Il s'en souviendra de sa deuxième saison sous la vareuse zébrée. Après avoir démarré l'année en mode mineur suite à une suspension pour consommation de cannabis, Laurent Ciman a décroché ses galons de titulaire. Intégré dans le onze de base dès son retour en novembre, il n'a plus quitté le terrain. Au point d'éclipser la retraite de Thierry Siquet.
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Il s'en souviendra de sa deuxième saison sous la vareuse zébrée. Après avoir démarré l'année en mode mineur suite à une suspension pour consommation de cannabis, Laurent Ciman a décroché ses galons de titulaire. Intégré dans le onze de base dès son retour en novembre, il n'a plus quitté le terrain. Au point d'éclipser la retraite de Thierry Siquet. A 20 ans, ce défenseur qui a dû quitter le Sporting, jugé trop court, pour y revenir par la grande porte après un passage chez les voisins de l'Olympic où il intégra l'équipe première à 16 ans, attire l'attention et soulève de nombreux éloges. Le dernier en date vient de son manager Mogi Bayat qui a dit que Charleroi avait trouvé son nouveau Diable Rouge. En un an, après avoir bouclé son parcours scolaire, il a acquis de la maturité et de l'assurance. " Il est sûr de lui et ne doute jamais ", analyse son pote Thibaut Detal, " C'est une grande qualité dans le milieu du football mais cela peut également se retourner contre lui ". Ciman, c'est un footballeur élégant qui a réussi à s'imposer dans l'axe de la défense, malgré un physique assez frêle. Avec son mètre 83 et ses 67 kilos, on aurait pu croire qu'il ne ferait pas le poids en D1. Pourtant, sa fougue et sa volonté le conduisent au centre des duels qu'il remporte le plus souvent. " De nature, il n'a pas l'air très musclé mais il est très sec ", intervient Thierry Siquet. " Quand on est comme lui, on n'est pas facilement balancé. Je ne crois pas que cela lui soit utile de faire de la musculation car il perdrait ses atouts, comme sa vitesse. Il peut, peut-être, prendre deux ou trois kilos mais ça viendra avec l'âge ". " Je ne pense pas que son gabarit puisse jouer contre lui ", ajoute Jean-François de Sart, le sélectionneur des Espoirs, ancien défenseur. Et il faut l'avoir en face de soi pour se rendre compte de sa finesse car sur un terrain, il emporte tout sur son passage : " Si les attaquants adverses ou certains détracteurs croient que je suis léger, ils n'ont qu'à venir au duel et ils verront. Je les attends ! Quand j'étais plus jeune, je voulais avoir une carrure plus développée mais je suis comme je suis et à partir du moment où j'ai du répondant face à des attaquants plus musclés, je suis satisfait ". Son père Robert : " Quand il était petit, il n'arrêtait pas de comparer ses jambes à celles des frères Mpenza. Je lui disais que sa nature ne lui permettrait pas d'atteindre une telle masse musculaire. Il était déçu mais au fur et à mesure, il a compris ". Si sa fine carrure cache un défenseur robuste, ses jambes de gazelle masquent une frappe puissante. " Ses bras ne sont pas musclés et pourtant il remporte tous ses duels. Ses jambes sont fines mais il envoie des missiles ", résume Siquet. Car, plus que ses copies propres rendues au sein de la ligne arrière, ce sont ses incursions offensives lorsqu'il évolue back droit ou ses coups francs puissants qui l'ont fait découvrir des spectateurs. " Sur phases arrêtées, il est toujours intéressant. Sa frappe est lourde et elle ne monte pas spécialement, ce qui est toujours très difficile pour un gardien ", continue Siquet. " Cela s'est fait petit à petit. L'année passée, contre Genk, il avait déjà osé un tir des 30 mètres. Puis, à l'entraînement, on l'a poussé pour qu'il tente plusieurs frappes. Maintenant, c'est lui qui se charge des coups francs et c'est souvent dangereux ". Ciman abonde : " Je prends la balle comme elle vient. Jusqu'à présent, je n'ai pas effectué d'entraînement spécifique pour mes coups francs. On décale le ballon et je mets toute ma puissance dedans mais je ne cadre pas tous mes tirs. Je vais donc m'entraîner avec Philippe Vande Walle. Sur les corners, j'essaie aussi de monter. Je ne vais pas dans la mêlée. Je préfère traîner au deuxième poteau car il y a plus d'espaces. On se méfie un peu plus de moi qu'avant. On me tient à l'£il ou alors, on met un homme en marquage comme Richard Culek lors de notre rencontre contre le Brussels. Cela fait bizarre car avant, j'étais toujours esseulé ". Quand il parle de son apport offensif, on sent une certaine joie : " Mon premier but m'a procuré énormément de satisfaction. Je me suis senti flotter pendant quelques secondes ". Pour lui, le football, c'est encore synonyme de plaisir. Il n'hésite pas à effectuer certains dribbles ou reprises de volée : " Je tente. C'est cela le football. Il doit y avoir un peu de spectacle. Je veux jouer simplement mais parfois, j'essaie une action plus compliquée et je ne pense pas encore aux conséquences néfastes que cela peut avoir. Je me dis que si je rate mon crochet, je pourrai courir et revenir sur l'attaquant pour lui reprendre le ballon. Pour le moment, je n'ai pas encore fait de grosses bourdes mais je n'ai pas encore non plus accompli de gestes exceptionnels ". C'est pourtant là que le bât blesse pour un défenseur. " Il ose beaucoup de choses ", dit Siquet avec un sourire malicieux. " Et parfois cela n'est pas utile à l'équipe. C'est même inapproprié. De temps à autre, cela réussit mais parfois, ça casse. Il doit encore trouver l'équilibre entre le bon moment pour se montrer audacieux et celui pour choisir le geste prudent. Toute proportion gardée, on lui reproche ce que l'on reprochait à Vincent Kompany à ses débuts ". Ciman sait qu'il sera finalement jugé sur ses aptitudes défensives. Jusqu'à présent, il répond présent tant dans les duels, la couverture ou le placement. Siquet : " Il dispose de beaucoup de qualités défensives. Il a une bonne vitesse. Il est explosif. Lancés, certains de ses équipiers sont rapides mais il est un des plus vifs sur les cinq premiers mètres. Il a également une bonne détente. Il faut dire qu'il n'éprouve pas trop de difficulté à décoller... il ne doit pas soulever beaucoup de masse, hein. Il saute haut et il joue également énormément sur l'anticipation. Parfois, un peu trop ! Il se fait encore rouler dans la farine de temps en temps ". De plus, il est polyvalent (il a déjà évolué au centre, à droite, à gauche de la défense, au milieu droit et comme récupérateur). " C'est toujours intéressant pour un entraîneur de pouvoir compter un tel élément caméléon dans son groupe ", analyse de Sart. " Mais le fait d'être trop polyvalent peut parfois se retourner contre le joueur car on le met à toutes les sauces. Avec Ciman, c'est un peu différent. On sait qu'il peut dépanner à de nombreux postes même si on connaît sa place de prédilection ". Le citoyen de Farciennes connaît son style : " J'aime bien jaillir. Pour cela, j'ai pris exemple sur Frank Defays qui mise beaucoup sur l'anticipation. Dans l'axe, c'est plus facile d'évoluer en jaillissement car on voit encore mieux le jeu. Badou Kere est davantage un marqueur à la culotte. Moi, je préfère couvrir, courir et jaillir. En un an, j'ai appris le sens du placement grâce aux conseils de Siquet. Je me suis aussi amélioré dans les duels. En revanche, je dois encore ajuster ma relance. Parfois, je récupère bien le ballon mais je le perds immédiatement. Parce que j'hésite sur la suite à donner à l'action ou parce que je manque encore de concentration ". Son entourage sportif lui reproche sa nonchalance. Siquet : " Ce n'est certainement pas de la paresse car il travaille beaucoup. Il doit parfois être moins sûr de lui sur le terrain. Quand il est concentré sur son sujet, aucun attaquant ne lui fait peur ". Son père : " Parfois il veut brûler les étapes. Il doit apprendre la patience ". Ciman : " Je dois me remettre sans cesse en question. Je suis têtu. Si j'aime bien avoir raison, je sais aussi reconnaître mes erreurs, les assumer et en tirer les conséquences. Je suis jeune et c'est inutile que je me mette la pression mais je me fixe des objectifs et je travaille pour les atteindre ". Il lui restera alors à gérer sa notoriété naissante. " Il doit avoir conscience qu'il lui faut rester les pieds sur terre ", explique Detal, " Moi aussi, j'ai eu mon heure de gloire mais maintenant, je connais une période moins prolifique. Le football, c'est un éternel recommencement. Si on croit qu'on est arrivé, c'est le début de la fin. Il reste calme et il peut compter sur un entraîneur qui ne laisse rien au hasard, qui ne se satisfait jamais d'un 26 sur 30 mais qui veut le 30 sur 30 ". Ciman se plie à toutes les contraintes de son nouveau statut sans rechigner : " Je n'hésite pas à saluer les supporters et je réponds toujours positivement à une demande d'autographe. Mais je ne suis quand même pas tellement courtisé : je passe encore plus ou moins inaperçu en ville ". De plus, il pourra toujours compter sur son entraîneur qui n'hésitait pas à insister sur la mauvaise prestation de son jeune défenseur le soir de son premier but en D1. Ciman : " C'est la méthode Mathijssen. Je n'ai pas été heurté par ses propos. Il a dit cela pour que je reste les pieds sur terre. Il avait tout à fait raison. Je n'avais pas réalisé quelque chose d'exceptionnel et on devait immédiatement se concentrer sur la prochaine rencontre qui avait lieu deux jours après. Ce sont finalement des paroles d'encouragement pour me montrer qu'il y a encore du travail à faire et que rien n'est acquis ". Désormais, la machine est en route. Il reste à l'entretenir. " Après ma suspension, l'entraîneur m'a relancé très vite et je devais lui prouver que je valais cette confiance. De là à affirmer que je suis une pièce maîtresse du onze, il y a un pas que je ne franchirai pas. Si je me retrouve sur le banc, j'accepterai. Si la bonne passe actuelle du Sporting correspond à mon entrée dans l'équipe, c'est une pure coïncidence. On a très bien travaillé en Turquie, durant le stage et cela devait porter ses fruits au deuxième tour. Moi, j'apprends mon métier et je fais abstraction des compliments. Les Diables Rouges, ce n'est quand même pas pour tout de suite ". En attendant, il se contentera d'une sélection en Espoirs. Jean-François de Sart : " Il fait partie du noyau large mais par la force des choses, j'ai dû l'écarter lors des dernières rencontres. J'ai dû expliquer au groupe pourquoi Laurent n'était pas repris. C'est un accident de parcours. Comme je le dis souvent aux jeunes, c'est en jouant qu'ils peuvent progresser. Il doit encore continuer à travailler ". STÉPHANE VANDE VELDE