Quasi une statue à Beveren, un titre à Genk et un autre à Bruges: malgré deux défaites en finale de Coupe, tout ce que Philippe Clement touchait dans sa jeune carrière d'entraîneur semblait se transformer en or. Entraîneur de l'Année 2019, lauréat du Trophée Raymond Goethals en 2018 et 2019... Il est encore nommé, avec Ivan Leko (Antwerp) et Marc Brys (OHL), mais il a peu de chances, car Bruges cale et il se retrouve critiqué.
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Quasi une statue à Beveren, un titre à Genk et un autre à Bruges: malgré deux défaites en finale de Coupe, tout ce que Philippe Clement touchait dans sa jeune carrière d'entraîneur semblait se transformer en or. Entraîneur de l'Année 2019, lauréat du Trophée Raymond Goethals en 2018 et 2019... Il est encore nommé, avec Ivan Leko (Antwerp) et Marc Brys (OHL), mais il a peu de chances, car Bruges cale et il se retrouve critiqué. Après avoir assisté Adrie Koster, Georges Leekens, Juan Carlos Garrido et Michel Preud'homme, qui lui a conféré de plus de plus de responsabilités, Clement s'est présenté en T1 ambitieux à Beveren en 2017, à l'âge de 43 ans. Il a conféré un style résolument offensif au club. Sa vision était déjà claire: de la vitesse et de la profondeur sur les flancs, un régisseur médian capable de délivrer des passes précises et un avant-centre capable de conserver le ballon, le temps que ses équipiers montent. L'ambitieux Clement a le sens du timing et est un brillant analyste. Avant un match, il détaille les trajectoires, explique où se trouvent les brèches, étudie minutieusement ses adversaires. Joueur, il n'était pas le plus doué ni le plus mobile, mais son ardeur au travail lui a permis de jouer au plus au niveau pendant vingt ans. Il exige le même sérieux de ses joueurs, jour après jour. En janvier 2018, pressentant que Beveren allait être pillé, il a mis le cap sur Genk. Avec les mêmes méthodes de travail. En un an, il a dû reprogrammer son noyau suite à plusieurs départs, mais a toujours réussi à trouver de jeunes loups enthousiastes, ouverts à son jeu vertical et dominant. Le début de sa première saison complète à Genk a été éblouissant: le Racing a disputé 33 matches de juillet à décembre et n'a connu que deux faux-pas, en Coupe d'Europe, contre Sarpsborg, et un autre en championnat face au Cercle. C'est à ce moment qu'il a posé les jalons de son titre, avec le quinze sur quinze en PO1. Il a connu le même succès au Club la saison passée: trente matches jusqu'à la fin de l'année civile, avec trois défaites en Champions League, deux contre le PSG, une contre le Real Madrid, et une en Belgique, à l'Antwerp. Clement a une fois de plus prouvé qu'il pouvait gérer un agenda chargé et former un nouveau noyau rapidement. Il a aussi fait preuve de souplesse tactique. Il préfère le 4-3-3, mais après concertation avec ses piliers, il est passé au 3-5-2. Des trajectoires claires, de la vitesse et de la créativité sur les flancs ( Diatta, Dennis) comme en pointe ( Okereke): le Club a déployé ses ailes. Il ne lui manquait qu'un attaquant capable de jouer dos au but, car Clement craignait que ses adversaires ne s'adaptent et ne reculent. Rezaei n'étant pas satisfaisant, le Club a transféré Diagne. Ingérable. Clement s'est adapté. Il a parfois laissé le poste d'avant-centre vacant, confiant la construction au flanc droit où Diatta, Vormer et Mata combinaient, pour permettre à Vanaken de s'infiltrer et de marquer. Bruges a pallié cette carence en janvier avec le transfert de Krmencik. N'ayant plus joué depuis des semaines, il était en retard de préparation et trop lourd, puis la pandémie a tout arrêté et aussi camouflé les lacunes qui auraient pu apparaître pendant les play-offs. Clement allait reprendre la compétition avec du sang neuf, un art qu'il maîtrise à la perfection. Sauf que tous les joueurs sont restés. D'où un air de déjà-vu. Au bout d'un an, les différents éléments du noyau savent ce que l'entraîneur pense d'eux. En juillet, Okereke espérait rééditer son brillant départ de l'année précédente. Mais non. Dennis n'a pas attendu Dortmund pour comprendre que son comportement et son imprévisibilité agacent le coach. Clement aime les footballeurs comme Mechele ou De Ketelaere, qui sont attentifs pendant la présentation tactique et sont des travailleurs, comme lui. Dennis, Diatta, malgré ses six buts, et Okereke sont les déceptions de la nouvelle saison. Trois joueurs créatifs, qui ont besoin de confiance, de chaleur et sans doute aussi de public. Ils ne sont pas des machines capables de se sublimer dans des stades vides contre Mouscron ou OHL. Krmencik, qui a perdu sept kilos, aurait pu être le lien manquant cette saison, mais il va de mal en pis. Il ne possède pas les caractéristiques propres à Bruges, qui a toujours eu des avants rapides, efficaces ou capables de conserver le ballon. Hans Vanaken - cinq buts et cinq assists déjà - se tue à la tâche, mais sans beaucoup de succès devant le but, ces dernières semaines. À qui peut-il passer le ballon? Noa Lang, le seul nouveau venu, aime avoir le ballon et peut tout au plus effectuer des combinaisons courtes. Il ne parvient pas servir Krmencik. Ce Club-ci n'est pas capable de développer le football qui a fait le succès de Clement. L'équipe écarte donc le jeu, est lente, ne crée aucun espace à Vormer ou à Vanaken. Bruges est ainsi désarmé face aux formations qui reculent. Il s'agit de remotiver un groupe qui connaît sa hiérarchie, d'y ajouter du pétillant, de nouvelles bulles, sans nouveaux footballeurs ni concurrence accrue. C'est le défi que tente de relever, en vain, Clement depuis plusieurs semaines. Les tapes sur l'épaule ne font plus d'effet. Il doit parfois punir (Dennis, par exemple) ou intervenir plus durement, comme après Malines. Il faut plus de passion. Ce n'est pas qu'il n'essaie pas. Il change constamment de noms, de positions, de tactique. Il travaille d'arrache-pied. Il continue à consacrer des heures à des analyses. En début de saison, après les deux défaites contre l'Antwerp et Charleroi, il ne sortait plus de sa bulle footballistique et a même boudé un dîner en famille. Sa femme l'a emmené passer une journée à la mer. Pour faire de la planche à voile. Les débuts ont été pénibles, mais il y a finalement pris plaisir à cette occupation qui le contraint à se concentrer et à prendre du recul. La planche à voile n'est pas un loisir idéal en hiver, mais l'ambitieux perfectionniste gagnerait à faire preuve de plus de patience à l'égard des joueurs qui ne sont pas comme lui. À moins que Clement ne soit de ces entraîneurs qui ne retirent le maximum de leur noyau que durant une courte période et doivent ensuite partir? C'est possible aussi.