Si le FC Porto, victime de son succès des dernières années, a vu partir son entraîneur et ses joueurs, le Sporting Clube de Portugal a pris une relève tout à fait inespérée. Lorsqu'ils posèrent leur candidature à l'organisation de la finale, les dirigeants songeaient bien plus à faire rentrer de l'argent dans leurs caisses qu'à voir leur équipe être la septième à disputer une finale européenne dans son antre. Les actionnaires du club non plus, d'ailleurs puisque, au lendemain du match à Alkmaar, les actions ont augmenté de plus de 10 % pour atteindre leur niveau le plus haut depuis 2002.
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Si le FC Porto, victime de son succès des dernières années, a vu partir son entraîneur et ses joueurs, le Sporting Clube de Portugal a pris une relève tout à fait inespérée. Lorsqu'ils posèrent leur candidature à l'organisation de la finale, les dirigeants songeaient bien plus à faire rentrer de l'argent dans leurs caisses qu'à voir leur équipe être la septième à disputer une finale européenne dans son antre. Les actionnaires du club non plus, d'ailleurs puisque, au lendemain du match à Alkmaar, les actions ont augmenté de plus de 10 % pour atteindre leur niveau le plus haut depuis 2002. Après 18 ans de vaches maigres, le club avait renoué avec le titre en 2000, sous la houlette d' Augusto Inácio, puis en 2002, avec Laszlo Bölöni à sa tête. Mais ces campagnes avaient coûté très cher, d'autant qu'entre les deux, le Sporting ne s'était classé que troisième et avait ainsi vu la manne de la Ligue des Champions lui passer sous le nez. Depuis, les dirigeants des Lions ont donc été contraints de rentrer leurs griffes. Plutôt que de vivre à crédit, comme leur illustre voisin de Benfica le fit longtemps, ou de s'endetter en attendant des jours meilleurs comme le FC Porto, ils optèrent pour une politique de transferts à custo zéro, comme on dit là-bas, c'est-à-dire pour des joueurs en fin de contrat ou prêtés. Autant dire qu'on ne donnait pas cher des chances d'une équipe confiée à José Peseiro, un entraîneur encore peu expérimenté puisqu'il n'avait entraîné qu'un an en Super Liga (Nacional) avant de devenir l'adjoint de Carlos Queirós au Real Madrid. Peseiro chercha longtemps la bonne formule tactique et une formation-type. Cela lui valut quelques déconvenues en championnat mais il récolta en Coupe d'Europe les fruits d'un système de jeu offensif et audacieux, avec plus de 100 buts inscrits en matches officiels cette saison. Dont un tiers pour le Brésilien Liedson. Un cas particulier puisque ce joueur âgé de 27 ans n'a porté pour la première fois des chaussures qu'à l'âge de 15 ans. Aujourd'hui encore, alors que la plupart des footballeurs adorent serrer fort les lacets, lui s'empresse de casser les contreforts des nouvelles chaussures qu'on lui offre. Ce qui ne l'a pas empêché d'inscrire 15 buts la saison dernière pour ses débuts au Portugal (il avait joué précédemment à Coritiba, Flamengo et Corinthians) et d'en être déjà à 25 cette saison en championnat. Plus neuf en Coupe UEFA, ce qui en fait actuellement le deuxième buteur de l'épreuve derrière Alan Shearer. Jusqu'il y a peu, le Sporting éprouvait d'énormes difficultés à s'imposer en l'absence de son buteur. Mais les choses ont changé avec la victoire (4-1) sur Newcastle en quarts de finale. D'autres sont désormais capables de prendre le relais pour profiter des actions du rapide RoudolpheDouala. Comme le Chilien Mauricio Pinilla (21 ans), qui s'est révélé en fin de saison et a inscrit quatre goals très importants en deux rencontres. Après de brefs passage à Chievo Vérone et au Celta Vigo, sa période d'adaptation au football européen est peut-être enfin terminée. Son compatriote RodrigoTello, un meneur de jeu, est dans le même cas que lui, si ce n'est que les dirigeants portugais commençaient tout doucement à s'impatienter car il en est tout de même déjà à sa cinquième saison au Sporting. Les deux Chiliens doivent sans doute leur réussite à Peseiro, un homme qui n'écarte jamais personne de façon définitive et récolte aujourd'hui les fruits de sa patience. Car Tello est arrivé en forme au moment où le Brésilien Fabio Rochemback, prêté par Barcelone, était blessé. Tout Lisbonne prie cependant pour qu'il soit rétabli à temps pour la finale car ses coups francs d'une précision diabolique peuvent faire mal. Mais ce qui fait la fierté du Sporting, c'est l'éclosion de jeunes talents même au cours d'une saison marquée du sceau de la réussite. Le club qui a formé Luis Figo et Simão Sabrosa a décidé de lancer dans la bagarre le jeune international -19 ans João Moutinho. Avec la confirmation de Custódio et les apparitions de Carlos Martins, la concurrence dans l'entrejeu est devenue tellement importante que même Hugo Viana, dont le retour de Newcastle était considéré en début de saison comme primordial, n'est aujourd'hui plus titulaire. Quant au vieux capitaine Pedro Barbosa (34 ans), il se contente désormais de piges de quelques minutes et son expérience s'avère encore bien nécessaire lorsqu'il s'agit de conserver le ballon. Le point faible du Sporting, c'est sa défense. Toute l'Europe sait depuis l'EURO 2004 que le gardien Ricardo n'a pas son pareil pour arrêter les tirs au but mais qu'il n'a pas l'aura d'un Vitór Baía pour commander et soulager une ligne arrière où les lacunes sont nombreuses. Sur le flanc droit, le Brésilien Rogério ne soutient pas la comparaison avec l'expérimenté Rui Jorge. Dans l'axe, seul Beto a réussi à s'imposer, même s'il ne confirme pas le bien qu'on pensait de lui voici deux ans. Le Brésilien Anderson Polga est talentueux mais commet trop d'erreurs individuelles tandis que l'ex-joueur nigérian du Standard Joseph Enakarhire est apprécié pour sa rapidité mais est souvent blessé. Patrice Sintzen