NENAD PETROVIC : " À 40 ans, j'ai revendu mon entreprise textile. Envie de changer de vie. On m'a présenté Didier Frenay, j'ai commencé à travailler pour lui. Frenay est brillant, roublard. De tous les agents que j'ai rencontrés, il est peut-être le plus malin. Puis, je me suis dit que si j'étais capable de travailler comme agent pour un autre, je pouvais le faire pour moi. Le jour où j'ai passé ma licence FIFA à l'Union Belge, il y avait 1.200 agents dans le monde et 42 en Belgique. Ma toute première affaire... je l'ai ratée. C'était le passage d' AliLukunku du Standard à Galatasaray. Au dernier moment, un agent turc a débarqué de nulle part et il a fait le deal. Luciano D'Onofrio était en pétard avec Frenay et il pensait que j'étais téléguidé, ça m'a coûté l'affaire.

De tous les agents que j'ai rencontrés, Didier Frenay est peut-être le plus malin. " Nenad Petrovic

Le premier deal que j'ai conclu, c'était le transfert de Didier Ernst, de La Louvière au FC Brussels. Au même moment, j'ai rapatrié Christophe Kinet de Millwall, je l'ai aussi casé au Brussels. Mes relations avec Johan Vermeersch ont toujours été compliquées parce qu'il détestait les agents. Il estimait qu'on ne servait à rien et qu'il n'y avait donc pas de raison de nous payer. Il ne m'a pas toujours donné ce qu'il me devait, mais ce qui me dérangeait le plus, c'est qu'il se foutait tout le temps de ma gueule.

À la même période, je suis entré à Anderlecht via Ivica Mornar, Aleksandar Ilic et Nenad Jestrovic. Je voulais mettre en place une vision globale du management, pas simplement faire le deal. Je m'occupais des affaires de mes joueurs, de leur fiscalité, je les orientais vers le meilleur fiscaliste de Belgique. J'ai été le premier à proposer à des footballeurs du championnat de Belgique de se domicilier en France, ce qui leur permettait de ne payer que 18 % de précompte mobilier. C'était parfaitement légal. À Mouscron, par exemple, Tonci Martic et MboMpenza en ont bénéficié. "

Cédric Roussel a fait partie de son écurie., BELGAIMAGE-VIRGINIE LEFOUR
Cédric Roussel a fait partie de son écurie. © BELGAIMAGE-VIRGINIE LEFOUR

Le tour d'Europe pour pister l'entraîneur russe de Roussel

" J'ai fait ensuite une association de fait avec Daniel Striani. On avait une bonne partie du noyau de Mons. Dont Cédric Roussel. Après son éclosion à Mons, on s'est battus pendant un mois avec les gens de Wolverhampton, qui voulaient un prix énorme pour un joueur qu'ils ne souhaitaient pas garder. On l'a placé à Genk. Après ça, il y a eu l'épisode fou avec Kazan. Dirk Degraen et Vincent Mannaert, qui travaillaient ensemble, nous ont avertis que les Russes voulaient Roussel. Dans le deal, il y avait aussi l'agent qui tenait le marché russe, un ami de Degraen. Tout le monde s'y retrouvait. Roussel a reçu une belle prime à la signature et il gagnait l'équivalent du joueur le mieux payé en Belgique à ce moment-là. C'était blindé.

Quand il a dit qu'il ne voulait pas rester à Kazan, Luciano D'Onofrio m'a contacté : Je le prends mais je donne ça, pas un kopek de plus. J'ai fait le tour d'Europe pour pister les gens de Kazan. Il y avait un homme tout puissant dans ce club, un certain Kurban Berdyev, il était en même temps coach et vice-président. Il m'a donné rendez-vous à Paris, il rentrait d'une mission de scouting en Argentine. Je l'ai chopé à sa descente d'avion, ça a duré quatre minutes. Il m'a dit : Rends-moi l'argent qu'on a déboursé pour acheter Roussel et je le lâche. Après ça, je suis allé le voir à Chypre, où Kazan était en stage. J'ai passé quatre jours à essayer de le coincer, il me disait toujours : Plus tard. Finalement, j'ai réussi à l'avoir. Il m'a donné ses conditions.

Il y a un mot d'ordre dans ce métier : la reconnaissance n'existe pas. " Nenad Petrovic

Je suis rentré en Belgique, j'ai transmis les chiffres à D'Onofrio. Il m'a dit : Puisqu'ils y vont comme ça, je mets 200.000 euros de moins que ma première offre. L'équipe de Kazan était entre-temps partie en Turquie, je suis allé là-bas. J'ai fait la chasse au Berdyev pendant cinq jours. Il n'avait jamais le temps de me parler. Je devenais fou. Le matin de mon vol retour, je suis allé le saluer : Je rentre en Belgique et Cédric prend l'avion pour rejoindre le Standard en stage. Là, il a subitement changé de ton : Non, assieds-toi. J'ai appelé Pierre François et on a réglé le prêt au Standard en vingt minutes, sur un coin de table. Un an et demi plus tard, le Standard n'en voulait plus et il devait rentrer à Kazan. Je suis allé voir les Russes en Suisse, et là, Berdyev m'a dit : Tu fais ce que tu veux mais je ne le récupère pas. Je le donne. Démerde-toi. Je suis arrivé à le vendre pour un petit prix à Zulte Waregem. "

Jovanovic à Anderlecht, petit meurtre entre amis

" Cette histoire avec la Russie m'avait amusé. Et j'en avais ras-le-bol de ce qui se passait en Belgique. J'ai décidé de m'orienter vers les marchés émergents. J'ai travaillé pour Georges Leekens puis Eric Gerets quand ils sont passés à Al Hilal, avec mon partenaire Ghassan. J'ai présenté Michel Preud'homme à Al Shabab. J'ai fait le deal quand le Serbe Milovan Rajevac, quart de finaliste avec le Ghana au Mondial 2010, est passé en Arabie Saoudite. J'ai commencé à aller de plus en plus au Qatar. J'y suis devenu pote avec BrunoMetsu, qui entraînait l'équipe nationale.

Nenad Petrovic : " Si je devais choisir un agent pour mon fils, aujourd'hui, je prendrais Jacques Lichtenstein ou Patrick De Koster. ", BELGAIMAGE-VIRGINIE LEFOUR
Nenad Petrovic : " Si je devais choisir un agent pour mon fils, aujourd'hui, je prendrais Jacques Lichtenstein ou Patrick De Koster. " © BELGAIMAGE-VIRGINIE LEFOUR

Une semaine avant d'être licencié, un prince lui a encore offert une Ferrari, puis il est parti avec l'équivalent de deux ans de salaire. Il s'est recasé dans un club qatari, avec le même contrat qu'à la fédé. J'y ai aussi sympathisé avec Bora Milutinovic. Et j'ai présenté Rajevac à la fédération, et il est devenu coach de l'équipe nationale. C'est difficile de se faire accepter au Qatar, mais une fois que tu y es parvenu, tu connais vite tout le monde.

Je voyais qu'il y avait plein de projets de foot là-bas et j'ai voulu y emmener D'Onofrio. J'étais sûr qu'il était possible de faire du business. Mais il reportait tout le temps. J'ai compris qu'il n'était pas spécialement intéressé. Alors, j'en ai parlé à la direction d'Anderlecht. Herman Van Holsbeeck m'a dit : On te suit. J'ai organisé le voyage pour lui, Roger Vanden Stock, Philippe Collin et Johan Beerlandt, le patron du groupe Besix. Ils ont visité Aspire et ils ont été reçus comme des chefs d'état, avec des beaux cadeaux. L'ambassadeur de Belgique a organisé un dîner dans sa résidence.

Je savais, par Rajevac, que Milan Jovanovic était là-bas pour se faire soigner par le Docteur Popovic. Liverpool l'avait autorisé à faire ce mini-trip au Qatar pour faire inspecter son genou. Je me suis arrangé pour qu'on aille manger tous ensemble, les dirigeants d'Anderlecht étaient fous, ils voulaient absolument Jovanovic. Mais ils étaient persuadés que ce serait impossible. J'ai prévenu mes contacts à Liverpool de l'intérêt d'Anderlecht. En fait, c'est grâce à ce repas que Jovanovic s'est retrouvé à Anderlecht. Mais je n'ai pas fait le deal ! Tout a été fait par Dejan Veljkovic et Laurent Denis qui ont été mandatés par Anderlecht. Petit meurtre entre amis...

Anderlecht ne m'avait pas promis que le marché serait pour moi, mais à partir du moment où tu fais toutes les démarches, ça va quand même de soi. Surtout quand tu traites avec le club soi-disant le plus correct de Belgique. Jovanovic, lui non plus, n'a pas bougé pour son ami et agent Cvijan Milosevic. Les footballeurs s'en foutent, ils ne pensent qu'à leur petite personne et surtout à leurs intérêts. Il y a un mot d'ordre dans ce métier : la reconnaissance n'existe pas. "

Fellaini, les oreilles et la queue

" Un jour, on m'a parlé d'un gars qui était réserviste en Réserve à Charleroi : Marouane Fellaini. Avec Daniel Striani, on est allés le voir dans un match aux Pays-Bas, et le lendemain, on rencontrait son père, qui était paumé. Khalid Karama voulait le mettre en D2 grecque et il y avait un intérêt de La Louvière. J'ai appelé Christophe Dessy, qui était directeur de l'Académie du Standard. Il m'a dit : Ah, le grand de Charleroi ? Il a joué contre nous. Il est physiquement impressionnant mais je ne suis pas convaincu par ses qualités footballistiques.

Ce qu'on voit chez nous avec Mogi Bayat, on ne le voit dans aucun autre pays. " Nenad Petrovic

Il a voulu le voir en test dans un match d'Espoirs à Bochum. J'y suis allé avec le père. Fellaini a commencé comme box-to-box. À la mi-temps, les gens de Bochum, qui avaient repéré que j'étais son agent, voulaient le signer directement. Je ne pouvais pas faire ça, D'Onofrio m'aurait coupé les oreilles et la queue ! Puis Fellaini a reculé en défense centrale et il a été catastrophique. À la fin du match, je me suis dit : Le Standard ne va pas le prendre, Bochum ne va pas le prendre, je suis venu pour rien mais c'est la vie d'agent. Mais Dessy m'a dit directement : Je viens d'avoir Preud'homme, on le signe demain.

Nenad Jestrovic : un coup dans le mille !, BELGAIMAGE-VIRGINIE LEFOUR
Nenad Jestrovic : un coup dans le mille ! © BELGAIMAGE-VIRGINIE LEFOUR

Dessy l'a façonné en Réserve et lui a donné les bases footballistiques qui lui manquaient, puis on a fait son premier contrat pro. À ce moment-là, le père Fellaini m'a appelé, furibard : Mais qu'est-ce que vous m'avez fait pour un boulot de merde, à cause de son contrat je ne touche plus les allocations, on perd de l'argent. C'était une manière de nous dégager, Daniel Striani et moi. Fellaini est passé chez Christophe Henrotay, qui s'est fait dégager lui aussi au moment du transfert à Everton. L'arroseur arrosé.

Fellaini et son entourage n'ont jamais été conscients qu'on avait construit le socle sur lequel il a fait sa carrière mais je te répète que si tu attends une quelconque reconnaissance dans ce métier, tu t'exposes à un maximum de désillusions. Je connais peu d'exceptions. Il y a Vincent Kompany, qui est toujours resté fidèle à Jacques Lichtenstein. Et KevinDe Bruyne, qui n'a jamais lâché Patrick De Koster. Comme par hasard, si je devais choisir un agent pour mon fils, je prendrais un de ces deux-là. À un autre niveau, il y a Frenay. Par exemple, si tu vas en Allemagne, vas-y avec lui. Mais aujourd'hui, il est plus dans une phase où il profite de sa vie. Il a bien raison. Il est assez puissant pour pouvoir se lever et dire, en pleine négociation : On ne fait pas le deal. Quel luxe... "

Le jour où il a décidé de tout plaquer

" Quand tu te fais entuber après avoir bien travaillé, tu sens le dégoût monter. C'est le dossier d'un joueur français qui a achevé de me dégoûter. Après avoir fait des affaires dans le Golfe, j'ai commencé à travailler sur la Belgique et la France pour un bureau anglais. Un jour, on m'a renseigné un joueur de Tours, en Ligue 2 : Andy Delort. Je suis allé le voir. Pas mal. Jean-Luc Ettori, l'ancien gardien de Monaco, était le conseiller du président, Jean-Marc Ettori. Aucun lien de parenté. On m'a présenté Jean-Marc Ettori. Un vrai Corse, un gars amusant mais décalé, un fou furieux en fait. Je le comparerais à Christian Constantin, le président de Sion. Ou à Abbas Bayat. Des gars qui s'en prennent à la presse, au monde entier, qui ne vivent que par les conflits.

Les footballeurs ne pensent qu'à leur petite personne et surtout à leurs intérêts. " Nenad Petrovic

Quand je lui ai dit que Delort m'intéressait, il m'a dit : Là, ça va être compliqué parce qu'il a déjà deux agents, il ne veut plus leur parler, et il a aussi un conseiller, Roger Henrotay. J'avais un club en Angleterre pour Delort : Brentford. Son propriétaire, Matthew Benham, est un milliardaire qui a une entreprise de paris et qui possède aussi le FC Midtjylland. Un mathématicien, un gars génial qui injecte un pognon fou dans ses équipes de foot. Il avait aussi une petite académie au Nigeria. Delort venait de finir meilleur buteur de Ligue 2 et on a vite trouvé un deal avec Benham : un peu plus de 4 millions pour le transfert et il s'engageait à prendre chaque année, pendant cinq ans, deux jeunes de Tours. Il payerait 400.000 euros par saison et par joueur. Il allait couvrir pendant cinq ans la perte opérationnelle du club français.

Marouane Fellaini : drôle d'histoire..., BELGAIMAGE-VIRGINIE LEFOUR
Marouane Fellaini : drôle d'histoire... © BELGAIMAGE-VIRGINIE LEFOUR

On est tous tombés d'accord dans un hôtel de Paris puis on s'est revus à Londres pour finaliser. Là, j'ai vu arriver Roger Henrotay avec Delort et un gars qui le suivait partout, même quand il allait aux toilettes. Le but était de l'empêcher d'avoir le moindre contact avec nous. Benham avait réservé une table dans un resto étoilé et il avait booké une suite royale pour Delort. Pendant le repas, il a commandé huit bouteilles de Chassagne-Montrachet à 200 pounds...

Le lendemain, on s'est retrouvés pour négocier les derniers détails. Entre les clubs, c'était réglé. La collaboration entre les écoles de jeunes était bouclée aussi. Il restait à trouver un accord club - joueur. Ça, c'était le job de Henrotay. On y est arrivés, le directeur sportif de Brentford m'a tapé dans la main : Good deal man, good job. Et c'est là que c'est devenu surréaliste. Henrotay s'est levé, Delort l'a suivi. Jean-Luc Ettori était au téléphone avec son président pour lui annoncer le transfert, il a dit à Henrotay : Roger, tu vas où ? Henrotay lui a répondu : On n'a pas un accord sur tout, donc on a un accord sur rien. Ils ont sauté dans un taxi et ils se sont barrés. Benham m'a lancé : Tu le connais, ce mec ? Jamais vu ça. Il avait proposé à Henrotay de lui verser sa commission en une seule fois, ce qui est déjà rare. Le rêve pour un agent. Et c'était 350.000 euros. Henrotay lui avait répondu : C'est 500.000 ou on part. Jean-Luc Ettori a filé avec eux, ils sont partis négocier à Charlton.

À l'époque, c'était la guerre entre Jean-Marc Ettori et Roland Duchâtelet, qui avait essayé de racheter Tours. En amenant Delort à Charlton, qui appartenait à Duchâtelet, Henrotay espérait revenir dans ses bonnes grâces. Mais Jean-Marc Ettori a été catégorique : Je ne vendrai jamais Delort à Duchâtelet parce qu'il a voulu me la jouer à l'envers. Finalement, Henrotay a parqué Delort à Wigan le dernier jour du mercato, il n'a pas beaucoup joué là-bas puis je l'ai gracieusement rapatrié à Tours. Mais sur son transfert en Angleterre, je n'ai rien touché. Quatre mois de travail pour ça. Là, je me suis dit que ce n'était plus possible. Je ne pouvais plus continuer dans ce métier où la règle, c'est qu'il n'y en a pas. "

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Mogi Bayat entre Ionesco, Trump et agent unique

" Pour devenir agent, il n'y a plus d'examen, plus de caution à déposer. Tu paies 500 euros et tu as ta licence. Et donc, il y en a aujourd'hui un peu plus de 350 en Belgique ! Mais combien en vivent ? Ici, ils sont aussi confrontés à la présence d'un agent omnipotent, Mogi Bayat. Et le marché belge n'est déjà pas immense. C'est le cercle vicieux. Eugène Ionesco disait : Prenez un cercle, caressez-le, il deviendra vicieux. On est en plein dedans.

Bayat, c'est l'agent presque unique et la pensée unique. Il a provoqué une trumpisation du métier. Regarde ses tweets, souvent à sa gloire. Il passe du temps à insulter les arbitres sur les réseaux sociaux dès qu'il estime que l'arbitrage a été défavorable à Charleroi - et le club, avec l'homme au masque de frère, ne réagit pas. Il se moquait de Yannis Anastasiou quand il était entraîneur de Courtrai, tout ça parce qu'un de ses joueurs, Jérémy Perbet, ne jouait pas. Tu ne vois ça dans aucun autre pays.

Comme joueur, tu es souvent obligé de travailler avec Mogi Bayat, directement ou indirectement. Parce que les dirigeants te l'imposent. Je prends un exemple saisissant. Quand Patrick De Koster transfère Idrissa Sylla de Waregem à Anderlecht, il est obligé de passer par Bayat et donc de partager la commission. De Koster est compétent pour gérer Kevin De Bruyne mais il n'est pas compétent pour s'occuper seul de Sylla ? Comprenne qui pourra !

Et on est en permanence dans le conflit d'intérêts. Matthew Benham, le propriétaire de Brentford, m'a parlé de Bayat, il était sidéré. Il a acheté Maxime Colin à Anderlecht. Il m'a expliqué leur discussion : Il a déjà été très dur sur les conditions salariales pour le joueur. On a fini par trouver un accord. À ce moment-là, je lui dis que je vais contacter Anderlecht. Il me lâche que ce n'est pas nécessaire parce qu'il a un mandat du club. Il a changé de casquette comme ça, en trois secondes. Être en même temps agent d'un joueur et mandaté par le club qui le vend, c'est impossible en Angleterre. Si tu fais ça, la fédération te découpe en rondelles. Bayat a pris une commission des deux côtés.

Il y a des axes. Charleroi - Anderlecht - Gand. Là-bas, Bayat est dans tous les deals, entrants et sortants. Il y a eu Genk. Dirk Degraen a fini par se faire couper la tête à cause de ses accointances avec Bayat et le club a mis du temps à se remettre de tout ce cirque. On voit des transferts complètement improbables et des montants que personne ne comprend. Dans ces clubs, le nom de l'agent est plus important que la qualité du joueur. Pour Kenny Saief, on dit qu'il y a une option d'achat entre 3 et 4 millions ! Pour un gars qui était réserviste à Gand ! Ryota Morioka coûte plus de 3 millions ! On peut rappeler David Pollet, exemple type de l'axe Charleroi - Anderlecht - Gand. Et Genk avait pris Sébastien Dewaest pour 2 gros millions, tout ça parce qu'Anderlecht lui avait acheté Kara pour 4 millions.

Qui était le grand gagnant de l'histoire ? Charleroi qui n'aurait jamais reçu autant d'argent, dans des conditions normales, pour Dewaest. Idem avec le transfert de Damien Marcq à Gand. C'était aussi 2 millions. Six mois plus tard, Gand a fait une moins-value fantastique. Est-ce que Hamdi Harbaoui aurait eu une chance de signer à Anderlecht s'il avait eu un autre agent que Bayat ? C'est un top joueur mais pour un club moyen. Comme Jérémy Perbet, comme Cédric Roussel dans le temps. Sven Kums est un gentil garçon, mais 6 millions pour lui...

Au final, on se retrouve avec une équipe d'Anderlecht qui est probablement la plus faible depuis la grande période avec Gaston Taument et Dan Petersen, à la fin des années 90. Personne ne donne 3 millions pour une maison qui vaut 3 fois moins. Mais dans le foot belge, ça peut se faire. Le problème, c'est que sur le terrain, tu ne peux pas cacher tes carences. Anderlecht, c'est quoi aujourd'hui ? Ils sont ridicules sur la pelouse. S'ils étaient ridicules avec des caisses pleines, on pourrait encore les traiter de radins. Mais non, là ils ont un stade obsolète, 40 millions de dettes et une équipe de brèles.

Heureusement, l'arrivée de Marc Coucke devrait tout changer. Ça va être une révolution pour le foot belge parce que tout cet équilibre précaire, avec Anderlecht dans le rôle principal, va être rééquilibré. Je pense qu'un séisme est en préparation. Coucke est comme Bart Verhaeghe : les noms des agents, il n'en a rien à foutre. Coucke est un gars brillantissime. Il fait le clown mais ce n'est pas un clown. Il fait la fête mais il sait compter, même en faisant la fête ! Pour le moment, son discours par rapport aux agents est intelligent. Il dit qu'il veut bien travailler avec tout le monde. Normal, il sait qu'il y a la moitié de l'équipe et le coach qui appartiennent à Bayat, et il ne veut pas arriver dans des clashes monstrueux. Mais je suis persuadé que son arrivée et la venue de Luc Devroe vont rebattre les cartes. "

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" Le monde des agents, c'est le règne animal "

" C'est formidable, quand un deal est en cours, de voir subitement débarquer des gars qui te présentent un mandat, un machin, ... Ils veulent tous prendre leur morceau. Une autre constante, c'est la présence de très gros agents qui ne laissent que des miettes à tous les autres, à ceux qui attendent qu'on leur jette un bout de gras.

Le problème de l'agent, c'est le problème du milliardaire avec son bateau. Le milliardaire qui est très milliardaire, il fait construire le plus gros bateau du monde. Mais il y aura toujours un gars encore plus milliardaire qui fera fabriquer un bateau encore plus gros. On peut appliquer ça à un cas concret dans notre football.

Christophe Henrotay est l'agent le plus puissant au niveau international, il a des gars de très grande qualité dans son écurie, mais il a quand même réussi à se faire piquer RomeluLukaku par Mino Raiola. Il y en a toujours un plus gros et plus méchant que toi, c'est le règne animal. Le milieu des agents, c'est une grande mare avec des petits poissons, des gros poissons, des piranhas, des requins et des grosses baleines qui bouffent tout à la fin. Et l'eau est de plus en plus trouble. "

NENAD PETROVIC : " À 40 ans, j'ai revendu mon entreprise textile. Envie de changer de vie. On m'a présenté Didier Frenay, j'ai commencé à travailler pour lui. Frenay est brillant, roublard. De tous les agents que j'ai rencontrés, il est peut-être le plus malin. Puis, je me suis dit que si j'étais capable de travailler comme agent pour un autre, je pouvais le faire pour moi. Le jour où j'ai passé ma licence FIFA à l'Union Belge, il y avait 1.200 agents dans le monde et 42 en Belgique. Ma toute première affaire... je l'ai ratée. C'était le passage d' AliLukunku du Standard à Galatasaray. Au dernier moment, un agent turc a débarqué de nulle part et il a fait le deal. Luciano D'Onofrio était en pétard avec Frenay et il pensait que j'étais téléguidé, ça m'a coûté l'affaire. Le premier deal que j'ai conclu, c'était le transfert de Didier Ernst, de La Louvière au FC Brussels. Au même moment, j'ai rapatrié Christophe Kinet de Millwall, je l'ai aussi casé au Brussels. Mes relations avec Johan Vermeersch ont toujours été compliquées parce qu'il détestait les agents. Il estimait qu'on ne servait à rien et qu'il n'y avait donc pas de raison de nous payer. Il ne m'a pas toujours donné ce qu'il me devait, mais ce qui me dérangeait le plus, c'est qu'il se foutait tout le temps de ma gueule. À la même période, je suis entré à Anderlecht via Ivica Mornar, Aleksandar Ilic et Nenad Jestrovic. Je voulais mettre en place une vision globale du management, pas simplement faire le deal. Je m'occupais des affaires de mes joueurs, de leur fiscalité, je les orientais vers le meilleur fiscaliste de Belgique. J'ai été le premier à proposer à des footballeurs du championnat de Belgique de se domicilier en France, ce qui leur permettait de ne payer que 18 % de précompte mobilier. C'était parfaitement légal. À Mouscron, par exemple, Tonci Martic et MboMpenza en ont bénéficié. " " J'ai fait ensuite une association de fait avec Daniel Striani. On avait une bonne partie du noyau de Mons. Dont Cédric Roussel. Après son éclosion à Mons, on s'est battus pendant un mois avec les gens de Wolverhampton, qui voulaient un prix énorme pour un joueur qu'ils ne souhaitaient pas garder. On l'a placé à Genk. Après ça, il y a eu l'épisode fou avec Kazan. Dirk Degraen et Vincent Mannaert, qui travaillaient ensemble, nous ont avertis que les Russes voulaient Roussel. Dans le deal, il y avait aussi l'agent qui tenait le marché russe, un ami de Degraen. Tout le monde s'y retrouvait. Roussel a reçu une belle prime à la signature et il gagnait l'équivalent du joueur le mieux payé en Belgique à ce moment-là. C'était blindé. Quand il a dit qu'il ne voulait pas rester à Kazan, Luciano D'Onofrio m'a contacté : Je le prends mais je donne ça, pas un kopek de plus. J'ai fait le tour d'Europe pour pister les gens de Kazan. Il y avait un homme tout puissant dans ce club, un certain Kurban Berdyev, il était en même temps coach et vice-président. Il m'a donné rendez-vous à Paris, il rentrait d'une mission de scouting en Argentine. Je l'ai chopé à sa descente d'avion, ça a duré quatre minutes. Il m'a dit : Rends-moi l'argent qu'on a déboursé pour acheter Roussel et je le lâche. Après ça, je suis allé le voir à Chypre, où Kazan était en stage. J'ai passé quatre jours à essayer de le coincer, il me disait toujours : Plus tard. Finalement, j'ai réussi à l'avoir. Il m'a donné ses conditions. Je suis rentré en Belgique, j'ai transmis les chiffres à D'Onofrio. Il m'a dit : Puisqu'ils y vont comme ça, je mets 200.000 euros de moins que ma première offre. L'équipe de Kazan était entre-temps partie en Turquie, je suis allé là-bas. J'ai fait la chasse au Berdyev pendant cinq jours. Il n'avait jamais le temps de me parler. Je devenais fou. Le matin de mon vol retour, je suis allé le saluer : Je rentre en Belgique et Cédric prend l'avion pour rejoindre le Standard en stage. Là, il a subitement changé de ton : Non, assieds-toi. J'ai appelé Pierre François et on a réglé le prêt au Standard en vingt minutes, sur un coin de table. Un an et demi plus tard, le Standard n'en voulait plus et il devait rentrer à Kazan. Je suis allé voir les Russes en Suisse, et là, Berdyev m'a dit : Tu fais ce que tu veux mais je ne le récupère pas. Je le donne. Démerde-toi. Je suis arrivé à le vendre pour un petit prix à Zulte Waregem. " " Cette histoire avec la Russie m'avait amusé. Et j'en avais ras-le-bol de ce qui se passait en Belgique. J'ai décidé de m'orienter vers les marchés émergents. J'ai travaillé pour Georges Leekens puis Eric Gerets quand ils sont passés à Al Hilal, avec mon partenaire Ghassan. J'ai présenté Michel Preud'homme à Al Shabab. J'ai fait le deal quand le Serbe Milovan Rajevac, quart de finaliste avec le Ghana au Mondial 2010, est passé en Arabie Saoudite. J'ai commencé à aller de plus en plus au Qatar. J'y suis devenu pote avec BrunoMetsu, qui entraînait l'équipe nationale. Une semaine avant d'être licencié, un prince lui a encore offert une Ferrari, puis il est parti avec l'équivalent de deux ans de salaire. Il s'est recasé dans un club qatari, avec le même contrat qu'à la fédé. J'y ai aussi sympathisé avec Bora Milutinovic. Et j'ai présenté Rajevac à la fédération, et il est devenu coach de l'équipe nationale. C'est difficile de se faire accepter au Qatar, mais une fois que tu y es parvenu, tu connais vite tout le monde. Je voyais qu'il y avait plein de projets de foot là-bas et j'ai voulu y emmener D'Onofrio. J'étais sûr qu'il était possible de faire du business. Mais il reportait tout le temps. J'ai compris qu'il n'était pas spécialement intéressé. Alors, j'en ai parlé à la direction d'Anderlecht. Herman Van Holsbeeck m'a dit : On te suit. J'ai organisé le voyage pour lui, Roger Vanden Stock, Philippe Collin et Johan Beerlandt, le patron du groupe Besix. Ils ont visité Aspire et ils ont été reçus comme des chefs d'état, avec des beaux cadeaux. L'ambassadeur de Belgique a organisé un dîner dans sa résidence. Je savais, par Rajevac, que Milan Jovanovic était là-bas pour se faire soigner par le Docteur Popovic. Liverpool l'avait autorisé à faire ce mini-trip au Qatar pour faire inspecter son genou. Je me suis arrangé pour qu'on aille manger tous ensemble, les dirigeants d'Anderlecht étaient fous, ils voulaient absolument Jovanovic. Mais ils étaient persuadés que ce serait impossible. J'ai prévenu mes contacts à Liverpool de l'intérêt d'Anderlecht. En fait, c'est grâce à ce repas que Jovanovic s'est retrouvé à Anderlecht. Mais je n'ai pas fait le deal ! Tout a été fait par Dejan Veljkovic et Laurent Denis qui ont été mandatés par Anderlecht. Petit meurtre entre amis... Anderlecht ne m'avait pas promis que le marché serait pour moi, mais à partir du moment où tu fais toutes les démarches, ça va quand même de soi. Surtout quand tu traites avec le club soi-disant le plus correct de Belgique. Jovanovic, lui non plus, n'a pas bougé pour son ami et agent Cvijan Milosevic. Les footballeurs s'en foutent, ils ne pensent qu'à leur petite personne et surtout à leurs intérêts. Il y a un mot d'ordre dans ce métier : la reconnaissance n'existe pas. " " Un jour, on m'a parlé d'un gars qui était réserviste en Réserve à Charleroi : Marouane Fellaini. Avec Daniel Striani, on est allés le voir dans un match aux Pays-Bas, et le lendemain, on rencontrait son père, qui était paumé. Khalid Karama voulait le mettre en D2 grecque et il y avait un intérêt de La Louvière. J'ai appelé Christophe Dessy, qui était directeur de l'Académie du Standard. Il m'a dit : Ah, le grand de Charleroi ? Il a joué contre nous. Il est physiquement impressionnant mais je ne suis pas convaincu par ses qualités footballistiques. Il a voulu le voir en test dans un match d'Espoirs à Bochum. J'y suis allé avec le père. Fellaini a commencé comme box-to-box. À la mi-temps, les gens de Bochum, qui avaient repéré que j'étais son agent, voulaient le signer directement. Je ne pouvais pas faire ça, D'Onofrio m'aurait coupé les oreilles et la queue ! Puis Fellaini a reculé en défense centrale et il a été catastrophique. À la fin du match, je me suis dit : Le Standard ne va pas le prendre, Bochum ne va pas le prendre, je suis venu pour rien mais c'est la vie d'agent. Mais Dessy m'a dit directement : Je viens d'avoir Preud'homme, on le signe demain.Dessy l'a façonné en Réserve et lui a donné les bases footballistiques qui lui manquaient, puis on a fait son premier contrat pro. À ce moment-là, le père Fellaini m'a appelé, furibard : Mais qu'est-ce que vous m'avez fait pour un boulot de merde, à cause de son contrat je ne touche plus les allocations, on perd de l'argent. C'était une manière de nous dégager, Daniel Striani et moi. Fellaini est passé chez Christophe Henrotay, qui s'est fait dégager lui aussi au moment du transfert à Everton. L'arroseur arrosé. Fellaini et son entourage n'ont jamais été conscients qu'on avait construit le socle sur lequel il a fait sa carrière mais je te répète que si tu attends une quelconque reconnaissance dans ce métier, tu t'exposes à un maximum de désillusions. Je connais peu d'exceptions. Il y a Vincent Kompany, qui est toujours resté fidèle à Jacques Lichtenstein. Et KevinDe Bruyne, qui n'a jamais lâché Patrick De Koster. Comme par hasard, si je devais choisir un agent pour mon fils, je prendrais un de ces deux-là. À un autre niveau, il y a Frenay. Par exemple, si tu vas en Allemagne, vas-y avec lui. Mais aujourd'hui, il est plus dans une phase où il profite de sa vie. Il a bien raison. Il est assez puissant pour pouvoir se lever et dire, en pleine négociation : On ne fait pas le deal. Quel luxe... " " Quand tu te fais entuber après avoir bien travaillé, tu sens le dégoût monter. C'est le dossier d'un joueur français qui a achevé de me dégoûter. Après avoir fait des affaires dans le Golfe, j'ai commencé à travailler sur la Belgique et la France pour un bureau anglais. Un jour, on m'a renseigné un joueur de Tours, en Ligue 2 : Andy Delort. Je suis allé le voir. Pas mal. Jean-Luc Ettori, l'ancien gardien de Monaco, était le conseiller du président, Jean-Marc Ettori. Aucun lien de parenté. On m'a présenté Jean-Marc Ettori. Un vrai Corse, un gars amusant mais décalé, un fou furieux en fait. Je le comparerais à Christian Constantin, le président de Sion. Ou à Abbas Bayat. Des gars qui s'en prennent à la presse, au monde entier, qui ne vivent que par les conflits. Quand je lui ai dit que Delort m'intéressait, il m'a dit : Là, ça va être compliqué parce qu'il a déjà deux agents, il ne veut plus leur parler, et il a aussi un conseiller, Roger Henrotay. J'avais un club en Angleterre pour Delort : Brentford. Son propriétaire, Matthew Benham, est un milliardaire qui a une entreprise de paris et qui possède aussi le FC Midtjylland. Un mathématicien, un gars génial qui injecte un pognon fou dans ses équipes de foot. Il avait aussi une petite académie au Nigeria. Delort venait de finir meilleur buteur de Ligue 2 et on a vite trouvé un deal avec Benham : un peu plus de 4 millions pour le transfert et il s'engageait à prendre chaque année, pendant cinq ans, deux jeunes de Tours. Il payerait 400.000 euros par saison et par joueur. Il allait couvrir pendant cinq ans la perte opérationnelle du club français. On est tous tombés d'accord dans un hôtel de Paris puis on s'est revus à Londres pour finaliser. Là, j'ai vu arriver Roger Henrotay avec Delort et un gars qui le suivait partout, même quand il allait aux toilettes. Le but était de l'empêcher d'avoir le moindre contact avec nous. Benham avait réservé une table dans un resto étoilé et il avait booké une suite royale pour Delort. Pendant le repas, il a commandé huit bouteilles de Chassagne-Montrachet à 200 pounds... Le lendemain, on s'est retrouvés pour négocier les derniers détails. Entre les clubs, c'était réglé. La collaboration entre les écoles de jeunes était bouclée aussi. Il restait à trouver un accord club - joueur. Ça, c'était le job de Henrotay. On y est arrivés, le directeur sportif de Brentford m'a tapé dans la main : Good deal man, good job. Et c'est là que c'est devenu surréaliste. Henrotay s'est levé, Delort l'a suivi. Jean-Luc Ettori était au téléphone avec son président pour lui annoncer le transfert, il a dit à Henrotay : Roger, tu vas où ? Henrotay lui a répondu : On n'a pas un accord sur tout, donc on a un accord sur rien. Ils ont sauté dans un taxi et ils se sont barrés. Benham m'a lancé : Tu le connais, ce mec ? Jamais vu ça. Il avait proposé à Henrotay de lui verser sa commission en une seule fois, ce qui est déjà rare. Le rêve pour un agent. Et c'était 350.000 euros. Henrotay lui avait répondu : C'est 500.000 ou on part. Jean-Luc Ettori a filé avec eux, ils sont partis négocier à Charlton. À l'époque, c'était la guerre entre Jean-Marc Ettori et Roland Duchâtelet, qui avait essayé de racheter Tours. En amenant Delort à Charlton, qui appartenait à Duchâtelet, Henrotay espérait revenir dans ses bonnes grâces. Mais Jean-Marc Ettori a été catégorique : Je ne vendrai jamais Delort à Duchâtelet parce qu'il a voulu me la jouer à l'envers. Finalement, Henrotay a parqué Delort à Wigan le dernier jour du mercato, il n'a pas beaucoup joué là-bas puis je l'ai gracieusement rapatrié à Tours. Mais sur son transfert en Angleterre, je n'ai rien touché. Quatre mois de travail pour ça. Là, je me suis dit que ce n'était plus possible. Je ne pouvais plus continuer dans ce métier où la règle, c'est qu'il n'y en a pas. "