S erena Williams est-elle victime de racisme sur le circuit féminin ? Difficile de répondre à cette question tant une telle attitude hautement condamnable se manifeste rarement en tennis d'une manière claire et nette comme c'est le cas en foot.
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S erena Williams est-elle victime de racisme sur le circuit féminin ? Difficile de répondre à cette question tant une telle attitude hautement condamnable se manifeste rarement en tennis d'une manière claire et nette comme c'est le cas en foot. Mais il est clair que lors de sa demi-finale perdue face à Justine Henin à Roland Garros, quelque chose de suffisamment important s'est produit, qui a fait couler des sanglots sur le visage de l'Américaine en conférence de presse. Que le public de la porte d'Auteuil prenne fait et cause pour la joueuse belge était prévisible et n'avait rien à voir avec les tensions qui ont opposé Américains et Français sur la question hautement sensible de l'Irak, pas plus qu'il n'y eut un lien à faire avec les déclarations certes maladroites mais dénuées de mauvaises intentions de la joueuse à l'égard du public de l'Hexagone (à l'Open d'Australie, Serena avait imité, non sans moquerie, l'accent français face aux journalistes). Le 5 juin, le public (parmi lequel on dénombra de très nombreux supporters belges) se mit à applaudir des erreurs de la numéro un mondiale, notamment après un premier service raté... Oracene û la mère de Serena û déclara après coup que le public avait manqué de classe et témoigné son ignorance de l'étiquette du tennis. " Le public était dur ", expliqua vaille que vaille Serena. " Très dur même. C'est l'histoire de ma vie "... Une phrase remplie de sous-entendus. Car si la légende qui veut que les s£urs Williams soient sorties du ghetto de Los Angeles contre vents et marées est sans doute exagérée, il n'en reste pas moins vrai que Serena et Venus n'ont jamais disposé des mêmes facilités d'entraînement que la majorité de leurs adversaires sur le Tour. Leur mérite d'avoir occupé à tour de rôle la première place mondiale n'en est que plus immense. Une semaine avant Roland Garros, Richard, le père des joueuses, avait encore déclaré dans une interview accordée à L'Equipe Magazine que ses filles souffraient de racisme. A l'entendre, celui-ci était même présent partout où ses filles se produisaient et pas uniquement en Europe. " C'est difficile ", disait encore Serena après la mauvaise expérience parisienne. " Toute ma vie, j'ai dû me battre. Ici, ce fut une lutte supplémentaire. Sur le court, cela rend ma tâche plus compliquée. Justine Henin a très bien commencé le match et, dès les premiers points, le public l'a soutenue. Difficile après ça d'inverser la tendance. Mais j'aime le défi face auquel je me retrouve. Je vais devoir réapprendre à gagner ". Le passé ainsi que la domination qu'elle exerce sans partage sur le tennis féminin depuis deux ans ne jouent pas en faveur de Serena, pas plus que ces éléments ne jouent en faveur de Venus. Longtemps, on eut l'impression que les deux s£urs arrangeaient leur match. Tout le monde a gardé en mémoire l'abandon de l'aînée, révélé une heure à peine avant leur duel en demi-finale à Indian Wells en 2001. Venus se retirant pour une obscure blessure, la voie était libre pour la cadette qui put compter sur sa fraîcheur physique pour battre Kim Clijsters en finale le lendemain. Sifflée, huée, conspuée par le public californien, Serena parvint à afficher son sourire lorsqu'il lui fut demandé de s'adresser à la foule. Mais intérieurement, sa décision était prise : plus jamais elle ne remettrait les pieds au tournoi d'Indian Wells, une volonté aussitôt partagée par sa s£ur. Vainqueur des quatre derniers tournois du Grand Chelem avant Roland Garros, qui plus est après avoir battu à chaque fois Venus en finale, Serena Williams doit de plus faire face à un phénomène vieux comme le monde : le public prend souvent fait et cause pour celle que les Anglais qualifient d' underdog, soit la joueuse qui n'est pas favorite. Quel journal, radio ou télévision de quelque nationalité que ce soit n'a pas évoqué le risque de lassitude qui risquait de s'abattre sur le tennis féminin dans le cas de finales répétées entre Venus et Serena ? Numéro un mondiale sans discontinuer depuis sa victoire à Wimbledon l'an dernier, Serena est attendue au tournant par tout le monde, les adversaires mais aussi le public et les médias. Jusqu'à Roland Garros, elle avait montré les signes d'une infaillible assurance. Rien ne semblait pouvoir l'ébranler. Mais malgré son physique musclé, Serena cache une âme sensible. Clijsters a déjà souvent volé à son secours en conférence de presse. " Serena est quelqu'un de bien ", a plus d'une fois répété la Limbourgeoise. " C'est quelqu'un qui affiche toujours sa bonne humeur dans les vestiaires et avec qui il est possible de parler de tout et de rien. " " Contrairement à Venus qui est d'une apparence froide et hautaine, Serena n'hésite pas à montrer ses sentiments ", expliqua Justine un jour. " Elle présente un côté humain rassurant ". On ajoutera que, sur le court, Serena a toujours fait preuve d'une sportivité exemplaire. Jamais, elle ne discute une décision arbitrale et elle a toujours témoigné de respect à l'égard de ses adversaires. Mieux, c'est une athlète qui assure le spectacle et qui a fait beaucoup de bien à un tennis féminin qui n'a jamais été aussi rémunérateur que maintenant. Conséquence : si Clijsters a déjà dépassé la barre des 5 millions de dollars de gains et Henin celle des 3 millions au cours de leur carrière, elles le doivent avant tout aux Williams. Sa franchise ainsi que l'assurance qui se dégage de sa personne et de ses propos font parfois apparaître Serena comme prétentieuse et irrespectueuse. Or, ce ne sont là que les signes d'une immense championne à qui l'on a enseigné dès le plus jeune âge de penser en termes de victoire et jamais de défaite. Les absences répétées et prolongées de Serena sur le circuit n'arrangent pas non plus ses affaires. Mais pourquoi faut-il que ce comportement entraîne quasi automatiquement une suspicion de dopage par rapport à des méthodes d'entraînement entourées du plus grand secret ? Mais quand on voit les millions que génère le tennis moderne, il ne faut plus espérer voir les franches accolades qui ponctuaient les rencontres entre Martina Navratilova et Chris Evert. Avec Steffi Graf et Monica Seles, le tennis avait déjà commencé à basculer dans les limites d'un univers impitoyablement individualiste où tous les coups, même ceux provenant d'un couteau tenu par un déséquilibré bondissant des tribunes, étaient désormais possibles. Et l'éclosion du talent à l'état pur d'une Martina Hingis très vite contestée par la force athlétique des Williams réveilla chez certains des sentiments malsains. On aurait aimé assister, à l'issue de la demi-finale à Roland Garros, à une poignée de mains à la hauteur du combat que Serena et Justine venaient de se livrer. Mais, blessée dans son amour-propre par le traitement de défaveur qu'on venait de lui faire subir, l'Américaine n'attendit même pas la Rochefortoise au filet pour la féliciter, le geste intervenant seulement alors qu'elle avait quasiment regagné sa chaise. Pourtant, lorsque ses esprits se furent un peu calmés en conférence d'après-match, la numéro un mondiale ne manqua pas de vanter les mérites de sa rivale : " Elle mérite sa victoire, il n'y a aucun doute là-dessus. Mais l'attitude du public est un cercle vicieux. Il arrive souvent que je l'aie contre moi et si par malheur, je réclame l'intervention du médecin parce que je souffre d'ampoules aux pieds, on se mettra à me siffler ! Toutefois, ce ne sera jamais de la faute du public si je perds "... " Serena est quelqu'un de bien " (Kim Clijsters)