Frédéric Kanouté, l'avant de Séville et du Mali, est le premier joueur né en Europe à avoir été sacré Footballeur africain de l'Année. Cette distinction a suscité la controverse : Didier Drogba, l'attaquant ivoirien, avait remporté l'élection, organisée auprès des 53 sélectionneurs nationaux d'Afrique, mais avait été rayé parce qu'il avait refusé d'assister à la cérémonie.
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Frédéric Kanouté, l'avant de Séville et du Mali, est le premier joueur né en Europe à avoir été sacré Footballeur africain de l'Année. Cette distinction a suscité la controverse : Didier Drogba, l'attaquant ivoirien, avait remporté l'élection, organisée auprès des 53 sélectionneurs nationaux d'Afrique, mais avait été rayé parce qu'il avait refusé d'assister à la cérémonie. Kanouté a reçu le trophée au Togo, deux jours avant les quarts de finale de la Coupe d'Afrique des Nations, au Ghana. Drogba et ses coéquipiers préparaient leur match contre la Guinée... Egalement nominé, Michael Essien, coéquipier de Drogba à Chelsea, avait aussi décliné l'invitation, le Ghana s'apprêtant à affronter le Nigeria. Drogba déclara : " J'étais prêt à déléguer ma femme pour recevoir le trophée quand un membre de la Confédération africaine de Football m'a dit que ce n'était pas la peine : si je n'étais pas personnellement présent, les règles pourraient être modifiées et la distinction remise à mon dauphin ". Kanouté, qui a opté pour l'équipe nationale du Mali en 2004, a été élu pour son rôle dans la victoire de Séville en Coupe UEFA et la qualification du Mali pour la CAN. Frédéric Kanouté : Elles sont très différentes. Le jeu est plus rapide en Angleterre. Il n'arrête jamais. C'est lié à la mentalité des Britanniques, particulièrement passionnés. Le jeu est plus technique en Espagne, on prend le temps de développer un beau football. Si j'aimais la Premiership, physique et rythmée, j'éprouve plus de plaisir en Espagne car l'équipe joue bien et que nous prenons notre pied. Je m'y sentais bien mais cette décision concernait aussi l'ex-manager, Martin Jol. Je ne pense pas que le club voulait réellement me conserver. Mieux valait tenter ma chance ailleurs. J'aurais pu rester en Angleterre mais j'ai préféré un changement radical. J'aimais Londres. Elle est tellement cosmopolite... Toutes les cultures se mêlent, vous les découvrez en faisant le tour de votre voisinage. En France, mon pays natal, les gens vous font remarquer et sentir la moindre petite différence. Les supporters ont essayé de m'intimider mais à la fin, beaucoup d'entre eux m'ont applaudi. Nous avons signé une superbe performance. Notre match nul 2-2 nous a permis de nous qualifier sur le score total de 4-3. Je jouais en - 21 ans sans guère réfléchir. A 18 ou 19 ans, tant que vous jouez bien, vous êtes sélectionné. Je n'ai pas pensé à choisir tel ou tel pays. Puis les nouveaux règlements de la FIFA ont permis aux footballeurs de changer d'équipe nationale sous des conditions que je remplissais. Je ne me suis pas exécuté immédiatement. Ma décision est intervenue au terme d'une longue réflexion. Le football africain m'a toujours intéressé, j'ai suivi maintes CAN et j'ai eu envie d'y participer. J'ai donc opté pour le Mali. Des gens ont trouvé ça moche mais seules les personnes qui, comme moi, comprennent les deux cultures, peuvent soutenir cette décision. Ce n'est pas un fait exceptionnel en France : beaucoup de joueurs marocains nés en France ont choisi de se produire pour le Maroc. Oui, je choisis un endroit calme et je prie. Ils comprennent et respectent ma foi. Ils sont assez curieux, surtout quand le ramadan approche. Ils s'étonnent que je ne mange pas pendant la journée et me posent beaucoup de questions. Je ne m'attarde pas sur le regard des autres. Je reste naturel, je suis ma voie. L'islam m'a aidé. On emprunte ce chemin parce qu'il permet de réfléchir à votre vie, d'aimer ses voisins et les gens avec lesquels on vit. Tous ces problèmes de terrorisme me paraissent étranges car ils sont opposés à ce que je comprends de l'islam. C'est pareil pour toutes les religions. Il ne faut pas trop se braquer sur l'islam car la chrétienté et le judaïsme ont aussi leurs pages noires. J'ai parcouru les rues de Bamako, la capitale du Mali, j'ai vu dans quelles misérables conditions les jeunes enfants vivaient et j'ai voulu les aider. Cette idée me trottait dans la tête depuis longtemps. On m'a aidé à mettre sur pied cette fondation (www.developmenttrust.com) et elle fonctionne très bien. Nous allons fonder un village pour les enfants orphelins. Nous avons acquis le terrain, nous sommes en train de discuter avec un architecte. Les travaux devraient commencer bientôt. Ils ont appris l'espagnol d'un claquement de doigts. Je suis heureux que mes enfants parlent français, anglais et espagnol. C'est une réelle chance. Maintenant, nous devons entretenir leur anglais car je remarque qu'ils oublient des mots. Pourquoi ne retournerais-je pas en Premiership ? Je continue à l'aimer. tusdiq din, esm - photos: reuters