Forces en présence
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Forces en présenceAvec 37% de non-Belges dans son effectif, le Lierse fait partie des clubs qui tablent le moins sur la main d'oeuvre étrangère parmi notre élite. Dans ce domaine, deux autres entités seulement présentent un pourcentage plus restreint encore: St-Trond (20%) et Westerlo (16%). "Si cette étude avait été réalisée voici dix ans ou même beaucoup plus tôt, tout porte à croire que nous aurions fermé la marche", observe Marcel Vets, le coordinateur des jeunes à la chaussée du Lisp. "Chez nous, il y a toujours eu une tradition locale bien ancrée. Elle était déjà perceptible dans les années '60, au moment où les Jaune et Noir étaient emmenés par des joueurs comme Frans Vermeyen, Corneel De Ceulaer, Swat Janssens ou encore André Denul. Et au cours des décennies suivantes, il n'en était pas allé autrement. De Dany Verlinden, pur produit du club, avant son passage à Bruges, à Stein Huysegems aujourd'hui, ils sont plus d'une cinquantaine à avoir fourbi leurs armes en classes d'âge, à Kessel, avant de rallier l'équipe-fanion. Dans la mesure du possible, nous avons toujours fait appel, en priorité, aux jeunes talents locaux. La direction ne se tournait vers des éléments venus d'autres horizons qu'au cas où, pour telle ou telle position, personne ne faisait l'affaire parmi le blé en herbe. A cet égard, le club a eu souvent la main heureuse car compte tenu de ses maigres possibilités financières en regard des ténors du football belge, il est toujours parvenu à engager des étrangers au rapport qualité-prix exceptionnel. Je songe à des garçons comme Dimitri Davidocic, Tamasz Krivitz, Peter Ressel, Raul Aguas, Johan Boskamp ou, plus près de nous, à des éléments comme Kjetil Rekdal voire Zefilho. Ces dernières années, en restant dans la même gamme de prix, certains choix se sont avérés moins pertinents et il a fallu chercher d'autres idées. Ce brainstorming a débouché sur une coopération intensive avec les Ivoiriens de Rio d'Ayame à Abidjan. En contrepartie d'une aide logistique, nous avons obtenu de pouvoir transférer chaque année un maximum de trois éléments du cru. C'est ainsi qu' Arouna Kone,Adolph Tohoua et Ibrahim Keita ont débarqué chez nous l'été passé. Avec succès puisque hormis le dernier, qui ne s'est pas adapté, les deux autres ont rempilé successivement pour quatre ans et un an. Et ce n'est qu'un début. D'autres suivront immanquablement. Comme le médian Lamine que nous accueillerons dans quelques semaines déjà". IntégrationTant que la présence étrangère se limita à l'un ou l'autre joueurs venus de l'Est de l'Europe, comme Dimi Davidovic ou Tamasz Krivitz, l'intégration était essentiellement du ressort des principaux intéressés eux-mêmes, censés apprendre la langue au contact de leurs coéquipiers. Ce qu'ils s'empressèrent de faire d'ailleurs. Au fil des ans, la donne a toutefois sensiblement changé, en raison de la multiplication d'éléments venus des horizons les plus divers. Cette diversification entraîna parfois certains problèmes de cohabitation. Ce fut le cas, notamment, à l'époque guère lointaine où Kjetil Rekdal maniait la baguette de chef d'orchestre chez les Jaune et Noir. Avec son caractère bien trempé, le Norvégien ne comptait pas que des amis dans le groupe. Surtout chez les jeunes, comme Hans Somers, Carl Hoefkens et Jurgen Cavens, qui eurent plus d'une fois maille à partir avec lui. Mais tout était le plus souvent pardonné au Scandinave au nom de son immense talent et de son incidence sur les résultats. Avec des éléments moins doués, toutefois, des problèmes surgirent aussi. Au niveau de la communication, entre autres. Il y a trois ans, le noyau lierrois était notamment composé du Russe Oleg Veretennikov, du Géorgien Gela Shekiladze, du Portugais Pedro Filipe Pepa et de l'Australien Joe Spiteri. Pour la première fois, le club fit alors appel à un professeur, Richard Horemans, ex-enseignant à l'athénée de Merksem, pour leur apprendre le néerlandais. "C'est l'ancien entraîneur, Walter Meeuws, qui avait insisté tout particulièrement sur cet aspect", rappelle le manager des Jaune et Noir, Herman Van Holsbeeck. "Il voulait que quand Eric Van Meir crie -N aar voren (à l'avant), tout le monde s'exécute correctement. Et en particulier Gela Shekiladze, qui évoluait à ses côtés en défense. Depuis lors, cette bonne habitude a été maintenue puisque tous les étrangers, sans exception, bénéficient de cours de néerlandais à raison de deux ou trois séances par semaine. Nous veillons aussi à ce que les échanges ne se passent jamais de façon unilatérale entre des personnes qui manient la même langue. C'est ainsi que le Croate Hasan Kacic s'occupe de véhiculer journellement nos Ivoiriens. Et lors de nos retraites, ceux-ci ne font jamais chambre commune. En réalité, nous n'avons connu qu'un seul contre-exemple ces derniers mois: Archie Thompson. Il ne s'est jamais adapté, ni sur le terrain, ni dans la vie courante et s'est finalement mis hors-jeu lui-même. L'année passée, il avait déjà fait fort en prenant place dans le dug-out, avec un verre de bière en main, contre Anderlecht. Depuis lors, il ne s'est jamais vraiment racheté une conduite. Désolé, mais il ne méritait pas la moindre indulgence dans ce cas". Poids sur le terrainElle est perceptible, surtout, dans la division offensive, puisque Arouna Kone est le deuxième marqueur du club derrière Stein Huysegems, avec dix buts (pour 14 à notre compatriote), tandis que le même joueur occupe le leadership en matière de passes décisives avec cinq assists. "Peut-être faut-il se prénommer Arouna pour bien jouer au football", rigole Axel Smeets. Allusion, bien évidemment, à Aruna Dindane qu'on ne présente plus. "Le nôtre est bien parti pour marcher sur les traces de l'Anderlechtois", poursuit l'ancien joueur du Standard, de Salamanque et de Sheffield United, entre autres. "Il a le même déhanchement et la même facilité de geste.La différence, c'est que par rapport à l'Anderlechtois, il possède le sens du but en prime. C'est un futur crack que le Lierse aura toutes les peines du monde à conserver. Sa réussite ne m'étonne pas car c'est un gars de bonne composition, très réceptif aussi, qui ristourne en quelque sorte sur le terrain tout ce que le club fait pour lui en coulisses. A ce titre, le Lierse peut être cité en exemple. Personnellement, j'ai déjà bourlingué dans ma carrière et je ne pense pas que, pour un étranger, il y ait moyen d'être mieux qu'ici. Aux Iles, c'était chacun pour soi. Chacun y était livré à lui-même. Ici, c'est différent. Non seulement, les étrangers sont pris en charge journellement mais, de plus, c'est le vice-président Herman Vandenbrouck en personne qui est aux petits soins pour eux. En tant que mulâtre, j'ai pas mal de contacts avec Arouna Kone ainsi qu'avec les autres Africains. Pour bien les connaître, je sais qu'ils sont heureux ici et qu'ils veulent mettre tout en oeuvre pour servir le club à bon escient. Pour Arouna Kone, c'est plutôt bien parti. Et je m'attends à ce que son compatriote Adolph Tohoua lui emboîte le pas. Dans l'attente d'autres, dont eux-mêmes disent le plus grand bien. Ce n'est ni moi ni le Lierse qui nous en plaindrons". "Il faut s'appeler Arouna pour bien jouer" (Axel Smeets)