Le monde entier a le regard tourné vers la CAN depuis le match d'ouverture Mali-Liberia (1-1), samedi passé à Bamako, et Jean Dockx, parti trop tôt au paradis des footballeurs, s'y serait beaucoup amusé en admirant les artistes africains. La minute de silence respectée avant le coup d'envoi d'Anderlecht-La Louvière en l'honneur de ce personnage horme norme, d'abord par sa gentillesse, mais aussi par son talent et son palmarès, fut un moment d'une émotion immense. Son billet d'avion était réservé mais le destin ne lui a pas permis de boucler ses valises pour le Mali. Au revoir, Jean.
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Le monde entier a le regard tourné vers la CAN depuis le match d'ouverture Mali-Liberia (1-1), samedi passé à Bamako, et Jean Dockx, parti trop tôt au paradis des footballeurs, s'y serait beaucoup amusé en admirant les artistes africains. La minute de silence respectée avant le coup d'envoi d'Anderlecht-La Louvière en l'honneur de ce personnage horme norme, d'abord par sa gentillesse, mais aussi par son talent et son palmarès, fut un moment d'une émotion immense. Son billet d'avion était réservé mais le destin ne lui a pas permis de boucler ses valises pour le Mali. Au revoir, Jean. L'Afrique fait la fête au foot. Certains semblent découvrir le talent de ce continent depuis peu. C'est oublier de grandes aventures. En 1965, Eusebio remportait le Ballon d'Or. Ce fils du Mozambique était devenu la superstar de Benfica. Sept ans plus tôt, le plus grand footballeur de tous les temps gagnait, avec l'armada de magiciens brésiliens, la Coupe du Monde 58 en Suède: Pelé, noir comme le café de Sao Paulo, ébène comme ses aïeux africains. La Belgique fit la connaissance de ses premières perles noires à la fin des années 50 et au début des golden sixties: Mokuna, Kialunda, Assaka, Bonga Bonga, N'Dala, Lolinga, etc. Les graines étaient plantées. La récolte est abondante 40 ans plus tard. On n'imagine plus le foot actuel sans pili pili africain. A un point tel que des championnats européens sont faussés sans leurs stars parties à la CAN. Le Standard a reporté son match au GBA pour cela. Des pays de ce continent ont acquis une place importante dans le concert international: Cameroun, Sénégal, Nigeria, Afrique du Sud, Maroc, Algérie et Egypte.René Taelman dirige pour le moment l'équipe nationale du Bénin (absente à la CAN): c'est sa septième aventure dans un pays africain. Pour lui, l'âge d'or de l'Afrique s'explique par l'embourgeoisement européen. Nos jeunes n'ont pas que le ballon rond au centre de leur vie et de leurs hobbies. L'Afrique compte plus de 800 millions d'habitants où la pauvreté, un des grands fléaux de ce continent, est une alliée du football: les jeunes n'ont guère les moyens de s'intéresser à un autre sport. Ils taquinent la balle, un peu partout, 24 heures sur 24, et c'est leur fabuleux trésor technique qui fait la différence, pas leur physique car le footballeur européen a des arguments dans ce domaine. Kanu, Fadiga, Weah, Mboma, Fadiga et leurs frères font monter la cote de tout un continent qui a bien besoin de rêver pour oublier ses soucis: sida, guerres, famine, catastrophes naturelles, etc. L'Afrique est devenue pour de bon le troisième continent du football mondial après l'Europe et l'Amérique latine. Elle mérite déjà plus de cinq élus à la Coupe du Monde, comme ce sera le cas au Japon et en Corée. Par contre, Sepp Blatter, le président de la FIFA, se trompe en estimant que l'Afrique pourrait organiser la Coupe du Monde dès 2010: aucun de ses pays ne serait prêt pour une telle aventure. Si la réussite en Europe des meilleurs joueurs africains est belle, il y a aussi de nombreux échecs, des footballeurs abandonnés sans gêne. L'emprise des agents étant de plus en plus grande (des clubs leur appartiennent ou ils les contrôlent en partie), le marché des joueurs africains est le leur. Ces managers exploitent la mode africaine, gagnent gros, influencent des coaches, expliquent que de jeunes joueurs africains, dociles et bien mis en vitrine, seront vite vendus et feront rentrer beaucoup de "pognon" dans les caisses. Il y a des clubs, dans toute l'Europe, où les joueurs du cru sont freinés par ce sale business. Beaucoup n'osent rien dire par peur de se retrouver à la rue.C'est hélas, la Coupe d'à fric: nous lui préférons la CAN. A propos de Coupe, celle de Belgique ne fait pas recette. Et alors? Rien n'est plus beau qu'un "petit" qui bat un grand comme ce fut le cas ce week-end en France, où huit clubs de D1 ont été sortis en seizièmes de finale: personne ne s'en plaint et on y attend d'autres Calais et Amiens qui ont récemment atteint la finale.Ne touchez pas à l'esprit de la Coupe. Les clubs pros n'ont-ils pas déjà démoli leur Coupe de la Ligue par manque d'imagination? Une Coupe à fric ne rapporterait rien de bon.Pierre Bilic