Les spectateurs qui avaient choisi de quitter leur place avant le terme du GP pour éviter les embouteillages (ou pour fuir la pluie qui s'annonçait) loupèrent en tout cas un final aussi haletant que surprenant qui vit quelques stratèges tenter de vrais coups de poker dont certains se révélèrent gagnants.
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Les spectateurs qui avaient choisi de quitter leur place avant le terme du GP pour éviter les embouteillages (ou pour fuir la pluie qui s'annonçait) loupèrent en tout cas un final aussi haletant que surprenant qui vit quelques stratèges tenter de vrais coups de poker dont certains se révélèrent gagnants. Nick Heidfeld par exemple choisit de rentrer au stand à l'entame de l'avant-dernier tour pour chausser des pneus pluie : " C'était un pari et je l'ai gagné puisque j'ai doublé de nombreux adversaires qui cherchaient tout juste à rester sur la piste détrempée. Pourtant, quand j'ai annoncé par radio que je rentrais, mon ingénieur m'a demandé s'il avait bien entendu... Cependant, j'ai pu passer de la 7e à la 3e place ( NDLR : qui deviendra la 2e plus tard) et m'offrir un podium dont je me souviendrai longtemps ! " A trois tours de la fin, la cause semblait pourtant entendue : Kimi Raikkonen tenait solidement les rênes de la course et sa médaille d'or conjuguée au bronze de Felipe Massa avait de quoi réjouir les fans : non seulement elle marquait le retour aux affaires d'un pilote peu en veine ces derniers temps mais elle contribuait à resserrer encore le classement en tête du championnat à la veille des cinq derniers rendez-vous. La météo s'ingénia donc à brouiller les cartes avec une de ces averses qui font le charme de Spa-Francorchamps. Plus à l'aise sur une piste très humide, Lewis Hamilton - deuxième depuis le début - revint à bride abattue dans les roues du leader et porta un assaut décidé au freinage de la chicane. Très logiquement Iceman résista et son rival choisit de court-circuiter le virage pour revenir immédiatement se blottir dans le sillage de la Ferrari afin de l'attaquer à la Source, victorieusement cette fois. Quelques bornes plus loin, le champion en titre sortait pour le compte à Blanchimont. Le premier verdict permettait au pilote McLaren de creuser l'écart sur son principal challenger : " Hélas pour moi, le règlement limite à deux points la différence entre une 1re et une 2e place ", commentait-il à sa descente du podium. " Donc, je n'augmente que faiblement mon avance sur Massa et la hiérarchie reste très serrée. Une chose est sûre, ce sera un beau combat ! "Quelques heures plus tard, le jeune Anglais déchantait en apprenant que les commissaires l'avaient pénalisé pour être revenu trop rapidement dans les échappements de Raikkonen après sa tentative ratée à la chicane : " Je trouverais injuste d'être pénalisé pour cette man£uvre car je n'en ai tiré aucun avantage ", avait pourtant argumenté en conférence de presse celui qu'il faut bien appeler l'ex-vainqueur du GP de Belgique. S'il n'avait effectivement rien gagné, le protégé de Ron Dennis n'avait pas non plus perdu le moindre mètre, la zone de dégagement lui ayant permis de garder son élan pour retrouver la piste très vite. Un scénario identique se serait soldé par une addition bien plus lourde dans la plupart des autres virages... Faut-il ajouter que Massa est le grandissime bénéficiaire de cette affaire qui ne manquera pas de rebondir puisque le team McLaren s'est pourvu en appel. Le trésorier du GP d'Italie programmé ce week-end doit également se frotter les mains... Guère impressionnant sur le tracé spadois qui ne lui a que rarement réussi, le petit Brésilien s'était fait à l'idée d'y finir 3e quand l'erreur d' Iceman lui permit de grimper d'un échelon : " Durant la majeure partie du GP, j'avais assisté au duel opposant Kimi et Lewis mais je n'avais pas cherché à m'y mêler car je privilégiais le championnat. Et sur la piste détrempée, je n'ai pas songé à revenir sur Lewis car j'estimais que 8 points valaient mieux que rien du tout. " Les commissaires sportifs lui en offrirent deux supplémentaires et en retirèrent quatre à Hamilton. Une affaire en or, on vous disait. A ce stade de la saison, il semblerait logique que les dirigeants de la Scuderia Ferrari jouent désormais la carte Massa. Questionné sur cette hypothèse, le principal intéressé botte en touche : " Je fais mon job le mieux possible avec l'ambition de décrocher le titre. Le reste n'est pas de mon ressort... " Cela dit, la F1 n'est pas le cyclisme par exemple, et il apparaît hasardeux de mettre un des membres d'une formation au service de l'autre, à moins de donner des consignes de " laisser passer " si la situation se présente. Mais ces consignes sont interdites et on se doute que le pouvoir sportif surveillera de très près les courses des monoplaces rouges. Et puis, comment s'y prendrait la Scuderia et quels avantages tirerait-elle à fournir un matériel moins affûté à Raikkonen qui, il l'a prouvé à Spa-Francorchamps, demeure très affûté ? Son directeur Stefano Domenicali se montre clair sur le sujet : " Mieux vaut avoir deux voitures rapides plutôt qu'une seule ! " Même s'il a fini (brutalement...) dans le mur, Raikkonen restera en effet comme l'un des grands bonhommes de la manche belge. Le Finlandais a dominé durant 42 tours et sans l'averse qui a inondé une partie du circuit, il semblait parti pour signer la passe de quatre en Ardennes. Il a en tout cas cloué le bec à ceux qui mettaient en doute sa détermination. Reste qu'avec 19 unités de retard sur le leader, sa mission semble impossible dans un combat qu'Hamilton aborde au contraire en position de force. D'abord, le jeune métis est indiscutablement l'homme en forme du moment : sur les cinq dernières courses, il a marqué 38 points contre 26 à son premier challenger (et encore, on sait que le verdict de Spa a été modifié sur le tapis vert). Il dispose avec la McLaren-Mercedes MP24/3 d'une monoplace dont la constance fait merveille en qualifications comme en course. Enfin, il se sent dans la peau d'un leader et bénéficie de toute l'attention de son équipe, les errements dont s'est rendu coupable son ailier Heikki Kovalainen sur la piste spadoise n'ayant fait que confirmer encore cette situation. Ce GP de Belgique a par ailleurs confirmé un certain nivellement des valeurs derrière les deux teams de pointe. Longtemps considérée comme la troisième force, BMW est rentrée dans le rang et doit désormais composer avec une concurrence où Toro Rosso se taille une place très solide. La formation managée par Gerhard Berger a marqué de gros points sur le toboggan ardennais où Sébastien Bourdais a livré sa plus belle prestation depuis ses débuts en F1. Qualifié devant son équipier Sebastian Vettel, le Français a passé toute la course au 5e rang et a même entamé le dernier tour en 3e position. Hélas, les derniers kilomètres ont pris pour lui l'allure d'un chemin de croix : préférant assurer le coup, il s'est fait doubler par Nick Heidfeld et Fernando Alonso, avantagés par leurs pneus pluie, puis Vettel et Robert Kubica pour terminer finalement 7e. Il avait presque les larmes aux yeux en quittant son cockpit : " J'étais tellement proche d'un excellent résultat que j'ai presque pu le toucher. " On peut espérer toutefois que sa démonstration ne sera pas passée inaperçue aux yeux de son état-major qui ne lui a pas facilité l'existence ces dernières semaines, laissant entendre que sa place était en jeu et citant déjà de possibles remplaçants ( Takuma Sato, Sébastien Buemi). Toro Rosso a en tout cas réussi un tir groupé que pourrait lui envier Red Bull l'écurie-s£ur qui se contente du petit point conquis par Mark Webber. On l'a dit, BMW a sauvé la mise grâce au coup de poker d'Heidfeld. Mais les voitures bavaroises n'ont jamais semblé à l'aise dans les longues courbes spadoises et elles sont loin en tout cas d'afficher la superbe qu'on leur connaissait à la fin du printemps. Un constat qui n'a pas dû échapper à Alonso plus que jamais au centre du mercato des pilotes. Véritable battant, l'Espagnol s'interroge sur son avenir : rester chez Renault ou répondre aux offres (alléchantes) de Honda voire... de BMW dont l'état-major n'a toujours pas précisé ses intentions concernant Heidfeld ? Certains observateurs voient bien le Taureau des Asturies rejoindre la marque bavaroise qui a effectivement besoin d'un homme de caractère pour reprendre sa marche en avant et réduire encore l'écart derrière McLaren-Mercedes et Ferrari. Une chose est sûre, les prestations actuelles des Honda ne doivent guère inciter un champion de la trempe d'Alonso de jouer cette carte. A la traîne durant tout le week-end, les voitures japonaises ont fait à peine mieux que les modestes Force India et éprouvé des difficultés à lutter avec les Williams-Toyota. Un retour au premier plan est impératif pour 2009 sous peine de voir l'engagement en F1 remis en question. L'annonce par Honda de sa prochaine implication en endurance - via sa filiale américaine Acura - n'a échappé à personne, et un succès aux 24 H du Mans pourrait être un nouvel objectif décidé par les dirigeants nippons. De ce point de vue, la situation de Toyota est certes bien moins grave mais elle peut apparaître préoccupante dans la mesure où Jarno Trulli et Timo Glock ne parviennent pas à concrétiser les belles dispositions affichées durant l'été. Or, là aussi il est temps de jouer régulièrement dans la cour des grands sous peine de voir certains argentiers perdre patience et opter pour d'autres disciplines moins prestigieuses peut-être que la F1 mais plus dans l'air du temps. N'oublions pas par exemple que Toyota est l'un des constructeurs les plus actifs dans le domaine des véhicules hybrides, et là aussi Le Mans pourrait devenir un terrain de jeu intéressant... par éric faure - photos: belga