Il y a les chiffres (0-4). Il y a l'air désabusé des supporters. Il y a les propos virulents de l'administrateur délégué, Mehdi Bayat, qui parle d'amateurisme et de décisions à prendre. Il y a l'absence de Yannick Ferrera parti au chevet de son père. Car, oui, il y a aussi le malaise de Cisco Ferrera dans les tribunes du Stade du Pays de Charleroi. Ce soir du 6 octobre, le scénario sent le soufre, la crise et la relégation. Un air de déjà-vu. Le Sporting vient de se faire corriger par OHL (0-4) et l'entraîneur est au bord du licenciement. " Ce soir-là, on se fait prendre comme des gamins ", explique Mario Notaro, entraîneur adjoint. " Je sors du match et j'ai l'impression que je vais devoir licencier Yannick ", se remémore Mehdi Bayat. " J'ai la pression de toute la Belgique sur le dos et tout le monde m'appelle pour me dire de mettre un terme au binôme. "
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Il y a les chiffres (0-4). Il y a l'air désabusé des supporters. Il y a les propos virulents de l'administrateur délégué, Mehdi Bayat, qui parle d'amateurisme et de décisions à prendre. Il y a l'absence de Yannick Ferrera parti au chevet de son père. Car, oui, il y a aussi le malaise de Cisco Ferrera dans les tribunes du Stade du Pays de Charleroi. Ce soir du 6 octobre, le scénario sent le soufre, la crise et la relégation. Un air de déjà-vu. Le Sporting vient de se faire corriger par OHL (0-4) et l'entraîneur est au bord du licenciement. " Ce soir-là, on se fait prendre comme des gamins ", explique Mario Notaro, entraîneur adjoint. " Je sors du match et j'ai l'impression que je vais devoir licencier Yannick ", se remémore Mehdi Bayat. " J'ai la pression de toute la Belgique sur le dos et tout le monde m'appelle pour me dire de mettre un terme au binôme. " Le lendemain, un communiqué tombe. La confiance est maintenue au staff. " La direction est venue nous remonter les bretelles. Elle a souligné notre manque de professionnalisme ", se souvient le médian Danijel Milicevic. " Nous aussi, on a été convoqués ", ajoute Notaro. " Ce jour-là, on s'est pris le pot de fleur dans la tête. Mais, au fond, je pense que la direction n'avait pas vraiment envie de changer les choses. On a revu le match et on a vu qu'il n'y avait pas que du négatif. " " Le fonds de jeu m'a convaincu de continuer avec le staff ", explique Mehdi Bayat. " On s'était créé des occasions. Il y avait deux possibilités : soit on prenait un nouvel entraîneur et on créait une relance pour remotiver le vestiaire, soit on continuait en enlevant de la pression. J'avais bien remarqué que Yannick était écrasé par le stress. Il avait de plus en plus de tics nerveux. Là, je me suis dit que cela devenait déraisonnable et que si son père s'évanouissait dans la tribune, c'est qu'il y avait quelque chose. A ce moment-là, pour retirer la pression sur ses épaules mais aussi pour responsabiliser le staff, je choisis de lui fixer un objectif sur cinq matches. " Lors de cette réunion, Luka Peruzovic défend le staff en expliquant que le travail n'a débuté qu'en septembre et qu'immanquablement, cela allait porter ses fruits. " Cet élément a fait pencher la balance ", reconnaît Pierre-Yves Hendrickx, le secrétaire général du club. " On s'est dit qu'on n'était pas à une semaine près et que l'élément déclencheur pouvait très vite survenir. " Le week-end suivant, Charleroi remporte une victoire importante, au Lierse (0-1). " Toute la semaine, il a fallu effectuer un gros travail mental pour regonfler le moral ", dit Notaro. Ferrera tente un coup de poker en titularisant le jeune Dorian Dessoleil, 20 ans, en défense. " Après 34 minutes, on s'est retrouvé à dix. A ce moment-là, on ne pense pas qu'on va revenir avec les trois points ", dit Milicevic. Dessoleil est exclu (et ne jouera plus d'autre rencontre) ; Ferrera a raté son coup mais Charleroi repart avec les trois points. " C'est cela le football ! ", résume Hendrickx. " Ils prennent le risque de mettre un gamin qui n'a jamais joué et se fait exclure mais malgré cela, on gagne. Cela donne confiance à Rossini et, après, on enchaîne. " Une semaine plus tard, le Sporting remporte une victoire de prestige contre Anderlecht (2-1). " On les savait prenables car ils avaient joué contre le Zenit le mercredi précédent ", raconte Milicevic. " Je me souviens du bruit dans le stade et le vestiaire après le coup de sifflet final. Notaro est monté sur la table et a crié - Quelle est la meilleure équipe ? Et tout le groupe a répondu - Charleroi. On a bu un peu de bière mais on n'a pas fait de grosse fête car trois jours plus tard, on se déplaçait à Zulte Waregem. " Charleroi ne le sait pas encore mais ces deux semaines au coeur du mois d'octobre ont fait basculer sa saison. Retour au mois de juillet. L'opération maintien débute bien mal. De transferts, il n'en est pas question. Le club se cherche un repreneur mais également un entraîneur. Charleroi semble laissé à l'abandon. " Sur la fin, mon oncle faisait n'importe quoi ", reconnaît Mehdi. " Le club était un peu en végétation, en attente d'être vendu à quelqu'un. Moi, je ne pouvais pas prendre de décisions et Abbas Bayat ne voulait pas en prendre parce qu'il discutait avec la Belgique entière. " Sur le plan sportif, les Zèbres ont la chance d'avoir conservé les forces vives du maintien, à part leur gardien. " A la reprise des entraînements, l'ambiance était un peu bizarre ", se souvient Milicevic. " Il n'y avait pas de T1 et on parlait davantage de la reprise que de foot. " Notaro et Michel Iannacone doivent assurer les premiers entraînements. Non sans mal. " L'incertitude planait ; on ne savait pas qui allait arriver comme T1, ni quand ", affirme l'entraîneur des gardiens, Michel Iannacone. " Je me suis demandé si on allait devoir commencer le championnat avec ce noyau-là ", dit Notaro. " Comme on ne disposait que de Bison Gnohéré comme attaquant, on a axé la préparation sur la stabilisation du secteur défensif. " A la mi-juillet, à dix jours du début de la compétition, Abbas Bayat nomme l'inexpérimenté Yannick Ferrera, chaperonné par le routinier Luka Peruzovic. Le tandem semble bancal, le début de championnat compliqué. Deux revers. " Après la défaite à Malines (4-2), nous n'étions pas traumatisés ", explique Notaro, " car on s'était rendu compte qu'il n'y avait pas de grande différence avec cette équipe, habituée à bien figurer en D1. Par contre, après Bruges (0-1), là, on a commencé à penser qu'il fallait éviter une accumulation de contre-performances. Un promu, c'est au début qu'il doit prendre des points. La victoire à Courtrai nous a servi de déclic. La D1 nous a découvert ce jour-là. " La défaite 2-6 dans le derby wallon, face au Standard, remettra tout le monde les pieds sur terre. Pas le temps cependant d'avoir la gueule de bois. Deux semaines plus tard, Mehdi Bayat annonce la reprise du club avec le chef d'entreprise Fabien Debecq. Nouveau tournant. " Quand j'ai vu tous les supporters affluer au stade, j'ai senti que c'était une libération pour tout un peuple ", sourit Mehdi Bayat. Si la reprise est officialisée début septembre, elle est effective depuis le 31 août. En quelques heures, la nouvelle direction met la machine en route. " Le 31, Fabien Debecq m'appelle et me dit - Je viens de finaliser la reprise du club et de signer les documents : Tu es le nouvel administrateur délégué du Sporting. Il te reste quelques heures pour régler les derniers transferts. J'étais déjà en pourparlers avec Pino Rossini mais mon oncle ne voulait pas en entendre parler. Il ne croyait pas du tout en lui. Sans doute était-il braqué parce qu'il a cru qu'il avait Mogi comme agent. Je ne sais pas. C'était ma priorité et une fois le feu vert reçu, j'appelle Pino et je lui dis - Alleluia, prends tes cliques et tes claques et viens vite à Charleroi car le club a changé de propriétaire. " Premier volet des transferts estivaux réglé ? Pas vraiment. Charleroi doit encore trouver un accord avec Zulte Waregem. Or, le Sporting craint que le club flandrien, qui doit encore payer une partie des transferts de David Vandenbrouck et d'Habib Habibou ne profite de la situation d'urgence pour effacer l'ardoise vis-à-vis de Charleroi. Finalement, l'affaire se règle grâce à l'intervention de Mogi Bayat auprès de Patrick De Coster, l'agent de Rossini, et de la direction de Zulte. " Anderlecht ne s'entendait pas du tout avec Abbas Bayat ", continue Mehdi. " C'était de notoriété publique. Mais forcément, lorsque la reprise du club se fait et que je dois trouver des solutions rapides, passer par Anderlecht s'imposait. Et là encore une fois, j'ai de la chance d'avoir dans mon entourage quelqu'un qui connaît excessivement bien la direction anderlechtoise (NDLR : Il fait référence à Mogi sans le nommer), ce qui facilite la discussion. Anderlecht me propose un panel de joueurs et j'appelle directement Ferrera et Peruzovic en leur disant qu'on peut en avoir maximum trois en prêt et en leur demandant leur priorité. Mon choix s'orientait sur René Sterckx qui a refusé immédiatement, et sur Bryan Verboom, qui a préféré Zulte Waregem. Ensuite, on avait encore la possibilité d'obtenir Nathan Kabasele. Anderlecht nous soumet Christophe Diandy mais j'avoue avoir eu un doute à son sujet car on possédait déjà à cette place-là Leandro, Abraham Kumedor, Ederson et le jeune Kenneth Houdret qui était en train de pousser derrière. " Ferrera ne donne qu'un seul nom : Mohamed Aoulad. Il le connaît et sait qu'il ne dispose pas d'un tel profil dans sa ligne d'attaque. " J'ai fait confiance à Yannick parce que je voulais lui montrer qu'il faisait encore partie du projet malgré la reprise ", souligne Mehdi. Dernier nom sur la liste : Ziguy Badibanga. Ferrera et Peruzovic le connaissent et Anderlecht ne désire pas trop le conserver après un prêt délicat aux Pays-Bas. Thomas Chatelle intéresse également les Carolos mais les exigences du Bruxellois sont encore trop élevées pour un club promu. " Il était prêt à faire des efforts sur le salaire qu'il avait ", reconnaît Mehdi. " Mais on parle d'un salaire dix fois supérieur à ce que j'offre à Charleroi. Quand on lui dit qu'on veut diminuer son salaire par dix, je comprends qu'il se pose des questions. " Enfin, le club profite d'une occasion unique sur le marché pour attirer le gardien grec international, Michalis Sifakis. " J'avais toujours cette crainte au niveau des gardiens ", explique Mehdi. " Je suis encore sous le traumatisme de la saison 2010-2011 qui nous a mené en D2. Cette saison-là, on n'avait pas de gardien lors du premier tour. Au mois de janvier, on avait pris Rudi Riou qui avait fait la différence par ses prestations et sa mentalité mais on l'avait transféré trop tard. Dès le mois de juillet, je suis donc obnubilé par ce poste de gardien. Stéphane Coqu venait de se barrer ; Parfait Mandanda était considéré comme un éternel espoir. Cyprien Baguette avait aussi porté cette étiquette et cela s'était mal terminé. Et derrière, il y avait Adrien Faidherbe qui n'a que 17 ans. Je me dis - S'il se passe un truc avec Mandanda, on est dans la m... ! Du jour au lendemain tombe donc la solution Sifakis. Le mec, il venait de sortir des quarts de finale de l'Euro ! Qu'est-ce que ce beau mec, international viendrait foutre à Charleroi ? Je ressors son CV et je me demande où est le couac ! " Les deux parties tombent d'accord mais Sifakis doit attendre un mois avant d'être qualifié. " Pendant ce temps-là, Mandanda commence à cartonner et là, il devient indiscutable ", dit Mehdi. " On ne pouvait pas le sortir de l'équipe. Cela aurait été injuste ". Le mois de décembre, fertile en crise (v.cadre), est également celui lors duquel se cimente le sauvetage, grâce aux victoires face à Courtrai, au Beerschot et à Gand. Le projet Carolos are back prend également du poids avec l'arrivée d'un vice-président, Alain Gaume, à la tête d'une grosse entreprise de châssis de la région de Charleroi. Pourtant, l'engouement du départ s'essouffle. " Sur le changement d'image, on a été un peu naïf ", explique Hendrickx. " On pensait que cela allait être plus facile. Les gens qui ont dit qu'ils reviendraient lors du départ d'Abbas Bayat ne sont pas tous là ! " Au niveau sportif, la fin 2012 se termine par un match bâclé contre Mons. " Après Gand, j'ai senti que certains décollaient ", explique Hendrickx. " Tout le mois de décembre, on réalise des prestations solides, organisées mais contre Mons, on a été catastrophiques. A l'euphorie des matches précédents s'ajoutait aussi la difficulté éprouvée par les éléments étrangers de jouer le 26 décembre, le lendemain de Noël. " Restent quelques points à prendre en 2013 pour s'assurer une place en D1. Le mercato est assez calme. Au contraire de tous les concurrents du Sporting qui se renforcent en masse. " Avant de descendre en D2, on avait fait huit transferts en janvier ", argumente Mehdi. " On avait commis la même erreur que d'autres clubs cet hiver. Ces huit, ce n'étaient pas des mauvais joueurs - la preuve, c'est avec eux qu'on a été champions en D2 - mais il a fallu que la sauce prenne. Quand je voyais les autres clubs faire des transferts à tout-va, je ne m'inquiétais pas. Je me disais qu'ils étaient en train de tomber dans le même panneau que nous, deux ans plus tôt. Il fallait rester calme, ne pas chambouler le noyau, ne pas se précipiter et garder notre ligne de conduite. Et puis, notre situation financière ne nous permettait pas de faire trop de transferts... " Seuls Guillaume François et David Pollet arrivent dans le Pays Noir. Après deux défaites de rang, la victoire au Lierse, puis celle face au Cercle assurent définitivement le maintien. Entre les deux, dernier soubresaut d'une saison bien remplie, le jeune Ferrera quitte l'aventure. " Ce jour-là, il est arrivé en retard. Ce qui est rare chez lui car c'est quelqu'un de ponctuel ", conclut Notaro. " Il était en civil et nous dit - J'arrête ! J'ai réfléchi hier et j'ai décidé de donner ma démission. On a tenté de le dissuader mais rien n'y fit. On l'a alors laissé seul faire ses adieux au groupe. " PAR STEPHANE VANDE VELDE - PHOTOS: IMAGEGLOBE/ LEFOUR" Quand tombe la proposition Sifakis, je ressors son CV et je me demande où est le couac. Qu'est-ce que ce beau mec, international grec, viendrait foutre à Charleroi ? " (Mehdi Bayat) " Dans le dossier Kagé, on a vu que Gand ne prenait pas encore Mehdi pour un vrai dirigeant. " (Pierre-Yves Hendrickx)