus rien à Mouscron. L'objectif, à moyen terme, est d'aller vers les huit, neuf ou dix millions. A long terme, on essaiera de viser les 25 ou 30 millions, mais on n'en est pas encore là ". Un club de football est-il viable dans une petite ville comme Mouscron, située dans le cul-de-sac de la Belgique ? " Pourquoi pas ? Il ne faut pas nécessairement habiter Mouscron pour être supporter de l'Excelsior. Mais cela aussi, c'est un domaine qui se travaille. Contre Bruges, on avait contacté les clubs de supporters et ils sont venus à 7.000, malgré les perquisitions qui venaient d'avoir lieu et le peu de temps qu'on avait eu pour préparer l'événement. L'été prochain, on fera des barbecues, des jeux d'enfants. Il faut que tout le monde s'amuse à Mouscron. L'argent, il ne faut pas le chercher à Mouscron non plus, mais ailleurs. Pour cela, il faut nouer des contacts, intéresser les gens, être actif ". Un club transfrontalier : c'était l'objectif (ou le rêve) de Jean- PierreDetremmerie. Mais la montagne a accouché d'une souris. " A-t-on bien cherché ?", se demande Dufermont. " On ne peut pas se contenter d'attendre, les bras croisés, que la pluie tombe du ciel. Il y a certainement des gens à Wattrelos, Roubaix ou Tourcoing qui peuvent être intéressés par l'Excel. Ils ne vont pas tous à Lille ou à Lens. J'essaie aussi d'intéresser mes 50 ou 60 fournisseurs chinois à une participation au sponsoring de l'Excelsior. Je leur ai proposé, si je leur achète pour un million d'euros, à rétrocéder 1 % au club de football. On peut espérer atteindre 250.000 ou 300.000 euros de sponsoring chinois. Je les inviterai d'ailleurs à venir voir un match à Mouscron ". Des Chinois dans la tribune ? Voilà qui va encore faire jaser ! " Mais non... ", coupe Dufermont. Et les perquisitions ? " Ecoutez, j'ai rencontré le commissaire en chef de la police ", poursuit Dufermont. " Il m'a demandé pourquoi j'étais intervenu financièrement dans le club. Au départ, il pensait que j'étais un homme de paille, censé servir d'intermédiaire entre le club et les Kazakhs. Ce sont surtout les Kazakhs qui interpellaient la justice. Après, l'affaire a pris un tour politique. Mais je suis persuadé que cette affaire va accoucher d'une souris, peut-être même d'une... coccinelle ". En attendant, l'un des co-sponsors (Creyf's Intérim) a rompu le contrat. " Alors là, je tiens à préciser que c'est moi qui ai fait publier cette nouvelle dans les journaux. C'était un monsieur qui donnait 5.000 euros. Il avait versé une avance de 3.000 euros, puis s'est servi des perquisitions comme prétexte pour expliquer que son image de marque était bafouée et qu'il ne voulait pas donner les 2.000 euros restants. C'est honteux. L'Excelsior n'a rien à voir avec ces perquisitions. Tous les fournisseurs ont fait un effort : le fournisseur de bière a accepté de sacrifier 30 % du montant qu'on lui devait. Idem pour les autobus. La seule lettre désagréable que l'on a reçue émanait de cette société de travail intérimaire. Tant pis : ce n'est pas un sponsoring important que l'on a perdu ". Un petit sponsor de perdu, un gros sponsor de retrouvé ? " Frinver va investir 300 millions d'euros en quatre ans sur Mouscron, dans le secteur immobilier ", assure Dufermont. " Alors, lorsqu'on me dit que l'Excelsior ne contribue pas à l'essor économique de la Ville, cela me fait rigoler. On ferait mieux de souligner cet apport au lieu d'essayer de voir si un ouvrier communal n'a pas travaillé pour l'Excelsior ou si un joueur n'a pas bénéficié d'un appartement pendant six mois ! L'Excelsior, c'est la lumière de Mouscron. Et si le club coûte un peu d'argent à la Ville, ce n'est rien du tout en comparaison avec ce que le football lui rapporte. Au départ, Frinver voulait investir en Pologne, mais lorsqu'on a proposé Mouscron à ces gens, ils ont été séduits. Une loi va passer, permettant aux Français de vivre en Belgique tout en payant leurs impôts en France. Cela, c'est excellent pour Mouscron ". Après la fin du sponsoring de La Poste, Mouscron semble devoir de nouveau retrouver des reins solides sur le plan financier. " Le sponsoring de La Poste ? Moi, j'estime que loin d'aider le club, il l'a ruiné. Cet organisme apportait, certes, de l'argent mais bénéficiait d'autant d'entrées gratuites qu'il le souhaitait. Chaque facteur avait 50 invitations à sa disposition, qu'il distribuait. Il n'y avait donc plus de rentrées aux guichets. L'Excel s'est décapitalisé. Le problème, c'est que Jean-Pierre Detremmerie est un homme politique, pas un businessman. Il n'avait pas compris cela. La saison prochaine, il n'y aura plus de places gratuites. Ou alors, très peu. Pour une équipe de jeunes de la région qui souhaiterait assister à un match, par exemple ". D'autres choses vont changer, à tous les niveaux. " J'ai mangé avec les joueurs, lors de mon passage à Mouscron. Je n'ai pas apprécié la cuisine de ce traiteur. A l'avenir, une cuisinière viendra au stade pour préparer le repas des joueurs. Ils auront leur petit déjeuner également. C'est peut-être un détail, mais cela peut avoir son importance ". Tout semble bouger à la vitesse grand V. " Les maillots pour la saison prochaine sont déjà prévus ", poursuit Dufermont. " Le contrat est signé avec l'équipementier italien Errea. Je pense que les nouveaux maillots seront superbes : rouges, avec une bande diagonale blanche sur la poitrine. Seul le logo de Frinver apparaîtra sur le devant, en lettres noires. Derrière, il y aura O2XA et sans doute Renault. C'est tout. Plus question d'avoir dix macarons publicitaires, qui font ressembler les footballeurs à des coureurs cyclistes. D'abord, ce n'est pas joli. Ensuite, au niveau de la visibilité du logo, c'est ridicule. La couleur rouge sera réservée à l'équipe Première. Les jeunes joueront en bleu ciel ". Et l'aspect sportif ? GilVandenbrouck est bien occupé aux reconductions de contrat. Est-ce à dire que l'équipe de la saison prochaine sera fort semblable à celle de cette saison-ci ? " On sait vers quoi on veut aller, mais je ne peux encore rien révéler. C'est trop tôt. Certains joueurs resteront, d'autres partiront. Ceux-là doivent être avertis les premiers, mais il leur reste cinq matches pour convaincre. Beaucoup de joueurs ont encore leur chance ". Il y aura ceux qui devront partir parce qu'on juge leur rendement insuffisant, d'autres qui pourraient être sollicités. C'est le cas d' AdnanCustovic. " Je sais qu'il est déjà courtisé. Il livre une bonne saison et, à 28 ans, mériterait de tenter sa chance à un plus haut niveau si l'occasion lui en est offerte. On ne le retiendra pas contre son gré. Mais on a placé un prix sur sa tête. Plus question de faire comme dans le passé, lorsque le club a dû vendre un gardien - NDLR : Patrice Luzi - pour 50.000 euros parce qu'il fallait payer une facture d'électricité ". Parmi ceux qui ont resigné, figure le jeune DaanVanGijseghem. " J'ai l'impression qu'il croit dans l'équipe qu'on pourra aligner la saison prochaine. C'est ce que j'ai cru percevoir lors des négociations. Si on avait discuté il y a deux mois, je ne pense pas qu'il aurait accepté ". Faut-il s'attendre à des arrivées ? " J'avoue que je ne suis pas capable de déterminer moi-même quels joueurs peuvent convenir ou pas. Je demanderai donc l'avis de spécialiste. J'ai lancé l'idée d'engager un grand nom, pour séduire le public et les partenaires. Pourquoi pas rapatrier MboMpenza ? Il ne joue quasiment plus à Anderlecht. Je ne sais pas si c'est un bon choix, ni si c'est réalisable, mais on peut essayer ". D'autres idées ? " J'ai des amis au Sporting Lisbonne. Je vais voir avec eux si le club portugais ne peut pas prêter deux joueurs. Idem au FC Valence. C'est très difficile de faire son trou en Espagne. Il y a de très bons joueurs dans l'équipe réserve, qui joue en Segunda B (la D3). Cela les intéresse peut-être de venir se lancer en D1 belge. S'ils livrent quelques bons matches, ils seront automatiquement exposés, médiatiquement parlant. Beaucoup plus qu'en Espagne, en tout cas ". Dufermont en a parlé à AmedeoCarboni, le directeur sportif de Valence. " Au départ, je ne le connaissais pas personnellement. Par contre, je connais très bien le n°2 de Valence, AgustinMorera, qui est le propriétaire de la firme de camions que j'utilise pour mes livraisons. Je lui ai demandé de me mettre en contact avec Carboni, ce qu'il a fait. J'ai rencontré la direction sportive du FC Valence, pour voir si elle pouvait m'aider dans sa nouvelle tâche. Carboni est venu à Mouscron, il a vu les installations et les a trouvées correctes. Il m'a même confié qu'il avait rarement vu des infrastructures comme celles du Futurosport. Par contre, il a été un peu déçu du niveau du match contre Bruges. Il n'était pas d'accord avec toutes les options tactiques, mais soit : à chacun son point de vue. Surtout, il a trouvé le jeu très lent. Je partage son avis. Il y a dix jours, j'ai été voir un match de Segunda B en sa compagnie : cela allait trois fois plus vite qu'en Belgique ! " Vandenbrouck viendra visionner un match de Segunda B la semaine prochaine. Carboni a cité certains noms qui pourraient être intéressants, ce sera à Gil de voir. Accessoirement, Gil assistera aussi au match de l'équipe A contre le Real Madrid, mais je ne pense pas que c'est là qu'il trouvera des joueurs qui accepteront de venir jouer à Mouscron ". Pourrait-on voir Valence disputer un match amical à Mouscron ? " C'est une éventualité. Le problème, c'est que Valence est une équipe de haut niveau qui reçoit souvent des offres du Japon, Chine ou des Etats-Unis pour une exhibition. Elle ne va pas sacrifier huit ou dix millions d'euros. Mais, s'ils viennent en stage aux Pays-Bas, pourquoi pas ?" Si un joueur passe de Valence à Mouscron l'été prochain, il ne sera pas le premier : Jean-Félix Dorothée avait fait le même chemin il y a deux ans. " C'est moi qui l'ai placé à l'Excelsior ", affirme Dufermont. " Dorothée a fait partie de l'équipe de France Espoirs qui fut championne d'Europe, il avait donc du talent. Mais à Valence, il s'est laissé aller. Il est sorti, a pris du poids, n'avait pas l'hygiène de vie d'un sportif. A Mouscron, j'ai l'impression qu'il n'est pas beaucoup tenu non plus : on m'a rapporté qu'avec son copain Kevin Hatchi, il jouait dans le vestiaire. Je lui ai téléphoné, il m'a certifié qu'il était redevenu sérieux. Je l'espère pour lui, car il joue son avenir. Alioune Kebe, c'est pareil : il a besoin d'être guidé, d'être mis en confiance, d'être discipliné. Les footballeurs sont de grands enfants... " Et le Futurosport ? " On essaiera toujours de faire passer des jeunes du club vers l'équipe Première, mais il faut qu'il y ait de bons jeunes. C'est un peu le problème actuellement. On ne s'est pas fort activé au Futuro, ces trois ou quatre dernières années. Et puis, lorsqu'un jeune est prometteur, l'Excelsior ne peut pas le garder. Souvenez-vous de JeanvionYulu- Matondo : Bruges est arrivé et il est parti. D'autres sont partis vers des clubs français. Pour donner envie aux meilleurs jeunes de Mouscron de jouer dans le club de leur ville, il faut que celui-ci ait une certaine notoriété. Or, cela fait deux ou trois ans que l'Excel végète. Il faut redonner à l'Excelsior son lustre d'antan... pour donner aux jeunes l'envie de rester. Là aussi, Carboni peut intervenir : pourquoi deux ou trois des meilleurs jeunes de l'Excelsior ne pourraient-ils pas rejoindre le centre de formation du FC Valence pendant une saison ? Ils peaufineraient leur apprentissage et seraient... protégés des tentacules des grands clubs belges ou français, qui ne viendraient pas les visionner jusqu'à Valence ". Et l'entraîneur ? Ariel Jacobs restera- t-il, malgré l'intérêt d'Anderlecht ? " Je l'ai rencontré et je lui ai posé la question. Il m'a répondu avec un petit sourire. Dans son regard, j'ai cru comprendre qu'il hésitait, qu'il voulait voir à quoi le club ressemblera la saison prochaine. Maintenant, s'il préfère partir à Anderlecht : un nouvel entraîneur, cela peut se trouver. Mais il ne doit pas oublier qu'il a encore deux ans de contrat. Cela peut se négocier. Et, pourquoi pas, faire entrer Jacobs dans la négociation avec Mpenza si Anderlecht veut vraiment Ariel ". A l'image de son nouveau président, Mouscron se voudra ambitieux. " Un homme d'affaires se fixe toujours des objectifs plus élevés. Je veux en faire de même avec le club de football. Je suis là pour aider l'Excelsior à grandir, pour qu'il s'internationalise, pas pour qu'il reste ce qu'il est. Je vais gérer le club comme mon entreprise. Mais il y a un paramètre qui est difficilement maîtrisable en football : celui des résultats. Cela dépend de tellement de facteurs, y compris du facteur chance. Mais quand l'argent est là, c'est déjà plus facile. J'essaierai d'abord de faire de l'Excel un club sain. Après, on verra ". par daniel devos - photos : reporters/gouverneur