Un footballeur a parfois besoin d'échapper à la pression médiatique et de sortir de son environnement quotidien. Lorsque c'est le cas, Mbo Mpenza se rend au manège de Pottes, à dix minutes en voiture de Mouscron, pour retrouver celui qu'il considère comme un nouveau membre de sa famille: Batman, un cheval de huit ans qui participe à des concours internationaux de sauts d'obstacles, et dont son épouse Caroline vient de devenir propriétaire.
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Un footballeur a parfois besoin d'échapper à la pression médiatique et de sortir de son environnement quotidien. Lorsque c'est le cas, Mbo Mpenza se rend au manège de Pottes, à dix minutes en voiture de Mouscron, pour retrouver celui qu'il considère comme un nouveau membre de sa famille: Batman, un cheval de huit ans qui participe à des concours internationaux de sauts d'obstacles, et dont son épouse Caroline vient de devenir propriétaire. "J'avais envie d'acheter un cheval depuis belle lurette", explique Caroline. "Et elle a choisi le plus cher!", intervient Mbo en rigolant. "En fait, lorsque Roland Debonnet, le patron du manège de Pottes, m'a appris que Batman était à vendre, j'ai sauté sur l'occasion", poursuit Caroline. "J'adore l'équitation, mais c'est Stéphanie, la fille du patron, qui monte Batman lors des concours. C'est un bon cheval, il a déjà obtenu plusieurs places d'honneur". "Acheter un cheval, c'est d'abord un investissement", explique Mbo. "Et puis, il y a la fierté de le posséder. C'est beau, un cheval! Et comme avec tous les animaux, il s'établit une relation qu'il est difficile de décrire par des mots. Je n'avais pas la passion des chevaux avant de faire la connaissance de Caroline. Mais elle m'a transmis le virus lorsque nous étions au Portugal. Il y avait un manège à Cascais où nous nous rendions fréquemment. Les enfants de Luis Figo étaient des habitués des lieux. Au début, j'avais dit à mon épouse que je ne l'accompagnerais jamais. Je n'ai pas pu résister. Progressivement, j'ai pris goût aux chevaux. Pour l'instant, je n'ai pas le droit de monter, c'est trop risqué pour un footballeur. Vous expliquerez bien à Hugo Broos que je l'ai fait uniquement pour la photo, n'est-ce pas? (il rit). C'est un formidable délassement. Quand on se rend dans un manège, on oublie ses tracas. On se promène dans la nature, on rencontre des gens, on pense à autre chose qu'au football. J'ai découvert une ambiance dans laquelle je me sens bien. Lorsque j'en parle à Emile, il se demande quelle mouche m'a piqué. A moi, cela me plaît. Pendant la trêve de Noël-Nouvel An, j'ai assisté au Jumping de Malines. J'ai véritablement été conquis. Lorsque Stéphanie entre en piste, je suis stressé, comme un supporter qui assiste à un match de son équipe favorite depuis la tribune. Passé l'âge de 35 ans, j'essayerai peut-être de monter également... mais pas Batman, il est trop nerveux! Plus tard, je pourrais peut-être me rendre propriétaire d'un manège, pourquoi pas? J'ai appris que Luis Oliveira en possédait un à Cagliari". Mpeti est déjà entraîneurLe retour en Belgique a permis à Mbo Mpenza de retrouver ses copains d'autrefois. "Ils ont tous vieilli de deux ans!", s'esclaffe-t-il. Parmi eux, Fabien Delbeeke, le défenseur de La Louvière qui habite Hérinnes et est pratiquement venu en voisin au manège de Pottes. Il a fait la connaissance des frères Mpenza lorsqu'ils évoluaient à Courtrai. "Je n'ai joué ni avec Mbo, ni avec Emile dans les équipes d'âge", se souvient Fabien. "Ils étaient plus jeunes que moi. Par contre, Mpeti, le frère aîné, fut mon équipier". "Il a arrêté sa carrière de footballeur", précise Mbo. "Il est désormais entraîneur... d'une équipe de Minimes. Il ne se débrouille pas mal, son équipe est en tête du classement!" "Si je me suis lié d'amitié avec la famille Mpenza, c'est d'abord parce que nous formions un groupe de francophones à Courtrai", raconte Fabien. "Mbo, Emile et moi, nous fréquentions également l'école ITEM de Mouscron. Là non plus, nous n'étions pas dans la même classe, mais bien dans la même section: en éducation physique". "L'éducation physique, c'est un choix qui coule de source pour un garçon qui adore le sport", poursuit Mbo. "J'étais un élève consciencieux. Mon père n'aurait pas admis que je bâcle les cours. Lui-même avait fait des études assez poussées, puisqu'il a réussi un doctorat en pharmacie, et il tenait absolument à ce que j'obtienne au moins mon diplôme d'humanités. C'était une priorité, bien avant le football". "A leur époque courtraisienne, les frères Mpenza possédaient déjà les qualités qu'on leur connaît actuellement", se souvient Fabien. "Vitesse, explosivité et puissance, principalement. On les disait promis au plus bel avenir et cela s'est confirmé. Emile était déjà en avance sur Mbo: il a toujours joué une catégorie au-dessus de la sienne. A 15 ans, il a intégré le noyau A, mais a dû attendre ses 16 ans pour jouer en équipe Première. Mbo a débuté en équipe-fanion lorsqu'il avait 17 ans".Bruges faisait les yeux doux"On s'est demandé pourquoi nous étions restés aussi longtemps à Courtrai alors que tous les grands clubs prétendaient nous connaître", intervient Mbo. "Mon père a toujours voulu nous protéger, il préférait que nous restions au stade des Eperons d'Or où il y avait une très bonne école de jeunes et où nous avions l'assurance de jouer sans être noyé dans un noyau trop large. Dans les catégories d'âge, ce sont surtout les recruteurs de Bruges qui s'étaient intéressés à nous. Courtrai se situait dans les limites de leur champ de prospection. Ils sont venus aux nouvelles plusieurs fois, mais sans parvenir à nous convaincre. Après trois saisons en équipe Première de Courtrai, il a bien fallu se résoudre à franchir un palier supplémentaire. Nous avions fait le tour de la question en D2. Mouscron militait toujours dans l'antichambre au moment où nous avons signé, mais l'Excelsior nourrissait de grandes ambitions. Les Hurlus espéraient monter l'année suivante. Finalement, nous avons gagné un an car le club est monté l'année où nous avons été transférés". "Le dernier match du tour final de D2, qui avait permis à Mouscron d'accéder à l'élite en 1996, avait d'ailleurs fait couler beaucoup d'encre", rappelle Fabien. "Mouscron devait absolument gagner à Courtrai et on savait que les frères Mpenza avaient déjà signé pour l'Excelsior. On a prétendu qu'ils n'auraient pas joué le jeu à fond? Comment peut-on dire cela, alors qu'Emile a lui-même inscrit le but courtraisien? J'étais d'ailleurs impliqué dans la phase, puisque je jouais au libero et que je l'ai laissé filer vers le but! La seule chose qui était achetée, c'était... le verre de l'amitié après le match" (il rit) De la première saison de Mouscron en D1, qu'ils ont vécu en commun, Fabien et Mbo gardent de fabuleux souvenirs. "Ils resteront gravés longtemps dans notre mémoire", confirme Mbo. "Je n'ai plus retrouvé pareille ambiance par la suite. Tous les ingrédients étaient réunis. L'Excelsior découvrait un nouveau monde et l'émerveillement était de mise tous les jours. Nous avions réalisé une saison formidable. Nous formions un bon groupe et l'entraîneur faisait entendre sa voix lorsqu'il l'estimait nécessaire. Il a tiré le maximum du groupe qu'il avait à sa disposition. L'objectif de départ était de se maintenir en D1. Nous avons accroché un ticket pour la Coupe de l'UEFA". "A mi-parcours, nous étions champions d'automne avec quatre points d'avance lorsque Georges Leekens a été débauché", rappelle Fabien. "La semaine suivante, c'est en tant que sélectionneur national qu'il a assisté à Anderlecht-Mouscron depuis la tribune du Stade Constant Vanden Stock. Sa nouvelle fonction exigeait qu'il soit neutre, mais il n'a pas pu s'empêcher d'esquisser un sourire lorsque nous avions égalisé à 1-1". Des liens privilégiés avec les kinésAu Standard, Mbo a découvert une autre ambiance. "La pression était intense", se souvient-il. "Les supporters n'attendaient qu'une chose: que le club remporte enfin un titre. Mais l'équipe ne tournait pas et ils ont souvent manifesté leurs frustrations. Emile et moi, nous sortions d'une très bonne saison avec Mouscron. Notre transfert avait fait grand bruit et les gens attendaient beaucoup de nous. En raison, surtout, de multiples blessures, nous n'avons pas pu répondre à l'attente. J'ai pourtant vécu de très bons moments là-bas, et ceux qui prétendent que je n'étais pas heureux à Liège se trompent. Au Standard aussi, il règnait une réelle amitié entre les joueurs". L'un des plus proches de la famille Mpenza était Gauthier Remacle. "Dès que les frères sont arrivés, je me suis directement bien entendu avec Emile", se souvient l'actuel défenseur de Charleroi. "Avec Jean-François Gillet, nous formions un petit groupe de copains presque inséparables. Mbo nous rejoignait parfois, mais c'était plus difficile pour lui car il avait déjà sa copine. Je m'entendais cependant très bien avec lui également. Il m'a d'ailleurs invité à son mariage. C'est un garçon honnête et juste. Il travaille sérieusement et apprécie les gens qui retroussent leurs manches, ce qui correspondait assez bien à mon profil. Je me rendais régulièrement à la maison de la famille Mpenza. J'empruntais quelques CD, on mangeait ensemble. Aujourd'hui encore, mes parents demeurent fort proches d' Arsène et Rosalie, les parents Mpenza. Ce qui m'a beaucoup touché, c'est le geste que Mbo avait eu à mon égard lorsqu'il avait été invité à participer à un match de gala à Marseille. Il avait demandé à ce que je puisse l'accompagner, parce qu'il savait que je traversais des moments difficiles au Standard. Malheureusement, ce match de gala a été reporté, et lorsqu'il a finalement été joué, nous avions d'autres obligations avec le Standard. Je le regrette toujours. Mais l'intention de Mbo m'est allée droit au coeur. Dommage qu'il ait été aussi souvent blessé durant sa période liégeoise". "Au Standard, j'avais surtout des relations privilégiées avec... les kinés", confirme Mbo. "Pourquoi Emile et moi étions-nous aussi souvent blessés? En premier lieu, je pense, parce que la préparation avait été en dessous de tout. Sportivement, je retiens comme bons moments le chemin qui nous a menés vers la finale de la Coupe de Belgique... Hélas, nous avons été battus par le Lierse au Stade Roi Baudouin".Des Hurlus super prosSamedi passé, Gauthier et Mbo devaient en principe se rencontrer à l'occasion du derby Charleroi-Mouscron. "Je me souviens que nous nous étions affrontés il y a bien longtemps", réfléchit Mbo. "C'était en... Minimes. Il jouait avec la sélection du Luxembourg et moi avec celle du Hainaut. Je sais que Gauthier a toujours gardé la cassette de ce match. C'est toujours agréable de se remémorer ces moments-là, maintenant que l'on joue en D1. L'enfance et l'adolescence sont des moments privilégiés de l'existence. J'espère que Gauthier rebondira. C'est un excellent footballeur... lorsqu'il est concentré! Il est très endurant et a surtout un bon pied droit. Il distille d'excellents centres. Sa place se situe au demi droit. Pas à l'arrière droit". Aujourd'hui, Mbo a retrouvé Mouscron. Un autre Mouscron? "Les infrastructures se sont modernisées, on l'a déjà répété mille fois. Mais surtout, les structures se sont professionnalisées. L'ambiance est toujours présente. Elle n'est plus tout à fait la même. Il y a cinq ans, c'était une équipe de D2 qui découvrait la D1. Aujourd'hui, ce sont de véritables professionnels qui accomplissent leur métier. C'est différent, mais c'est le signe d'une progression".Daniel Devos