Février 2006 : le reportage de la VRT sur les matches truqués ( Le tackle de la mafia) cite Stéphane Pauwels. Il est accusé d'avoir arrangé le derby Mons-La Louvière. Du jour au lendemain, il est associé aux personnages les plus louches et les plus suspects du football belge.
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Février 2006 : le reportage de la VRT sur les matches truqués ( Le tackle de la mafia) cite Stéphane Pauwels. Il est accusé d'avoir arrangé le derby Mons-La Louvière. Du jour au lendemain, il est associé aux personnages les plus louches et les plus suspects du football belge. Juin 2006 : Stéphane Pauwels (38 ans) séduit comme consultant lors des émissions que la RTBF consacre à la Coupe du Monde. Il intervient en studio avant et après les matches, ainsi qu'à la mi-temps. Son regard est aiguisé, ses analyses sont intéressantes et pertinentes. Il est de retour sur le devant de la scène après une période plus que mouvementée. Depuis qu'il avait perdu son poste de manager général à La Louvière, en mars 2005, le Mouscronnois était dans la tourmente. L'homme a vécu des heures très sombres mais n'a pas complètement sombré. Il détaille sa traversée du désert sur des airs de la bande des quatre de Liverpool. C'est vrai que son physique un peu sauvage n'aurait pas dépeint au milieu des Beatles. Stéphane Pauwels : " J'ai évidemment regardé l'émission de la VRT. On en parlait depuis tellement de temps. Mais j'étais loin de me douter qu'on allait y citer mon nom. Ma femme était montée pour mettre la petite au lit. Quand elle est redescendue, elle m'a trouvé livide dans le divan. Tout blanc. J'ai failli tomber mort ! C'était comme si une bombe atomique venait de pulvériser la maison. Je me croyais dans un mauvais film. J'ai dormi parce que je n'ai jamais de problèmes de sommeil, mais j'avais un incroyable sentiment de révolte qui me traversait tout le corps. Dès le lendemain, j'en ai pris plein la tronche. Quand ma femme est allée acheter son pain, la boulangère lui a lancé : -Et alors, votre mari est dans le scandale des matches de foot arrangés ? Mon père, un enseignant qui a un énorme respect des valeurs, s'est mis à très mal vivre. A l'école, la petite en a aussi entendu : -Ton papa est dans le journal, la police va venir le chercher. Vous imaginez le traumatisme pour toute la famille ? J'ai vite compris d'où venait l'information, qui avait tuyauté les journalistes de la VRT : dans ces grands informateurs, il y en a qui sont aujourd'hui inculpés. C'est eux que la police est allée réveiller à 6 heures du matin plus tard ; moi, on m'a laissé dormir ! Dès que j'ai été convoqué par les enquêteurs, je leur ai dit que j'avais déjà décrit le système louviérois, dans Sport/Foot Magazine notamment. C'est chez vous que j'avais expliqué comment fonctionnaient les flux d'argent dans ce club, les ventes, les achats, les chèques, les transferts réalisés dans mon dos alors que j'étais quand même le manager général de la RAAL, etc. J'avais mis le doigt sur les problèmes près d'un an avant tout le monde. J'avais aussi détaillé la combine qui visait à me faire tomber en me proposant de prendre de l'argent sur le transfert de Silvio Proto. A l'époque, certains m'avaient traité de fou, on m'avait dit que c'était dangereux de révéler tout ça. Je ne l'ai jamais regretté. J'ai répété tout cela aux enquêteurs et je leur ai dit que je ne savais rien sur les matches truqués. J'avais seulement la conviction qu'on m'avait chassé pour que je n'assiste pas aux combines, à la mise en place d'un système mafieux ". " Devoir prouver mon innocence à tous ceux qui m'avaient associé à ces histoires, ce fut difficile. On m'avait collé une étiquette et j'étais seul pour m'en défaire. Des gens refusaient d'encore s'asseoir près de moi, comme on refuse de s'installer sur le même banc qu'un pédophile. Stéphane Pauwels était un truand, rien de moins. J'ai dû me battre, parler pour convaincre. Dernièrement, Francky Dury a encore demandé à ne pas venir à la RTBF en même temps que moi. Je ne suis pas sûr qu'il soit convaincu de mon implication dans le scandale, mais il a carrément avoué qu'il avait trop peur des réactions de la presse flamande ". " Ce qui me rend le plus mal dans toute cette histoire, c'est d'avoir fait souffrir mes proches. Nous avons traversé une période très difficile. Au moment où La Louvière m'a viré, ma femme a elle aussi perdu son boulot. Pendant cinq mois, nous avons dû tenir le coup sans revenus et en devant payer des honoraires à l'avocat qui me défendait dans mon litige avec la RAAL. Je n'ai pas voulu traumatiser ma famille, alors j'ai dit à ma femme et à ma fille qu'on allait continuer à vivre comme avant, sans se priver d'un tas de choses. Mais je n'avais pas beaucoup d'argent de côté et ces petites économies ont vite été avalées. Je n'ai pas fait de gros transferts, moi ! Il ne nous restait plus qu'une solution : vendre notre maison, que nous adorions pourtant. Nous l'avions achetée avec l'argent que j'avais gagné en travaillant en Algérie. C'était net d'impôts, très intéressant. Si j'avais été célibataire, j'aurais accepté n'importe quoi, j'aurais fait mon sac et je serais reparti n'importe où. Si on m'avait proposé d'aller vendre des pommes au Kenya pour gagner ma vie, je l'aurais fait. Mais là, je ne pouvais pas. Je n'étais pas seul. A côté de ces problèmes matériels, il y avait une autre forme de persécution. Je me suis senti menacé quand l'enquête sur les matches truqués s'est emballée. J'ai dû m'installer à l'hôtel et planquer ma fille. C'est à cette époque que nous devions avoir les yeux partout. Nous avons repéré une voiture louche devant la maison, le conducteur a démarré sur les chapeaux de roue quand il m'a vu. Je ne saurai sans doute jamais qui c'était. Peut-être simplement un journaliste, peut-être aussi un type qui avait des intentions bien plus nuisibles... Dès que nous roulions, nous regardions avec anxiété dans le rétroviseur. Ce fut très difficile à vivre. Mais les enquêteurs me rassuraient. Ils me disaient que, dès le moment où certaines personnes seraient inculpées, on me ficherait la paix. Ils avaient raison ". " Je me suis relancé à Metz en travaillant comme scout pendant toute la saison dernière. J'ai vu 250 matches, je me suis farci plus de 80.000 km : j'ai fait mes deux tours du monde... Mon engagement n'avait tenu qu'à un fil : au moment où je me préparais à signer, la direction de ce club a reçu des coups de fil anonymes. On la mettait en garde : -Ne prenez surtout pas Stéphane Pauwels, il a chipoté, il va se retrouver au tribunal. Il fallait me boycotter, me tuer. Les mêmes coups de téléphone m'avaient déjà cassé à Valenciennes, où j'allais signer un contrat de recruteur. Là-bas, ils avaient tout pris au mot et les négociations avaient subitement tourné court. A Metz, ils m'ont quand même donné ma chance, mais j'ai commencé six semaines plus tard que prévu et j'ai dû accepter un salaire deux fois moins intéressant que celui qu'ils m'avaient proposé avant les coups de fil anonymes. Avec un club belge aussi, mes contacts ont avorté à cause de la réputation que la VRT m'avait faite. Je n'oublierai jamais qu'un grand monsieur comme Carlo Molinari, le plus ancien président d'un club français, m'a finalement fait confiance. Je me suis éclaté dans ce boulot : j'avais retrouvé un vrai club pro avec un vrai président, un vrai noyau, un vrai entraîneur. Mais il était écrit que je connaîtrais une année pourrie jusqu'au bout : Metz a chuté en D2 et n'a donc plus besoin de deux recruteurs à temps plein. Et comme l'autre est le beau-fils du président... La direction m'a invité à une petite fête d'adieu, j'ai reçu un cadeau, puis j'ai repris le train pour la Belgique en pleurant comme un gamin ". " Les coups de fil destructeurs ont repris quand j'ai été en contact avec la RTBF pour devenir consultant dans l'émission Studio 1 du lundi soir. Des gens de La Louvière ont voulu me casser, un dirigeant de Charleroi a ajouté son grain de sel ! Toujours à cause des rumeurs, toujours la même histoire : il fallait que Stéphane Pauwels n'existe plus. Ça devenait délicat pour la chaîne et, la veille de mes débuts, Michel Lecomte m'a appelé pour me dire : -Il faut calmer le jeu. A la même période, Albert Cartier, qu'on avait aussi cité dans l'émission de la VRT, est resté consultant sur Be.TV. Deux poids, deux mesures ? Je n'en suis même pas sûr. La RTBF est la chaîne du peuple, finalement, elle a d'autres obligations que Be. TV. Je peux le comprendre. Tout cela a reporté mes débuts à Studio 1 de six semaines. J'ai pu faire ma première émission quand Michel Lecomte a eu tous ses apaisements. Il a eu en ligne l'enquêteur principal de l'affaire des matches truqués, qui lui a garanti que j'étais à des années lumière de ce scandale. Aujourd'hui, des gens me découvrent via la télé et se demandent si le type qui donne son avis sur les matches de Coupe du Monde est bien celui qu'on a traîné dans la boue. Il y a quelques jours, une dame que je ne connais pas m'a abordé en rue : -J'aime bien vos commentaires, Monsieur. Vous êtes un grand connaisseur. On vous aime. Des trucs pareils me touchent vraiment. Herman Van Holsbeeck m'a dit : -Je suis surpris par la qualité de tes analyses. On ne dirait pas que tu n'as jamais joué à un haut niveau. Je ne suis pas journaliste, je laisse parler ma passion et j'exploite mon vécu. Quand je dis que le championnat des Réserves ne vaut rien en Belgique, c'est du vécu : j'ai vu assez de matches pour avoir un avis bien tranché sur la question, pour savoir que les Hollandais ont tout compris en organisant une compétition de Réserves qui tient très bien la route alors que les Belges n'ont rien pigé. Et j'aime ressortir des éléments que beaucoup de gens ne voient pas. Mettre l'accent sur le travail et l'importance d'un médian défensif, par exemple. Je m'abstiens de signaler que Thierry Henry est un grand attaquant ou que David Beckham frappe bien ses coups francs : tout le monde le sait. Je recherche d'autres angles d'attaque. Et j'utilise des mots du monde du foot. Ça fait hurler mon père, d'ailleurs ! Mais quand je dis que le milieu de terrain s'est fait bouffer, qu'une équipe a mis des pains à tout ce qui bougeait ou qu'un défenseur a mis des lattes à l'attaquant d'en face, ce ne sont pas des mots sortis de mon imagination : on les entend sur les terrains et dans les vestiaires. Je ne suis pas un produit qui plaît à l'élite, je suis un produit purement populaire : je revendique et j'assume. Pour certains, je resterai toujours un écorché vif, mon image ne passera jamais avec mes cheveux longs, ma barbe de trois jours et ma grande gueule : tant pis. Le vrai Pauwels, c'est ce gars-là. Tant pis pour ceux qui ne prendront jamais le temps de me parler, de m'écouter, de me comprendre. Je travaille pour la télé mais je ne veux pas les paillettes. On dit que la TV rend fou ; moi, elle ne me changera pas ". " Je revis complètement. Mon pain noir est derrière. La passion est toujours intacte. Je suis chez mon libraire tous les matins à 7 h 30 pour acheter mes journaux, je surfe sur Internet dès 8 heures. Sur un coup de tête, je prends mes sandwiches, mes bouteilles d'eau et je monte dans ma bagnole pour aller voir un match de jeunes au fin fond du Danemark ou de la Pologne. C'est ça, ma vie. J'espère signer bientôt un nouveau contrat de recruteur. J'ai des contacts avancés avec un grand club belge et deux équipes françaises. La hantise d'un scout, c'est qu'un dirigeant lui parle d'un joueur qu'il ne connaît pas. Et si un agent me dit qu'il connaît un nouveau Diego Maradona, je dois pouvoir lui répondre qu'il est à côté de la plaque, que j'ai vu jouer le gars en question tel jour à tel endroit contre tel adversaire. Donc, je veux tout savoir sur tout le monde. Ma femme me dit souvent : -T'es un malade. Mais nous avons retrouvé un vrai équilibre. Nous venons de racheter une maison à Mouscron. Je n'ai plus les mêmes priorités qu'il y a quelques mois. Je ne ressens plus le besoin d'exister aux yeux du public. Je n'ai plus le même besoin de reconnaissance, je ne suis plus à la recherche d'un job sur le devant de la scène. L'Algérie m'a rappelé il y a deux mois : j'ai refusé, j'ai maintenant envie de vivre tranquillement. Je ne demande plus à prendre des décisions à la tête d'un club parce qu'en Belgique, dès qu'on décide quelque chose d'important, on se fait descendre. Je me suis relevé, je n'ai plus l'intention de tomber. J'ai grandi dans un contexte familial extrêmement délicat, mon frère s'est suicidé il y a six ans, j'ai vu plein de morts autour de moi au moment du tremblement de terre en Algérie : ce ne sont pas les petites frappes de La Louvière qui vont m'abattre, les petites histoires de Filippo Gaone et LaurentDenis n'auront pas ma peau ". " Est-ce que je dois parler de l'Union Belge et de ce qu'ils m'ont fait ? En avril, ils m'ont convoqué pour que je témoigne dans l'affaire des matches truqués. Ils voulaient me voir à Mons, j'ai exigé de les rencontrer incognito à Gand parce que je ne voulais pas le même cirque qu'au moment de l'audition d'Albert Cartier, avec toutes les caméras qui l'attendaient à l'entrée. J'ai été reçu par des bénévoles : je les respecte, mais étaient-ils à leur place dans un dossier pareil ? Ils m'ont demandé ce que je savais sur la corruption. Je leur ai répondu : -1. Je ne sais rien ; 2. Si je savais quelque chose, ce n'est pas à vous que je le dirais parce que je ne suis pas affilié à l'Union Belge ; 3. Vous saviez que j'avais des choses à révéler sur La Louvière quand ce club m'a viré mais vous ne m'avez pas convoqué à l'époque. Ils m'ont signalé qu'ils étaient sûrs que je n'avais rien à voir dans l'histoire des matches arrangés mais qu'ils voulaient mon aide. Avant cela, on m'avait privé de contacts avec la Fédération. Aux réunions des managers de clubs, Gaone envoyait Denis alors que c'était ma place. J'étais en fait à La Louvière simplement pour faire venir des joueurs pas chers et les revendre à un gros prix. Un des enquêteurs bénévoles de l'Union Belge a terminé par cette question : -Trouvez-vous normal qu'un entraîneur téléphone sur le banc ? C'est révélateur du niveau de l'enquête. J'ai dû me taper quatre heures de réunion avec des gars pareils, qui ne savent pas m'encadrer. Après la finale de Coupe Zulte Waregem - Mouscron, Jean-Paul Houben, le secrétaire général de la Fédération, m'a interdit l'accès à la salle VIP. Je suis un pestiféré parce que je ne les ai pas aidés dans leur enquête. L'Union Belge est un monde praliné, politico-politique, fait d'obédience et de courbettes. Il y a des choses qu'on ne peut pas dire là-bas. Moi, je m'exprime : les Belges ne sont pas à la Coupe du Monde, on a organisé le tour final de D2 en catastrophe, on a très mal géré l'affaire des matches truqués, on est à la rue ! On était sur le point de relancer la machine avec le couple Michel Preud'homme/ Roger Vanden Stock mais on a encore raté la transformation de l'essai. Je pensais qu'on allait enfin sortir de l'impasse avec eux, mais non, et quand je vois le nouveau président, je tombe mort. On est dans la parfaite continuité de ce qui a été fait jusqu'à présent. J'ai les boules. Ce n'est pas un hasard si la Fédération n'a jamais proposé un poste important à Marc Wilmots : il a une grande gueule, donc il ne faut surtout pas qu'il entre dans le circuit. Mais bon sang, qu'on avance un peu avec des gars qui ont des c-- ! " " Les gens ont l'impression que l'enquête sur les matches truqués piétine un peu mais ce n'est pas le cas. Les enquêteurs bossent, ils trouveront, ils iront jusqu'au bout, justice se fera. Peut-être pas dès demain vu que plusieurs de ces policiers ont dû partir dare-dare à Charleroi pour y travailler sur les scandales politiques et que les vacances viennent de commencer, mais on y arrivera. Leur problème, c'est que le foot est un monde de tricheurs et de faux culs qui se tiennent. Les procès que j'ai intentés iront aussi jusqu'au bout. J'ai attaqué La Louvière pour licenciement abusif. On n'est pas d'accord sur la somme à laquelle j'ai droit. Je me fous du temps que ça durera mais je veux que mon honneur soit rétabli dans cette affaire. Le montant que je toucherai n'est pas le plus important à mes yeux. Par contre, je ne ferai aucun cadeau à la VRT, que j'ai aussi attaquée en justice. Ils m'ont cité sans preuves et sans m'avoir donné la parole. Quand je leur ai reproché de ne pas m'avoir interrogé, ils m'ont répondu : -De toute façon, on était sûrs d'avoir raison ! Où va-t-on ? Ils m'ont détruit gratuit de chez gratuit. Les médias peuvent faire du bien, c'est ce que je vis pour le moment avec la RTBF, mais ils peuvent aussi vous mettre plus bas que terre. Cela aussi, je l'ai connu ". PIERRE DANVOYE