Comme il en avait marre de sa crinière, Vedran Runje s'est emparé d'une paire de ciseaux et a taillé ses cheveux. " Ma femme a cru que je n'oserais pas ", dit-il. " Elle s'est trompée ". Le gardien du Standard se laisse emporter par un grand éclat de rire. " Un bon coiffeur a ensuite terminé le travail ".
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Comme il en avait marre de sa crinière, Vedran Runje s'est emparé d'une paire de ciseaux et a taillé ses cheveux. " Ma femme a cru que je n'oserais pas ", dit-il. " Elle s'est trompée ". Le gardien du Standard se laisse emporter par un grand éclat de rire. " Un bon coiffeur a ensuite terminé le travail ". Cela lui donne un petit côté iroquois même si le Standard est sur le chemin du succès, pas sur celui de la guerre. Ce démarrage en force contraste avec celui de la saison écoulée. De plus, même si tout n'est pas parfait, cette belle récolte exorcise les mauvais souvenirs de Genk où s'étaient évanouis ses derniers rêves européens des Liégeois. A 29 ans, le portier du Standard examine les choses du football avec un calme étonnant. Avec une sérénité contre nature ? " Oh... je ne crois pas ", dit-il. " On m'a demandé d'être un peu plus sage dans mes propos. Cela m'a fait réfléchir mais, dans le fond, on ne change pas le caractère d'un gars de mon âge ". Vedran Runje : Je n'ai jamais eu de problèmes avec les journalistes mais, durant la trêve, certains ont diffusé trop de choses bizarres à mon propos. On m'a cité un peu partout : Toulouse, Sporting Portugal, Porto, Bétis de Séville, etc. Je n'étais pas concerné du tout et je me suis demandé pourquoi on me plaçait dans ces clubs et, surtout, qui abreuvait la presse de rumeurs sans fondements. La moindre des choses aurait été de me consulter. Au lieu de cela, on m'a taillé le costume de celui qui ne songeait qu'à une seule chose : partir, se tailler, laisser Sclessin derrière soi. C'est négatif. Or, je suis bien au Standard et à Liège. J' y suis chez moi, j'ai encore envie d'y vivre des trucs. Non, dans des situations pareilles, je préfère qu'on joue cartes sur tables. Si on m'avait consulté, j'aurais dit la vérité, comme d'habitude, et on n'aurait pas véhiculé autant de bêtises à mon propos. Il en a été ainsi à propos du départ de Milan Rapaic. J'ai lu et entendu qu'il était parti à cause de moi : là, j'ai cru que je rêvais. Sans mes supplications, Milan Rapaic ne se serait même pas présenté à la reprise des entraînements. Je n'ai pas boudé, je me suis posé des questions et, dans le fond, je n'avais pas envie de parler. C'est différent même si c'est un peu la même chose. C'est le passé. Et vous savez ce qui compte surtout ? Pas moi car, même sur le terrain, je cause moins. Non, c'est le 12 sur 12 qui importe. C'est du concret, des preuves, des résultats... L'effectif n'a pas trop bougé et cela s'est forcément ressenti au niveau de la fluidité, de la qualité de notre jeu. Le groupe a des atouts, on le sait, mais le niveau ne peut être performant qu'en cas de continuité dans la courbe des résultats. C'est le propre des grands clubs. Leur progression n'est pas sans cesse interrompue par des bas après une période de haute conjoncture. Quand c'est le cas, on n'a pas le temps de s'installer dans le top et il faut revenir, encore revenir, et cela use. On passe par tous les états d'esprit alors que la continuité rassure, donne la certitude qu'on franchira le cap même quand cela chauffe. Cette recherche de régularité a été au centre des préoccupations de chacun la saison passée. J'ai aussi été dans le cas. Quand je suis revenu de Marseille, j'étais un peu court au niveau du temps de jeu, des sensations qu'on n'éprouve que sur le terrain. Alors, je me suis cherché durant quatre ou cinq matches. Pour retrouver mon niveau, cela devait passer par une courbe régulière dans mes prestations. J'ai atteint la constance après quatre ou cinq matches. A ce niveau, l'essentiel pour un gardien de but est de ne pas perdre. Réussir cinq grands arrêts mais encaisser deux buts, cela ne sert à rien, c'est le lot des petites équipes. Un club ne peut tenir au top qu'à condition de marquer, bien sûr, mais en ayant une arrière-garde imperméable. Cette saison, nous avons aussi compris qu'un match ne se termine qu'au coup de sifflet final. Il y a désormais beaucoup de jusqu'au-boutisme, plus que la saison passée, dans le comportement de chacun. C'est important car cela nous a permis, par exemple, de faire la différence à Zulte-Waregem et à La Louvière. Je suis persuadé que les autres grands de la D1 n'y feront pas tous le plein. A Zulte-Waregem, j'ai constaté que l'entraîneur de ce club est un vrai connaisseur et un fin technicien. La Louvière dispose d'un bon groupe qui nous a posé de gros problèmes après le repos. Malgré cela, nous avions émergé dans les deux cas et le fait d'y croire à fond nous permet, aujourd'hui, d'occuper la première place du classement général. Le groupe est plus solide mentalement... Notre vestiaire n'est quand même pas chaud bouillant, hein... Non, même pas. Mais, entre nous, il ne faut pas d'air conditionné dans le vestiaire. Il y a de grosses personnalités au Standard et cela dégage forcément de la chaleur. J'aime bien : cela signifie qu'il y a de la vie, de l'envie, de l'ambition, etc. Quand l'ambiance est frigorifique, c'est que le groupe se fout complètement de ce qui lui arrive. Contrairement à ce qu'on dit parfois, je ne me fâche jamais. Je n'ai pas d'ennemis. Il m'arrive de me disputer, c'est différent. Je suis un battant et je ne supporte pas la défaite. Quand je dis quelque chose et que cela fait mal, je ne le fais pas exprès. Et si c'est le cas, je préfère qu'on me le dise tout de suite. J'essaye de tempérer mon caractère même sur le terrain : je m'y exprime moins bruyamment, vous l'avez vu, n'est-ce pas ? Oui. Je suis un professionnel et le Standard est mon employeur. J'ai gardé de bons contacts avec Christian Piot comme c'est le cas avec Jean Nicolay et son fils qui m'entraînèrent au Standard quand j'y suis arrivé pour la première fois en 1998. Christian Piot a joué un grand rôle auprès de moi la saison passée. Cet ancien international et Soulier d'Or a de l'expérience à revendre. Il m'a compris, savait que j'avais besoin d'un peu de temps pour retrouver mes sensations sur le terrain, mon placement, mon coup de patte si je puis dire. Christian Piot s'est adapté à moi. Et maintenant, je me suis adapté à Claudy Dardenne. Pourquoi ? Non. Je suis là pour travailler. J'ai mon style et Christian Piot l'avait cerné. Le dialogue était intéressant, intense. Ainsi, j'ai ma façon à moi de plonger dans les pieds. C'est la griffe Hajduk Split : s'emparer de la balle au ras du sol et se recroqueviller le plus vite possible. J'ai beaucoup parlé de cela, et d'autres choses, avec Christian Piot. Il n'était certainement pas trop gentil avec moi, comme vous le dites. Nous avons bossé avec des résultats à la clef. Maintenant, je vis autre chose avec Claudy Dardenne et c'est passionnant aussi. Les grands axes de sa méthode sont intéressants. Je suis à l'écoute, cela se passe bien et si je progresse, c'est parfait. Mais ce n'est pas moi qui compte avant tout, c'est l'équipe. Bien sûr. Milan Rapaic est un gentleman. Il n'avait de problèmes avec personne et tout le vestiaire regrette sa décision. Les raisons de son départ n'appartiennent qu'à lui. Je suppose qu'il y a eu un désaccord entre lui et la direction. Rapaic n'est pas homme à partir sans raison. On a dit que Hajduk Split, en mauvaise posture au classement général en D1 croate, était intéressé par son ancienne vedette. Mais non, tout cela, c'est du show. Après avoir servi les intérêts du Dynamo Zagreb, entre autres, et s'être opposé à Split, Ciro Blazevic coache Hajduk. C'est le monde à l'envers, du cinéma, et Ciro Blazevic n'a pas eu de contacts avec Milan Rapaic. Pour le Standard, la page est tournée et c'est une très grande perte. Là, vous y allez un peu vite. Ecoutez, Milan Rapaic a joué dans de grands clubs. C'est un joueur de classe, de haut vol, qui connaissait le métier. Il aurait été vachement utile cette saison. Le Standard aurait été plus fort si Milan était resté. Cela dit, Michel Garbini a saisi sa chance. Le Brésilien est trop jeune pour avoir la même envergure que Milan. Mais cela viendra, je l'espère pour lui. Il a été critiqué, notamment pour son match à Zulte Waregem, mais je constate avant tout que Michel est efficace. A Zulte Waregem, il nous a offert les trois points à l'ultime seconde de jeu. C'est cela, être efficace, y croire jusqu'au bout. En tout, il a déjà procuré six points au Standard et cela pèse lourd. Le reste... Evidemment. Il a fait son choix. Drago était prêt pour le top, pour l'Europe, peu importe où. Il méritait un grand transfert. Marseille, c'était un club tout à fait dans ses cordes. Même si ce club patauge pour le moment dans le bas du classement de la L1, c'est géant ce qui s'y passe au quotidien. J'y ai encore des contacts et je vous assure que Drago aurait été reçu comme un roi et qu'il aurait réussi à Marseille car c'est un compétiteur. Il se serait régalé. Je ne sais pas comment ce roc sera remplacé dans notre défense. Là, il faut vous adresser à notre coach, Dominique D'Onofrio. Ce n'est pas mon job. Je suppose qu'il y a des solutions dans le groupe. Mathieu Beda a déjà officié dans l'axe de la défense. Philippe Léonard peut y rendre de grands services et, à gauche, il y a Michel Garbini, bien sûr, mais aussi Aleksandar Mutavdzic qui est aussi un bon joueur. Gonzague Vandooren est parti aussi : d'autres peuvent en profiter. Rien de neuf dans tout cela : c'était en effet déjà le cas la saison passée. Une grande partie de notre production offensive passe par la droite. A la longue, les autres le verront, vont y masser suffisamment de troupes pour bloquer le couloir. Notre force actuelle constituera alors un problème. A contrario, j'estime que le pourcentage d'efficacité de notre flanc gauche est plus élevé que le côté droit qui hérite de plus de ballons mais en perd plus. Sergio Conceição est le meilleur à sa place en D1. Il y a un impact terrible. Mais peut-on comparer un gardien de but à un avant-centre, un extérieur à un essuie-glace ? Moi, je ne crois pas. Sergio apporte beaucoup mais il profite aussi amplement, et c'est normal, du travail de fond de tout le groupe, c'est ce que j'appelle le collectif. Je me permettrai de ne pas être d'accord. Le staff actuel est formidable mais il l'était aussi la saison passée. Christian Piot, pour ne citer que lui, avait quand même un vécu : Soulier d'Or, international en vue, un des meilleurs gardiens de but européens de son époque, etc. Il n'y a qu'une seule vérité en football : un bon staff, c'est un staff qui gagne. Pour le haut niveau, il faut être compétitif, remporter les matches difficiles, ne rien laisser filer, ne pas faire confiance au hasard. Evidemment que Stéphane Demol nous apporte beaucoup, comme Frans Masson, mais ce qui compte avant tout, c'est le 12 sur 12. Ce qui est pris n'est plus à prendre et il faut profiter au maximum de cet élan. La saison passée, personne n'attendait le Standard. L'équipe était en reconstruction au cours du premier tour et elle a pu parcourir beaucoup de chemin après la trêve hivernale. Cela s'est fait sans pression. Quand ce fut le cas, nous n'avons pas su la gérer. Le Standard ne s'est pas souvent imposé dans les matches au sommet. A Genk, malgré le 3-1 de la première manche des deux test-matches (nous aurions dû marquer plus de buts), notre équipe n'a pas résisté à l'obligation de résister, de préserver une avance, de forcer une qualification. A partir de maintenant, la pression sera plus grande. Serons-nous capables de gagner les grands matches ? Il faudra répondre à cette question, et si c'est positif, on aura avancé. C'est notre prochain défi. Oui, oui, mais méfions-nous de Beveren, imprévisible, et du Cercle de Bruges, qui a besoin de points. Il faudra gagner. L'obligation est présente et les bonnes équipes la supportent bien. Bruges peut très bien terminer le match contre la Juventus dans un état euphorique : qui sait ? Ce n'est jamais facile face à Bruges : Tomislav Butina arrête tout, Bosko Balaban marque des buts importants. A Bruges, on prend Bosko Balaban avec ses défauts et surtout ses qualités. Le club savait parfaitement à quoi s'attendre avec ce joueur : il est comme il est et ne changera jamais. Moi non plus, d'ailleurs... Pierre Bilic" NOTRE VESTIAIRE n'est quand même PAS CHAUD BOUILLANT, hein ! " " Serons-nous capables de GAGNER LES GRANDS MATCHES ?"