Ce week-end, Charleroi ira défier le White Star Woluwe dans le cadre du premier tour de la Coupe de Belgique. Doit-on déjà envisager une qualification carolo les doigts dans le nez face à cette équipe moyenne de D3B ? Pas si sûr, si on se fie à l'historique des Hennuyers dans cette épreuve. Il y eut, bien sûr, deux finales. En 77-78, les Zèbres avaient trébuché au Heysel face à Beveren (2-0) après avoir éliminé notamment Anderlecht, Waterschei et le Club Bruges. En 92-93, ils s'étaient inclinés, à Anderlecht, contre le Standard (2-0) après s'être payé le scalp de La Gantoise, du Club Bruges, de Beveren et d'Anderlecht.
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Ce week-end, Charleroi ira défier le White Star Woluwe dans le cadre du premier tour de la Coupe de Belgique. Doit-on déjà envisager une qualification carolo les doigts dans le nez face à cette équipe moyenne de D3B ? Pas si sûr, si on se fie à l'historique des Hennuyers dans cette épreuve. Il y eut, bien sûr, deux finales. En 77-78, les Zèbres avaient trébuché au Heysel face à Beveren (2-0) après avoir éliminé notamment Anderlecht, Waterschei et le Club Bruges. En 92-93, ils s'étaient inclinés, à Anderlecht, contre le Standard (2-0) après s'être payé le scalp de La Gantoise, du Club Bruges, de Beveren et d'Anderlecht. Pour le reste, la relation entre Charleroi et la Coupe de Belgique fut souvent compliquée. Surtout depuis la finale de 93. En 11 ans, ce club n'a plus gagné que quatre matches, tous contre des équipes de divisions inférieures. Plus aucun club de D1 n'a trébuché face au Sporting ! Il y eut même quelques sérieux camouflets, comme le 2-6 contre Alost en 99-00 et le 3-4 face à Geel, il y a un an. Daniel Mathy (57 ans), gardien de la première finale, et Dante Brogno (38 ans), attaquant de la seconde, reviennent sur leurs grands moments et leurs grosses désillusions en Coupe. Ils tentent aussi de trouver des explications au désamour entre ce trophée et les Zèbres. Daniel Mathy : Le replay de notre huitième de finale à Anderlecht, après avoir fait 3-3 à domicile. Le tout grand Anderlecht de Ludo Coeck, Arie Haan, Hugo Broos, Jean Thissen, Peter Ressel, Robbie Rensenbrink, Franky Vercauteren, Gilbert Van Binst, etc. Et Raymond Goethals aux commandes. Quelques mois plus tard, cette équipe-là allait remporter la Coupe des Coupes. Forcer un nul à domicile était déjà inespéré. Le replay a été programmé le 4 janvier, mais pour nous, hors de question d'annuler le réveillon prévu chez un de nos joueurs, Jacques Van Welle. Nous avons fait les fous jusqu'aux petites heures pendant que les Mauves étaient au vert à Genval. Nous sommes arrivés au stade comme des touristes, en étant bien conscients que nous n'avions strictement rien à perdre. Le grand Anderlecht contre un Charleroi qui ramait en championnat, c'était tellement disproportionné que nous n'avions à la limite même pas le droit d'y croire. Et nous nous sommes qualifiés aux tirs au but. J'ai arrêté le tir de Coeck. Nous devions encore en marquer un pour nous qualifier, mais Goethals avait compris : il était déjà rentré au vestiaire, la tête entre les mains. Dante Brogno : Moi aussi, je retiens la qualification contre Anderlecht, en demi-finales. Nous les avons battus trois fois en quelques jours. Ils avaient déjà commencé à fêter leur titre et cela nous a bien aidés. Mathy : Nous avons également profité de la situation particulière de Bruges, en demi-finales. Là aussi, c'était le tout grand Bruges de Georges Leekens, Julien Cools et René Vandereycken. Ils étaient déjà concentrés sur leur finale de Coupe des Champions, qu'ils devaient jouer quelques jours plus tard contre Liverpool. Mathy : Détrompez-vous. On n'arrive pas en finale avec des manchots. Nous avions quelques joueurs fabuleux : Matt Van Toorn, Chris Dekker, Rainer Gebauer, Charly Jacobs, Bobby Böhmer. Brogno : C'est vrai qu'il y avait quelque chose dans notre équipe. Des joueurs de caractère comme Eric Van Meir, Roch Gérard, Rudy Moury et Olivier Suray qui savait déjà gueuler alors que ce n'était qu'un gamin. Du talent pur avec Marc Wuyts et Pär Zetterberg. De la dynamite devant avec Neba Malbasa et moi. Il n'y avait pas de bourrins dans notre noyau. D'ailleurs, nous avons aussi fait un tout bon championnat. Nous avons terminé à la sixième place, puis à la quatrième la saison suivante. Nous avons abordé chaque match de Coupe sans aucune pression parce que nous étions déjà contents de notre parcours en championnat. Mathy : Pour nous, la situation était différente. Nous ramions en championnat. La Coupe pouvait nous permettre de sauver notre saison. Mathy : Tout le monde nous donnait favoris contre Beveren, vu notre parcours. Mais il ne faut pas croire que c'était un Beveren de pacotille. Cette équipe a d'ailleurs été championne la saison suivante. Et Charleroi a eu pas mal de poisse en finale. Eric Van Lessen, incontournable en défense, était blessé. Böhmer avait été écarté pour incompatibilité d'humeur avec Felix Week. Moi-même, je n'étais pas à 100 % : je m'étais blessé en jouant à la balle pelote en début de semaine, mais j'ai caché mon mal parce que je voulais absolument disputer cette finale. Si j'avais été en pleine possession de mes moyens, je n'aurais sans doute pas pris ces deux buts. Ajoutez à cela une occasion en or ratée par Gebauer alors que c'était encore 0-0. En championnat, il ne manquait jamais des opportunités pareilles. Mais là, il a paniqué devant Jean-Marie Pfaff et le match a basculé. Brogno : La poisse nous a aussi collé aux godasses. Istvan Gulyas s'est blessé avant la finale. Cedo Janevski et Olivier Suray ont dû sortir sur blessures. Et j'ai aussi raté une occasion 5 étoiles face à Gilbert Bodart. Cette phase, j'en rêve encore. Je suis seul devant lui mais il sort mon tir. Et n'oubliez pas l'arbitrage d'Alphonse Costantin, évidemment. Brogno : Si un club comme Charleroi n'a pas une certaine dose de chance dans les tirages, il ne peut pas espérer grand-chose. Nous avons affronté trois gros morceaux aux trois premiers tours (Gand, Bruges, Beveren), mais chaque fois à domicile. A une période où chaque affiche remplissait le Mambourg. Brogno : Nous sommes parfois tombés sur de gros morceaux, comme un Ekeren européen. Et le Standard, évidemment, qui nous a éliminés trois fois en huit ans, sans jamais nous dominer : 0-1 chez nous, les tirs au but à nouveau au Mambourg l'année suivante, puis 2-1 à Sclessin. Il y a aussi eu trois éliminations contre Alost : notre bête noire en Coupe, que dire de plus ? Brogno : Le contexte était très particulier. C'était la pagaille à tous les étages du club. Ce match fut à l'image de toute notre saison. Mais c'était de toute façon un sale tirage pour nous. L'adversaire idéal, pour Charleroi, c'est un gros morceau. Dès que l'équipe d'en face est plus anonyme, une forme de suffisance s'installe chez nous. Ça dure depuis une éternité. Les parcours des deux équipes du Sporting qui ont joué les finales sont significatifs : des grands étaient passés à la moulinette. Mathy : Après la défaite à domicile contre le Lorrain Arlon, un club de Promotion, en 1982, nous avons dû quitter le stade avec nos godasses à la main. Une arme pour nous défendre contre des supporters en furie. Brogno : J'ai été fort marqué par notre élimination par le Standard en 1997. Nous avions été les plus forts pendant deux heures, le match s'est terminé par un 2-2 et nous avons perdu aux tirs au but. Brogno : Je ne parlerais certainement pas de complexe parce que le coup est souvent passé très près. Brogno : Tout à fait. Et ça laisse des traces chez les joueurs qui ont touché au rêve. Jouer une finale et la perdre, il n'y a rien de pire. J'aurais préféré ne pas arriver jusque là, être éliminé dès le premier tour. Cette saison-là, nous avons accumulé les joies avant de connaître une terrible désillusion. C'était comme si nous trébuchions sur la dernière marche alors que nous étions à quelques centimètres du trophée. Imaginez qu'en regardant le tirage du Lotto en direct, vous ayez les cinq premiers numéros, mais pas le sixième : c'est la même sensation de dépit. Mathy : Nous avions prévu une grande fête dans un restaurant de Bruxelles après la finale. Le patron n'a pas modifié le menu à cause de la défaite : il a simplement mis un ruban noir autour du gâteau... Brogno : Tout peut arriver, mais rien de fâcheux n'arrivera si nous affichons le même état d'esprit que dans la plupart de nos matches de championnat. Mathy : Si le Sporting est battu, il faudra réagir tout de suite. Rappelez-vous qu'en 1999-2000, c'était le 2-6 en Coupe contre Alost qui avait déglingué toute l'équipe après un très bon début de championnat. Brogno : L'ambiance n'a plus rien de commun avec ce que nous avons vécu la saison dernière. Il suffit d'une pomme pourrie pour que tout un groupe soit contaminé. Aujourd'hui, tout se passe bien, dans le groupe et dans le staff. On sent un vent favorable qui part de la direction, passe par les entraîneurs et arrive sur les joueurs. Il y a aussi un bon mélange entre jeunes prometteurs et trentenaires qui savent de quoi ils parlent. Les arrivées de Thierry Siquet et de mon frère Toni ont en partie changé la donne. Ils ont un vécu qui permet de mieux appréhender les mauvais coups. Et chacun sait désormais ce qu'il doit faire. Personne n'oublie son job mais personne ne joue au donneur de leçons non plus. J'étais frappé par le manque û voire l'absence û de sérénité dans le club au cours des dernières années. Le changement est frappant cette saison : il n'y a plus de tensions, plus de conflits, plus de scandales. Mathy : Des anciens joueurs reviennent au Mambourg. Cela paraît anecdotique mais, pour moi, c'est révélateur. Cela veut dire qu'une ambiance Sporting se réinstalle petit à petit. Pendant des années, il y a eu un fossé énorme entre la mentalité d'autrefois et l'état d'esprit de la direction, du staff et de l'équipe qui était sur le terrain. Brogno : J'ai l'impression qu'un déclic s'est produit. Chez les joueurs, les dirigeants et les supporters. Tout le monde avait pris l'habitude de voir un Sporting qui prenait l'eau à l'extérieur et finissait toujours bien par se sauver au Mambourg. Mais pourquoi ne pas viser plus haut ? Nous sommes partis d'un constat : à part Bruges, Anderlecht (souvent) et le Standard (parfois), quelle équipe belge est capable de faire le jeu, d'accélérer de façon décisive au moment qu'elle a choisi ? Tous les autres clubs font chaque semaine ce qu'ils peuvent pendant une heure et demie. Alors, pourquoi devrions-nous avoir peur de regarder nos adversaires dans le blanc des yeux ? A l'extérieur, Charleroi pratique désormais un jeu organisé, discipliné, dans lequel chacun connaît parfaitement son rôle. Et il y a souvent quelque chose à prendre quand on applique ces principes. Brogno : Ne plus faire tout le deuxième tour avec le couteau sur la gorge, ça va faire un bien fou aux joueurs qui ont connu la situation inverse pendant des années. Il ne faudra plus vivre en permanence avec la pression de la direction, de la presse et des supporters. Brogno : Les réservistes prouvent depuis le début du championnat qu'on peut compter sur eux. Cela aussi, c'est nouveau. Ils seront là pour prendre la place des titulaires en cas de coup dur. Un Sporting dont on connaissait la composition presque à coup sûr 48 heures avant les matches, c'est terminé. Aujourd'hui, il y a du roulement et cela n'a pas d'incidence négative sur le niveau de l'équipe. Pierre Danvoye" Les anciens reviennent : UNE AMBIANCE SPORTING se réinstalle " (Mathy) " Perdre une finale, c'est comme AVOIR LES CINQ PREMIERS BONS NUMÉROS AU LOTTO " (Brogno)