Depuis le début de la saison, Yannick Ferrera et Luka Peruzovic mènent un combat héroïque entre la lumière et l'obscurité avec un effectif méritant, courageux, plein de bonne volonté, mais aussi étriqué, au niveau de la qualité, que les costumes de CharlieChaplin. A l'approche du solstice d'hiver, il était important pour eux et leurs joueurs de prendre la mesure d'un adversaire direct dans la lutte pour le maintien, le Beerschot. L'heure était grave, moins à cause de la lourde défaite subie au Standard qu'à cause de cette guillotine qui peut, tous les cinq matches, emporter la tête du jeune Ferrera et la chevelure grisonnante de Peruzovic.
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Depuis le début de la saison, Yannick Ferrera et Luka Peruzovic mènent un combat héroïque entre la lumière et l'obscurité avec un effectif méritant, courageux, plein de bonne volonté, mais aussi étriqué, au niveau de la qualité, que les costumes de CharlieChaplin. A l'approche du solstice d'hiver, il était important pour eux et leurs joueurs de prendre la mesure d'un adversaire direct dans la lutte pour le maintien, le Beerschot. L'heure était grave, moins à cause de la lourde défaite subie au Standard qu'à cause de cette guillotine qui peut, tous les cinq matches, emporter la tête du jeune Ferrera et la chevelure grisonnante de Peruzovic. Personne n'en parlait ouvertement mais tout le monde le savait autour du stade du Pays de Charleroi : la direction réclamait la conquête de sept points pour les cinq derniers matches de championnat. Cela sentait le sapin. L'échafaud était prêt mais, comme ce fut déjà le cas après 15 matches, le bourreau n'a pas dû accomplir sa sinistre besogne. Il reviendra dans cinq matches, Ferrera le devine sans aucun doute, renvoie aux dirigeants quand on lui parle de cette épée de Damoclès, mais supporte ce stress-là même si son visage est traversé par les mêmes tics nerveux que son parrain, Emilio. Il n'a pas le choix : son avenir de jeune coach sera dicté par ces épreuves. Cela passera ou cela cassera tous les cinq matches jusqu'au sauvetage. Les Zèbres ont largement dominé leur pauvre visiteur anversois et, finalement, rempli le contrat dicté par la direction. Avec un zeste de chance et de réalisme dans le dernier geste, l'équipe du Kiel aurait rendu l'âme avant le repos. Charleroi n'aurait jamais dû s'inquiéter jusqu'à la dernière minute devant moins de 5.000 spectateurs. Une telle assemblée alors que cette équipe lutte pour garder la tête hors de l'eau, c'est presque de la misère noire. Le 12e homme du Mambourg n'est plus ce qu'il était. Alain Gaume, sponsor et nouveau vice-président, qui déposera un million d'euros dans la caisse du club en cinq ans, a été présenté au public. Ce coup de pouce fera du bien durant le mercato d'hiver car Charleroi doit évidemment acquérir quelques doses de métier. C'est aussi une double bonne nouvelle car cet entrepreneur spécialisé dans les châssis de fenêtres, bénéficie d'une expérience de dirigeant sportif, comme président des Kickers Charleroi et vice-président d'Action 21. A ce niveau-là, Mehdi Bayat a remis le Pays Noir en marche mais il reste à conquérir un public : sa maigreur souligne une forme d'indifférence étonnante des Carolos à l'égard de leur équipe. Les absents n'ont pas pu mesurer les progrès des Zèbres. Il y avait du travail dans tous les secteurs. Avant de recevoir le Beerschot, Charleroi présentait la 15e défense de D1 (-37 buts) : seul le Cercle de Bruges faisait moins bien avec 41 ballons dans ses filets. Sans Elvedin Dzinic, suspendu, et Mijusko Bojovic, blessé, Ferrera a sorti la caisse à outils et confié le centre de la défense au duo Mourad Satli-Javier Martos. Ce dernier a signé un match très propre mais le Beerschot n'avait rien d'inquiétant. Même si Ferrera était content de sa défense, ce secteur sera autrement inquiété à Gand. Le gros du capital technique a été placé dans les pieds de Danijel Milicevic et d'Onur Kaya. Tous deux ont pesé sur la défense anversoise. Le petit milieu de terrain suisse a bien écarté le jeu et ses idées ont fait la différence. Son service sur le but d'Abraham Kumedor valait le coup d'oeil. Même s'il n'est pas taillé en géant, Milicevic rendra encore de grands services cette saison tout comme son compère Kaya, imprévisible et toujours en mouvement, bien protégé par deux aspirateurs, Kumedor et Christophe Diandy. Hervé Kagé aura du mal à bousculer la hiérarchie dans la ligne médiane. On n'y voit plus Ederson (problèmes de dos) pour le moment. Le quatuor en place assume un rôle important dans le 4-4-2 de Ferrera. L'attaque n'a pas encore résolu son problème d'efficacité (+ 18 buts avant de recevoir le Beerschot) et il y a urgence dans ce domaine. L'alliance Giuseppe Rossini-Mohamed Aoulad a pourtant été intéressante à plus d'un titre. Rossini a de quoi régner dans les airs. Il fixe les défenses, garde le ballon en attendant l'aide de ses équipiers. Dès lors, il a besoin d'un élément mobile et technique dans ses parages. Aoulad est un complément idéal. Ecarté pour une semaine après son problème de comportement contre Courtrai, il a réintégré sa place. Ne pas jouer au Standard, cela fait réfléchir tout jeune footballeur ambitieux. Ferrera a tiré un trait sur l'incident. Aoulad, lui, s'est bien entraîné et a eu chance contre le Beerschot. Son entente avec Rossini promet mais doit être confirmée dans la concrétisation des occasions de but, c'est indispensable. Charleroi se rend à Gand et reçoit Mons avant la trêve. Les Zèbres auront-ils alors les moyens de se renforcer qualitativement ? C'est peu probable. La prochaine série des cinq matches s'arrêtera en début février à OHL. Si Ferrera et Peruzovic, qui ont désormais trouvé les bons points d'appui de l'équipe, franchissent ce cap et, dans la foulée, maintiennent ce Charleroi-là en D1, ils auront brillamment gagné leur défi. Cela facilitera le travail du directeur sportif qui sera choisi en fin de saison. On sait que Mehdi Bayat n'a jamais dit que Peruzovic est le DT de son équipe. Loin de ces considérations, propres à un club pas comme les autres, Ferrera et son staff ont fait le plein de confiance contre le Beerschot et ils ont un nouveau crédit de cinq matches.PAR PIERRE BILICMehdi Bayat a remis le Pays Noir en marche mais il reste à conquérir un public.