L'Antwerp est le plus vieux club du pays et cela se voit! Son stade semble sorti tout droit des tréfonds de la mémoire. Il est vétuste. Sale. Une étrange haie d'honneur se dresse de part et d'autre de l'entrée principale. Des conteneurs à ordures, d'un vert vif s'empilent les uns sur les autres. Seule solution qu'ont trouvé les dirigeants locaux pour empêcher les supporters des deux camps de s'affronter.
...

L'Antwerp est le plus vieux club du pays et cela se voit! Son stade semble sorti tout droit des tréfonds de la mémoire. Il est vétuste. Sale. Une étrange haie d'honneur se dresse de part et d'autre de l'entrée principale. Des conteneurs à ordures, d'un vert vif s'empilent les uns sur les autres. Seule solution qu'ont trouvé les dirigeants locaux pour empêcher les supporters des deux camps de s'affronter.La peinture grise s'écaille par grosses plaques donnant à la façade de la vénérable tribune officielle un air d'abandon. Même la nouvelle et belle structure, érigée derrière un but n'arrive pas à rendre un peu de gaieté à cet ensemble.Noureddine Zyatti, 24 ans, a peine à croire qu'un jour ce vaste vaisseau fut le théâtre de joutes mémorables. " Johan Cruyff est venu jouer ici? C'est pas vrai!" Si, c'est vrai. Comme il est exact que son employeur actuel est le dernier club belge à avoir atteint une finale de coupe d'Europe... Paradoxe étonnant, la buvette anversoise est neuve. Décorée comme un pub anglais. Long bar en laqué rouge. Enseignes. Chaises et tables rutilantes en acier chromé. "Normal, c'est Manchester United qui l'a offerte en cadeau de bienvenue", dit Nourreddine. Quelques vieux supporters accoudés au bar jettent à peine un regard en direction de cet athlète longiligne devenu leur joueur vedette. Depuis quelques semaines, le nom de Noureddine Zyatti est cité dans divers endroits. En France, où Sedan et Sochaux s'intéressent à lui. En Belgique aussi. Celui qui fut sélectionné à 17 reprises en équipe nationale du Maroc avoue avoir été l'objet de deux contacts. Avec le Standard et Charleroi. A ses yeux, le fait que Michel Preud'homme et Enzo Scifo président aux destinées sportives de ces entités constitue un atout considérable. Il voue une admiration sans borne à ces ex-stars. Surtout à l'égard du Liégeois : "Je savais que c'était un très grand gardien, mais je ne l'avais jamais vu à l'oeuvre. C'est à la faveur de la Coupe du Monde disputée aux Etats-Unis que j'ai pu l'apprécier. Contre le Maroc, il a livré une partie éblouissante. Ce jour-là, avec un portier de niveau moyen, la Belgique se serait inclinée. Or, Preud'homme n'était pas dans la norme. C'était le meilleur! Une classe incroyable. Sur le moment, je le maudissais d'avoir tout arrêté. Toutefois, je ne pouvais que m'incliner devant tant de talent. Je l'ai approché dernièrement lorsque nous nous sommes déplacés à Sclessin. J'étais comme un enfant qui découvre son idole en chair et en os".La performance réalisée à cette occasion par Zyatti n'est pas passée inaperçue. En compagnie de Da Silva et de Seol, il posa d'insolubles problèmes à l'entrejeu des Rouches. "Dernièrement, j'ai été sollicité par un manager qui m'a dit travailler pour le compte du Standard. J'espère que c'est vrai. Ce club, je n'arrête pas d'y penser. Le Standard jouit d'une importante popularité au Maroc. Je vais vous raconter une anecdote bien réelle. La nuit qui a suivi notre rencontre, j'ai rêvé du stade, de ce public qui n'a pas cessé de porter ses favoris. Voir derrière le but où se regroupent les Ultras cette banderole sur laquelle était écrit : -Notre différence, c'est la tolérance, stop au racisme- m'a bouleversé. Je n'étais plus habitué à cela. Anvers, présente une autre conception de l'existence. J'ignorais l'existence du Vlaams Blok. Je ne savais même pas ce que cela signifiait. Depuis, j'ai appris!" Même si Noureddine Moukrim et Mohammed Lashaf ont créé une petite tradition maghrébine à Deurne, la pari de l'intégration est loin d'être gagné. Ainsi, Lashaf se souvient d'une aventure qui l'a marqué : "Je ne me sentais pas entouré d'un courant de sympathie. J'en ai parlé à Hans-Peter Lehnoff. Un jour, lui qui était le favori du X-Side a été invité à l'une des soirées organisées par les membres du noyau dur. Il m'a demandé de l'accompagner. J'hésitais. Y aller ou pas? Je n'étais pas chaud. Hans-Peter a insisté, j'ai accepté. Nous sommes entrés dans le café qui leur sert de local. Lehnoff en premier. Les gens ont applaudi. Puis quand ils m'ont vu, ce fut le silence. Je n'étais franchement pas rassuré. Il a fallu plusieurs longues minutes avant que l'un puis l'autre ne viennent discuter le coup avec moi. Mais c'était froid". Zyatti ressent un phénomène identique : "Je dois toujours être nettement meilleur que les autres pour recevoir quelques félicitations. Le foot est un moyen d'éduquer. Pas un sujet de division. Voir des drapeaux israéliens accrochés aux grillages ne me dérange pas. Je suis Marocain, pas Palestinien! Chacun fait son choix. Je demande juste que l'on me respecte en tant qu'homme. A Anvers, je me sens seul. Heureusement, qu'il existe une colonie importante représentant mon pays d'origine. Sans quoi je pense que je ne serais pas resté. Les deux premiers mois ont été très durs à vivre. Je ne parle pas le flamand. Je m'entraînais, je rentrais à l'hôtel, je regardais la télévision et je dormais. Je cherchais bien entendu à m'identifier au groupe, à me fondre dans la collectivité. A participer à l'ambiance de l'équipe. Là aussi, j'ai rencontré des problèmes. Pas à cause des joueurs, évidemment puisque l'on recense onze nationalités différentes dans le noyau. Cela arrivait lorsque nous décidions de sortir tous ensemble. Nous nous rendions dans un dancing. Mes équipiers passaient la porte d'entrée tandis que je me faisais arrêter par le portier : -Tu es Marocain, tu ne rentres pas! Mes amis faisaient demi-tour et disaient : -Attends, c'est Zyatti, il joue avec nous. Alors, j'avais droit à des courbettes. Trop tard. Le fait d'être footballeur ne modifie pas la couleur de ma peau. L'important à mes yeux était d'être apprécié en tant qu'être. Pas parce que je suis une vedette. Je n'avais plus envie de pénétrer à l'intérieur de la discothèque. Il valait mieux que je retourne à la maison. Maintenant, lorsque j'éprouve l'envie de me distraire, je pousse une pointe jusqu'à Liége. L'approche des gens y est différente. Je ne suis pas une bête. Si des mauvaises choses se passent avec les étrangers, je n'y suis pour rien. Il faut appréhender chaque personne avec respect plutôt que construire un mur. Combien de fois n'ai-je pas entendu dire : -Vous les Marocains, vous êtes tous les mêmes. Menteurs, voleurs. Pourquoi? C'est sans doute le lot de pauvres bougres insatisfaits par la vie. Leur unique moyen de lutter contre les complexes qu'ils nourrissent consiste à rejeter les fautes sur les autres. Pour ma part, je me refuse à faire des amalgames. Certains Belges sont racistes, d'autres pas. Un tel constat m'attriste d'autant qu'à mes yeux, au niveau du soutien vocal, les fans de l'Antwerp comptent parmi les meilleurs du pays". A l'occasion du derby anversois, Noureddine a eu l'occasion de mesurer la rivalité, souvent violente, qui oppose les Mauves et les Rouges de la Métropole. Impressionné par l'ambiance qui régnait sur les gradins? "Cela n'est rien comparé à l'affrontement entre le WAC et le Raja de Casablanca, où je militais. Lors de ce derby, on se trouve plongé en plein climat de guerre civile. Ces deux clubs se haïssent. Viscéralement! Il y a toujours des bagarres et malheur aux vaincus. Les supporters ne pardonnent pas la défaite face à l'ennemi. Au plan international, nos confrontations avec l'Algérie sont toujours chaudes. L'enjeu est politique. Il n'est pas rare que les plus hautes autorités du pays descendent dans le vestiaire afin de nous motiver, si j'ose dire".La dernière fois que Zyatti a croisé le fer avec le voisin algérien, il s'est imposé 3 buts à 2. Offrant deux assists et plantant lui-même une rose. Il s'agissait des équipes nationales militaires. "Peu importe. Le stade contenait 60.000 personnes. Le général en chef est venu en personne nous signifier que nous avions intérêt à gagner. Notre coach était Henri Depireux. Il dirigeait le FAR et donc la sélection militaire". Heureux de prendre des nouvelles de son ancien élève, Henri Depireux commente : "Zyatti est une perle. Ce n'est pas pour rien que Bursaspor a sorti 40 millions de francs belges pour acquérir ses services. Je suis satisfait d'apprendre qu'il perce en Belgique car je crois savoir que les Turcs n'ont pas honoré son contrat. Il va se faire un nom. Ce gamin issu de Mohammedia démontre les qualités que l'on attend d'un authentique meneur de jeu. Technique, coup d'oeil, sens du but. Sa meilleure place se situe juste en retrait des deux attaquants de pointe".Daniel Renard