"Donnez-nous du temps. " " Il faut être patient. " " On reconstruit, ça ne se fait pas en quelques jours. " Et blablabla.
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"Donnez-nous du temps. " " Il faut être patient. " " On reconstruit, ça ne se fait pas en quelques jours. " Et blablabla. Les conclusions de Marc Wilmots après ses deux premiers matches à la tête de la Côte d'Ivoire, début juin, c'était ça, en résumé. Du temps ? De la patience ? Mais dans ce pays, chez les Eléphants, dans toute l'Afrique du football, on ne connaît pas le temps et la patience. Illustration ? Prenons le cas de Gervinho, passé par Lille, Arsenal et Rome après ses débuts à Beveren, et aujourd'hui en Chine : il a débuté en équipe nationale il y a dix ans et Wilmots est son... dixième sélectionneur. On a ici une fédé puissante, séduisante, qui sait attirer du beau monde sur son banc. Au cours de la dernière décennie, il y a eu Henri Michel, Ulrich Stielike, Vahid Halilhodzic, Sven-Göran Eriksson, Sabri Lamouchi, Hervé Renard (pas le plus grand nom chez nous mais un monstre en Afrique et vainqueur de la CAN avec les pachydermes en 2015). Et maintenant notre Willy, quand même sacré un jour " meilleur coach de la planète ". Mais là-bas, avoir un grand nom ou un CV extraordinaire ne suffit pas pour durer. A Abidjan, on se fait vite virer ou on se barre asap pour l'une ou l'autre raison (sportive ou autre). Et donc, Wilmots a déjà très chaud aux fesses. Tout ça parce que son équipe a complètement foiré ses deux premiers matches avec lui. Retour à Rotterdam, début juin. Les Hollandais sont dans le creux, ils sont devenus une équipe qui ne fait plus peur. Les Ivoiriens viennent d'aligner deux résultats intéressants, juste avant l'arrivée de Wilmots : victoire en Russie et nul contre le Sénégal à Paris. La relance est amorcée. Parce que, oui, il y a un gros besoin de relance. La CAN 2017 a été dramatique avec une élimination dès la phase de poules. Mais au Kuip, pour les débuts de Willy, c'est la grosse déroute. Au final : 5-0. La dernière fois que les Ivoiriens avaient pris une gifle pareille, c'était contre l'Argentine. Et c'était en... 1992. Comment dire ? C'est le nouveau T1 qui en parle le mieux - ou pas ? Il fait son débriefing en signalant, pêle-mêle, que " notre préparation n'a pas été idéale ", que des joueurs sont arrivés le matin même, qu'il avait " quasi une équipe entière sur le flanc ", que quatre joueurs faisaient leurs débuts internationaux. Il parle de " grosses erreurs sur des phases arrêtées ", d'un " bête penalty " concédé. A l'entendre, " au moment où les Hollandais mènent 3-0, avec un peu de réussite, on peut mener 0-2. " Il termine par deux formules qui étonnent : " Etre dans la difficulté pour le premier match est une bonne chose. Si j'avais voulu autre chose, je n'aurais pas joué contre les Pays-Bas. " Et puis ceci : " Même si le résultat ne m'agrée pas le moins du monde, je pense que les spectateurs neutres ont vu un bon match. " Il a osé... Deux gros mois après sa nomination, on est déjà loin de l'euphorie des premières heures. Oui, il y a eu une certaine euphorie en Côte d'Ivoire quand le nom de Wilmots est sorti. La Fédération a notamment publié ceci : " Marc Wilmots a pour objectif immédiat de qualifier la sélection ivoirienne au Mondial Russie 2018 et à la CAN Cameroun 2019 (...) Il a été séduit par le projet sportif de la Fédération qui court a minima jusqu'en 2021, année de l'organisation de la CAN par la Côte d'Ivoire (...) La nomination de Marc Wilmots constitue une grosse prise par la FIF qui, malgré la concurrence et la modestie de ses moyens, a réussi à enrôler ce technicien mondialement coté. " Grosse prise tout court ou grosse prise de risque ? Euphorie, donc, dans les bâtiments de la fédé, dans le grand public et même dans la presse. Wilmots arrive après Michel Dussuyer qui est tout sauf un grand nom du foot international. Mais il suffit de la déroute d'Amsterdam pour déclencher les premiers doutes, les premières critiques, parfois assassines. On passera sur les attaques d'un coach ivoirien comme Yélato Silué. Question de parcours et de crédibilité. Après Rotterdam, il lâche : " J'ai entendu dire que Wilmots avait élaboré un code de conduite. Cela ne suffit pas, les joueurs doivent le sentir. Cela éviterait l'insolence et le laxisme dont certains joueurs font preuve sur le terrain. " Son discours provient peut-être, simplement, d'une certaine frustration. Parce que ce Silué avait postulé pour remplacer Dussuyer. En expliquant à l'époque, dans la presse ivoirienne : " Je suis le sélectionneur qu'il faut aux Eléphants. Quand on a des techniciens de ma trempe au pays, il ne sert à rien d'aller chercher des entraîneurs européens qui sont déconnectés de notre réalité. Quel discours peuvent-ils tenir à nos jeunes ? On ne va pas encore donner l'occasion à des gens de se faire une carte de visite sur notre dos. " Cet Ivoirien a entraîné dans son pays, au Togo et en Guinée Equatoriale. Pas de quoi en faire un candidat incontournable pour coacher les pachydermes, donc. Mais bon, il n'est pas le seul à dézinguer Marc Wilmots à la suite du 5-0 face à la bande à Arjen Robben. Prenez Adamah Kahlil, reporter pour le journal ivoirien Fraternité Matin. Après ce qu'il a vu - ou n'a pas vu - ce soir-là, il n'est pas du tout sous le charme. " On savait qu'on pouvait perdre aux Pays-Bas. Mais la manière dont les Eléphants ont joué, c'est surtout ça qui nous préoccupe. Après ce match, déjà, on pouvait se poser une question : où va Marc Wilmots avec cette équipe ? " Ce Kahlil en a sous la pédale. Il l'enfonce. " La sélection est arrivée en fin de cycle, c'est le boulot de Wilmots de former une nouvelle équipe avec les jeunes talents à sa disposition. Le problème, c'est qu'il découvre l'Afrique et qu'il ne connaît pas encore tous les joueurs. Je crois que ça va être difficile de former un ensemble cohérent. Pour le moment, il n'y a aucune cohésion. Il a fait des beaux discours quand il a été présenté, mais ce sont les résultats qui comptent. Et en Côte d'Ivoire, il faut des résultats avec du beau football. Jusqu'ici, il n'y a encore que des doutes concernant Marc Wilmots. " Et ça continue avec cette conclusion inquiétante : " Si ça ne change pas, les Ivoiriens vont lui couper la tête. " Mais heureusement " mets ça entre guillemets, hein... " Quand on parle de foot africain, Serge Trimpont n'est pas loin. Après avoir abandonné son activité de journaliste, il est devenu agent de joueurs et il a amené Aruna Dindane et Cheikh Tioté à Anderlecht. Bien plus tard, il a inspiré au réalisateur de cinéma Benoît Mariage le pitch du film Les rayures du Zèbres, avec Benoît Poelvoorde dans le rôle principal. Ce Pays-Bas - Côte d'Ivoire, il l'a vu. Et son avis est sans concession : " Le score aurait pu être encore bien pire pour les Ivoiriens. Ça aurait pu être 10-0. C'est surtout défensivement qu'ils ont été catastrophiques. J'ai eu ce soir-là la confirmation de ce que je savais déjà : cette génération a beaucoup moins de talent que les précédentes. Didier Drogba, Yaya Touré, Aruna Dindane, c'est du passé. Il manque de la qualité, de la classe. Il n'y a plus de stars. Il reste Gervinho mais il ne sera pas éternel. J'ai froncé les sourcils en les voyant jouer à Rotterdam. Ils ont commis des bourdes défensives énormes. Wilmots a intérêt à vite mettre en place une organisation tactique. Parce qu'en jouant comme ça, les Ivoiriens n'arriveront nulle part. Le peuple va devoir être patient. Mais ce n'est pas sa qualité première ! Wilmots dit qu'il a besoin de temps mais on ne lui en donnera pas. La Côte d'Ivoire a joué les trois dernières Coupes du Monde et Wilmots doit qualifier son équipe pour la Russie. Mais ce n'est pas un cadeau. " Mais ce n'est même pas la raclée hollandaise qui a (peut-être) été un premier clou dans le cercueil de Willy. Juste après, les Eléphants jouaient contre la Guinée en ouverture des qualifications pour la CAN 2019. Un ennemi historique mais un petit ennemi, vu que les Guinéens n'avaient jamais battu les Ivoiriens. En plus, le match se jouait en Côte d'Ivoire, à Bouaké, au... Stade de la Paix ! Où les Eléphants étaient invaincus. Stade de la Paix, tu parles... C'est la révolte qui a grondé. En ayant mené deux fois, les pachydermes ont été battus (2-3). Un affront. Des coups de sifflet. Un envahissement de terrain. Des commentaires très négatifs par rapport à un Wilmots qui a répliqué qu'il n'était " pas un magicien. " C'est grave ? " Les Guinéens sont venus gagner chez nous, on peut aller gagner chez eux. " Imparable. Mais son équipe a déjà grillé un joker, et dans des éliminatoires ne comportant que six matches, interdiction de traîner en chemin. Dans le groupe, il y a aussi la Centrafrique et le Rwanda. Prochain match en mars 2018 chez les Rwandais. Tranquille... " Il n'y a pas à s'alarmer ", a conclu le coach. " On a perdu une bataille, pas la guerre. C'est un championnat à quatre qui ne fait que commencer. L'équipe va monter en puissance. " L'actualité plus proche, c'est la campagne pour le Mondial. Deux matches ont déjà été joués, avant la nomination de Willy. Les Ivoiriens ont pris quatre points et sont en tête du groupe. Mais ça va chauffer dans les prochains jours. A Libreville le 2 septembre : Gabon - Côte d'Ivoire. A Bouaké le 5, Côte d'Ivoire - Gabon. Faux pas interdits. Après les déroutes contre les Pays-Bas et la Guinée, des supporters internautes ont déjà trouvé un surnom à Wilmots : Ville Morte. Si ça se passe mal face aux Gabonais, si les Eléphants menacent de rater le train pour la Russie, la révolte va gronder. Encore plus fort. C'est sûr. Les Ivoiriens ne sont pas prêts à pardonner un nouvel échec au sélectionneur le mieux payé du continent africain. On le sait trop bien à l'Union Belge : pour négocier un contrat, le couple Wilmots est maître. Il palpait un million par an comme coach des Diables. A Abidjan, c'est encore mieux. On parle de 100.000 euros par mois. Le record précédent aurait appartenu au Portugais Jorge Costa, ex-joueur du Standard, qui recevait 70.000 euros mensuels quand il coachait le Gabon - aujourd'hui mené par l'Espagnol José Antonio Camacho. Le Français Hervé Renard, double vainqueur de la CAN avec la Zambie et la Côte-d'Ivoire, a un contrat à 60.000 euros par mois au Maroc. Et le tenant du titre africain plafonne à 45.000 euros. C'est ce que le Cameroun verse chaque mois à Hugo Broos... Quand il est payé à temps, du moins. Alors, le gros million annuel de Wilmots, ça a directement fait grincer des dents. Contexte économique délicat oblige. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS BELGAIMAGE" On ne va pas encore donner l'occasion à des gens de se faire une carte de visite sur notre dos. " - Un entraîneur ivoirien qui visait le poste de sélectionneur... " Où va Marc Wilmots avec cette équipe ? " - Un journaliste ivoirien