Je m'en rappelle comme si c'était hier. D'ailleurs, c'était à la même période de l'année, à la toute fin du mois d'octobre 2006. Je n'avais pas quinze ans et encore moins l'envie d'entendre ce qui venait de m'arriver aux oreilles. Le tableau des scores en bas de l'écran indique 6-4, 6-5 en sa faveur, quand Mary Pierce, 31 ans, pense taper un coup droit de défense comme un autre. C'est pourtant le dernier de sa carrière. Son genou gauche vient de se tordre et son cri résonne autant dans la TipsArena de Linz que dans ma tête. Allongée devant un panneau publicitaire Agfa comme une bête blessée, la Française laisse juges de ligne, arbitre de chaise et spectateurs pantois. Comme paralysés par ce qu'ils viennent d'entendre. Je n'avais pas oublié ce moment de sport, mais je n'avais pas particulièrement envie d'y repenser. Comme beaucoup de mauvais souvenirs, il s'est rappelé à moi par association. Car quatorze ans plus tard, c'est presque le ...

Je m'en rappelle comme si c'était hier. D'ailleurs, c'était à la même période de l'année, à la toute fin du mois d'octobre 2006. Je n'avais pas quinze ans et encore moins l'envie d'entendre ce qui venait de m'arriver aux oreilles. Le tableau des scores en bas de l'écran indique 6-4, 6-5 en sa faveur, quand Mary Pierce, 31 ans, pense taper un coup droit de défense comme un autre. C'est pourtant le dernier de sa carrière. Son genou gauche vient de se tordre et son cri résonne autant dans la TipsArena de Linz que dans ma tête. Allongée devant un panneau publicitaire Agfa comme une bête blessée, la Française laisse juges de ligne, arbitre de chaise et spectateurs pantois. Comme paralysés par ce qu'ils viennent d'entendre. Je n'avais pas oublié ce moment de sport, mais je n'avais pas particulièrement envie d'y repenser. Comme beaucoup de mauvais souvenirs, il s'est rappelé à moi par association. Car quatorze ans plus tard, c'est presque le même cri qui a anesthésié Sclessin. Celui qui nous rappelle que "crier" ne veut pas dire "parler fort". Celui qui glace le sang. Celui qui fait passer une journée de merde, qu'on aime le Standard ou qu'on le déteste. "Oh non, pas maintenant". C'est ce que Zinho Vanheusden aurait trouvé la force de prononcer en pleine souffrance, selon Arnaud Bodart, malheureux témoin privilégié de la scène. Un autre souvenir pour moi. Face à ces mots, n'importe quel Français penserait au regretté Thierry Gilardi qui, un soir de juillet 2006, avait déclaré ceci, au sujet de Zinédine Zidane: "Pas ça, Zinédine, pas aujourd'hui, pas maintenant, pas après tout ce que tu as fait". Et si le Liégeois n'a pas encore la carrière de l'ancien numéro 10, cette affaire de timing est peut-être celle qui me touche le plus. Vanheusden sait mieux que quiconque qu'on peut tomber au front. Mais qu'il ait, dans sa douleur, eu la conscience et l'envie de regretter que ce drame arrive à ce moment précis rend le crève-coeur encore plus pénible. Et si Gilardi savait que Zidane partirait sans doute à la retraite sur ce carton rouge, pour Zinho, c'est plus une histoire de futur. Auteur d'un excellent début de saison malgré les turbulences sportives qui ont rythmé les mois du Standard depuis août, le néo-Diable rouge se voyait, à raison, sur l'autoroute du succès. Une file de gauche que l'on savoure tout particulièrement quand on a le parcours de Vanheusden, fait de talent, certes, mais aussi de nids de poule. Une file de gauche que l'on ne veut jamais quitter, encore moins quand les prochaines sorties sont les aires de l'EURO 2021 et de la Coupe du monde 2022. Comme tous les bons footballeurs, Zinho Vanheusden connaît justement bien sa machine. Il sait qu'elle tourne à plein régime et que ses prestations sont à la hauteur de ses sensations. Un alignement des planètes après lequel certains footballeurs courent toute leur vie. Un élan dans lequel le natif de Hasselt a été fauché. Encore une fois. Je n'ai jamais cru à la maxime "il faut avoir joué au foot pour parler de foot". Je crois, en revanche, à celle qui veut qu'on ne peut ressentir la douleur des croisés, et plus globalement des blessures au genou, que quand on l'a vécu. À 21 ans, Zinho Vanheusden n'a donc plus la seule étiquette de "talent" collée sur le front. Il a désormais celle du "poissard". Celle du joueur touché à répétition par les graves blessures. Ce sera sa troisième longue indisponibilité, due au genou droit cette fois, après une rupture des ligaments croisés et un décollement du cartilage à gauche. Mais l'avantage des étiquettes, c'est qu'elles se décollent. Pour Zinho, je peine à être pessimiste. D'une parce que je respecte la bête de travail. De deux car son mental est au niveau de ses montées balles au pied. De trois parce que la poisse, c'est pour ceux qui y croient et que Vanheusden n'est pas de ceux-là. Lui aurait tort de ne pas croire en son destin. L'inquiétude immédiate, en revanche, est pour le Standard. Amputés de leur capitaine, les Liégeois ont eu la bonne idée de prendre les trois points face à Ostende, ce qui leur en fait 21 au total. Suffisant pour être bien calés dans l'incroyable top 8 où Charleroi, premier, ne compte que quatre points d'avance sur OHL, huitième. Mais quel visage aura la suite de la saison des Rouches sans Vanheusden? Début de réponse cette semaine, avec au menu, la survie en Ligue Europa, à l'occasion d'un déplacement à Poznan, puis un déplacement à l'Antwerp pour un choc entre européens dimanche prochain. D'ici là, je souhaite à Zinho Vanheusden un prompt rétablissement. Histoire que dans quatorze ans, peut-être, cette chronique et ce cri ne soient qu'un mauvais souvenir.